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LIBRARY 

Walter E. Fernald 
State School 




Waverley, Massachusetts 
No. —H 1 "* f 



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BIBLIOTHEQUE 
DE PHILOSOPHIE CONTEK. 



PSYCHOLOGIE 

DE L'IDIOT 



ET 



DE L'IMBÉCILE 



PAR 



Le D r Paul SOLLIER 

Ancien interne des hôpitaux 
Conservateur du Musée de Bicêtre 







/ 










Avec 12 planches 


hors texte 










PARIS 










ANCIENNE 


LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE 


ET 


C le 




FÉLIX ALGAN, 


ÉDITEUR 








108 


, BOULEVARD SAINT 

1891 


-GERMAIN, 


1 08 







PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT 

ET DE L'IMBÉCILE 



ANGERS, IMPRIMERIE A. BURDIN ET C :p , 4, RIE GARNIBH. 



PSYCHOLOGIE 



DE L'IDIOT 



ET 



DE L'IMBÉCILE 



PAR 



vjr LE D r PAUL SOLLIER 

Ancienjnterne des hôpitaux 
Conservateur du Musée de Bicètre 



Avec 12 planches hors texte 



PARIS 

ANCIENNE ^LIBRAIRIE GERMER BAILLIÈRE ET C ie 
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR 

108, BOULEVARD* SAINT- GERMA IN, 108 
1891 

Tous droits réservés. 



AVANT-PROPOS 



C'est pendant notre première année d'internat 
dans le service des enfants idiots, arriérés et épilep- 
tiques de Bicêtre, dirigé par notre excellent maître 
le I) r Bourneville, que nous tenons à remercier ici 
des documents qu'il nous a libéralement fournis, 
que nous avons commencé ce travail. Etant resté, 
depuis cette époque, attaché à cet hôpital, soit 
comme interne, soit comme conservateur du Musée 
pathologique, nous avons pu continuer nos re- 
cherches sur ce sujet pendant près de quatre ans. 
La forme que nous avons adoptée pour cette étude 
ne nous a pas permis de donner des observations 
détaillées et complètes qui n'auraient eu aucun in- 
térêt. Notre but n'était pas, en effet, d'élucider tel 
ou tel point de la psychologie des idiots et des im- 
béciles; de montrer le plus ou moins de fréquence 



n AVANT-PROPOS 

de telles de leurs particularités psychiques, mais de 
faire une étude d'ensemble. Bien loin de rechercher 
les cas particuliers ou curieux, nous nous sommes 
attaché au contraire à dégager, autant que faire 
se pouvait, les traits généraux et caractéristiques 
de leur psychologie, et de faire ainsi en quelque 
sorte le portrait, non de tels ou tels idiots ou 
imbéciles, mais de l'idiot et de l'imbécile en géné- 
ral. De même lorsqu'on écrit la psychologie hu- 
maine, ce n'est pas celle d'un plus ou moins grand 
nombre d'hommes particuliers, étudiés séparé- 
ment, mais celle de l'homme quelconque. 

Il n'entrait pas dans notre plan d'étudier la 
question du délire chez les idiots et les imbéciles. 
La psychologie normale de ces sujets nous a 
semblé suffisamment vaste à elle seule, et assez 
complexe par elle-même pour ne pas la compli- 
quer encore davantage. 

Nous n'avons pas, même en nous limitant ainsi, 
la prétention d'avoir atteint notre but. Cette étude 
n'est et ne saurait être qu'un essai, imparfait par 
conséquent, sujet à rectifications, et renfermant 
beaucoup de lacunes. Mais c'est le premier de ce 



AVANT-PROPOS m 

genre, à notre connaissance, qui ait été tenté en 
cette matière 1 . Ce motif qui nous a décidé à l'écrire 
nous sera peut-être un titre à l'indulgence de 
ceux qui le liront. 

1. La bibliographie de l'Idiotie, assez pauvre en France, très riche 
au contraire en Amérique et en Angleterre, est composée surtout 
de documents sur les causes, les classifications, les signes phy- 
siques, l'auatomie pathologique et l'éducation des idiots. On s'oc- 
cupe peu du côté psychologique, ou on répète ce qui a été dit 
déjà, quoique en Allemagne on commence à étudier les troubles 
intellectuels de ces sujets. Mais ces travaux sont encore bien rares. 
Je tiens à adresser ici tous mes remerciements à M. Boyer. insti- 
tuteur des enfants de Bicêtre, pour les précieux renseignements 
qu'il nous a fournis sur beaucoup de points de notre sujet. 



PSYCHOLOGIE 

DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

(ESSAI DE PSYCHOLOGIE MORBIDE) 



CHAPITRE PREMIER 

GÉNÉRALITÉS ET CLASSIFICATIONS 



SOMMAIRE : Difficultés du sujet. — L'idiotie n'est pas une entité 
clinique. — Parallèle de l'intelligence des idiots avec celle d'en- 
fants normaux . — Variabilité des causes et multiplicité des lésions 
de l'idiotie. — Parallèle de l'intelligence des idiots avec celle des 
animaux. — Principales définitions de l'idiotie de l'imbécillité. — 
Classifications proposées par les auteurs et bases de ces classifi- 
cations. — Le degré de l'attention peut servir de base à une clas- 
sification. 



Les auteurs qui se sont le plus occupés de l'idiotie, soit 
dans des mémoires spéciaux, soit plus rarement dans des 
traités didactiques, ont insisté surtout sur les troubles phy- 
siques que présentent les idiots. Quant aux troubles psy- 
chiques, ils se sont contentés d'indiquer la marche à suivre 
pour les étudier, ou de décrire différents types d'idiots, et 

I 



2 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

c'est tout. Aucun deux n'en a fait une analyse approfondie 
suivant les préceptes et l'ordre qu'ils indiquaient, et la plu- 
part sont restés dans des généralités telles, que tous ceux 
qui ont vu de près des idiots, sans études philosophiques 
ou scientifiques spéciales, pourraient en dire autant, car 
elles peuvent presque se résumer en ceci, que l'idiot est un 
être dépourvu d'intelligence et de sentiment, ce que tout le 
monde sait. 

Aussi n'est-ce pas sans une crainte motivée que nous 
nous sommes hasardé à tenter à notre tour l'étude de l'état 
mental des idiots et des imbéciles. En présence des diffi- 
cultés qu'elle offre, nous avons facilement compris pourquoi 
les auteurs s'étaient bornés à en indiquer les grandes lignes, 
sans l'entreprendre eux-mêmes. Ces difficultés tiennent à 
bien des causes. Les montrer excusera peut-être le résultat 
incomplet auquel nous sommes arrivé, et servira en même 
temps à indiquer les points sur lesquels il faudra par la 
suite porter le plus son attention pour tâcher d'en tirer 
quelques fruits meilleurs. 

La première difficulté à laquelle on se heurte, c'est que 
l'idiotie n'est pas une entité clinique, et qu'il est impos- 
sible d'en tracer un tableau unique. On peut faire la psy- 
chologie complète de l'homme normal doué de toutes ses 
facultés. Mais l'idiot est un être anormal, et anormal à des 
degrés si variables qu'on est forcé d'y reconnaître plusieurs 
types. De sorte que la description de l'état mental d'un idiot 
du type le plus inférieur ne saurait être la même que celle 
d'un idiot du type le plus 'élevé. L'idiot n'est pas un être à 
part; c'est une classe d'individus dans laquelle on observe 
toutes les nuances; et il est aussi difficile de marquer la 
caractéristique qui sépare l'idiotie profonde de l'idiotie lé- 



MÉTHODES D'ÉTUDE 3 

gère, que celle-ci de l'imbécillité, et celle-ci encore de l'ar- 
riération et de la débilité mentale. 

Ce qu'on pourrait tenter pour mesurer l'état mental des 
idiots, c'est de chercher à quel âge correspond chez un en- 
fant normal le développement psychique qu'on observe chez 
eux. Nous avons, en effet, à cet égard, aujourd'hui, grâce 
aux travaux de Tiedemann, Preyer, Sikorski, Perez, etc., 
des données assez précises et concordantes. On a donc des 
points de repère. Mais de nouvelles difficultés surgissent. 

Pour que cette méthode fût applicable d'une façon au 
moins suffisante, il faudrait que la cause de l'idiotie fût, 
pour ainsi dire, unique. Si c'élait, par exemple, un arrêt 
de développement cérébral, on pourrait presque à coup sûr, 
dire, d'après l'état intellectuel observé, à quel âge l'idiotie 
serait survenue. L'idiotie la plus profonde serait congéni- 
tale, et plus tard elle serait apparue, plus l'enfant serait 
développé intellectuellement. Malheureusement, il est loin 
d'en être ainsi. Tout d'abord, en effet, l'idiotie congénitale 
n'est pas forcément complète et incurable, et elle présente 
tous les degrés comme l'idiotie acquise. De plus les lésions 
qui produisent l'idiotie sont extrêmement variées 1 et ne 
consistent pas le moins du monde en un simple arrêt de 



1. M. Bourneville distingue les formes suivantes : 1° Idiotie symp- 
tômatique de l'hydrocéphalie {idiotie hydrocéphalique) ; 2° Idiotie 
symptômatique de înicrocéphalie {idiotie microcéphalique); 3° Idiotie 
symptôuiatique d'un arrêt de développement des circonvolutions ; 
4° Idiotie symptômatique d'une malformation congénitale du cer- 
veau, {porencéphalie, absence de corps calleux, etc.) ; 5° Idiotie symp- 
tômatique de sclérose hyper trophique ou tubéreuse; 6° Idiotie symp- 
tômatique de sclérose atrophique : a. sclérose d'un hémisphère ou 
des deux hémisphères; b. sclérose d'un lobe du cerveau ; c. sclérose 
de circonvolutions isolées; d. sclérose chagrinée du cerveau (?) ; 
7° Idiotie symptômatique de méningite ou de méningo-encéphalite 
chronique (idiotie méninqitique) ; S Idiotie avec cachexie pachyder- 
mique, ou idiotie myxœdémateuse . 



4 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IM-BÉCILE 

développement. Or, suivant que la lésion causale est plus 
ou moins étendue, plus ou moins profonde, l'idiotie est plus 
ou moins grave, et surtout l'intelligence est inégalement 
touchée. Il devient dès lors impossible de prendre pour 
terme de comparaison l'intelligence d'un enfant normal 
dont le développement des diverses facultés est dans un 
rapport presque constant. 

Mais l'impossibilité théorique d'un tel parallèle saute aux 
yeux dès qu'on veut le réaliser, et l'on est frappé alors de 
la différence qui existe entre un enfant non encore complè- 
tement développé et un idiot même très éduqué. L'enfant 
a en germe toutes les facultés et le pouvoir de les dévelop- 
per. Elles surgissent spontanément à mesure que son cer- 
veau s'organise. Chez l'idiot, il faut aller les chercher au 
fond même de l'intelligence, et une fois qu'on est arrivé à 
les développer et à les façonner un peu, on doit appliquer 
tous ses efforts, non pas tant à les développer davantage 
qu'à les maintenir au degré où on les a amenées. L'enfant 
se meut spontanément, l'idiot est un automate qui se meut 
suivant l'impulsion qu'on lui donne. Un enfant peut com- 
prendre une chose et ne pas savoir la faire, un idiot peut 
la faire et ne pas la comprendre. Quand l'enfant sait faire 
une chose, c'est qu'il la comprend, et la preuve, c'est qu'il 
cherche à la modifier suivant les circonstances ou même 
par besoin de varier son activité. L'idiot fait automatique- 
ment les choses et s'arrête dès qu'il survient le moindre 
obstacle qu'il ne sail comment vaincre. Aussi, quoique les 
actes soient en apparence le meilleur critérium de l'intelli- 
gence et du sentiment chez les individus normaux, on arri- 
verait à des conclusions tout à fait erronées si on voulait 
juger d'après eux du degré d'idiotie. A notre sens, et après 
bien des essais, nous pensons donc que la comparaison de 



DIFFICULTÉ DE DESCRIPTION 5 

l'état psychologique des idiols avec celui des enfants nor- 
maux, ne saurait mener à aucun résultat intéressant et est 
même impraticable. 

Ce qu'on ne peut faire avec l'intelligence humaine, se- 
rait-il possible de le tenter avec l'intelligence des animaux, 
et de chercher dans la série animale un être dont le déve- 
loppement intellectuel fut l'équivalent de celui de telle ou 
telle variété d'idiots? Pas davantage. L'intelligence des ani- 
maux peut être aussi restreinte qu'on voudra, elle sera tou- 
jours normale dans son développement et comparable à elle- 
même. L'idiot est un monstre au point de vue psychologique 
comme il l'est souvent au point de vue physique, et les 
monstres ne sauraient comporter une description uniforme. 
Rien de ce qui est dans l'idiot n'est normal. Il n'y a pas 
seulement diminution dans la quantité, il y a modification 
dans la qualité des facultés. 

En somme, description d'ensemble impossible parce que 
les idiots forment un groupe très diversifié, description com- 
parative avec l'état psychologique des enfants normaux im- 
possible, non plus qu'avec l'intelligence des animaux, parce 
que l'idiot, même éduqué, est un être anormal qui n'a pas 
d'équivalent absolu au point de vue psychologique dans la 
série animale normale. 

Cette difficulté dans la manière de décrire l'état mental 
des idiots n'a rien qui doive surprendre, si on jette un re- 
gard sur celle qu'ont eue les auteurs à trouver une définition 
simple de l'idiotie et de l'imbécillité. L'énumération de 
quelques-unes des principales montrera combien l'abon- 
dance cache ici la pauvreté réelle. Peut-être serait il juste 
d'ajouter qu'il était bien difficile d'en donner une bonne. 



6 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

Aussi Séguin, qui, cependant, se vantait d'être le premier 
à avoir bien connu l'idiotie, et dont le livre, excellent pour 
tout ce qui concerne le traitement physique et moral, est 
une diatribe continuelle contre les médecins, n'a pas de 
peine à critiquer, avec une suffisance qui fait souvent 
sourire, toutes les définitions de ses prédécesseurs. Mais 
quand il en vient lui-même à en proposer une nouvelle, 
on est surpris de voir qu'elle ne vaut pas mieux que les 
autres. Il s'efforce de substituer aux définitions néga- 
tives, une définition positive en disant : l'idiotie est une 
intelligence mal servie par des organes imparfaits; mais il 
craint de n'être pas entendu, et il n'insiste pas, ce qu'il 
n'aurait pas manqué de faire, s'il avait cru dire juste. Du 
reste, la façon dont il comprend l'idiotie, et sur laquelle 
nous aurons à revenir à propos des symptômes psycholo- 
giques, est si singulière qu'elle dépare considérablement 
son étude médico-philosophique de l'idiotie. 

Lorsque des hommes compétents se sont heurtés à cette 
simple définition depuis près d'un siècle, il nous parait 
bien inutile d'insister et d'en proposer à notre tour une 
nouvelle, qui aurait toute chance de ne pas valoir mieux. 
Tout le monde se comprend quand on emploie le terme 
d'idiot, et c'est là le principal. On ne lui a pas donné de 
synonyme, et c'était le seul moyen de lui laisser sa clarté. 

Mais revenons à nos définitions de l'idiotie. 

Si l'idiotie était une affection une dans son essence, son 
histoire tiendrait dans sa définition. Si aucune définition 
n'est applicable à tous les cas, cela prouve qu'il n'y a pas 
une idiotie, mais qu'il y a seulement des idiots. Eh bien ! 
cette difficulté que l'on a de caractériser en peu de mots 
l'état de ces idiots, n'est rien à côté de celle qu'on rencontre 
à chercher des différences caractéristiques entre leurs dif- 



DEFINITIONS 7 

férenis types, et cela par cette seule raison que nous don- 
nions tout à l'heure, qu'il y a pour ainsi dire autant de 
types que d'idiots et que chaque idiot est un monstre parti- 
culier. 

Nous ne pouvons regarder comme définitions les appella- 
tions données par les anciens auteurs à l'idiotisme, comme 
on disait avant Esquirol, telles que : amentia de Sauvage, 
imbecillitas ingenii de Sagar; fatuitas îngenii de Vogel, 
morosisûe Linné, démence innée de Gullen et Fodéré, stu- 
piditas de Willis, etc. La première vraie définition semble 
être celle Pinel : abolition plus ou moins absolue soit des 
fonctions de l 'entendement , soit des affections du cœur, dé- 
finition qui peut aussi bien s'appliquer à la démence avec 
laquelle l'idiotie était du reste encore confondue à cette 
époque. 

Pour Esquirol *, c'est un état particulier dans lequel les 
facultés intellectuelles ne se sont jamais développées; dé- 
finition inexacte puisque l'idiotie est loin d'être toujours 
congénitale. i 

Belhomme 2 s'en rapproche beaucoup quand il dit que 
c'est un état constitutionnel dans lequel les fonctions intel- 
lectuelles ne se sont jamais développées. Et tous deux ajou- 
tent : ou n'ont pu se développer assez pour que l'idiot ait 
acquis les idées, les connaissances que l'éducation donne 
aux individus placés dans les mêmes conditions que lui. 

Ailleurs Belhomme définit l'idiotie proprement dite : un 
état dans lequel il y a oblitération des facultés affectives 
et intellectuelles, et l'imbécillité, un état dans lequel les fa- 
cultés ne se sont développées que jusqu'à un certain point, 
ce qui empêche les individus qui en sont atteints de s'élever 

1. Esquirol, Traité des maladies mentales. 

2. Belhomme, Essai sur l'Idiotie. 1824. 



8 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

au degré de développement intellectuel auquel parviennent 
ceux qui, placés dans les mêmes conditions, ont le même 
âge, le même sexe et' la même fortune. 

« Il est fâcheux, dit-il, de changer d'expression pour dé- 
signer les nuances d'une même maladie. Le mot idiotie au- 
quel on ajouterait l'épithète complète ou incomplète ne suf- 
firait-il pas? Cependant comme le terme imbécillité désigne 
bien limpuissance de l'esprit qui empêche l'homme de 
pouvoir penser, je le conserverai, quoique à regret. » Nous 
éprouvons moins de regret que lui, car pour nous, l'imbé- 
cillité, tout en se rapprochant sous beaucoup de rapports de 
l'idiotie, nous semble un état absolument distinct et dans ses 
manifestations et dans ses conséquences. 

L'idiotie, dit Séguin 1 , est une infirmité du système ner- 
veux qui a pour effet de sousfraire tout ou partie des or- 
ganes et des facultés de V enfant à V action de la volonté, 
qui le livre à ses instincts et le retranche du monde moral. 
L'idiotie semble, d'après cela, être la lésion, la cause et non 
l'effet. De plus cette définition est inexacte : les idiots pro- 
fonds, complets, n'ont absolument aucun instinct, et ce 
n'est en tout cas pas la perte de la volonté qui fait d'un en- 
fant un idiot, comme il le croit et l'affirme positivement. 
Ne dit-il pas en propres termes : « L'idiot jouit de l'exercice 
de toutes ses facultés intellectuelles, mais il ne veut les ap- 
pliquer que dans l'ordre des phénomènes concrets, et encore 
seulement à ceux des phénomènes concrets comme la tex- 
ture, la forme, la saveur, le goût, le son ou telle autre pro- 
priété particulière (et que souvent il apprécie seul) qui solli- 
citent en lui un désir, une manifestation de l'intelligence, 
de la vie? » En vérité, c'est là une étrange philosophie que 

\. Séguin, Traitement moral des idiots. 



DÉ PUNITIONS 9 

de considérer la volonté comme une chose distincte du 
reste de l'intelligence. Ainsi l'idiot pourrait à son gré ne 
pas l'être si sa volonté était assez forte! Pourquoi alors tout 
le traitement de l'idiotie ne consiste-t-il pas à développer 
cette volonté trop faible? L'idiot ne veut pas parce qu'il ne 
peut pas; il ne sent pas parce qu'il ne peut pas, et s'il ne 
peut pas, c'est que son cerveau est mal construit et insuffi- 
sant, qu'il est anormalement et incomplètement développé. 
Plus ce développement cérébral sera défectueux, plus l'idio- 
tie sera profonde, que ces défectuosités soient congénitales 
ou consécutives à une affection survenue après la nais- 
sance. 

Félix Voisin ' dans un mémoire peu connu sur l'idiotie 
chez les enfants, la définit ainsi : « Dans l'état actuel de la 
science, l'idiotie pourrait donc être définie : cet état parti- 
culier de V esprit dans lequel les instincts de conservation et 
de reproduction, les sentiments moraux et les pouvoirs 
intellectuels et perceptifs ne se sont jamais manifestés, ou 
cet état particulier dans lequel ces différentes virtualités 
de notre être, ensemble ou séparément, ne se sont qu im- 
parfaitement développées. » 

Au congrès annuel des médecins aliénistes allemands de 
1881 ! , M. Kind, au nom d'une commission composée de 
MM. Cramer, Guttstadt, Ideler, Koch et Koehler, a pro- 
posé la définition suivante : Sont appelés idiots tous les 
psychopathes privés partiellement ou complètement d'in- 
telligence ou de raison dès V accouchement ou dans la 
première enfance. MM. Guttstadt, Cramer, Ideler propo- 
sèrent d'appeler idiots tous les psychopathes qui, à la suite 
d'une affection cérébrale congénitale ou acquise dès les 

1. Félix Voisin, De l'idiotie chez les enfants. 1843. 

2. La question des idiots, Arch. neurologie, 1883, t. I, p. 395. 



10 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

premières années de la vie ne sont pas complètement sus- 
ceptibles d'éducation. 

Les autres définitions que donnent Griesinger, Dela- 
siauve, Dagonet, Luys, Ireland, etc., se rapprochent toutes 
plus ou moins de celles que nous venons de citer, aussi les 
passerons-nous sous silence. 

Pour nous, c'est une affection cérébrale chronique alésions 
variées, caractérisée par des troubles des fonctions intellec- 
tuelles, sensitives et motrices, pouvant aller jusqu'à leur 
abolition presque complète, et qui n'emprunte son carac- 
tère spécial, particulièrement en ce qui concerne les troubles 
intellectuels, qu'au jeune âge des sujets qu'elle frappe. 

Penser, agir, sentir, sont les trois modes de la fonction 
physiologique du cerveau. Les fonctions motrices sont 
dévolues à des territoires spéciaux assez bien déterminés ; 
des territoires analogues moins précis sont préposés aux 
fonctions sensitives. Quant à la pensée, on n'a pu la localiser 
nulle part jusqu'ici, quoiqu'il soit "Vraisemblable que les 
lobes frontaux y participent d'une façon plus spéciale. De 
fait, c'est à ce niveau que chez les déments et les idiots on 
trouve les lésions les plus marquées. Mais les processus 
pathologiques qui entraînent après eux l'idiotisme sont 
le plus souvent généralisés , aussi toutes les fonctions de 
l'organe sont-elles plus ou moins troublées, la motilité 
au même titre que l'intelligence et la sensibilité. Gela nous 
montre que dans les formes les plus graves de l'idiotie on 
ne saurait étudier séparément l'état mental et l'état phy- 
sique. Pour parier plus justement, c'est l'état cérébral qu'il 
faudrait dire, et aucune de ses manifestations fonctionnelles 
ne doit être négligée. Ce n'est qu'en nous élevant vers des 
degrés un peu supérieurs, où l'ensemble du cerveau n'est 
pas pris, que nous pourrons laisser de côté les troubles 



CLASSIFICATIONS H 

purement moteurs et sensitifs pour nous occuper exclusi- 
ment des fonctions intellectuelles. 

Commme on peut s'y attendre , les classifications des 
divers degrés de l'idiotie n'ont pas manqué. A l'inverse de 
ce que nous disions des définitions, elles se valent presque 
toutes entre elles, car avec une aussi grande variété de 
types, il était loisible aux esprits les plus ingénieux et les 
plus subtils d'établir autant de catégories qu'il leur plai- 
sait, et on doit leur savoir gré de n'avoir pas abusé de la 
latitude qui leur était laissée. Il ne sera pas inutile dépasser 
en revue ces diverses classifications qui jetteront peut-être 
un peu de lumière sur les principales caractéristiques de 
l'idiotie. 

Esquirol i se fondant sur l'état de la parole admettait 
dans l'idiotie et l'imbécillité cinq degrés. Dans le premier 
degré de l'imbécillité, la parole est libre et facile; dans le 
second degré, elle est moins facile, le vocabulaire est plus 
circonscrit. Dans le premier degré de l'idiotie proprement 
dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, des phrases très 
courtes ; les idiots du second degré n'articulent que des mo- 
nosyllabes ou quelques cris ; enfin dans le troisième degré, 
il n'y a ni paroles, ni phrases, ni mots, ni monosyllabes. 
Toutefois embrassant les choses à un point de vue plus géné- 
ral, il dit ailleurs: «Depuis l'homme qui jouit des facultés sen- 
sitives et intellectuelles, mais qui, faiblement organisé est 
placé dans le dernier degré de la vie intellectuelle et sociale, 
jusqu'à l'idiot, il y a des degrés innombrables. Qui pourrait 
signaler et décrire toutes les nuances de dégradation qui 
séparent l'homme qui pense de l'idiot qui n'a même pas 
d'instinct? Néanmoins, en étudiant les faits, on peut classer 

1. Esquirol, Loc. cit. 



12 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

les idiots en deux séries dans lesquelles ils se groupent tous. 
Dans la première, l'organisation est plus ou moins parfaite, 
les facultés sensitives et intellectuelles sont peu développées ; 
les imbéciles ont des sensations, des idées, de la mémoire, 
des affections, des passions et même des penchanls, mais à 
un faible degré. Ils sentent, ils pensent, ils parlent et sont 
susceptibles de quelque éducation. Dans la seconde série, 
l'organisation est incomplète, les sens sont à peine ébau- 
chés, la sensibilité, l'attention, la mémoire sont nulles ou 
presque nulles. Les idiots n'ont qu'un très petit nombre d'i- 
dées limitées, ainsi que leurs passions, aux besoins instinc- 
tifs qu'ils expriment par quelques gestes, par quelques mots, 
par quelques monosyllabes ou par des cris. La raison ne 
dirige point leurs actions qui, peu nombreuses, se répètent 
par habitude ou par imitation. » 

Cette dernière classification d'Esquirol est certainement in- 
suffisante. Les idiots de la première catégorie, qu'il appelle 
des imbéciles ne sont pas des imbéciles, au sens où on les 
comprend aujourd'hui, et représentent plutôt les idiotssim- 
ples, curables et éducables. La seconde catégorie comprend, 
elle, les idiols profonds, incurables. Restent donc les imbé- 
ciles proprement dits, dont il ne parle pas, ou plutôt qu'il 
confond, si l'on en juge par les observations qu'il cite, avec 
les idiots simples. 

Quant à prendre la parole pour base d'une classification 
des idiots et des imbéciles, c'est très contestable. Il s'en 
faut de beaucoup que la parole soit en rapport avec l'intel- 
ligence. De ce qu'un homme d'une intelligence normale 
parle facilement, tandis qu'un idiot profond ne parle pas du 
tout, il ne s'en suit pas que la parole soit la toise à laquelle 
se mesure l'intelligence des individus compris entre ces deux 
termes extrêmes. De même que chez les individus normaux 



CLASSIFICATIONS 13 

ce ne sont pas toujours ceux chez lesquels la parole est 
la plus brillante qui offrent des qualités d'esprit les plus 
solides, de même chez les idiots ce n'est pas non plus le 
seul critérium. Les microcéphales par exemple parlent eu 
général avec facilité, souvent même avec volubilité, tandis 
que les hydrocéphales parlent au contraire plus lentement, 
plus difficilement et sont moins bavards. Et cependant, à 
moins d'un degré très accentué, l'hydrocéphalie comporte 
souvent plus d'intelligence que la microcéphalie. La facilité 
de la parole ne tient pas seulement du reste à l'état des 
centres nerveux, elle tient aussi à l'état des organes qui la 
transmettent, lesquels sont, chez les idiots, comme beau- 
coup d'autres organes, plus ou moins défectueux. Nous ne 
saurions, pour notre part, nous baser sur le développement 
de la parole pour classer un idiot dans telle ou telle caté- 
gorie. 

Dubois d'Amiens i admet trois classes : dans la première 
sont ceux qui présentent le plus haut degré d'abrutissement 
et sont réduits à l'automatisme; dans la seconde sont les 
idiots qui ne possèdent que des instincts; enfin la troisième 
comprend ceux qui possèdent des instinc's et des détermi- 
nations raisonnables, c'est-à-dire les imbéciles. Cette divi- 
sion est acceptable, mais le terme d'instinct est trop vague 
et n'établit pas de limites assez précises entre les diverses 
catégories qu'il prétend séparer. 

Pinel s regarde l'idiotie comme une maladie de naissance 
ciractérisée par la nullité morale et intellectuelle, mais pré- 
sentant cependant trois variétés fort distinctes : 1° l'abru- 
tissement, état de dernière abjection humaine, où il n'y a 
• 

1. Dubois, Inductions philosophiques sur l'idiotisme et la démence 
M -m. Acad. de méd. 1837. 

2. Pinel, Traité philosophique de l'aliénation mentale. 



14 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

ni sensations, ni sentiments de besoins physiques; 2° la 
stupidité, où l'on trouve quelques perceptions et au moins 
quelques sentiments de besoins physiques; 3° la bêtise, se 
distinguant des deux états précédents par quelques frag- 
ments d'intelligence, et notamment par la possibilité de 
parler. 

Quant à l'imbécillité, elle a un caractère inverse, c'est-à- 
dire qu'elle affecte des individus qui ont eu leur raison et 
qu'elle va toujours en s'aggravant. 

Les deux premières catégories n'ont guère lieu d'être 
séparées, et correspondent à la première classe de Dubois 
d'Amiens ; la troisième, insuffisamment désignée sous le 
nom de bêtise, correspond à l'idiotie simple, à la seconde 
classe de Dubois d'Amiens; enfin ce qu'il désigne sous le 
nom d'imbécillité, c'est la démence, car l'imbécillité est 
tout aussi congénitale que l'idiotie, et ne va pas forcément 
en s'aggravant. 

Henke admet trois catégories : stupidité, imbécillité, bê- 
tise, qui paraissent correspondre a l'idiotie profonde, incu- 
rable, à l'idiotie simple curable, et à l'imbécillité. 

Spielmann admet trois degrés aussi : les idiots apathiques, 
les stupides et les imbéciles. 

Hoffbauer en admet cinq variétés. 

Morel ' fait trois degrés : le simple d'esprit, l'imbécile et 
l'idiot. L'étendue des facultés intellectuelles et surtout du 
langage forme la base de cette classificalion. Remarquons 
que la première catégorie des simples d'esprit constitue ce 
qu'on appelle aujourd'hui les débiles qui sont de simples 
dégénérés et ne rentrent pas dans notre cadre. Quant à 
l'idiot, il présente évidemment plus d'une variété. 

Belhomme 2 critiquant la division de Dubois d'Amiens, 

i. Morel, Traité des mal. mentales. 
2 Belhomme, loc. cit. 



CLASSIFICATIONS 15 

dit : « Il est évident que ce cadre est trop rétréci et ne donne 
pas toutes les nuances de l'idiotie. En effet, prenons la 
première classe de M. Dubois d'Amiens. Dans celle-ci se 
rangeraient l'idiot complet et l'idiot incomplet. Le premier 
n'a pas même le sentiment de sa conservation : on est obligé 
de le nourrir, sinon il mourrait de faim; le second con- 
serve encore le sentiment très limité de son existence et 
mange comme une brute, voilà tout. Il en sera de même 
pour les imbéciles. Il est une nuance, celle dans laquelle 
l'individu n'obéit qu'à ses instincts, au besoin des organes 
et à l'habitude; mais il n'y a rien d'intellectuel. A un degré 
supérieur, il y a quelque acte intellectuel; l'imbécile est 
susceptible d'actes manuels que l'éducation peut perfec- 
tionner. Enfin le premier degré d'imbécillité est celui dans 
lequel l'individu agit et raisonne comme tout le monde, est 
éducable, mais ne peut arriver au degré intellectuel auquel 
parviennent le commun des hommes. Ces cinq catégories 
me paraissent donc essentielles à admettre et je maintiens 
encore aujourd'hui cette classification comme importante à 
l'explication de l'idiotie. Il me paraît d'ailleurs nécessaire 
de bien limiter les nuances où il y a chance d'éducation, si 
l'on veut fructueusement appliquer les principes du dévelop- 
pement intellectuel, car ce serait en vain que l'on voudrait 
faire naître ce qui n'existe pas. » 

Félix Voisin ' donne les divisions suivantes : 
« l re Catégorie. — Idiotie complèle, rarement abrutisse- 
ment complet. Aucune force interne ne les sollicite à l'ac- 
tion, et aucune impression du dehors ne vient leur commu- 
niquer la vie. Tout se réduit à une existence végétative. La 
respiration et la digestion sont les deux seules fonctions ap- 

1. Félix Voisin, loc. cil. 



16 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

parentes. Rien de ce qui peut donner une idée de l'animal 
ou de l'homme n'apparaît chez aucun d'eux. 

« 2 e Catégorie. — Dans la seconde je crois devoir placer 
les idiots moins maliraités par la nature, mais cependant 
singulièrement dangereux pour eux-mêmes et pour la so- 
ciété : ce sont ceux dont les penchants inférieurs sont com- 
plètement et fortement développés, tandis que les facultés 
intellectuelles et les sentiments moraux sont à peine ébau- 
chés dans leur constitution. Je veux parler de l'idiotie qui 
atteint partiellement l'ensemble de nos facultés. Je m'ex- 
plique par la simple exposition, traduction et interprétation 
des faits que j'ai chaque jour sous les yeux. Ainsi l'idiot de 
cette espèce aura les penchants conservateurs de l'espèce 
humaine, mais il ne les aura pas tous; un, deux ou trois 
lui feront défaut. Il possédera également les sentiments mo- 
raux, mais l'un ou l'autre de ses attributs supérieurs man- 
quera dans sa tète. Il se fera remarquer aussi par ses facul- 
tés intellectuelles et perceptives; mais le nombre n'en sera 
pas complet et on ne pourra non plus le placer, sous ce der- 
nier rapport, au niveau d'une organisation commune. Son 
idiotie, regardée jusqu'à présent d'une manière si vague, si 
banale et si générale, se compose donc d'idioties partielles 
qui le frappent dans chaque ordre de ses facultés. Ce sont 
particulièrement ces idiots qui, sous le rapport des facultés 
de tout ordre qui leur restent, peuvent aisément succomber 
aux excitations extérieures et peuvent aisément aussi ré- 
pondre à l'instruction et à l'éducation qu'on leur donne, 
toujours néanmoins dans la mesure de leur capacité natu- 
relle, car l'éducation et l'instruction ne créent pas les facul- 
tés fortes ou faibles, il faut qu'elles existent pour que les 
instituteurs puissent, à force de patience et de soins, en 
tirer le parti le plus avantageux à l'individu comme à l'ordre 
social. 



CLASSIFICATIONS 17 

« 3 e Catégorie. — Enfin, au-dessus de ces idiots, s'en 
trouvent quelques autres qui se rapprochent davantage en- 
core de lhomme ordinaire, quoique bien ostensiblement 
privés de quelques facultés supérieures (comparaison et cau- 
salité). Leurs sensations fugitives, leurs sentiments vagues, 
leurs penchants indéterminés, la marche irrégulière de leurs 
idées, la facilité avec laquelle ils s'excitent, leur parler en 
phrases hachées ou par substantifs et par verbes lorsqu'ils 
éprouvent diverses émotions, tout fait également sentir 
pour eux la nécessité d'une instruction et d'une éducation 
spéciales. Ces sujets, que l'on désigne ordinairement dans le 
monde sous le nom d'imbéciles, doivent autant que possible 
être mis dans l'impossibilité de nuire ou de compromettre 
l'état social. » 

Quoique un peu long, nous avons tenu à donner ce pas- 
sage en son entier, car celui qui l'a écrit est, à notre sens, 
un des hommes qui ont eu les vues les plus justes sur 
l'idiotie et l'imbécillité. 

Griesinger ' admet deux degrés seulement : 1° les cas graves 
dans lesquels l'intelligence est nulle; 2° les cas légers où il 
y a simplement faiblesse intellectuelle. Classification évi- 
demment insuffisante. Toutefois, dans un autre passage de 
son livre, il dit : « Dans tous les cas d'idiotie, on peut facile- 
ment distinguer deux formes fondamentales qui, à leurs 
degrés extrêmes, diffèrent essentiellement entre elles, mais 
qu'il est souvent assez difficile de préciser quand la dégéné- 
rescence est peu profonde. Ce sont la forme apathique (tor- 
pide, stupide), et la forme agitée, versatile». Cette subdivi- 
sion, basée sur une observation clinique parfaitement exacte 
ne saurait cependant suffire pour une classification générale 

1. Griesinger, Traite des mal. mentales. 



48 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

puisqu'elle s'applique à chacun des divers degrés de l'idiotie. 
Séguin J critiquant la manie des classifications, renonce à 
en faire une nouvelle après toutes celles qui existent déjà. 
Il se borne à différencier les idiots des arriérés, des imbé- 
ciles, des crétins et des déments. Quant à l'imbécillité, il ne 
considère que celle qui est « consécutive à un état du cerveau 
dont les causes les plus fréquentes sont : 1° la manie solitaire; 
2° l'excès de travail intellectuel, avant et pendant l'épanouis- 
sement de la puberté; 3* les affections aiguës de l'encéphale 
et les maladies de l'intestin qui réagissent sur le cerveau ; 
4° une chute ou un coup violent sur la tête et en particulier 
dans les régions antérieures et supérieures pendant les an- 
nées qui précèdent la puberté ». Séguin fait allusion seule- 
ment aux cas d'imbécillité symptômaiique, et laisse ainsi 
complètement de côté l'imbécillité congénitale ou même con- 
sécutive à des affections cérébrales de la première enfance, 
qui, suivant leur degré d'intensité, laissent derrière elles de 
l'imbécillité, de l'idiotie simple ou de l'idiotie profonde. 

M. Dagonet* distingue quatre degrés : 1° simplicité d'esprit ; 
2° imbécillité d'Esquirol; 3° idiotie proprement dite d'Esqui- 
rol; 4° automatisme de Dubois d'Amiens. Les simples d'es- 
prit ne rentrent pas dans notre cadre. Quant aux trois autres 
catégories, elles se rapprochent absolument de la division de 
Dubois d'Amiens. 

Ireland 3 approuve la classification d'Esquirol, mais ne la 
suit pas, et divise les idiots d'après leurs manifestations 
mentales, de la manière suivante : «1° ceux qui peuvent rece- 
voir des impressions sensorielles, qui ont des sensations qui 
ne peuvent aboutir à des perceptions. Ils possèdent seulement 

1. Séguin, loc. cit. 

2. Dagonet, Traité des mal. mentales. 

3. Ireland, Traité de l'idiotie et de l'imbécillité. 



CLASSIFICATIONS !<J 

l'intelligence passive d'Aristote; 2° ceux qui ont aussi le pou- 
voir de comparer, de raisonner et de tirer des conclusions 
générales ; qui ont une intelligence active ; 3° ceux qui 
peuvent former des idées abstraites. Cette classe comprend 
tous les plus hauts degrés de l'idiotie et demanderait sans 
doute une subdivision plus détaillée. » 

Il trouve qu'un bon moyen déjuger les idiots, c'est de les 
comparer à des enfants ordinaires d'un âge donné, opinion 
que nous avons essayé plus haut de combattre. « L'idiotie, 
dit-il, peut être considérée en somme, dans ses manifesta- 
tions mentales, comme une condition infantile définitive. Les 
idiots restent toute leur vie des enfants comme intelligence, 
souvent aussi comme sentiments et comme désirs. » 

Schùle * s'exprime ainsi : « On peut chercher à classer les 
différents cas d'idiotie : 1° au point de vue de la physiologie 
clinique; 2° en formant des familles naturelles, d'après 
l'ensemble des signes psychiques, physiques et crâniolo- 
giques. Une classification étiologique permettant de séparer 
nettement les différents cas serait ici artificielle et prémar 
turée, comme pour les autres cérébro-psychoses; mais les 
considérations étiologiques servent à distinguer certaines 
variétés. On ne peut pas non plus baser une classification 
sur le langage, car on n'a pas seulement affaire chez les 
idiots à des troubles intellectuels». Il distingue : 1° l'idiotie 
absolue; et 2° l'imbécillité. Il divise ensuite celle-ci en: pro- 
fonde, non susceptible d'éducation (idiotie); imbécillité de 
degré moyen et léger. Enfin il distingue dans ces dernières 
catégories les types cliniques suivants : 1° imbécillité simple 
avec apathie; 2° imbécillité avec délire ambitieux; 3° imbé- 
cillité avec crétinisme ; imbécillité avec aphasie ; 5o moral 

1. Schiile, Traité des mal. mentales. 



20 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

insanity; 6° imbécillité hébéphrénique. Il admet en somme 
trois grande classes : idiotie absolue, idiotie simple ou imbé- 
cillité profonde et imbécillité proprement dite. 

C'est la division fondamentale à laquelle de près ou de 
loin se rattachent toutes les autres classifications. Nous ne 
parlons pas, bien entendu, de celle de M. Bourneville, qui 
est faile au point de vue spécial de l'anatomie pathologique 
et qui, par suite, ne trouve pas sa place ici où nous cher- 
chons avant tout une classification symptômatique. 

C'est également à la division en trois catégories: 1° idiotie 
absolue; 2° idiotie simple; 3° imbécillité, que nous nous 
rallions de préférence, sans préjuger de la base sur laquelle 
les différents auteurs s'appuient pour l'établir, et qui, pour 
les uns, est le langage, pour d'autres les inslincts, ou encore 
l'état de l'ensemble des facultés. Pour nous, avant de prendre 
un point d'appui définitif, nous devons chercher quelle est 
la clef de voûte du développement intellectuel. Nous pensons 
la trouver dans l'attention, et dès maintenant, nous distin- 
guerons ainsi nos trois catégories : 

1° Idiotie absolue: absence complète et impossibilité de 
l'attention. 

2° Idiotie simple : faiblesse et difficulté de V attention. 

3 Imbécillité : instabilité de V attention. 

Nons nous proposons de justifier cette division et la base 
sur laquelle elle repose lorsque nous ferons l'étude de l'at- 
tenlion elle-même. 



CHAPITRE II 

MÉTHODES DESCRIPTIVES 



SOMMAIRE. — Plans d'analyse psychologique de Félix Voisin et de 
Séguin. — Caractéristiques de l'idiotie d'après Séguin. — Impor- 
tance de l'attention dans le développement psychique. — Plan 
suivi dans cette étude psychologique. 

Nous avons vu dans le chapitre précédent la difficulté 
que présentait à étudier la psychologie des idiots et des im- 
béciles. Nous avons montré combien les auteurs s'enten- 
daient peu sur les définitions mêmes de l'idiotie et de l'im- 
bécillité, et combien leur classification des différentes ca- 
tégories de ces dégénérés étaient vagues ou arbitraires, ce 
qui tient surtout à ce qu'ils ont moins cherché à prendre 
une base fixe pour la différenciation des divers groupes, 
qu'à comparer l'ensemble des manifestations, essai rendu 
impossible par la multiplicité de leurs combinaisons. La des- 
cription détaillée des idiots et des imbéciles devait donc, à 
plus forte raison, être très imparfaite, et c'est à peine en 
efïet, si certains auteurs ont indiqué, dans des sortes de ta- 
bleaux synoptiques, l'état intellectuel des idiots, tableaux 
qui indiquent plutôt la marche à suivre dans l'étude, que 
le résumé de cette étude elle-même. 



22 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

Avant de donner la méthode à laquelle nous avons cru 
devoir nous arrêter, nous tenons à montrer ici les méthodes 
des auteurs qui nous ont précédé. Nous ne nous attarderons 
pas à la façon la plus commune dont on dépeint les idiots 
en se bornant purement et simplement à étendre un peu 
quelques observations, et nous rapporterons les deux plans 
de Félix Voisin et de Séguin, qui sont les meilleurs en la 
matière. 

Voici d : abord l'analyse psychologique de l'entendement 
humain chez les idiots, d'après F. Voisin : 

EX AMEN DE LEUR ÉTAT INSTINCTIF, MORAL, INTELLECTUEL 

ET PERCEPTIF 

Nom et âge du sujet; 

Son tempérament; 

Ses habitudes extérieures; 

Appréciation des fonctions de la vie organique. 

FACULTÉS DE CONSERVATION ET DE REPRODUCTION 

PENCHANTS 

/ L'enfant a-t-il un appétit voraee? 
Besoins instinc- 1 Mange-t-il comme tout le monde, ou dé- 
tifsd ali merda- ( vore-t^il ses aliments comme un animal? 
tion. i Mange-t-il ses ongles, du boi?, de la terre, 

des ordures, etc.? 



Érotismc. 



f L'enfant présente-l-il des idées positives 
) à l'érotisme? Les manifestations que l'on ob- 
serve tiennent-elles à des habitudes vicieuses 
qu'il aurait contractées dès l'enfance? 



i. Félix Voisin, loc. cit. 



ÉTUDE DES SENTIMENTS 



23 



Attachement. 
Amitié. 



Puissance de ré- 
action . — Cou- 
rage . 



Instincts de 
détruire. 



Instinct de ruse. 



Dextérité ma- 
nuelle. — Ha- 
bileté manuelle. 
— Disposition 
à construire, à 
tailler, modeler 
des objets. 



L'enfant a-t-il un caractère affectueux? 
A-t-il au contraire des tendances à vivre soli- 
taire? 

Quelles sont les dispositions de l'enfant à 
cet égard? Est-il querelleur, hargneux, diffi- 
cile à vivre? Est-il au contraire facile à vivre? 
Est-il au contraire pacifique, timide ou peu-, 
reux? 

L'enfant est-il violent, a-t-il des dispositions 
à casser, briser, déchirer, brûler les objets? 
Se montre-l-il cruel dans ses jeux avec ses 
camarades? Le voit-on tourmenter les ani- 
maux? Se montre-t-il sous des dehors tout 
à fait différents? 

L'enfant est-il hypocrite, menteur? A-t-il 
de l'argutie ?Cherche-t-il le subterfuge? Est- 
il au contraire trop simple, trop candide et 
trop franc? 

L'enfant a-t-il des dispositions pour les 
arts mécaniques? Est-il habile, adroit et 
prompt dans ses évolutions? ou n'est-on 
point à chaque instant témoin de sa mala- 
dresse? 



Estime de soi. 
Orgueil. 



SENTIMENTS MORAUX 

L'enfant a-t-il bonne opinion de lui-même? 
A-t-il l'amour de la domination? le désir de 
la puissance? Se fait-il remarquer par de la 
présomption, de l'insolence, du mépris? Il 
n'est pas besoin de dire qu'il faut ici comme 
ailleurs savoir s'il ne présente pas le contre- 
pied de ces dispositions. 



24 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 



Vanité. — Désir 
de plaire. 



Prudence et cir- 
conspection. 



Bonté. — Charité. 
— Bienveillance. 



Sentiment du jus- 
te, de l'injuste. 

— Conscience. 

— Justice. 



Sentiments de l'es- 
pérance. 



Esprit de saillie. 
— Gaieté. 



Sentiments d'imi- 
tation. 



L'enfant aime-t-il les flatteries et les com- 
pliments? Recherche-t-ilia parure, à se faire 
remarquer même par de mauvais moyens? 
Est-il au contraire tout à fait insensible à l'ap- 
probation de ses semblables? 

L'enfant a-t-il de l'incertitude, de l'inquié- 
tude et de l'irrésolution dans la tête? N'a-il 
pas une teinte de mélancolie dans le carac- 
tère? ou bien agit-il dans toutes circons- 
tances comme un étourdi? 

L'enfant se fait-il remarquer par sa dou- 
ceur ou sa méchanceté ? Le voit-on s'atten- 
drir avec facilité? Monlre-t-il dans sa conduite 
habituelle de l'opiniâtreté, de l'obstination, 
de l'entêtement? A-t-il l'esprit séditieux? 
A-t-il nu contraire le caractère inconstant, 
changeant, variable, incertain? 

L'enfant désire-t-il etclierche-t-illa vérité? 
Se révolte-t-il contre l'iniquité, s'exagère-t-il 
ses torts? La conscience au contraire est-elle 
muette dans sa constitution, néglige-t-il ses 
devoirs? 

L'enfant a-t-il l'esprit aventureux? Forrne- 
t-il incessamment des projets chimériques? 
Voit-il tout en beau? Vit-il au contraire dans 
le découragement et sans foi dans l'avenir? 

L'enfant a-t-ii une humeur gaie? A-t-il de 
la tendance à saisir le côté plaisant des 
choses? Cherche-t-il à faire rire? Est-il rail- 
leur, ironique? A-t-il au contraire le carac- 
tère sérieux? 

L'enfant a-t-il de l'inclination à imiter ce 
qu'il voit faire autour de lui? N'a-t-il aucune 
tendance au contraire à répéter les actes dont 
il est le témoin, à s'harmoniser par cela 
même avec ses semblables ? 



ETUDE DES SENS 25 

SENS EXTÉRIEURS 

Y a-t-il strabisme? y a-t-il rotation spas- 
modique du globe oculaire dans l'orbite? 
Vue. / L'enfant est-il affecté de myopie , de presby- 

tie? La cécité ferme le monde extérieur à 
l'idiot et le rend incurable. 

Le goût est-il dépravé? Montre-t-il des 

Goût. ^ préférences pour les saveurs fortes ou douces, 

aigres ou sucrées, suaves ou nauséabondes? 

Notions du froid et du chaud, du sec et de 
l'humide, du doux et du rude, etc.? On 
Toucher. <J connaît toute l'importance de ce sens vérifi- 
cateur pour la connaissance des objets exté- 
rieurs. 

Le sens de l'ouïe mérite particulièrement 

de fixer l'attention. C'est le sens qui peut re- 

Audition. ^ muer le plus profondément l'âme humaine. 

S'il y a surdité, l'idiotie n'offre pas la moindre 

chance d'amélioration. 

L'activité dont ce sens jouit chez les sau- 
Odorat, \ vages prouve tout le parti qu'on en peut tirer 

dans l'éducation des idiots. 

ÉDUCATION DES SENS 

On ne saurait croire combien il y a à faire sous ce rapport 
dans notre éducation publique et particulière. Dans les jeux 
de la première enfance, on trouverait, en les organisant 
bien, des ressources précieuses. Les philantropes du xvm e 
siècle avaient déjà fixé l'attenlion sur ce point, mais il faut 
y revenir aujourd'hui. 

Mouvements vo- ( 

, . . Station, marche, course, sauts, jets. 

lontaires. f ' ' ' J 



26 



PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 



Mouvements 
involontaires. 



Conformation des ( 
organes de la 



parole. 



Sommeil. 



Aptitude à Védu- v 
cation. — Indi- < 
vidualité. I 

Faculté de dessin. 
— Configura . 
lion. 



Faculté d'étendue. 



Faculté de coloris. 



Localité. 



Calcul. 



Ordre. 



Mémoire des faits. 



Se balance-t-il d'un côté à l'autre, ou d'a- 
vant en arrière? Est-il affecté de la danse de 
Saint-Guy (chorée) ou de quelque autre tic 
nerveux? 

Parle-t-il? 

Quels soût les vices de la voix on de la pa- 
role? 

Le sommeil est-il profond et réparateur? 
Est-il léger? L/en!'ant se réveille- t-il en sur- 
saut? A- t-il souvent des rêves ou des cau- 
chemars ? 

L'enfant prend-il aisément connaissance 
des objets extérieurs et de leur existence in- 
dividuelle? Connaît-il ses lettres, sait-il épeler, 
sait-il lire, sait-il écrire? 

L'enfant présente-t-il quelques dispositions 
sous ce point de vue? Saisit-il bien la forme 
des objets? 

L'enfant présente-t-il sous ce rapport quel- 
ques-unes des dispositions saillantes que l'on 
remarque chez les géomètres, les architectes 
et les entrepreneurs? 

L'enfant perçoit-il les rapports des couleurs 
entre elles? Est-il sensible à leur harmonie 
et à leur inharmonie? 

L'enfant aime-t-il à se déplacer, à changer 
de localité? Garde-t-il la mémoire des lieux 
qu'il a visités? 

Quelles sont sous ce rapport les aptitudes 
de l'enfant? 

L'enfant se fait-il remarquer par la force 
ou la faiblesse de cette faculté? 

Examiner quelle est son activité chez l'en- 
fant? 



ÉTUDE DE L'INTELLIGENCE 27 

Musique. i Quelles sont à ce sujet ses dispositions? 

Langage et mê~ i Étudier également à ce sujet les perfections 
moire des mots. \ et les imperfections de la nature? 



I. — FACULTÉS INTELLECTUELLES OU RÉFLÉCHIES 

Ces facultés se composent de la comparaison et de la 
causalité. Elles sont ordinairement faibles chez les idiots ; 
tout le succès de l'éducation qu'on peut donner à ces mal- 
heureux dépend particulièrement du développement que 
Ton fait acquérir à ces deux attributs supérieurs de l'âme 
humaine. 

Pour prendre le langage habituel de l'école, ce serait ici 
le lieu de multiplier les questions relatives au degré d'atten- 
tion dont chaque enfant est susceptible, savoir, par exemple, 
s'il lui est possible d'embrasser plusieurs objets à la fois, et 
s'il peut surtout s'élever jusqu'à la notion des phénomènes 
qui sont à la fois abstraits et concrets, etc., et on croit devoir 
retrancher tous ces détails du cadre général dans l'intention 
où l'on est de la consigner avec le plus grand soin dans la 
biographie de chacun des idiots. 

Séguin 1 trace un cadre monographique de l'idiotie, qui 
n'est pas sans analogie avec le précédent. 

Portrait. 

Age. 

Se^e. 

Tempérament, santé. 

Maladies, infirmités accessoires. 

Configuration détaillée du crâne. 

1. Séguin, loc. cit. 



28 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

Configuration de la face. 
Rapport proportionnel du crâne et de la face. 
Inégalité des deux côtés du crâne et de la face. 
Cheveux, peau. 

Rapport proportionnel du tronc et des membres. 
Habitude générale du corps. 
Habitude de la tête. 
Habitude du tronc. 
Habitude des membres inférieurs. 
Habitude des membres supérieurs. 
Habitude du poignet, de la main et des doigts. 
Configuration des organes de la parole et ses rapports possibles 
avec le développement des organes de la génération. Dentition. 
Configuration thoracique. 
État de la colonne vertébrale. 
État de l'abdomen. 

II. — ÉTAT PHYSIOLOGIQUE 

DE L'ACTIVITÉ GÉNÉRALE ET APPLICABLE 

État apparent du système nerveux. 

De l'irritabilité générale du système nerveux. 

De l'irritabilité spéciale de certains appareils nerveux. 

Des pleurs, cris, chants, bourdonnement etdu changement que 
certains irritants comme le froid, la chaleur, l'électricité, les odeurs 
etc., impriment à l'irritabilité et à la sensibilité générales ou spé- 
ciales. 

État probable du cerveau. 

— de la moelle épinière. 

— des nerfs organiques. 

— des nerfs sensitifs. 

— des nerfs moteurs. 

Différence d'action entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs. 

Inégalité d'action des nerfs moteurs et sensitifs des deux côtés 
du corps. 

Des appareils musculaires, des rétractions musculaires et de 
l'état des sphincters en particulier. 

Des mouvements musculaires. 



ÉTUDE PHYSIOLOGIQUE 29 

Des mouvements volontaires. 

Des mouvements automatiques qui dépendent de l'état du grand 
sympathique. 

Des mouvements automatiques qui dépendent de l'état des or- 
ganes centraux. 

Des mouvements spasmodiques, du balancement. 

Des mouvements coordonnés ou désordonnés. 

Des flexions articulaires volontaires. 

De la locomotion. 

De la station, assis, couché," debout. 

De la marche, de monter et de descendre. 

De la course. 

Du faut. 

De la préhension des corps. 

Du jet des corps. • 

De la réception des corps. 

Du lancement des corps. 

De s'habiller, de manger seul. 

Du tact. 

Du goût. 

De l'odorat. 

De l'audition. 

Du regard. 

De l'érectilité. 

De la voix, des voix anormales. 

De la parole. 

Des fonctions assimilatoires. 

Des appétits désordonnés. 

De la préhension des aliments. 

De la mastication. 

De la déglutition. 

De la digestion. 

Des déjections alvines et urinaires, volontaires ou involontaires, 
des excrétions, salive, mucus nasal, larmes, humeur sébacée, 
sueurs, transpiration, etc. 

Du pouls. 

De la respiration. 

Du sommeil. 



30 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

III. —ÉTAT PSYCHOLOGIQUE 

De l'attention. ' 

De la perception. 

De la perception intellectuelle. 

De la comparaison. 

Du jugement. 

De la réflexion. 

De la déduction. 

De la combinaison. 

De l'invention. 

Et jusqu'à quel point les opérations intellectuelles, quand elles 
existent, s'appliquent-elles aux phénomènes concrets, mixtes, c'est 
à-dire concrets et abstraits et aux idées de l'ordre moral? 

Les notions des propriétés physiques des corps, comme la cou- 
leur, la forme, la dimension, l'agencement des parties pour former 
un tout, sont-elles perçues ? 

Les idées générales de temps, d'espace, de mesures conven- 
tionnelles, de valeur relative, intrinsèque ou arbitraire, sont-elles 
comprises et sont-elles appliquées à la vie réelle? 

Les connaissances vulgaires, telles que lettres, leeture, écriture 
dessin, calcul, ont-elles ou non été données au sujet, et peuvent- 
elles l'être dans son état présent? 

L'aptitude à la musique et au calcul, le goût du chant ou le be- 
soin irrésistible de chanter se sont-ils naturellement produits? 

Des mémoires diverses. 

De la prévision, de la prévoyance. 

IV. — ÉTAT INSTINCTIF ET MORAL 

De l'instinct de conservation personnelle. 

Des instincts d'ordre, de rangement, de conservation ou de des- 
truction des choses. 

De l'aggressivité, de la cruauté. 

De l'instinct d'assimilation, de possession. 

L'enfant est-il obéissant ou révolté, respectueux ou moqueur, 
affectueux ou antipathique, câlin ou caressant, reconnaissant, 
jaloux, gai ou triste, vaniteux ou indifférent, courageux ou peu- 



ÉTUDE PSYCHOLOGIE 31 

reux, timide ou osé, circonspect ou étourdi, crédule ou méfiant, 
joueur ou imitateur? 

L'enfant a-t-il le sentiment du bien et du mal abstraits? ou seu- 
lement par rapport à un petit nombre d'actes qui lui sont relatifs? 

L'enfant est-il spontané, a-t-il la volonté active, cette volonté 
qui est la cause initiale de tous les actes humains ayant un effet 
intellectuel ou social? 

L'enfant a-t-il seulement la volonté négative qui est toute en- 
tière au service des instincts et proteste avec une suprême énergie 
contre toute volonté étrangère tendant à faire pénétrer l'idiot dans 
l'ordre des phénomènes sociaux ou abstraits. 

Enfin jusqu'à quel point l'idiot est-il idiot, solitaire, seul, en 
d'autres termes, sous quels rapports et dans quelles limites l'idiot 
a-t-il franchi la limite de son moi pour entrer en communication 
physique, instinctive, intellectuelle et morale avec les phénomènes 
qui l'ont entouré? 



V. — ETIOLOG1E 

(Nous n'avons pas à insister sur ce chapitre pour l'étude 
qui nous occupe). 

Notre but n'étant pas de faire de la critique, nous ne nous 
attarderons pas à montrer ce qu'il peut y avoir d'artificiel 
dans l'ordre de ces deux cadres, nous voulons seulement 
faire observer que, fort utiles sans doute pour étudier le 
caractère d'un idiot pris en particulier, ils ne sauraient 
nous donner la marche à suivre pour connaître la psycho- 
logie générale de l'idiotie, pour montrer quelle est sa carac- 
téristique. 

Cette psychologie générale a cependant été ébauchée par 
Séguin, qui y consacre trois pages à peine et arrive à cette 
singulière conception de montrer tout ce que l'idiot n'est pas, 
et en fait une description en quelque sorte négative, au lieu 



32 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

d'en donner un portrait positif et d'indiquer tout ce qu'on 
rencontre chez lui d'anormal, et à quel développement s'y 
voit ce qui est normal. 

Ses conclusions ne sont cependant pas dénuées d'intérêt, 
et cette psychologie à rebours nous montre certains points 
qui servent à faire ressortir la différence de l'idiot et de 
l'homme normal. Pour Séguin, c'est dans la volonté qu'il faut 
chercher la caractéristique de l'idiot. Nous avons déjà dit ce 
que nous pensions de cette opinion. Nous y reviendrons 
tout à l'heure ; mais qu'il nous soit permis d'abord de citer 
tout au long le passage de Séguin. 

« Ce qui manque à l'idiot, ce n'est donc : 

«l°Nila perception distincte, car il en fait preuve quand 
il distingue du pain d'avec tout autre objet, etc., etc.; 

« 2° Ni la sensation interne, quand il savoure ou rejette un 
aliment, ferme les yeux à la vue d'un objet, ou écoute avec 
plaisir de la musique; 

«3° Ni la sensation externe, quand il se brûle, a froid, 
chaud, et éprouve des sensations correspondantes aux modi- 
fications qu'impriment les principaux modificateurs externes 
de l'état d'être humain; 

« 4° Ni l'attention, quand il fixe son esprit et ses désirs 
sur les choses ou sur la seule chose qui lui soient agréables ; 

« 5° Ni la comparaison, ni le jugement, quand il compare 
et choisit entre plusieurs objets celui qui lui plaît le mieux; 

ce 6° Ni l'entendement propre, quand il subit l'influence 
morale des paroles douces ou sévères qui s'adressent à lui ; 

ce 7° Ni la prévoyance pour ses besoins, car si limitée qu'on 
la suppose, elle est réelle et pousse son esprit peu hâtif à la 
satisfaire; 

« 8* Ni les appétits, car ils ne sont ni moins impérieux ni 
moins exigeants que les nôtres, quoique moins nombreux, 



ABSENCE DE VOLONTÉ 33 

et pour leur pâture, l'idiot (s'il n'est perclus) est capable de 
tonrner ou de renverser tous les obstacles avec une patience 
et une ingéniosité qui semblent tenir du prodige, eu égard 
à son état; 

« 9° Ni les goûts qui, fussent-ils bornés au désir de déchirer 
de la toile, de lécher une faïence, etc., occupent aussi assi- 
dûment son esprit que le goût du tabac, de la danse, de l'i- 
vrognerie, du jeu, occupent les esprits les mieux faits; 

« 10° Ni ses désirs qui veulent être satisfaits, comme son 
unique désir, le nombre n'y fait rien, non plus que ses répu- 
gnances ; 

« 11° Ni ses affections et antipathies personnelles, qui se 
prononcent enfin dès qu'il vit dans un milieu propre à les 
exercer ; 

« 12° Ni sa volonté même qui existe dans la limite négative 
que je marquerai. 

« Donc ses instincts sont bornés, mais impérieux; ses 
sensations déterminent en lui l'exercice de l'attention, de la 
comparaison, du jugement, de la mémoire, de la prévision, de 
la volonté; il fait acte en un mot de toutes les facultés dites 
intellectuelles, et pourtant il est idiot. 

« Que lui manque-t-il donc intellectuellement pour res- 
sembler à tout le monde ? 

« Il ne lui manque aucune faculté intellectuelle, mais il 
n'a pas la liberté nécessaire pour appliquer ses facultés dites 
intellectuelles à l'ordre des phénomènes moraux et abstraits; 
il lui manque la synergie, la spontanéité d'où jaillit la vo- 
lonté morale. 

« L'idiot jouit de l'exercice de toutes ses facultés intellec- 
tuelles mais il ne veut (?) les appliquer que dans l'ordre des 
phénomènes concrets; et encore seulement à ceux des phé- 
nomènes concrets dont la texture, la forme, la saveur, le 

3 



34 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

goût, le son , ou telle autre propriété particulière (et que sour 
vent il apprécie seul) sollicitent en lui un désir, une mani- 
festation de l'intelligence, de la vie. Mais il y a plus : non 
seulement l'idiot est en rapport volontaire qu'avec des phé- 
nomènes concrets, non seulement il limite ces phénomènes 
concrets, avec lesquels il entre en rapport, à un très petit 
nombre, à un seul quelquefois, mais encore cet unique phé- 
nomène ou ce petit nombre, ne vous imaginez pas qu'il en 
ait une idée ou seulement une notion exacle ou complète, 
nullement. Dans chaque phénomène, son intelligence active 
jusque dans sa paresse semble se hâter d'éliminer toutes les 
propriétés qui ne sont pas le but de son élection ; elle ne veut 
voir dans un dessin que la couleur, ne sentir que le poli dans 
le mêlai, n'entendre que certains bruits dans la réunion d'un 
grand nombre, et par un procédé d'élimination qui serait 
peut-être impossible aux natures les mieux organisées, elle 
réussit à ne se laisser impressionner que par une seule pro- 
priété de choses qui en ont nécessairement un grand nombre. 
L'idiot goûte ainsi instinctivement le charme de sensations 
très nettes et très prolongées, sans distraction possible, soit 
de la part des sens qui ne sont pas appelés à fonctionner, 
soit du côté de l'intellect qui reste toujours et tout entier 
subordonné à une perception unique. 

« Tels sont, en ne tenant aucun compte des anomalies 
particulières à chaque sujet, les symptômes psychologiques 
de l'idiotie ; tel est Fétat intellectuel de l'idiot, Ibioq, solita- 
rius, seul; seul avec la sensation unique, sans rapport 
abstrait ni conventionnel volontaire, sans volonté intellec- 
tuelle ni morale. Physiologiquement, il ne peut pas ; intel- 
lectuellement, il ne sait pas ; psychiquement, il ne veut pas; 
et il pourrait et il saurait s'il voulait ; mais avant tout, et 
surtout, il ne veut pas ! » 



THÉORIE DE SÉGUIN 35 

Ainsi, pour Séguin, il semble que l'état des facultés psy- 
chiques de l'idiot soit pour ainsi dire normal , quoique 
diminué, mais que la volonté seule lui fait défaut et l'em- 
pêche de les exercer. Nous l'avons déjà dit, nous ne saurions 
souscrire à une telle opinion. Pas plus qu'il n'est possible à 
un homme d'une intelligence moyenne de devenir un homme 
de génie, quelle que soit sa force de volonté, pas plus il 
n'est possible à un idiot de devenir à volonté un homme d'in- 
telligence moyenne. Les facultés de ce qu'on est convenu 
d'appeler l'âme humaine, toute théorie philosophique mise 
à part, sont toutes solidaires entre elles et sont dans un 
rapport direct exact avec l'état de la cellule cérébrale. Dès 
que le cerveau est lésé dans son ensemble, comme c'est le 
cas dans l'idiotie, toutes sont atteintes; ce n'est donc pas 
dans la volonté prise à part, regardée comme une chose 
distincte du reste de 1 ame, qu'il faut chercher l'explication 
de l'état d'idiotie. 

Mais quand on examine les choses de près, on en vient à 
se demander si véritablement c'est dans l'amoindrissement 
•ou l'absence d'une faculté quelconque qu'il faut chercher la 
cause de cet état et sa persistance. Toutes les facultés sont 
atteintes à un degré plus ou moins marqué, et si nous blâ- 
mons Séguin d'nvoir voulu faire de l'absence de la volonlé la 
clef de voûte de l'idiotie, ce n'est pas pour y substituer une 
autre faculté, ce qui nous exposerait à une critique aussi 
facile et aussi juste. Il reste bien entendu que nous n'avons 
pas le droit d'incriminer telle faculté plutôt que telle autre 
l'anatomie pathologique nous l'interdit. Mais nous pourrons 
nous placer à un autre point de vue, celui de l'éducation^ 
c'est-à-dire le point de vue pratique, thérapeutique, puis- 
que, à côté de l'hygiène, c'est l'éducation qui forme la 
base du traitement des idiots. Dès lors, il nous est permis 



S6 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

de nous demander ce qu'il y a de plus important à dévelop- 
per chez l'idiot, ce sans quci l'éducation devient impos- 
sible, ou, suivant le degré auquel cela existe, difficile seule- 
ment ou possible. A la question du traitement s'ajoute donc 
aussi celle du pronostic, qui est la première qu'adressent les 
parents et à laquelle on doit répondre. Sur quoi donc ce 
basera-t-on pour dire, avec probabilité bien entendu, que 
tel enfant s'améliorera, se perfectionnera, ou, au contraire, 
risque fort de rester toujours dans le même état d'idiotie? 
A cette question nous avons cherché une réponse dans les 
auteurs et nous n'avons rien trouvé. Force nous est donc de 
donner notre seule opinion personnelle d'après les nombreux 
faits que nous avons eus sous les yeux, et qui n'ont fait que 
confirmer l'opinion théorique qne nous nous étions faite en 
comparant l'idiot avec l'enfant normal. 

De celte étude il nous a paru ressortir nettement que 
c'est au défaut d'attention plus ou mons prononcé qu'on doit 
rapporter le non développement des facultés et ensuite la 
persistance de ce défaut de développement, c'est-à-dire l'i- 
diotie. Nous étudierons plus loin l'attention chez les idiots 
et les imbéciles, mais actuellement nous tenons à entrer dans 
quelques détails pour jnstifier la proposition que nous venons 
d'émettre. 

L'attention, l'attention spontanée, bien entendu, paraît 
avoir pour cause constante des états affectifs, lesquels sont 
déterminés par des sensations ( Ribot) 1 . D'autre part on a 
remarqué (Pérez) 2 que chez les petits enfants comme chez 
les jeunes animaux, les plus facilement attentifs sont, à ce 



1. Ribot, La psychologie de l'attention. 

2. Pérez, Les trois premières aimées de l'enfant. 



LMPORÏANCE DE L'ATTENTION 37 

qu'il semble, ceux dont l'excitabilité nerveuse est la plus 
grande. 

Il est donc évident que la faculté d'attention est primiti- 
vement en rapport avec la vivacité des sensations. Or, chez 
les idiots, les sensations sont très peu vives, d'où il résulte 
que leur attention est très difficilement attirée ou même pas 
du tout dans les premiers temps de la vie, et ce fait frappe 
tous les parents d'idiots. 

En conséquence de ce défaut d'attention, les sensations 
n éveillent chez eux que des perceptions vagues, très con- 
fuses et aucune idée nette. Dès la naissance, le défaut d'at- 
tention empêche donc l'enfant de percevoir clairement des 
sensations, de les comparer, et par suite de produire l'idée 
qni résulte de cette comparaison de sensation multipliées et 
semblables chacune à elle-même. A mesure que son orga- 
nisme se développe et devient sujet à de plus mombreuses 
sensations, l'attention ne se développant pas, ces sensations 
sont perçues consécutivement comme isolées les unes des 
autres, sans éveiller aucun rapport entre elles, et partant, 
pas d'idées, pas de connaissances. L'état d'idiolie ne peut 
donc aller qu'en se confirmant de plus en plus. Les rapports 
les plus simples des choses, les propriétés les plus saillantes 
frappent toujours l'idiot de la même façon, et il ne les sai- 
sira pas plus à la centième fois qu'à la première, Dans de 
telles conditions, comment concevrait-on le développement 
du langage qui esl d'une telle importance dans le dévelop- 
pement de l'intelligence et dans la rapidité de ce développe- 
ment, que des auteurs comme Esquirol et Dubois d'Amiens 
l'ont pris comme criteiium de l'état intellectuel? Soit, mais 
à la condition qu'on dise auparavant pourquoi le langage est 
possible ou ne l'est pas. Ce pourquoi réside dans l'état de 
l'attention. 



38 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

De même que l'attention est la condition première du dé- 
veloppement des premières connaissances de l'enfant, de 
même elle est d'une utilité indiscutable dans l'éducation et 
l'instruction ultérieures. Tous les pédagogues sont d'accord 
sur ce point. Le rôle de l'attention dans l'éducation est trop 
connu aujourd'hui pour qu'il soit utile d'y insister ici. 
Aussi bien n'est-ce pas notre affaire. Nous voulons seule- 
ment retenir le fait à l'appui de notre opinion. C'est pour 
cela que nous avons basé noire classification des idiots, 
tant au point de vue de leur état actuel, que du pronostic 
à venir, sur le développement de leur attention. 

Ceci nous amène à exposer le plan que nous comptons 
suivre dans cette étude de la psychologie des idiots et des 
imbéciles. 

Comme nous le disions plus haut, la sensation est la pre- 
mière condition de la connaissance. Nous examinerons donc 
d'abord l'état des sensations chez les idiots. Puis, l'attention 
étant pour nous la condition psychique indispensable pour 
le développement de l'intelligence, nous serons tout natu- 
rellement amené à l'étudier en détail. Passant alors aux 
diverses facultés auxquelles l'attention permet d'éclore, nous 
passerons en revue successivement les instincts, les émo- 
tions et les sentiments, le langage, l'intelligence proprement 
dite, la mémoire, l'association des idées, le raisonnement, 
et enfin, la volonté, la personnalité et la responsabilité. 

Dans cette description séparée et progressive de l'état 
psychologique des idiots et des imbéciles, nous chercherons 
autant que possible à contrôler et à dégager les lois ou les 
théories formulées dans la psychologie normale. Nous ne 
prendrons pour objets d'étude que les idiots et les imbé- 
ciles sans complication d'épilepsie, cette dernière affection, 



PLAN D'ETUDE S9 

qui y est si souvent associée, pouvant par elle-même déter- 
miner de l'affaiblissement intellectuel et des troubles men- 
taux spéciaux, et nous induire, par suite, en erreur sur ce 
qui appartient en propre à l'idiotie et ce qui est la consé- 
quence de l'épilepsie. Enfin nous examinerons surtout l'état 
mental des idiots jeunes, et cela pour plusieurs raisons. La 
première, c'est que les idiots meurent en général de bonne 
heure et ne dépassent guère la trentaine, ensuite, que, 
passé vingt ans, ils sont peu susceptibles d'amélioration et 
ne feraient plutôt que décroître si on ne les stimulait pas 
sans cesse et n'entretenait pas leurs connaissances pénible- 
ment acquises. Enfin parce que c'est pendant la jeunesse, 
pendant leur évolution physique qu'il est le plus intéressant 
d'étudier l'éclosion de leurs différentes facultés et de les 
comparer avec des enfants normaux. 



CHAPITRE III 

DE LA PERCEPTION DES SENSATIONS 



SOMMAIRE. — Premiers signes de l'idiotie. — État des différents 
sens. — "Vue, cécité ; ouïe, surdi- mutité. — Voracité et perversion 
du goût. — Perversions et troubles de l'odorat. — Sensibilité tac- 
tile. — Sens thermique. — Sens musculaire. — Tics. — Sensations 
organiques. 



Quand on examine les idiots et qu'on interroge leurs pa- 
rents, une première question vient naturellement à l'esprit, 
à laquelle il est bien souvent difficile, sinon impossible de 
donner une réponse. A quel âge a débuté l'idiotie? Ques- 
tion très simple à résoudre quand il s'agit d'idiotie consé- 
cutive à une affection cérébrale aiguë et qui a souvent laissé 
en même temps à sa suite, de l'hémiplégie, de Fépilepsie, 
du strabisme, etc., mais très embarrassante quand l'idiotje 
est survenue progressivement sans être accompagnée d'au- 
cune maladie caractérisée, sauf toutefois des convulsions, 
qui sont si fréquentes, mais qui constituent un symptôme 
si mal défini chez l'enfant, qu'il ne peut guère en aucun 
cas éclairer le diagnostic étiologique. Or, dans le cas parti- 
culier de l'idiotie, il n'est pas sans intérêt de se demander 
quand a débuté la maladie, pour savoir, avec une certaine 
probabilité, à quelle forme anatomique on a affaire, et, par 



42 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

suite, pour porter un pronostic plus ou moins favorable 
dans quelques cas. Eh bien! il existe des signes permettant 
de reconnaître l'idiotie dès qu'elle se montre chez un tout 
jeune enfant. Les nombreux interrogatoires que nous avons 
fait subir aux parents d'idiots sur ce point particulier nous 
en ont convaincu. Nous avons été en même temps conduit 
à penser que l'idiotie était plus fréquemment congénitale 
qu'on ne le pense généralement et que le plus souvent les 
parents s'aperçoivent dès la naissance que leur enfant pré- 
sente quelque chose d'anormal , ce qu'ils expriment par 
la phrase caractéristique : « Je voyais bien qu'il n'était pas 
comme les autres. » Nous allons voir tout à l'heure ce que 
cela signifie. Qu'il nous soit permis de faire ici une légère 
digression au sujet de l'étiologie pour comprendre la fré- 
quence de l'idiotie congénitale. 

Preyer l , Féré * et d'au 1res prétendent avec raison que le 
fœtus ressent le eontre-coup des passions, et des émotions 
surtout, de la mère. Dans des recherches que nous avons 
faites à cet égard, nous nous sommes convaincu que les im- 
pressions maternelles à partir d'une certaine époque de la 
grossesse, que les traurnatismes pendant la gestation, que 
certaines conditions physiologiques anormales et particuliè- 
rement l'ivresse, au moment de la conception, influaient 
d'une façon non douteuse sur le fœtus, et pouvaient, sur un 
terrain bien préparé héréditairement du reste, déterminer 
des troubles assez violents pour entraîner l'idiotie ou l'im- 
bécillité. Si l'on songe que le système nerveux est le moins 
développé de tous au moment de la naissance, et quelle fra- 
gilité il a, on ne sera pas surpris de la facilité avec laquelle 
il peut être lésé et troublé dans son fonctionnement, et des 

1. Preyer, Physiologie de V embryon. 

2. Féré, Sensation et mouvement. 



SIGNES DE DEBUT 43 

conséquences irrémédiables qui peuvent en résulter. Que le 
nouveau-né ait des sensations absolument inconscientes, cela 
n'est pas douteux, comme en témoignent les mouvements 
réflexes qu'elles déterminent, mais que ces sensations et ces 
mouvements n'aient aucun retentissement dans les centres 
d'idéation sensationnelle et motrice, que l'enfant soit un être 
purement spinal, comme le pensent Virchow et un grand 
nombre de physiologistes, nous ne le croyons pas. Et, en 
effet, un idiot qui l'est du fait d'émotions violentes de la 
mère pendant la grossesse, par exemple, présente, dès sa 
naissance, un aspect, une physionomie spéciale, qui échappe 
souvent à des parents peu observateurs, mais qui saute aux 
yeux de personnes attentives. 

Passons donc rapidement en revue ces divers signes de 
début. Les parents sentent mieux qu'ils ne peuvent décrire 
ce je ne sais quoi qui les choque et qui les inquiète dans leur 
enfant. « Il n'est pas comme les autres » est ce qui traduit le 
plus justement leur pensée. C'est qu'en effet, c'est surtout 
par comparaison qu'on peut saisir les nuances si délicates 
qui séparent différents enfants en très bas âge. Si, avec beau- 
coup d'attention on arrive à démêler quelque chose, l'expé- 
rience qu'on a des jeunes enfants sert plus que n'importe 
quoi en cette occasion. Le jeune enfant, en effet, forme un 
ensemble tout spécial et a une manière d'être générale sur 
laquelle on peut le juger. C'est cette manière d'être qu'il est 
si difficile de décrire, mais que chacun a présente à l'esprit 
chez des enfants normaux, qui frappe surtout les parents et 
l'entourage. Toutefois, il y a un certain nombre de manifes- 
tations que tous les eafants offrent dès l'abord et sur les- 
quelles en somme on les juge : le cri, les mouvements, le 
regard, l'action de téter, et ce sont les modifications que 



44 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

présentent les idiots dans ces manifestations normales qui 
attirent le plus vivement l'attention. 

Téter est le premier mouvement instinctif de l'enfant, la 
première chose aussi qu'on lui montre et qu'il apprenne. 
Or beaucoup d'idiots congénitaux ont de la difficulté à téter. 
Il semble que ce soit nouveau pour eux chaque fois qu'on 
leur présente le sein, et chaque nouvelle expérience ne s'a- 
joute pas à la précédente pour déterminer chez eux une idée, 
si peu consciente qu'elle soit. 

Chez d'autres on remaïque immédiatement des cris per- 
sistants, ou par accès de longue durée, « Ils ne font qu'un 
cri » disent les parents, et en vérité, on pourrait croire à de 
l'exagération si on n'était pas témoin de la persistance extra- 
ordinaire de ces accès de cris sans motifs. Cette absence de 
motifs, lorsqu'elle est bien constatée, doit toujours attirer 
l'attention. 

Chez un certain nombre d'idiots, il y a cécité congénitale, 
ce qui est déjà un signe de dégénérescence assez profonde 
qui doit d'autant plus faire craindre pour l'état intellectuel 
que l'absence d'un sens aussi important que celui de la vue 
enlève à l'enfant une source immense de connaissances. 

Quand le regard commence à se diriger, les parents sont 
frappés des particularités qu'il présente. Le plus souvent 
d'abord, la direction du regard ne se montre que très tardi- 
vemgnt. Mais alors même qu'il paraît se porter d'un objet 
à un autre, on remarque que les idiots ne fixent pas. Tous les 
parents, qui ont quelque peu examiné leur enfant, tiennent 
à peu près le même langage : « Il avait un drôle de regard ». 
Et cependant il en est qui tournent la tête quand on leur- 
présente quelque chose. Mais dès qu'on déplace l'objet, le 
regard ne le suit pas. Dans certains cas, il est même tout à 
fait imppossible de déterminer la direction de leur regard 



SIGNES DE DÉBUT 45 

avec quoi que ce soit. Ils se remuent, regardent comme dans 
le vide à droite et à gauche, ne reposent leurs yeux sur rien. 
Mais quoi qu'on leur présente, ils ne paraissent pas le voir. 
Cette impossibilité de l'attention est un fait d'une impor- 
tance extrême qui se manifeste dès le début et sur lequel 
nous reviendrons plus tard. 

Ce qu'on a remarqué d'abord pour la vue, on l'observe 
ensuite pour l'ouïe. « On croyait qu'il était sourd » , vous disent 
les parents. Ce n'est qu'au bout de longtemps qu'on s'aper- 
çoit que l'enfant entend. 

Le rire est assez caractéristique aussi. Les parents qui 
attendent avec joie le premier sourire apparaître sur les lèvres 
de l'enfant voient avec tristesse que le leur ne sait pas rire, que 
tout ce qui détermine ordinairement cette manifestation chez 
les enfants de son âge le laisse absolument indifférent. Cha- 
touillement, marionnettes avec les mains, rires de la mère, 
rien n'y fait. L'enfant ne parait ni voir ni sentir, et encore 
moins comprendre. Il est assez particulier de remarquer que 
le rire, qui est spécial à l'homme, fait souvent complètement 
défaut chez l'idiot. Il y a des idiots profonds qui ne rient ni 
ne pleurent jamais. 

Enfin les mouvements eux-mêmes, si limités qu'ils soient 
dans les premiers temps de l'existence, et surtout si peu 
appropriés à un but, ont cependant, quelque chose de spécial 
qui les distingue de ceux de l'enfant normal. Tantôt c'est 
une inertie dont rien ne les tire, tantôt c'est un mouvement 
perpétuel; mais on doit dire que la première est la plus 
ordinaire dans le tout jeune âge, et le second plus fréquent 
lorsque l'enfant est en état de marcher. 

Il est inutile d'insister davantage sur tout ceci. Nous 
tenions simplement à montrer que l'idiotie pouvait se révé- 
ler dès la naissance et qu'à mesure que les manifestations 



-46 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

intellectuelles se développent, elles présentent un cachet spé- 
cial qui les distingue immédiatement de celles de l'enfant 
normal. 

A quoi tiennent ces différences précoces chez les idiots? 
A ceci que leurs sensations et leurs perceptions ne se font 
pas d'une façon normale. Le point de départ de tout déve- 
loppement intellectuel, de toute connaissance est dans la 
sensation. Mais ce n'est pas tout de sentir, il faut percevoir 
et interpréter la perception. « La perception, dit. Binet, est 
l'acte qui se passe lorsque notre esprit entre en rapport avec 
des objets extérieurs et présents. Ce n'est pas un acte simple, 
mais un acte très complexe et qui comprend une action 
sur les sens et une réaction du cerveau. C'est le processus 
par lequel l'esprit complète une impression des sens par 
une escorte d'images. » Chez l'idiot et chez l'imbécile, il ne 
faut jamais perdre de vue l'état de l'organe de la pensée, qui 
est toujours plus ou moins profondément altéré, soit en to- 
talité, soit en partie, ou anormalement développé. De plus, 
chez l'idiot, non-seulement les appareils de perception sont 
atteints, mais les appareils de transmission paraissent l'être 
quelquefois aussi. Il est toutefois bien difficile de se pro- 
noncer catégoriquement, puisque malgré le bon état de ces 
derniers appareils, il suffit que ceux de réception soient 
lésés pour que le phénomène de la sensation s'accomplisse 
mal. 

Lorsque l'on étudie la sensation, deux choses entrent en 
ligne de compte : l'état des organes sensoriels et sensitifs, 
et la perception consciente des modifications qu'y détermine 
l'excitant spécial à chaque organe. Quoiqu'il ne rentre pas 
dans notre cadre d'étudier l'état des organes sensoriels et 
sensitifs, nous devons cependant en dire quelques mots, 



ÉTAT DE LA VISION 47 

particulièrement en ce qui concerne la vue. C'est en effet 
le seul sens où on puisse, chez les idiots, distinguer entre 
les altérations de l'appareil sensoriel et celles de la percep- 
tion elle-même. Pour les autres sens, ouïe, goût, odorat, 
toucher, on est forcé de s'en tenir à ce qu'accusent les ma- 
lades. Il ne faut pas oublier, en effet, que chez les idiots le 
défaut d'attention peut les faire passer pour aveugles, sourds, 
anesthésiques. 

Pour la vue, il est facile de se rendre compte si leur cé- 
cité apparente tient à une altération de l'appareil visuel ou 
à un défaut d'attention. Les modifications de la pupille sont 
là pour témoigner lorsqu'il n'y a pas de grosse lésion appa- 
rente. D'après ce que nous avons pu observer, les yeux se- 
raient frappés de cécité congénitale ou acquise dans les pre- 
mières années de la vie, dans 7 à 8 0/0 environ des cas chez 
les idiots. Chez les imbéciles au contraire, c'est beaucoup 
plus rare, et sous ce rapport, comme sous tous les autres, 
en ce qui concerne l'état physique, on n'observe chez eux 
que peu de différence avec l'homme normal. 

La vue étant un des sens les plus utiles au développement 
de l'intelligence, on conçoit donc combien la cécité, lors- 
qu'elle s'ajoute à un état cérébral défectueux, contribue en- 
core à accentuer l'idiotie et à laisser à l'état d'idiots complets 
des individus qui auraient pu gravir les premiers échelons 
de l'intelligence. Néanmoins ce sens n'est pas indispensable 
à l'éducation même des idiots, et l'on peut voir à Bicêtre les 
idiots aveugles, tous gravement atteints intellectuellement, 
employés cependant à l'atelier de vannerie, où ils arrivent 
très bien à rempailler des chaises et à faire de la grosse 
vannerie. Plusieurs cependant étaient autrefois gâteux et on 
pouvait désespérer de les utiliser jamais. Il en est même à 
qui l'on a pu apprendre l'écriture en relief usitée dans les 



48 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

institutions d'aveugles. Néanmoins, ainsi qu'il est facile de 
le prévoir, les idiots auxquels il manque un sens aussi im- 
portant que celui de la vue ou de l'ouïe, sont condamnés à 
rester toujours à un degré très inférieur de l'échelle intel- 
lectuelle. 

Séguin f pense que les incapacités de la vision se rédui- 
sent à deux et même à une seule à la rigueur : 1° ne pas 
pouvoir fixer la vue, qui est constamment mobile; et 2° 
fixité morne et obstinée qui empêche de suivre les objets 
qu'on présente ou même de les regarder. Il croit que les 
fonctions volontaires de ce sens sont chez les idiots toujours 
nulles ou défectueuses; dans presque tous les cas, elles sont 
involontaires; ils voient, mais ils ne regardent pas, ou re- 
gardent mal et accidentellement. 

Chez la plupart des idiots incurables, il serait souvent 
difficile de se prononcer de prime abord sur l'état de leur 
vue. Assis dans leur fauteuil où ils se balancent dans un 
sens ou dans l'autre, ils restent le regard fixé sur un point 
sans que rien puisse en faire changer la direction. Mais 
outre qu'à la lumière les modifications pupillaires montrent 
que l'œil lui-même n'est pas atteint, on les voit, sous l'in- 
fluence d'un excitant approprié, changer la direction de 
leur regard. Rien n'est plus propre à ce résultat que la pré- 
sentation d'aliments. En réalité, s'ils regardent sans voir, 
cela tient uniquement à l'absence complète d'attention. 

Chez les idiots d'un degré plus élevé, un plus grand nom- 
bre d'objets sont capables d'attirer leur attention, et chez 
eux, il n'est plus douteux alors que la vue est bonne et en 
général normale. Chez les imbéciles enfin, nous n'avons 
noté aucune différence spéciale avec l'homme normal. 

1. Séguin, loc. cit. 



VISION 49 

L'étude de l'acuité visuelle est extrêmement difficile pour 
ne pas dire impossible chez la plupart des idiots. Chez ceux 
où elle devient à peu près praticable et chez les imbéciles, 
on n'observe rien de particulier. D'après les recherches de 
Schleich 1 , la grande majorité des idiots seraient hypermé- 
tropes. 

La perception des couleurs ne paraît guère en rapport 
qu'avec le degré d'intelligence et d'instruction reçue. Il est 
des idiots qui ne savent nommer aucune couleur, et qui ce- 
pendant manifestent à leur façon qu'ils sont différemment 
impressionnés par elles. 

Il n'en saurait être question, bien entendu, chez les idiots 
profonds, incurables, chez lesquels rien ne peut attirer 
l'attention, qui ne manifestent aucun sentiment, qui ne 
prononcent pas une parole, et sont des êtres purement vé- 
gétatifs. Chez les autres, on peut observer tous les degrés 
suivant l'éducation qu'ils ont reçue. Les uns ne vous nom- 
ment qu'une ou deux couleurs, les autres vous les nomment 
à tort et à travers, d'autres ne peuvent pas apprécier les 
nuances. Mais quoi qu'il en soit de ces diverses variétés, 
nous n'avons jamais, pour notre part, observé d'achroma- 
topsie ou de dyschromatopsie vraies, spéciales, imputables 
à autre chose qu'à une éducation insuffisante ou à un dé- 
faut d'attention. 

Nous avons déjà insisté, à propos des signes de début sur 
le regard spécial des idiots, qui frappe les parents. Nous 
n'avons pas à y revenir ici. 

L'ouïe est, après la vue, le sens qu'on pourrait appeler le 
plus intellectuel, si même il ne l'est pas davantage. C'e>ten 
effet celui qui favorise le plus les relations d'homme à homme, 

1. Schleich, Klinische Mo latsblutte fur Augenheilk, 1885. 

4 



50 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

et par là même, l'échange des idées par la parole. Son im- 
portance est donc capitale dans l'éducation. De même qu'un 
certain nombre d'idiots sont aveugles, un certain nombre 
aussi sont sourds. Mais tandis que pour la cécité il était assez 
facile de distinguer entre la cécité vraie et la cécité appa- 
rente, pour la surdité, il est des cas où cela devient presque 
impossible, comme par exemple, chez les idiots profonds. 
Chez eux l'attention qui peut être encore éveillée par la vue 
d'objets satisfaisant leurs besoins et leurs instincts naturels, 
ne peut plus l'être par le son qui ne parle guère qu'à l'esprit. 
Nous avons remarqué que la surdi-mutité était beaucoup 
plus rare que la cécité. Séguin et Wilbur ' ont noté aussi, 
en y insistant, le petit nombre de sourds-muets. Sur 280 
idiots, Wilbur n'a en effet observé que 7 sourds-muets com- 
plets et 9 partiellement sourds . Séguin pense même que 
leur proportion est moindre que chez les enfants intelligents. 
C'est un point à contrôler, mais quoi qu'il en soit, on est 
surpris de la faible quantité de sourds-muets chez les idiots. 
A côté de la surdi-mutité vraie, il y a lieu de signaler la 
pseudo-surdité par défaut d'attention. Son pronostic est loin 
d'avoir la même gravité puisqu'on peut toujours espérer sa 
disparition en éveillant l'attention un jour ou l'autre . Ce 
n'est donc presque qu'une question de temps. 11 ne manque 
pas de moyens pour s'assurer si on a affaire à de la pseudo- 
surdité, mais souvent ils échouent tous, et ce n'est qu'au bout 
de fort longtemps qu'on s'aperçoit que le bruit attire enfin 
l'attention de l'enfant. Si toutefois à cinq ans il n'a jamais 
réagi à l'audition d'aucun bruit et que d'autre part on le voie 
susceptible d'attention en ce qui concerne les autres sens, il 
est, croyons nous, permis d'affirmer la surdi-mutité vraie. 

1. Wilbur, Iq Proc. Ass. med. off, int. for idiotie and feeble min < 
ded persons, Philadelphie. 1 8Si> . 



* VORACITÉ 51 

Chez les imbéciles, l'ouïe comme la vue, ne nous a paru 
présenter rien d'anormal, et il est inutile d'y insister. 

Le goût et l'odorat sont les deux sens le plus fréquem- 
ment atteints, mais comme leur importance dans le déve- 
loppement intellectuel est très peu marquée, leur défectuo- 
sité manque d'intérêt. Chez les idiots complets, il est abso- 
lument impossible d'observer aucune manifestation de plaisir 
ou de dégoût pour tel ou tel mets, pour telle ou telle odeur. 

Chez l'idiot simple, à ses divers degrés, ce qu'on observe 
presque universellement, c'est la gloutonnerie, la voracité : 
Rien ne peut l'égaler, et il faut avoir assisté à des repas 
d'idiots pour s'en rendre compte. Chez ceux d'un degré 
très inférieur, il est peu de spectacles aussi repoussants que 
de les voir plonger à pleines mains dans leurs aliments, les 
promener sur la table, s'en barbouiller la figure, les intro- 
duire gloutonnement et les avaler sans se donner le temps 
ni la peine de les mâcher. Aussi en voit-on souvent mourir 
du fait de corps étrangers des voies aériennes. Un idiot 
de Bicêtre avala un jour sept parts de boudin et mourut 
étouffé. A un moindre degré, ils n'ont aucune délicatesse : 
Ils mangent de tout avec la même voracité et préfèrent 
toujours la quantité à la qualité. C'est ainsi qu'en prome- 
nade, ils achètent de la charcuterie de cheval ou d'âne, 
parce qu'avec la même somme ils ont un plus gros morceau. 
On les voit manger des harengs saurs non préparés et sans 
pain, dévorer avec délices du biscuit de troupe. A la vue 
de leurs aliments, ils sortent de leur apathie, s'excitent lé- 
gèrement, se précipitent vers le plat, en témoignant par 
toutes sortes de gestes leurs besoins physiques. Ce sont de 
véritables enfants. 

Chez les imbéciles, la gloutonnerie et la voracité font 



52 



PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 



pi ice à la gourmandise. Presque tous sont gourmands. Dans 
un autre travail sur l'hérédité de l'alcoolisme \ nous avons 
cité un certain nombre d'idiots et d'imbéciles ayant un goût 
précoce pour l'alcool. C'est un goût en quelque sorte inné 
chez eux. Un jour à Bicêtre, un imbécile ayant appris qu'il 
y avait de l'alcool dans le thermomètre profita d'un moment 
où il n'y avait personne en classe pour le briser et en aspi- 
rer le contenu. 

Mais, à côté de la voracité, il y a considérer les anomalies 
du goût. Chez beaucoup d'idiots inférieurs il n'y a aucune 
distinction entre le sucré et l'amer. En leur administrant 
tour à tour du sucre et de la coloquinle, ils ne manifestent 
aucun sentiment différent et rouvrent la bouche dès qu'ils 
voient qu'on leur tend quelque chose. On peut observer de 
telles anomalies chez des idiots qui, sous d'autres rapporte, 
offrent cependant un développement intellectuel appréciable 
et qui ne sont pas incurables. Ce fait tendrait à prouver 
que non seulement le centre récepteur est atteint, mais que 
l'appareil sensoriel lui-même est doué d'une aneslhésie vé- 
ritable et que le goût n'existe pas à proprement parler. 
Quelquefois, mais rarement, on observe une inversion totale 
du goût, les saveurs amères étant préférées aux saveurs 
douces et sucrées. Chez ces idiots, il n'y a donc que glou- 
tonnerie et pas gourmandise. 

En outre il y a des perversions du goût. Nous ne parlons 
pas ici des idiots complets qui, comme des enfants en bas 
âge, portent à leur bouche tout ce qui leur tombe sous la 
main, mais d'idiots capables de travailler, d'imbéciles même 
qui mangent des ordures ou des choses repoussantes. Un 
microcéphale de dix-neuf ans, à Bicêtre, avale par exemple 
des chenilles, des souris crues. Un imbécile, instable, à 

1. Paul Sollier, Du rôle de V hérédité dans l'alcoolisme, Paris, 1889. 



ODORAT 53 

Bicètre, mange des araignées. Il n'y a pas jusqu'aux excré- 
ments qu'on ne voie dévorer par les idiots, et c'est ordi- 
nairement leurs propres excréments. On perdrait son temps 
à rapporter de nombreux exemples de perversions du goût. 
Il suffit d'indiquer qu'elles sont extrêmement fréquentes. 

Les mêmes remarques s'appliquent à l'odorat. Plus encore 
peut-être pour les odeurs que pour les saveurs, les sens 
paraissent absolument obtus. On peut même affirmer que 
l'appareil sensoriel est touché, car des odeurs irritantes, 
comme l'ammoniaque par exemple, ne déterminent pas les 
phénomènes locaux et réflexes qui se manifestent si rapi- 
dement chez les individus normaux. Mais dans ce genre de 
recherches, il faut prendre garde à certaines causes d'erreur. 
Beaucoup d'idiots en effet, respirent très irrégulièrement, 
et si on n'a pas soin d'attendre plusieurs respirations en main- 
tenant l'odeur sous le nez, on n'est pas sûr du résultat. Mais, 
toute cause d'erreur mise de côté, il n'en reste pas moins 
que la plupart des idiots différencient à peine les odeurs 
bonnes des mauvaises et quelquefois même des irritantes. 
Les deux sens du goût et de l'odorat sont du reste, en 
général, corrélatifs, mais, à côté des cas d'obtusion, on 
observe des cas d'acuité extraordinaire. C'est ainsi que Sé- 
guin parle d'idiots « qui distinguaient au flair seul l'essence 
des bois et des pierres, sans le concours de la vue et qui 
cependant n'étaient pas affectés par les odeurs et les saveurs 
stercoreuses, et dont le sens du tact était obtus et inégal ». 
Cette combinaison de sensibilité exquise pour certaines 
choses et d'insensibilité tient, pensons-nous, à ce que dans 
le premier cas, l'attention et l'intérêt étaient mis en jeu, 
tandis que dans le second, le sujet était absolument indiffé- 
rent aux sensations perçues et que son insensibilité n'était 
qu'apparente. 



54 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

La sensibilité tactile est très obtuse en général, mais elle 
Test toujours d'une manière uniforme et non par plaques. 
A ce point de vue, Séguin ' distingue les idiots en deux 
classes : ceux qui, n'ayant pas conscience des sensations qui 
dérivent du tact, ne recherchent pas l'usage du toucher ou 
le recherchent mécaniquement, et ceux qui n'ont ni la 
conscience de la sensation, ni la sensation elle-même, classes 
qui demandent chacune une méthode d'éducation spéciale. 
Chez les idiots profonds, on peut quelquefois se demander 
s'il n'y a pas anesthésie complète. On en voit qui se dé- 
chirent, s'écorchent, se rongent les doigts, qui se déchirent 
la joue jusqu'à l'oreille sans manifester la moindre sensa- 
tion douloureuse. Car il est bien certain que s'ils ressen- 
taient de la douleur, ils s'arrêteraient. Dans cet ordre d'idées, 
on a pu observer toutes les mutilations imaginables et qu'il 
serait sans doute sans intérêt de rapporter ici. La liste en 
est longue et ne serait jamais terminée. Chez ces idiots, le 
contact, la piqûre, le chatouillement ne sont pas sentis. 

C'est à peine si quelquefois ils regardent d'un air indiffé- 
rent ce qu'on leur fait. 

A côté de ceux-là, il en est d'autres également profondé- 
ment atteints qui, tout en ne manifestant pas de douleur 
doivent cependant éprouver quelque sensation obtuse, et 
peut-être, agréable, qui les porte à répéter sans cesse le même 
geste. Belhomme a remarquée ce propos qu'ils ont le besoin 
de ressentir des impressions paires, même douloureuses. 
Il cite l'exemple d'un idiot de quarante-huit ans qui se fai- 
sait remarquer par son esprit d'ordre et de rangement, qui 
aimait à voir les objets placés deux à deux. S'il voyait une 
fenêtre ouverte, il en ouvrait une seconde; si on le touchait 

1. Séguin, ioc. cit. 



SENSIBILITÉ TACTILE 55 

au bras, il se faisait toucher au bras opposé, s'il s'était fait 
mal aune jambe, il se frappait l'autre. Un jour, une bêche 
lui tomba sur le pied droit, il saisit la bêche et se la fit tom- 
ber sur le pied gauche. 

Malgré des troubles de sensibilité très profonds, on peut 
cependant, par l'éducation, arriver à développer le sens du 
tact comme tous les autres. Ce serait même, d'après Séguin, 
le premier à exercer, car c'est par là que l'enfant entre en 
communication volontaire avec tout ce qui l'entoure, sans 
que la vue et l'ouïe aient besoin d'intervenir. Nous avons 
déjà dit qu'à Bicêtre on emploie les idiots aveugles à la van- 
nerie. Ce travail qui demande une assez grande précision et 
surtout beaucoup de régularité est en général bien fait, 
même par des idiots sérieusement atteints. Chez certains 
même la sensibilité tactile prend un grand développement, 
et rien qu'au toucher ils reconnaissent les personnes qui les 
approchent. Cela nous prouve encore que l'anesthésie rela- 
tive ou complète qu'on observe chez eux tient surtout au 
défaut d'attention. Dès qu'ils sont susceptibles d'éducation, 
c'est-à-dire d'attention, ils sentent, et on n'observe plus de 
troubles de la sensibilité. Ajoutons que nous n'avons jamais 
observé de dissociation de la sensibilité. 

Chez les imbéciles, on peut rencontrer des troubles de la 
sensibilité, mais dans ce cas ils sont sous la dépendance d'une 
complication nerveuse, telle que l'hystérie surtout, et ils ne 
prennent aucune part à l'arrêt du développement intellectuel. 

Les sensations thermiques sont parallèles à celles de la 
sensibilité tactile et douloureuse. Néanmoins on observe 
quelques particularités. Comme l'a déjà fait remarquer 
Morel, les fonctions de la peau s'exécutent mal et la tempé- 
rature des idiots est au-dessous de celle qu'on observe nor- 



53 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

malement. Aussi les voit-on s'approcher avec empressement 
des foyers de leurs salles de réunion, et quand ils bravent les 
rigueurs de la température ou lorsqu'ils s'exposent à toutes 
les intempéries des saisons, on doit attribuer ce fait aussi 
bien au manque d'intelligence qu'au peu de développement 
de la sensibilité générale (Morel). Cette susceptibilité au 
froid est sans doute la cause du grand nombre de décès par 
affections pulmonaires qu'on observe chez les idiots. 

L'effet de la température sur les idiots mérite qu'on s'y 
arrête un instant. Il en est qu'on pourrait appeler hibernants. 
Nous avons vu à Bicètre un idiot qui, sous l'influence du froid 
de l'hiver, tombait dans une espèce de torpeur physique et 
intellectuelle presque absolue et qui ne se réveillait que sous 
l'influence de la chaleur du printemps. 

Mais s'il en est dont la faible intelligence s'engourdit en- 
coie, il en est d'autres chez lesquels elle s'excite par le fait 
d'une élévation de la température centrale. C'est une re- 
marque que tous les observateurs ont faite, que, sous l'influ- 
ence d'un léger mouvement fébrile, les idiots semblent jouir 
de facultés plus étendues. C'est le résultat de l'excitation des 
centres nerveux qui tombe bientôt du reste. Mais cela tend 
du moins à prouver qu'il existe un pouvoir intellectuel latent 
qui peut être mis en évidence par un excitant approprié. Ce 
que fait la fièvre dans ce cas particulier, une éducation bien 
appliquée peut le faire aussi dans une certaine mesure. Cela 
nous montre que c'est la mise en mouvement qui est diffi- 
cile à obtenir, le stimulant convenable qui est malaisé à 
trouver, l'attention qu'il est souvent impossible d'attirer ou 
de maintenir. 

Chez l'enfant normal, l'effort musculaire produit certaine- 
ment une sensation agréable. Il aime à faire des mouvements 



TICS 57 

et à juger de leurs effets. Il les conçoit souvent faussement, 
se croyant capable de choses impossibles pour sa faiblesse 
et qu'il essaie sans hésiter et étonné de n'y pouvoir réussir. 
Chez les idiots inférieurs, cet amour du mouvement ne se 
remarque guère. Le sens musculaire est pour ainsi dire im- 
possible à étudier chez eux en raison du défaut de compré- 
hension , et nous ne saurions nous prononcer à cet égard. 
Toujours est-il que chez les idiots profonds il paraît aussi 
obtus que les autres sensations . On les voit rester assis , 
inertes, sur leurs chaises ou dans leurs lits sans faire aucun 
mouvement. Mais c'est le plus petit nombre. La majorité 
a des mouvements continuels au contraire ; mais ces mou- 
vements ont ceci de particulier, qui les distingue de ceux de 
l'enfant normal, qu'ils sont en quelque sorte rythmés, caden- 
cés, que ce sont des mouvements automatiques, en d'autres 
termes, des tics. Il faut bien les distinguer des mouvements 
spasmodiques qu'on peut observer également en consé- 
quence de lésions cérébrales. Ils sont extrêmement variés 
et il est impossible d'en entreprendre une description com- 
plète. Les principaux consistent dans un balancement anté- 
ro-postérieur ou latéral du tronc, ou dans des balancements 
simultanés de la tète et du Ironc, accompagnés le plus sou- 
vent d'un chantonnement, toujours le même, ou d'un cri 
intermittent, ou d'un mot appris jadis et dernier vestige de 
leur langage. 

Voici quelques exemples de tics pris au hasard : X... met 
les doigts de la main droite dans la bouche et avec le pouce 
de la même main frappe ses dents. — Y. aime à faire aller 
vivement les mains devant lui, ou à faire le geste de prendre 
quelque chose sur ses genoux.— Z. a un léger balancement 
latéral de la tête, puis il pousse un petit cri : néain, nêain — 
ou bien il fait sortir sa langue, la retourne en crochet et lui 



58 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

fait toucher son nez qu'il semble chatouiller, en louchant. — 
A... se donne des coups de poing sur les joues, des gif fies, 
se pince à pleines mains, se mord l'avant bras. — B... se 
suce le dos de la main jusqu'au sang. — D'autres grincent 
des dents ou font des grimaces continuellement. On en pour- 
rait citer comme cela des pages sans profit. Ces mouvements 
automatiques leur procurent-ils du plaisir; il serait douteux 
de l'affirmer. Quelques-uns cependant pleurent quand on 
les leur empêche, et d'autre part on peut penser qu'ils 
éprouvent une satisfaction inconsciente à les exécuter. Mais 
cette satisfaction a-t-elle quelque chose d'analogue à celle 
de l'enfant normal? Assurément non. Car l'enfant en faisant 
un mouvement a un but, si peu proportionné qu'il soit à 
son mouvement, et la satisfaction est en rapport avec la façon 
dont il atteint ce but. Or chez l'idiot, non seulement ces tics, 
mais bien d'autres mouvements, n'ont absolument aucun but. 
Cela suffit même quelquefois à révéler leur état. Il en est en 
effet dont la physionomie et le geste n'offrent rien de bien 
particulier, mais dont la répétition constante, illimitée, 
incessante, sans motif, sans but, des mouvements, montre 
bien qu'ils obéissent à un besoin d'activité automatique et 
non intelligente. 

La difficulté qu'ont la plupart à associer des mouvements 
dans un but déterminé est du reste très caractéristique, et 
n'est pas du tout en rapport avec le degré intellectuel. C'est 
ainsi qu'on voit par exemple des idiots sachant parler, lire, 
et quelquefois même écrire, et qui sont incapables de s'ha- 
biller seuls. Cette difficulté de l'habillement s'observe aussi 
fréquemment chez les imbéciles même âgés. Il est vrai que 
souvent c'est la faute des éducateurs qui se bornent à donner 
des notions générales et peu pratiques. Il faut assurément 
suivre le conseil de Séguin, quoiqu'il aille un peu trop loin, 



M0TIL1TE 59 

quand il dit que tous les symptômes repoussants de l'idiotie 
sont le fait d'habitudes vicieuses et non le fait de la nature; 
mais au point de vue de leducation, ce qu'on doit mettre en 
relief comme il le fait, c'est le rôle essentiel de la répétition 
patiente des mêmes notions, des mêmes impressions, de 
l'habitude en un mot chez les idiots. C'est ainsi qu'il cite des 
idiots sachant sauter et faire de difficiles exercices de gym- 
nastique et qui ne savent pas mettre leurs bas ni lacer leurs 
souliers. L'habillement est une véritable gymnastique et 
qui demande beaucoup de précision .. C'est par elle qu'on doit, 
commencer l'éducation des mouvements combinés. 

Avant de passer à l'étude des mouvements volontaires, 
disons un mot des gauchers et des droitiers. Ireland a trouvé 
que la proportion des gauchers chez les idiots est la même 
que chez les autres enfants, 12 0/0. Mais tandis qu'il y a 
88 0/0 de droitiers purs chez les enfants, il n'y en a que 
72 0/0 chez les idiots, soit 16 0/0 d'ambidextres. C'est là 
une particularité qu'on relève également chez les criminels 
et qui montre les analogies qu'on cherche à établir aujour- 
d'hui entre le crime et la dégénérescence. 

Quoique la motilité ne rentre pas strictement dans notre 
sujet, nous devons cependant en parler à cause des rapports 
qu'elle présente avec le développement intellectuel. En règle 
générale, en effet, tous les enfants arriérés au point de vue 
intellectuel, le sont aussi sous le rapport de l'évolution orga- 
nique tout entière et en particulier pour trois choses : les 
dents, la marche et les fonctions sphinctériennes. Dans toutes 
les observations d'idiots on note un retard plus ou moins 
marqué de la marche qui ne commence qu a dix- huit mois, 
deux, trois ans, quelquefois plus tard, quelquefois jamais. 
Tantôt cette impotence vient d'une faiblesse musculaire 



60 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LTMBÉCILE 

réelle des membres inférieurs, tantôt de paralysies véri- 
tables, mais le plus souvent de l'inaptitude des enfants à 
apprendre les mouvements spéciaux de la marche, lesquels, 
comme on sait, avant de devenir automatiques sont d'abord 
volontaires et peuvent être désappris comme cela s'observe 
dans l'abasie. 

A côté de la marche qui est toujours retardée, on note 
aussi que l'enfant n'accomplit que très tardivement, ou 
même jamais, les actes les plus nécessaires à l'entretien 
delà vie, tels que de porter les aliments à sa bouche avec les 
mains, et à plus forte raison avec une fourchette ou une 
cui lier. Il existe chez eux une sorte d'incoordination motrice, 
qui est normale, du reste, chez tous les enfants à un cer- 
tain âge, mais qui, par l'exemple et l'éducation disparait pour 
faire place à la coordination volontaire, tandis que chez les 
idiots, cette coordination n'apparaît que beaucoup plus tard, 
la volonté et l'attention étant à peine développées. De plus la 
mémoire étant très faible, celle des mouvements associés et 
coordonnés est elle-même fort imparfaite, ce qui rend leur 
éducation beaucoup plus difficile encore et plus lente. Les 
mouvements instinctifs eux-mêmes n'apparaissent que tardi- 
vement ; tels ceux de la physionomie. Nous les laisserons de 
côté pour le moment, nous réservant d'y revenir quand nous 
traiterons des émotions et des sentiments, et de leur expres- 
sion chez les idiots. 

Il nous reste un dernier ordre de sensations à examiner : 
ce sont les sensations organiques. Chez l'individu normal, 
elles sont ressenties dans deux cas, dans l'état de besoin, et 
dans l'état de maladie. Parmi les sensations organiques, la 
faim et la soif sont les deux plus indispensables pour l'homme. 
On ne saurait en effet concevoir la possibilité de l'existence 



SENSATIONS ORGANIQUES 61 

sans le besoin de l'entretenir par les aliments, et la cons- 
cience de l'état de réplétion. Chez les idiots, ces sensations 
fondamentales sont cependant atténuées elles-mêmes. On 
observe quelquefois chez eux des jeûnes plus ou moins pro- 
longés, dont M.Bourneville 1 a rapporté des exemples très in- 
téressants. Mais ce sont là des cas exceptionnels. La règle, 
c'est que les idiots, même les plus profonds, éprouvent ce 
besoin de la faim et delà soif qu'ils expriment par des cris, 
des mouvements désordonnés, quand approche l'heure du 
repas, et leur satisfaction vorace quand ils sont en présence 
de leurs aliments. Mais ils ont peu la sensation de pléni- 
tude, et leur voracité est telle qu'ils avaleraient presque in- 
définiment, jusqu'à étouffer, si on ne les arrêtait, pas. 

Quant à la sensation du besoin de déféquer ou d'uriner, 
elle paraît complètement abolie chez les idiots profonds qui 
sont tous absolument gâteux et dont rien, dans leur attitude 
ou leur physionomie, ne témoigne de la sensation qu'ils 
éprouvent au moment où le besoin est satisfait. 

Si les sensations organiques physiologiques sont à ce point 
obtuses, que s'attendre à trouver pour les sensations pa- 
thologiques? La médecine des idiots est, on peut le dire, 
pire que la médecine vétérinaire. L'animal au moins ma- 
nifeste par une attitude, un gémissement, la douleur qu'il 
éprouve quand on touche le point malade. Chez l'idiot, rien 
de semblable. Les signes objectifs les plus grossiers, la tem- 
pérature, l'état des voies digestives, sont les seules preuves 
de l'état de souffrance de l'organisme. Interrogez ces malades, 
ils ne vous répondent pas; palpez-les, ils ne manifestent 
aucune douleur; auscultez-les, ils ne savent pas respirer. 
« Ils ignorent, dit Esquirol, quelle est la cause de leur dou- 

1. Bourne ville, Comptes rendus du service des épileptigucs, idiots, 
etc., de Bicêlre. 



62 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

leur, ils ne distinguent pas si cette cause est en eux, ou si 
elle est en dehors; ils ont, en un mot, si peu le sentiment 
du moi, qu'ils ne savent pas si la partie affectée leur appar- 
tient; aussi en est-il plusieurs qui se mutilent lorsqu'ils 
sont malades; ils ne se plaignent pas, ils restent couchés, 
roulés sur eux-mêmes, sans témoigner la moindre souffrance 
sans qu'on puisse deviner les causes et le siège du mal, ils 
succombent sans qu'on ait. pu les secourir. » 

A l'appui de ces assertions, nous pourrions citer plusieurs 
exemples, mais en voici deux assez caractéristiques : L'un, 
un idiot de dix-huit ans vient à l'infirmerie de Bicêtre parce 
qu'on a remarqué qu'il mangeait moins Lien et travaillait 
avec moins de zèle. On constata une stomatite ulcéreuse de 
nature indéterminée. Il reste à l'infirmerie pour se soigner, 
continue à aller et venir, à. manger, quand tout à coup il 
est saisi de fièvre et meurt en deux jours. A l'autopsie, on 
trouve un des poumons à moitié gangrené sans que jamais 
il se soit plaint de quoique ce soit, ni qu'aucune expectora- 
tion ou quelque autre signe objectif évident eût attiré l'at- 
tention du côté de la poitrine. Le second est un idiot de 
treize ans qui fut envoyé à l'infirmerie pendant l'hiver der- 
nier porteur d'une pneumonie datant de plusieurs jours. On 
avait observé en outre un peu de torpeur physique et intellec- 
tuelle. Il mourut rapidement, et à l'autopsie, outre une pneu- 
monie au troisième degré, on trouva une méningite sup- 
purée sur laquelle rien n'avait attiré l'attention pendant la 
vie. 

Ainsi l'obtusion des sensations organiques qui les empê- 
cherait de pourvoir aux nécessités de leur existence s'ils 
étaient capables de le faire, est encore une cause qui les 
abrège le plus souvent, loin de les prémunir, puisque les 
maladies, tout en paraissant les atteindre moins facilement, 



SENSIBILITÉ 63 

peuvent évoluer sans bruit et aboutir à une terminaison fa- 
lale qu'aurait pu écarter une intervention opportune. 

Ces troubles des sensations organiques qui s'observent à 
un degré presque absolu chez les idiots profonds, se ren- 
contrent à un moindre degré chez ceux qui sont éducables. 
Mais chez les imbéciles on se heurte souvent à un autre 
genre de difficultés. Si les idiots ne renseignent pas sur 
leurs sensations, les imbéciles prétendent donner des indi- 
cations très justes, et, comme presque toujours, le font de 
travers. On arrive à leur faire dire tout ce qu'on veut. De 
plus, ils sont très menteurs., très imaginatifs et prennent 
souvent pour des sensations pathologiques des sensations 
normales qu'ils exagèrent pour se rendre intéressants. 

Si nous résumons l'état de la sensibilité sous ses diffé- 
rentes formes chez les idiots et les imbéciles nous voyons 
en somme que, très obtuse chez les premiers, elle arrive 
progressivement à la normale chez les derniers. Ce sont 
souvent les sens du goût, de l'odorat et du tact qui de- 
mandent une plus grande délicatesse, qui sont 1p plus at- 
teints. Nous voyons aussi que les sensations dérivant des 
besoins les plus impérieux de la nature humaine, sans les- 
quels la vie ne saurait continuer, peuvent être aussi obtuses 
que les autres. Les idiots qui sont frappés à ce point sont 
absolument incurables et seraient fatalement condamnés à 
une mort rapide, comme un nouveau-né, s'il n'y avait per- 
sonne pour lui donner des soins. Chez les idiots éducables, 
au contraire, et chez les imbéciles, ces sensations de besoins 
naturels, si elles apparaissent d'une façon plus tardive que 
chez les enfants normaux, n'en arrivent pas moins à être 
ressenties d'une façon tout à fait normale, sauf cependant en 
ce qui concerne les sensations pathologiques. Ces différences 



64 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

pourraient donc jusqu'à un certain point servir à établir des 
catégories entre les idiots. 

Nous voyons donc que Tétat delà sensibilité, et par contre 
coup de la motilité est intimement lié à celui de l'intelli- 
gence. De là à dire que, pour développer l'intelligence, il 
faut commencer par développer les sens et le mouvement, 
il n'y a qu'un pas; et c'est sur ce principe que Séguin a 
fondé sa méthode d'éducation des idiots, qui, élargie et ap- 
pliquée par le docteur Bourneville à Bicêtre, donne des ré- 
sultats de plus en plus remarquables et encourageants. 



CHAPITRE IV 

DE L'ATTENTION 



SOMMAIRE : Attention spontanée et attention volontaire. — Rôle 
de l'attention dans le développement intellectuel et l'éducation. 
— L'attention comme base de classification des idiots et des imbé- 
ciles. — Mise en éveil de l'attention chez les idiots. — Travail, dis- 
cipline. — Paresse et indiscipline. — Leurs rapports avec l'atten- 
tion. — L'attention, phénomène sociologique. — Attention chez 
l'imbécile. — Son instabilité. — - Réflexion. — Préoccupation. 



Nous avons, au début, fait reposer notre classification des 
degrés de l'idiotie et de l'imbécillité sur le degré plus ou 
moins marqué de l'attention. C'est le moment maintenant 
de justifier de son importance dans l'état mental des idiots. 

Il y a deux formes bien distinctes d'attention, l'une spon- 
tanée, naturelle ; l'autre volontaire, artificielle. La première 
est la forme véritable, primitive,, fondamentale de l'atten- 
tion. La seconde est le résultat de l'éducation. C'est de la 
première que nous devons surtout nous occuper, puisque 
sans elle, la seconde ne saurait exister. 

Nous n'essaierons pas ici de montrer le rôle de l'atten- 
tion dans le développement de l'intelligence et dans l'édu- 
cation, c'est là une connaissance vulgaire et qui est du 
domaine de la psychologie normale, non de la psychologie 
morbide que nous avons en vue. Ce que nous devons recher- 

5 



66 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

cher, c'est l'état de l'attention chez l'idiot et l'imbécile et 
les conséquences qui en découlent, en nous basant sur ce 
qu'on observe chez les individus normaux. Sous ce rapport, 
nous pouvons suivre le plan de M. Ribot dans son intéres- 
sant livre sur la psychologie de l'attention. 

Il est facile dès l'abord de prévoir la faiblesse de l'atten- 
tion chez les idiots, rien qu'en considérant l'anatomie pa- 
thologique de leur cerveau. L 'intelligence, d'après Ferrier 1 , 
dont l'opinion est du reste courante et justifiée, est propor- 
tionnelle au développement de l'attention, elle est propor- 
tionnelle aussi au développement des lobes frontaux. Leur 
ablation, dans leur portion antérieure ne cause aucun trouble 
moteur, mais une dégénérescence mentale qui se réduit à 
la perte de l'attention; et il ajoute : « Les lobes frontaux 
sont imparfaitement développés chez les idiots dont le pou- 
voir d'attention est très faible. » Rien n'est plus exact et 
montre bien que l'intelligence et l'attention sont corréla- 
tives. D'autre part, la faculté d'attention semble primitive- 
ment en rapport avec la vivacité des sensations. Ferez* a 
remarqué que chez les petits enfants comme chez les jeunes 
animaux, les plus facilement attentifs sont, à ce qu'il semble, 
ceux dont l'excitabilité nerveuse est la plus grande. Or nous 
venons de voir dans le chapitre précédent combien la sen- 
sibilité était défectueuse. L'anatomie et la physiologie tendent 
donc à nous montrer également l'impossibilité de l'attention 
normale chez l'idiot. 

Si nous passons maintenant à la genèse de l'attention, à 
son mécanisme, nous verrons encore mieux qu'il n'en sau- 
rait être autrement. Forte ou faible, partout et toujours, elle 
a pour cause des états affectifs et son mécanisme est essen- 

1. Ferrier, Les Fonctions du cerveau. 

2. Perez, loc. cit. 



FACTEURS DE L'ATTENTION 67 

tiellement moteur, c'est-à-dire qu'elle agit toujours sur des 
muscles, principalement sous la forme d'un arrêt. Aussi 
Maudsley ' dit : « Celui qui est incapable de gouverner ses 
muscles est incapable d'attention. » Les mouvements du 
corps, de la face, des membres, et les modifications respi- 
ratoires sont les conditions nécessaires, les éléments consti- 
tutifs, les facteurs indispensables de l'attention (Pubot) 2 . 
En résumé, état affectif mettant en jeu le pouvoir moteur, 
voilà l'attention. Si ces deux éléments sont altérés, comme 
ils le sont chez l'idiot, on concevra aisément la lésion de 
l'attention. 

Examinons-les donc séparément. 

Pour ce qui est de l'élément affectif, nous sommes forcé 
d'anticiper sur la suite, sur le chapitre où nous étudierons 
les sentiments affectifs. Nous pouvons le dire tout de suite, 
et il est facile de le prévoir , les sentiments affectifs en gé- 
néral sont aussi peu développés chez les idiots que tout le 
reste. Sans entrer, pour le moment, dans la démonstration 
de cette proposition et en l'acceptant sous la réserve de la 
justifier plus loin, nous pouvons dire dès maintenant que le 
facteur le plus essentiel de l'attention , l'état affectif, fait 
défaut en tout ou en partie. Quant au second facteur, l'élé- 
ment moteur, nous savons également qu'il présente très 
fréquemment des anomalies, paralysies, contractures, con- 
vulsions, automatisme, etc. Quand il n'existe pas de troubles 
aussi marqués, on observe cependant encore une certaine 
lenteur, de la maladresse ou de l'incoordination des mou- 
vements. Bref, le pouvoir moteur de l'attention mise enjeu 
par des états alfectifs de mauvaise qualité, pour ainsi dire, 



1. Maudsley, Physiologie de l'esprit. 

2. Ribot, loc. cit. 



68 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

est lui-même atteint et imparfait. Rien de surprenant dès 
lors que l'attention présente une telle diminution quand 
ce n'est pas une absence presque complète. 

Si nous recherchons maintenant quels sont, parmi les 
états affectifs, ceux qui sont les plus simples, et déterminent 
les premiers l'attention, nous constatons que ce sont ceux qui 
ont pour cause des tendances, des appétits, des besoins, et se 
rattachent, en dernière analyse, à ce qu'il y a de plus profon- 
dément enraciné dans l'individu, l'instinct de la conservation. 

Nous avons vu dans le chapitre précédent, que ce senti- 
ment même de la conservation était très atténué, qu'il ne 
se manifestait guère que par la voracité pour les aliments, 
et que le besoin de la faim, qui est la condition primordiale 
de la conservation de la vie, était souvent très mal apprécié. 
Chez les idiots incurables, les états affectifs les plus élémen- 
taires capables de provoquer l'attention manquent donc ou 
sont extraordinairement affaiblis. Et s'il est vrai que l'atten- 
tion est au service et sous la dépendance des besoins et est 
toujours liée au sens le plus parfait, on comprend, d'après 
l'examen que nous avons fait rapidement des perceptions chez 
l'idiot, qu'elle soit faible comme les sensations elles-mêmes 
dont elle est corrélative. 

En somme les troubles de la motilité, l'affaiblissement des 
sentiments, l'imperfection des sensations, tout concouit à 
diminuer le pouvoir de l'attention, qui peut même arriver 
à être complètement aboli. Voilà pour la forme de l'atten- 
tion spontanée, appliquée aux objets extérieurs. Que sera- 
ce donc pour l'attention appliquée aux événements intérieurs, 
c'est-à-dire pour la réflexion? C'est là un phénomène intel- 
lectuel totalement inconnu de la plupart des idiots, sinon 
de tous, et même d'un grand nombre d'imbéciles. Mais nous 
aurons l'occasion d'y revenir. 



ATTENTION DE L'IDIOT 69 

L'éducation repose presque exclusivement sur la mise en 
jeu de l'attention volontaire; et Ribot distingue trois pé- 
riodes dans la formation de cette attention : 

4° L'éducateur n'a d'action que sur les sentiments sim- 
ples : cruauté, tendances égoïstes, attrait des récompenses, 
émotions tendres et sympathiques, curiosité, etc; 

2° L'attention est suscitée et maintenue par des senti- 
ments de formation secondaire : amour-propre, émulation, 
ambition, intérêt, devoir, etc. ; 

3° Période d'organisation : l'attention est suscitée et main- 
tenue par l'habitude. 

Passons en revue ces trois degrés et voyons ce qu'il en 
est chez les idiots. Chez l'idiot profond, l'attention est ré- 
duite à sa simple expression; on peut presque dire qu'elle 
n'existe pas. La vue des aliments seule a quelquefois le pri- 
vilège de le faire sortir de son indifférence. Quelquefois 
aussi on arrive par surprise à déterminer chez lui une lueur 
d'attention passagère qui s'éteint plus rapidement encore 
qu'elle n'est apparue. A l'audition d'un bruit brusque et 
fort, par exemple, l'idiot se retourne ou tourne simplement, 
les yeux, puis retombe dans son impassibilité habituelle 
dont rien ne peut plus le faire sortir. D'idées, il n'en a pas ; 
de sentiment, il n'en a pas; de sensations, il en a à peine. 
Le seul besoin qu'il ressente vaguement, est celui de la 
faim. C'est aussi l'aliment qui attire le premier l'attention 
de l'enfant nouveau-né. La sensation de la faim, le senti- 
ment du besoin satisfait qui s'associe avec la sensation du 
contact du mamelon, constituent presque seuls ses connais- 
sances. Mais au lieu de s'en tenir là, il progresse rapide- 
ment. L'idiot, au contraire ne va pas plus loin II a beau 
grandir, se développer, son horizon intellectuel et sensitif 



70 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

ne paraît pas s'élargir. Il est comme un enfant en Las âge 
avec cette différence toutefois que chez ce dernier, tout dans 
sa manière d'être indique que l'intelligence est susceptible 
de se développer sous l'influence des impressions qu'elle 
reçoit de l'extérieur, tandis que chez l'idiot, on s'aperçoit 
facilement qu'elle en est incapable. C'est ce qui donne un 
caractère si spécial à l'idiot dès le début de son existence, à 
l'idiot congénital, bien entendu. Nous avons déjà indiqué 
sur quoi se fondent les parents pour porter ce triste pronos- 
tic sur leur enfant. C'est une question d'impression géné- 
rale plus encore que de détail. Mais si on analyse les choses, 
on voit que, en fin de compte, ce qui frappe dès l'abord, 
c'est en toutes choses le défaut d'attention. On cherche à at- 
tirer la vue de l'enfant, il détourne la tète d'un autre côté ; 
on fait du bruit à sou oreille, il continue à regarder devant 
lui comme s'il Savait rien entendu. On met sous ses yeux 
un aliment, et son désir ne s'éveille pas ; on lui fait sentir 
une odeur désagréable, et il ne la repousse pas. Plus on y 
réfléchit, plus on analyse ce qu'on observe chez les idiots, 
plus on est convaincu de la lésion fondamentale de l'atten- 
tion. 

Chez les idiots simples on peut rencontrer une attention 
spontanée capable d'être développée et même transformée 
en attention volontaire. En d'autres termes, les idiots sim- 
ples sont éducables, tandis que les idiots profonds ne le 
sont pas, et cela tient uniquement à la présence ou à l'ab- 
sence d'attention. Cette remarque n'est du reste pas propre 
à l'idiot, et on peut la faire chez les animaux qu'on cherche 
à dresser. Darwin avait remarqué que des singes inattentifs 
qu'on essayait de dresser par des punitions devenaient rétifs, 
tandis que les singes attentifs pouvaient toujours être dressés. 

Ches les idiots simples, l'attention dont ils sont suscep- 



ATTENTION VOLONTAIRE 71 

tibles est souvent bien difficile à éveiller ; et il faut user de 
tous les procédés que l'éducation peut fournir. Telles sont, 
par exemple, les images, les couleurs. Les idiots paraissent 
être en effet surtout des visuels. Aussi est-il nécessaire 
de se servir pour les instruire, de tableaux, de livres il- 
lustrés, en accompagnant ses paroles de l'explication fi- 
gurée. Il faut exagérer les gestes démonstratifs et autant 
que possible leur présenter toujours les objets dont on leur 
parle. Ils ne paraissent du reste jamais comprendre du pre- 
mier coup ce qu'on leur dit. L'attention qui ne demande 
pas d'efforts ou qui éveille chez eux un sentiment de plaisir, 
ce qui vaut encore mieux, est presque la seule qu'on constate 
chez les plus inférieurs. Chez les supérieurs seulement, on 
peut déterminer l'attention volontaire, et par là développer 
leur intelligence en général. 

Sous le rapport de l'attention volontaire, on peut établir 
différents degrés dans la catégorie des idiots simples. 11 en 
est chez lesquels l'attention volontaire se produit très rarement, 
par intermittences, sous l'influence d'une grande satisfac- 
tion par exemple; d'autres où elle se produit facilement, 
mais est peu tenace; d'autres enfin chez qui elle presque 
devenue une habitude quand on les remet dans les mêmes 
conditions. Ces trois variétés, dont les deux premières sont 
de beaucoup le plus nombreuses, se distinguent facilement 
au milieu d'une grande agglomération d'idiots par deux 
manifestations principales : le travail ou la paresse, et la 
discipline ou l'indiscipline. 

A cet égard, qu'il nous soit permis de citer un passage 
caractéristique de Ribot ' : « Nous avons fait remarquer qu'à 

1. Ribot, loc. cit. 



72 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L IMBÉCILE 

Tétat de nature, pour l'animal et pour l'homme, la possibilité 
d'attention spontanée est un facteur de premier ordre dans 
la lutte pour la vie. Dès que, par des causes quelconques 
qui se sont produites en réalité, puisque l'homme est sorti 
de la sauvagerie (disette de gibier, densité de la population, 
sol ingrat, peuplades voisines mieux aguerries, etc.), il a fallu 
ou périr ou s'adapter à des conditions dévie plus complexes, 
c'est-à-dire, travailler, l'attention volontaire est devenue, elle 
aussi, un facteur de premier ordre dans cette nouvelle forme 
de la lutte pour la vie.... L'attention est donc née sous la 
pression du besoin, et avec les progrès de l'intelligence. 
Il est facile d'établir que, avant la civilisation, l'attention 
volontaire n'existait pas ou n'apparaissait que par éclair, 
pour ne pas durer. » Eh bien! il en est ainsi chez les idiots, 
et de même que l'on peut constater la succession du règne 
de l'attention volontaire à celui de l'attention spontanée, de 
mêmeonpeut observer ces deux stades chez les idiots simples, 
ceux du dernier degré étant trop imparfaits pour pouvoir 
entrer en comparaison avec Thomme. 

Mais l'expression la plus concrète, la plus saisissable de 
l'attention volontaire, c'est le travail. Le sauvage est un être 
indiscipliné et paresseux auquel tout travail répugne. Chez 
les nations civilisées, il est également des individus indisci- 
plinables et incapables de tout travail, comme les vagabonds, 
les prostituées, toute la catégorie si nombreuse des récidi- 
vistes. On peut y ajouter les idiots, et la plupart des imbé- 
ciles qui fournissent de nombreuses recrues aux prisons 
quand on n'a pas la faiblesse de les considérer comme irres- 
ponsables, et sous ce prétexte, de n'en débarrasser la société 
qu'en lui faisant porter les frais de leur entrelien pendant le 
reste de leur existence, en prenant pour eux plus de soins 
qu'on n'en prend pour nos soldats, en ne les forçant pas enfin 



DISCIPLINE ET ATTENTION 73 

à réparer le mal qu'ils ont causé d'abord et à combler en 
partie du moins les dépenses qu'on fait pour les mettre hors 
d'élal de nuire. 

L'indiscipline, la paresse et la faiblesse de l'attention, 
parallèle à celle de l'intelligence vont donc de pair. C'est ce 
qu'on remarque d'une façon très nette chez les idiots. Plus 
ils sont faibles d'ecprit, moins ils sont attentifs, plus ils sont 
paresseux, indisciplinables, inéducables. Les sentiments 
affectifs capables de mettre en jeu leur attention volontaire 
sont tellement faibles qu'ils échappent à la répression, à la 
crainte, au châtiment auquel ils restent indifférents, l'expé- 
rience étant pour eux lettre morte, les phénomènes restant 
à l'état isolé, ne se coordonnant pas, ne s'associant pas, ne 
déterminant pas d'idée abstraite. D'autres au contraire se 
disciplinent assez bien et peuvent apprendre un métier. Si 
on compare les premiers aux sauvages, on voit que les 
seconds commencent à se civiliser. Mais nous ne saurions 
souscrire néanmoins à l'opinion des criminalistes italiens qui 
voient là des cas d'atavisme. Il y a cette différence énorme 
entre les primitifs et les individus qui nous occupent que 
chez les premiers, l'apparition de l'attention volontaire et du 
travail indique le développement progressif de leur intelli- 
gence, tandis que chez les seconds le même état de l'attention 
n'est qu'un résidu et indique leur dégénérescence intellec- 
tuelle et morale. 

L'opinion de M. Ribot que l'attention volontaire est un 
phénomène sociologique, qu'elle est une adaptation aux con- 
ditions d'une vie sociale supérieure, qu'elle est une disci- 
pline et une habitude, nous semble donc absolument fondée. 
Mais au point de vue social, lorsque le développement de 
l'attention volontaire est aussi rudimentaire que chez les 



74 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

idiots et qu'il entraîne une défectuosité intellectuelle aussi 
considérable que la leur, il n'en résulte pas de consé- 
quences très fâcheuses. Les idiots ne sont pas très dangereux, 
et d'autant moins que le plus souvent leur état mental oblige 
à les placer dans des asiles pour toute leur vie. Chez les 
imbéciles au contraire, l'attention volontaire existe dans cer- 
taines limites, mais il est impossible de la fixer. L'intelli- 
gence relative qui l'accompagne et qui est faussée dans son 
développement, ainsi que nous le verrons plus loin, en fait 
des êtres souvent dangereux, et cela d'autant plus qu'à l'in- 
verse des idiots, leur état psychique permet fréquemment 
de les laisser en liberté. Aussi pensons-nous pouvoir dire 
qu'au point de vue social, les idiots sont des extra-sociaux , 
tandis que les imbéciles sont des anti-sociaux, et nous pen- 
sons que la suite de cette étude le démontrera amplement. 

En attendant, examinons l'état de l'attention chez l'im- 
bécile. 

L'attention existe chez lui, mais s'il n'y avait qu'une 
différence de degré toujours difficile à apprécier, avec celle 
des idiots d'une part, et celle des gens normaux de l'autre, 
nous n'aurions pas pris cette base de classification. Mais 
nous pensons qu'il y a un autre caractère à considérer que 
son intensité, et ce caractère, c'est son instabilité, alors 
même que, par moments, elle pourrait être aussi faible 
que celle des idiots, ou aussi forte que celle des individus 
normaux. 

L'imbécile aune attention intermittente avant tout. Il passe 
d'un sujet à un autre avec la plus grande facilité, sans qu'au- 
cun lien réunisse les choses qu'il dit. Tout jeune on le voit, 
quand on l'interroge, tourner ses regards et porter ses mains 
sur tous les objets qui l'entourent et ne vous répondre qu'a- 
près qu'on lui a fait plusieurs fois de suite la même question. 



INSTABILITÉ DE L'ATTENTION 75 

A peine vous ont-ils répondu par quelques mots jetés sans 
réflexion, qu'ils recommencent leur manège, ou se mettent 
à bavarder ou à chanter. Ils font répéter continuellement ce 
qu'on leur dit quand on leur parle de choses sérieuses qui 
réclament par conséquent leur attention volontaire. Dans la 
conversation entre camarades, cela n'arrive jamais. Ils 
parlent avec volubilité, font des coq-à -l'âne continuels, 
n'attendent pas pour répondre que la question soit finie, ce 
qui montre bien que leur attention est seulement frappée du 
premier coup, et qu'ils sont même incapables de la soutenir 
assez pour entendre jusqu'au bout ce qu'on veut leur dire. 
S'ils ne répondent pas avant que vous ayez uni votre ques- 
tion, ce n'est pas une raison pour qu'ils vous répondent en 
fin de compte à ce que vous leur avez demandé. Ils n'ont 
retenu que le début et se sont fait aussitôt une idée de ce 
qu'ils s'attendent à voir suivre. Dès lors, ils ne vous écoutent 
plus, et dès que vous avez fini, ils se répondent à eux- 
mêmes plutôt qu'à vous. Sans cesse ils vous coupent la pa- 
role. Leur esprit de curiosité lui-même ne les sert pas mieux. 
Lorsqu'on se promène avec eux en leur donnant des expli- 
cations de ce qu'ils rencontrent, ils vous assaillent de ques- 
tions ; on n'a pas le temps de répondre à l'une que déjà ils 
vous en ont posé une autre. 

Cette instabilité de l'attention pour les choses extérieures ou 
les idées se rencontre aussi prononcée dans les actes. Aussi 
les imbéciles sont-ils incapables de bien travailler, peut-être 
moins même que certains idiots. Chez ces derniers, en effet, 
on peut arriver à déterminer une sorte d'automatisme qui 
leur fait accomplir machinalement une besogne déterminée 
et toujours la même. N'allez pas la leur faire modifier d'eux- 
mêmes dans un cas particulier, ils en sont incapables. Le but 
en vue duquel ils travaillent paraît leur échapper. Si on leur 



76 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

commande, par exemple, de meltre un clou quelque part, 
il faut leur dire quel clou prendre, de combien l'enfoncer. 
Ils savent ce que c'est qu'un clou, ce que c'est que de l'en- 
foncer, comment on s'y prend, à quel usage on le destine. 
Mais quant à chercher à résoudre pourquoi on le choisit de 
telle dimension, pourquoi on le place ici plutôt que là, ils 
ne le font pas. Ils voient l'acte immédiat à exécuter, ils ne 
voient pas le but, et par conséquent l'enchaînement des actes 
successifs qu'ils font. 

L'imbécile agit différemment. Il est capable de comprendre 
le but à atteindre; il ne doute même pas de l'atteindre et 
tout de suite, du premier coup. Il voit quel est le premier 
acte qu'il doit accomplir, mais la série consécutive d'actes 
pour arriver au but lui échappe. Son attention, vive au début, 
perd bientôt de sa force et glisse sur un autre sujet. Il semble 
oublier ce qu'il a commencé. Aussi, après un début qui pa- 
raît convenable, le voit-on tout à coup faire les choses de 
travers. Une excitation extérieure ou intérieure est venue à 
la traverse et a attiré son attention ailleurs. Dans ces condi- 
tions, un bon travail est chose presque impossible. Aussi lors • 
qu'ils ne sont pas constamment surveillés, dirigés, gâchent- 
ils ce qu'ils font, et en général, ils ont la prétention de tout 
entreprendre. 

D'autres imbéciles au contraire, tout en ne doutant de 
rien, n'entreprennent aucun travail malgré toutes les excita- 
tions possibles. Ils restent des journées à ne rien faire, à 
regarder les autres travailler, à leur donner souvent des con- 
seils sur la manière de s'y prendre, et finissent par croire 
qu'ils sont des gens très occupés, parce qu'ils vont et viennent, 
et gênent les autres dans leur travail. Si les premiers tra- 
vaillent mal, ceux là ne travaillent pas du tout. 

Sous le rapport de l'attention, on peut aussi diviser les 



FUGUES 77 

imbéciles en deux catégories ; les distraits dissipés et les 
distrain absorbés, ceux-ci beaucoup moins nombreux que 
ceux-là. 

Cette instabilité de l'attention spontanée, cette difficulté de 
l'attention volontaire se rencontrent aussi chez les enfants. 
Mais tandis que chez eux l'âge amène rapidement le dévelop- 
pement de l'attention, chez les idiots et les imbéciles il est 
très lent et atteint un degré qui contraste de plus en plus avec 
leur âge. 

Nous disions plus haut que dans la classe des réfractaires 
au travail, des anti-sociaux, on pourrait placer les imbéciles 
à côté des vagabonds, des prostituées, des récidivistes. Ces 
individus, en effet, incapables de fixer leur esprit sur quoi 
que ce soit, avec quelque suite, vont à l'aventure, sans que 
rien les rattache à leur famille, à leur foyer, sans que l'idée 
de l'avenir, les préoccupations du lendemain, viennent leur 
montrer le chemin à suivre. Ce besoin de vagabondage est 
très développé chez les imbéciles. Ils partent sans savoir où 
ils vont, marcnent droit devant eux, profitant d'une porte 
ouverte pour quitter leur famille, sans se soucier de leurs 
moyens d'existence. Dans les asiles, on les voit souvent s'éva- 
der ainsi à deux ou trois, marchant le jour et la nuit, surtout 
la nuit pour se cacher dans le jour; allant demander du travail 
dans les fermes pour avoir le droit de coucher dans la grange, 
ou obtenir un morceau de pain; et cela, jusqu'à ce que, 
poussés par le besoin, ils arrivent dans une grande ville où 
on les arrête. Mais si la soif de liberté explique jusqu'à un 
certain point ces idées de vagabondage pour les imbéciles 
internés dans des asiles, on ne les comprend pas chez ceux 
qui trouvent dans leur famille tout le bien-être possible. C'est 
pourtant ce qui arrive. 

M. X..., le fils d'un riche industriel, est devenu complète- 



78 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

ment imbécile à la suite d'une fièvre typhoïde. Il est chez 
lui l'objet de toutes les attentions et de tous les soins et jouit 
de sa liberté. Néanmoins, il lui arrive fréquemment de 
quitter la maison pour errer à l'aventure dans la ville. 
Accompagné dehors, il quitte pour un motif quelconque la 
personne chargée de ce soin, et, au lieu d'aller la retrouver, 
il s'en va d'un autre côté sans savoir où le plus souvent. 
Ces fugues assez fréquentes chez les imbéciles tiennent 
vraisemblablement à leur instabilité naturelle. 

L'indiscipline est chez eux un véritable caractère de leur 
état, qui s'allie du reste fort bien avec leur besoin de vaga- 
bondage. Aussi sont-ce toujours les mêmes, les plus mau- 
vais sujets qui ne veulent rien faire ni à l'école ni à l'ate- 
lier, qui, dans les asiles, organisent les escapades, fomentent 
les petites insurrections contre les gardiens et entraînent 
les plus faibles à leur suite. Il semble qu'ils ne sont ca- 
pables d'attention que pour faire le mal. Nous aurons, du 
reste, à propos des sentiments moraux, l'occasion de reve- 
nir plus amplement sur ce sujet, mais nous tenions à signa- 
ler ici le besoin de vagabondage dénotant chez eux une re- 
marquable instabilité mentale qui se traduit par la même 
instabilité corporelle, le degré le plus léger consistant dans 
le besoin continuel de changer de place pour changer d'oc- 
cupation, et le degré le plus élevé étant représenté par le va- 
gabondage, comme se rattachant essentiellement à un 
trouble de l'attention. 

A l'attention se rattachent encore deux phénomènes psy- 
chologiques particuliers: la réflexion qui est l'attention appli- 
quée aux phénomènes intérieurs, et la préoccupation qui est 
l'attention absorbante, obsédante qui se projette toujours du 
passé dans l'avenir et qui a des causes extrêmement variées. 



GRADATION PSYCHOLOGIQUE 79 

La réflexion existe peu ou pas chez l'idiot simple, la 
préoccupation encore moins. Chez l'imbécile, au contraire, 
on observe ces deux formes modifiées de l'attention, mais 
troublées elles-mêmes comme l'attention simple; les imbé- 
ciles sont en effet capables d'une certaine réflexion, mais 
très limitée, appliquée presque toujours à des sentiments 
et non à des idées. On constate en effet la gradation sui- 
vante chez les idiots et les imbéciles, gradation qui est celle 
du développement de l'individu normal. L'attention se porte 
d'abord sur les sensations el sur les objets qui les déter- 
minent, puis sur les sentiments, et enfin sur les idées. 
L'ordre chronologique indique donc bien l'ordre de supé- 
riorité des différentes attributions de l'esprit, les phéno- 
mènes mentaux liés aux sensations, c'est-à-dire à l'état 
physique, sont les plus simples et les plus inférieurs; puis 
viennent les phénomènes d'ordre affectif et moral, et enfin 
les phénomènes intellectuels proprement dits, les plus su- 
périeurs. C'est à ceux-ci qu'atteignent le plus difficilement 
les imbéciles. Ils réfléchissent si peu qu'ils prennent à la 
lettre ce qu'on leur dit sans chercher plus loin. Tel est cet 
imbécile dont parle Esquiroi à qui l'on avait conseillé de 
monter fous les jours à cheval pendant une heure et qui 
s'en acquittait consciencieusement en restant dans l'écurie. 
Ce manque de réflexion nous explique aussi la crédulité 
extraordinaire de ces individus, crédulité dont nous aurons 
à reparler plus loin. 

La préoccupation, qu'on n'observe pas chez les idiots, se 
rencontre à un degré très faible chez les imbéciles en gé- 
néral. Faisant très peu attention aux choses présentes, ayant 
par conséquent des impressions très fugitives, le passé reste 
pour eux très vague et ne leur suscite guère la prévision de 
l'avenir. Ils sont d'une insouciance remarquable, qui s'ex- 



80 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

plique à la fois par leur manque de jugement sur les diffi- 
cultés de l'existence et par leur fatuité à croire qu'ils les 
vaincront quand on les leur montre. Leurs sentiments très 
égoïstes les empêchent de se préoccuper des malheurs ou 
des chagrins qui peuvent frapper les autres, et quant aux 
préoccupations purement intellectuelles, leur défaut d'in- 
telligence les oblige à les ignorer toujours. Il en est cepen- 
dant qui semblent capables de préoccupations et c'est ceux- 
là que nous avons désignés du nom de distraits absorbés. 
C'est du reste le plus petit nombre. Ils sont sous le coup 
d'une préoccupation le plus souvent vague, mais qui peut 
prendre le caractère d'une véritable idée fixe. Nous passons 
là du domaine physiologique au domaine pathologique. 
L'idée fixe est du reste un élément morbide qui se rencontre 
fréquemment chez les dégénérés. Aussi ne doit-on pas être 
surpris de le rencontrer chez les imbéciles qui sont tous des 
dégénérés héréditaires ou acquis. 

L'idée fixe est l'hypertrophie de l'attention réfléchie et de 
la préoccupation. Elle naît souvent sous l'empire de senti- 
ments mauvais, vanité, ressentiment, désirs violents, et peut 
amener chez les imbéciles de véritables impulsions qui les 
poussent à commettre des délits et même des crimes. Il est à 
remarquer en effet que ce ne sont guère que les actes mal- 
faisants, les sentiments mauvais ou simplement les besoins 
égoïstes à satisfaire, qui ont le don d'attirer l'attention et 
de provoquer la réflexion et la préoccupation des imbéciles. 
Tout ce qui est utile, tout ce qui intéresse la société, les 
laisse indifférents. Nous croyons donc pouvoir répéter que, 
pour nous, les imbéciles sont plus que les idiots, des antiso- 
ciaux. Les idiots sont forcément hors de la société, les imbé- 
ciles sont toujours contre elle, qu'ils lui soient simplement 
inutiles ou qu'ils lui soient nuisibles d'une manière effective. 



ÉDUCATION PRATIQUE 81 

En somme au point de vue pratique, les imbéciles sont 
presque aussi difficiles à éduquer que les idiots simples un 
peu élevés dans l'échelle intellectuelle. Chez les uns on ne 
peut que difficilement attirer l'attention; chez les autres on 
ne peut la maintenir. Chez les idiots, on arrive à déterminer 
un automatisme utilisable, chez les imbéciles on n'a pas 
même cette ressource. 



% 



CHAPITRE V 

DES INSTINCTS 



SOMMAIRE : Instinct de conservation. — Nutrition. — Gourman- 
dise. — Sommeil. — Besoin d'activité musculaire. — Idiots grim- 
peurs, tourneurs. — Instincts sexuels. — Onanisme. — Sodomie. 
— Imitation. — Aptitudes spéciales. — Jeux. — Civilité. — Des- 
tructivitê. — Auto-mutilation. 



On peut distinguer deux sortes d'instincts : des instincts 
personnels et des instincts sociaux, ou encore des instincts 
propres à l'individu, et d'autres propres à l'espèce. Les pre- 
miers ont pour objet de conserver l'existence de l'individu. 
Tels sont la mise en jeu de tous les organes sensitifs et sen- 
soriels, l'instinct de nutrition, de sommeil, de locomotion. 
Ce dernier établit une transition avec la deuxième espèce 
d'instincts qui ont pour but de mettre l'individu en rapport 
avec les individus de son espèce ; le plus fort de tous est 
l'instinct sexuel, puis l'instinct d'imitation auquel on peut 
rattacher le jeu, le langage naturel et artificiel, enfin l'ins- 
tinct de construction et de destruction. 

L'instinct le plus puissant, le plus indispensable à l'exis- 
tence est celui de la conservation qui se manifeste de deux 
façons, en recherchant ce qui est propre à entretenir la vie, 
en évitant ce qui peut la compromettre. 



84 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE V IMBÉCILE 

L'instinct de nutrition est aussi indispensable que celui 
de la respiration. Il est inné. Mais les idiots ayant des or- 
ganes très imparfaits, des sensations très obtuses par con- 
séquent, les conditions nécessaires à l'existence ne leur 
apparaissent pas nettement. Du reste, alors même qu'ils les 
apprécieraient, ils seraient incapables d'employer les moyens 
propres à les remplir. Car l'acte le plus élémentaire, la 
préhension, est souvent nul. Ils ne savent pas plus se servir 
de leurs mains que de leurs jambes, et il faut leur ap- 
prendre à manger comme on leur apprend à marcher. Mais 
les plus profonds sont toujours incapables de se nourrir et 
on doit les alimenter. Cependant cet instinct de nutrition 
est le premier qu'ils manifestent et c'est quelquefois le seul. 
C'est le cas des idiots profonds. « Chez beaucoup d'idiots de 
cette dernière classe, dit Griesinger, la seule chose qui pa- 
raît mettre un peu leur esprit en mouvement, c'est de 
manger. Les idiots les plus profonds ne manifestent ce be- 
soin que par de l'agitation, des grognements; ceux chez qui 
la dégénérescence est moins profonde remuent un peu les 
lèvres, ou bien ils pleurent jusqu'à ce qu'on leur donne 
quelque chose. C'est ainsi qu'ils expriment qu'ils veulent 
manger. » 

Certains, comme celui que cite Morel, à la vue des ali- 
ments, poussent des espèces de rugissements, saisissent la 
viande avec les mains et avalent leurs portions d'une seule 
bouchée. Non seulement les idiots moins profonds se jet- 
tent sur les aliments qu'on leur offre, mais encore ils les 
réclament, les choisissent, cherchent à se les procurer et 
les volent souvent aussi, gradations qui sont en rapport avec 
leur développement intellectuel. 

La gourmandise peut se rattacher à l'instinct de nutri- 



SENTIMENT DE PRÉSERVATION 85 

tion. On l'observe fréquemment chez les idiots. C'est même 
souvent le seul moyen d'action qu'on ait sur eux, et comme 
avec les enfants qui, eux aussi, sont pour la plupart gour- 
mands, il faut savoir en user pour l'éducation. Il est curieux 
de voir la façon dont ils accueillent leurs parents le jour de 
visite. A peine sont-ils entrés, qu'avant même de leur dire 
bonjour, ils se tournent vers le panier ou le paquet qu'ils 
apportent et se mettent en devoir de le vider. Dès qu'ils y 
sont parvenus, ils dévorent tout ce qu'ils trouvent sans plus 
guère s'occuper de leurs parents. lisse volent souvent entre 
eux ce qui leur est apporté et que quelques-uns mettent en 
réserve. D'autres profitent de l'absence de leurs camarades 
pour s'emparer de leur vin ou de leurs aliments. Beaucoup 
mangent avec tant d'excès et de gloutonnerie ce qu'ils ai- 
ment qu'ils se rendent malades. Mais ce défaut qui se ren- 
contre chez les idiots un peu supérieurs est extrêmement 
fréquent et développé chez les imbéciles. 

Le sentiment de préservation paraît absolument inconnu 
aux idiots profonds. Ils ne bronchent pas à l'approche d'un 
tison enflammé même s'ils se sont déjà brûlés. Ils prennent 
des couteaux par la lame, des morceaux de verre brisé, et 
sans la moindre précaution, quand leur degré de développe- 
ment leur permet de marcher et de prendre avec les mains. 
Que de fois n'en voit-on pas qui, en coupant du pain, 
placent leurs doigts juste sous le tranchant du couteau, et 
s'entaillent consciencieusement la main. Ils n'ont pas la 
compréhension du danger car cela demande un raison- 
nement dont ils sont incapables. Les parents nous disent 
couramment que leur enfant ne faisait attention à rien dans 
la rue, qu'il passait au milieu des voitures au risque de se 
faire écraser, « comme s'il ne les voyait pas », que plus d'une 



86 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

fois il a été renversé. Tel autre monte sur tout ce qu'il ren- 
contre au risque de se casser le cou. C'est souvent même 
cette inconscience du danger, qui expose l'enfant à des dan- 
gers continuels, qui décide les parents au placement dans 
un asile. 

L'imbécile, égoiste par excellence, a le sentiment du 
danger souvent très développé et même exagéré. Quand il 
s'expose ce n'est pas ordinairement parce qu'il ignore le 
danger qu'il court, c'est parce qu'il ne le juge pas tei qu'il 
est et qu'il a la prétention de savoir l'éviter. 

On observe cependant le suicide chez les imbéciles *, où 
M. Cobbold le signale comme une tendance passagère à 
allures caractéristiques, et ce par trois points : l'absence 
ou l'insignifiance de la cause déterminante; l'absence de 
la fermeté nécessaire pour le suicide; et enfin l'effacement 
rapide et l'oubli de l'idée de suicide. Outre cette forme 
spéciale aux imbéciles de la tendance au suicide, ils peuvent 
encore l'accomplir par impulsion, ou sans cause appréciable 
comme on l'observe chez des aliénés ordinaires. 

Le sommeil, comme le besoin de manger, est un besoin na- 
turel extrêmement intense et irrésistible. Si les organes ont 
besoin pour fonctionner d'être alimentés, la force qui y est 
emmagasinée peut subvenir plus longtemps au fonction- 
nement sans recevoir d'aliments, qu'elle ne peut le faire 
sans qu'ils prennent de repos. En somme, tout organe qui 
fonctionne ne peut le faire d'une façon indéfinie sans être 
alimenté, ni d'une façon continue sans prendre de repos par 
moments. Le sommeil est le mode de repos de l'organisme, 
et particulièrement du système nerveux. On pourrait croire 

1. Cobbold, Journ. of. mental Science, 1886. 



SOMMEIL 87 

d'après cela, que les idiots dont le système nerveux est celui 
qui fonctionne le moins de tous, n'ont besoin que de peu 
de sommeil pour réparer l'énergie dépensée. Il n'en est 
rien. Chez les individus normaux, il est à remarquer que 
ce sont ceux dont le système nerveux travaille le moins, qui 
dorment le plus et le mieux, tandis que ceux qui ont pour 
besogne ordinaire des travaux intellectuels dorment moins 
longtemps et moins bien, la cérébration inconsciente étant 
chez £ux très développée . D'autre part , plus on prend 
l'habitude de dormir, plus on dort. Bien que ces faits soient 
en apparence paradoxaux et montrent qu'il faut chercher la 
cause du sommeil ailleurs que dans le besoin de l'organisme 
de se reposer, on est cependant forcé de reconnaître leur 
réalité. On ne sera donc pas étonné de voir les idiots les 
plus profonds, qui semblent plongés tout le jour dans une 
sorte d'assoupissement, dormir parfaitement toute la nuit. 
On observe cependant quelquefois des insomnies prolon- 
gées chez les idiots, ainsi que M. Bourneville en cite un 
exemple f . Il s'agit d'un enfant, Napoléon M.., âgé de sept 
ans, placé à Bicêtre. Vers deux ans et demi ou trois ans, il est 
resté huit mois sans dormir. La nuit il se levait de son ber- 
ceau, se promenait dans la chambre, tirait sur les draps, les 
cordons qu'il trouvait en poussant des « gehein ! » Dès que 
ses parents l'avaient recouché, il se relevait. Il ne voulait pas 
être couvert. Sa mère était très contente quand il dormait 
une demi-heure dans le jour, placé sur elle. De trois à quatre 
ans le sommeil est revenu, mais toujours très court, environ 
quatre ou cinq heures par nuit. A partir de cinq ans, 
M... a dormi comme les autres enfants et son sommeil est 
devenu tranquille. — Ces cas qui sont assez fréquents dans 

1. Bourneville et Régnard, Iconographie de la Salpé 'trière. 



88 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

la première enfance, sont exceptionnels après quatre ou 
cinq ans, où on observe au contraire ordinairement une pro- 
pension au sommeil. 

Il est très vraisemblable qu'ils sont aussi incapables de 
rêver qu'ils sont incapables de penser à l'état de veille. 

Chez les idiots simples, le sommeil paraît moins profond 
et les occupations du jour retentissent sur lui. Quelquefois 
ils se réveillent brusquement, se dressent, se mettent à 
crier, puis se recouchent et se rendorment. Il n'est pas dou- 
teux dans ces cas, qu'il y ait eu rêve, cauchemar même. Ce 
doit être en effet le plus souvent des sentiments forts, plaisir 
ou crainte, qui viennent surgir dans leur conscience endor- 
mie. Quant aux imbéciles ils rêvent certainement comme 
les individus normaux et nous n'avons rien à signaler de 
particulier concernant leur sommeil. 

Le besoin d'activité musculaire, comme l'appelle Bain % 
est beaucoup moins puissant que les précédents, au moins 
chez les idiots, quoique Beaunis 2 le regarde comme aussi 
impérieux que le besoin de sommeil. Il est cependant cer- 
tain que chez beaucoup d'idiols profonds, il est réduit à son 
minimum et même complètement anéanti. Il en est qui sont 
comme des masses inertes; quand ils se remuent, ce n'est 
certainement pas pour la satisfaction qu'ils éprouvent à faire 
fonctionner leurs muscles. Est-ce à ce besoin qu'il faut rap- 
porter, comme le fait Beaunis, l'existence de tics dont nous 
avons rapporté des exemples plus haut, et même de mou- 
vements plus compliqués de caractère automatique? Nous 
ne saurions l'affirmer, tant ces mouvements sont différents 



1. Bain, Les émotions et la volonté. 

2. Beauuis, Les sensations internes. 



IDIOTS GRIMPEURS 89 

de ceux que suggère la volonté, si faible qu'elle soit, ou le 
désir, qui est corrélatif du besoin. 

Nous devons cependant à ce propos, et quelle que soit 
l'interprétation qu'on peut donner de ces faits, citer certaines 
manifestations motrices assez singulières qu'on observe chez 
les idiots. Nous voulons parler des grimpeurs et des tourneurs. 

Tel est le cas d'un jeune idiot épileptique de dix ans, du 
service de M. Bourneville. Cet enfant qui avait eu des con- 
vulsions depuis l'âge de huit mois poussait des cris continuels 
que rien ne pouvait calmer depuis sa naissance jusqu'alors. 
Il ne prononçait pas d'autre mot que : maman. Jamais il ne 
marcha normalement. Il courait toujours; il se sauvait de 
chez lui dès que la porte était ouverte. Jamais il ne sut se 
servir de ses mains pour manger. Il savait cependant appro- 
cher sa chaise de la table. Comme tic, on constatait un 
balancement latéral du tronc. De plus, il était grimpeur; il 
montait sur tout, grimpait dans les arbres dès qu'on ne le 
surveillait pas. Cette manie de grimper n'était pas, comme 
on le voit, isolée, et il présentait d'autres particularités dans 
la sphère motrice, telles que les fugues et la manière de 
marcher en courant toujours, qui sont d'autant plus intéres- 
santes que, d'autre part, on constatait une grande mala- 
dresse dans les mouvements des membres supérieurs. 
Quoique la préhension même des aliments lui fût impos- 
sible, en effet, il savait saisir suffisamment les objets sur 
lesquels il grimpait, pour ne pas tomber. Les mouvements 
des membres supérieurs n'étaient par conséquent normaux 
que lorsqu'ils étaient associés à ceux des membres inférieurs 
dans l'acte de grimper, comme s'il y avait un centre spécial 
pour cet acte, centre qui aurait été épargné dans le cas par- 
ticulier et agi d'une façon en quelque sorte supplémentaire 
par rapport aux autres centres moteurs. 



90 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

Nous avons aussi rencontré dans le service de M. Bour- 
neville des exemples d'idiots tourneurs. L'un d'eux, âgé de 
sept ans était complètement idiot et gâteux, présentait de la 
rumination pour les liquides, de l'onanisme, des accès de 
colère, des tics. Son odorat éf ait très fin; il sentait tout ce 
qu'on lui donnait et le rejetait si l'odeur ne lui plaisait pas. 
Par moments, sans aucun motif apparent, il se mettait à 
tourner sur lui-même pendant très longtemps. 

L'autre âgé de onze ans, idiot et gâteux, à langage rudimen- 
taire, sait à peine se servir de la cuiller pour manger, ne 
sait ni s'habiller ni se laver. Il aime casser, déchirer avec ses 
dents ou ses mains. Ce qu'il aime surtout, c'est tourner sur 
lui-même jusqu'à ce qu'il tombe en prononçant d'une façon 
incessante : ba, ba, ba. — On ne sait jusqu'ici à quoi altribuer 
ce phénomène. Ils sont à rapprocher des actes automatiques 
des épileptiques, et vraisemblablement, ils sont en rapport 
avec des lésions plus ou moins localisées des centres nerveux 
bien plutôt qu'avec le besoin de mouvement. 

L'instinct de locomolion est une forme du besoin d'activité 
musculaire. Il ne se manifeste guère normalement que vers 
le neuvième ou le dixième mois. Nous en avons déjà parlé 
dans le chapitre précédent et nous avons montré comment, 
-en raison bien entendu de l'état anatomique et physiologique 
de la moelle et du cerveau, le défaut d'attention rendait 
difficile l'éducation de la marche, combien elle était en géné- 
ral retardée chez les idiots, au point même de n'être jamais 
possible. Le besoin de se déplacer est subordonné aussi au 
désir de se mettre en rapport plus ou moins immédiat avec 
la chose et les personnes qui vous entourent. Or, chez les 
idiots profonds où rien n'excite ni sentiment ni idée, ce 
désir n'existe pas. Dès que s'esquisse au contraire un désir, 
si confus qu'il soit, l'instinct de locomotion apparaît en même 



INSTINCT SEXUEL 91 

temps. C'est par exemple ce qui se passe quand l'idiot recon- 
naît ses aliments. Il s'agite alors sur sa chaise, pousse des 
cris, tend les mains, cherche à se rapprocher d'eux. Aussi 
est-ce là un procédé employé pour le forcer à se tenir sur 
ses jambes et à progresser. A mesure que le niveau intel- 
lectuel et moral s'élève, cet instinct de locomotion se déve- 
loppe de plus en plus, quoique toujours retardé. Nous 
n'insisterons pas sur ce point déjà traité. Nous tenions seu- 
lement à faire remarquer combien l'instinct de locomotion 
est intimement lié aux autres instincts, se développe en 
conséquence de celui de la conservation personnelle (aller 
au-devant des aliments, ou fuir le danger), mais principale- 
ment à l'instinct de nutrition auquel il semble subordonné. 

Nous avons dit que cet instinct établissait le trait d'union 
entre les besoins purement individuels et ceux qui intéressent 
l'espèce. A cet égard, aucun autre ne saurait être comparé à 
l'instinct sexuel. Celui-ci, chez les individus éduqués, intel- 
ligents et moraux, au lieu de se manifester ouvertement 
■comme chez l'animal, est au contraire l'objet de nombreux 
freins. Chez l'idiot, ces freins intellectuels et moraux n'exis- 
tant pas, il se donne libre cours ; mais le plus souvent, il 
présente des anomalies ou des perversions. Il peut être en 
effet rudimentaire ou nul, exagéré ou perverti, et bien que 
cette dernière modalité soit plutôt du ressort de la pathologie, 
on ne peut se dispenser d'en parler ici, à cause de l'intérêt 
qu'elle présente tant au point de vue physiologique qu'au 
point de vue médico-légal. 

En ce qui concerne le plus ou moins grand développement 
de l'instinct sexuel, on observe des variétés considérables 
entre les idiots et les imbéciles. Ici encore, la distinction est 
bien tranchée et nous y retrouvons toujours les mêmes carac- 



92 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

tères : absence ou rudiment chez l'idiot suivant le degré 
d'idiotie; exagération, perversion ou inversion chez l'imbé- 
cile. L'idiot est là encore un extra-social; l'imbécile est le 
plus souvent un anti-social. Cette observation en ce qui 
concerne l'instinct sexuel, est, bien entendu, simplement 
générale et ne saurait s'appliquer rigoureusement à tous les 
idiots ni à tous les imbéciles sans distinction. 

Parmi les causes de plus ou moins grand développement 
de l'instinct sexuel, il faut considérer d'abord l'état des 
organes génitaux. Chez l'idiot, la puberté est retardée d'une 
façon générale et souvent dans des proportions considérables. 
Quelquefois même elle n'apparaît jamais, et certains idiots 
présentent toujours un état d'infantilisme qui porte d'ail- 
leurs sur tout leur organisme. Les organes génitaux sont 
souvent mal conformés. Dans un travail fait avec le D r Bour- 
neville 1 , nous avons examiné sous ce rapport 758 idiots ou 
imbéciles avec ou sans épilepsie et nous sommes arrivés aux 
conclusions suivantes : les anomalies des organes génitaux 
chez les idiots el les imbéciles sont extrêmement fréquentes 
si on les compare avec ce qui se rencontre chez les individus 
bien équilibrés. Les aptitudes génésiques des idiots sont 
très atteintes si on en juge par le grand nombre de cas de 
cryptorchidie. Les anomalies qu'ils présentent consistent en 
phimosis, hypospadias, varicocèle, arrêts de développement 
ou atrophie d'un ou des deux testicules, ectopie testiculaire 
uni ou bilatérale, conformation vicieuse de la verge (en mas- 
sue ou tordue). Chez les imbéciles, les anomalies bien 
qu'encore plus fréquentes que chez les individus normaux, 
sont loin de l'être autant que chez les idiots, et sont surtout 
moins graves, moins incompatibles avec l'acte sexuel. La 

1. Bourneville et Sollier ; Des Anomalies des organes génitaux 
chez les idiots et les épileptiques (Progrès médical 1887). 



PERVERSIONS DE L'INSTINCT SEXUEL 93 

puberté, par suite, n'offre souvent pas de retard et même 
elle se montre quelquefois d'une façon très précoce, les im- 
béciles présentant souvent un développement physique très 
considérable. 

Chez les idiots gâteux, incurables, il n'y a pas d'instinct 
sexuel à proprement parler, car on ne saurait regarder 
comme une manifestation de cet instinct l'onanisme auquel 
la plupart se livrent. Chez les idiots éducables, l'instinct sexuel 
peut apparaître, mais reste toujours affaibli; quoique quel- 
quefois il soit anormalement développé et perverti, jamais 
normal, par conséquent. Quant aux imbéciles, ils sont sou- 
vent d'une précocité extraordinaire, et en même temps, c'est 
chez eux qu'on rencontre le plus de perversions sexuelles. 
Parmi les perversions de l'instinct sexuel, la plus fré- 
quente et la plus précoce est l'onanisme. L'énorme majo- 
rité des idiots se masturbent, mais il y a lieu de faire entre 
eux une importante distinction : les uns se masturbent au- 
tomatiquement; les autres savent ce qu'ils font et y cher- 
chent une satisfaction sensuelle. 

C'est parmi les premiers que se rangent ces petits idiots 
de deux ou trois ans qui se masturbent pour ainsi dire con- 
tinuellement. C'est chez eux un tic comparable à tous les 
autres qu'ils présentent. Il est évident que les appétits géné- 
siques ne sont pour rien dans cet acte. Souvent même il y 
a cryptorchidie ou anorchidie complète, ce qui est bien peu 
compatible avec l'instinct génésique. Mais nous avons dit 
que certains idiots mettaient en jeu dans leurs tics une sen- 
sibilité exquise. Or il est peu de points du corps qui soient 
doués d'une sensibilité aussi fine et aussi spéciale que les 
organes génitaux. Rien d'étonnant dès lors à voiries idiots 
éveiller cette sensibilité tactile. 

Cette masturbation automatique ne se rencontre à un 



94 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

certain âge que chez les idiots absolument complets. Mais 
on peut la voir chez de tous jeunes idiots ou imbéciles, au 
même titre que chez certains enfants d'intelligence normale 
cependant. Dans ce cas on voit souvent cette habitude dis- 
paraître avec l'âge, particulièrement au moment de la pu- 
berté, ou sous l'influence de l'éducation. Si les enfants idiots 
éprouvent dans ces conditions une certaine satisfaction sen- 
suelle, ce n'est pas cependant le véritable plaisir sexuel. Ce- 
lui-ci ne s'observe ordinairement que lorsque les organes 
génitaux sont arrivés à ce degré de développement qui mar- 
que la puberté. Il en est cependant chez lesquels l'instinct 
sexuel véritable prend un développement extraordinairement 
précoce. Nous avons plus d'une fois observé des idiots d'un 
niveau intellectuel assez inférieur, éprouver dès l'âge de 
quatre ou cinq ans, du plaisir au contact des petites filles 
ou des femmes. Il en est qui cherchaient à violenter leur 
petite sœur ou à lui faire des attouchemants obscènes. Tel 
autre que nous avons connu s'en prenait à sa mère dont il 
soulevait les jupons. Que de fois dans les asiles d'idiots n'en 
voit-on pas qui cherchent à faire des attouchements à leurs 
infirmières et qui aiment leur contact, ce qui les met, du 
reste, dans un état d'excitation générale. On observe en 
effet ces tendances plus fréquemment vis-à-vis de femmes 
ou de jeunes filles que vis à-vis d'enfants de leur âge. C'est 
ce qui semble bien prouver que c'est véritablement l'ins- 
tinct sexuel qui est enjeu. Du reste, chez l'enfant normal, 
l'émotion sexuelle existe plus souvent qu'on ne croit et bien 
avant le développement de la puberté. Elle n'en est donc 
pas la conséquence directe. 

Mais si ces perversions de l'instinct sexuel se montrent 
assez souvent chez les idiots, elles sont encore bien plus ma- 
nifestes chez les imbéciles. L'onanisme est peut-être moins 



TRIVIALITE 95 

fréquent chez eux que chez les idiots jusqu'à l'âge de la pu- 
berté; mais à partir de ce moment, c'est l'inverse qui se 
produit, et dans ce cas, c'est sous l'influence du besoin 
sexuel , c'est pour se procurer la satisfaction sexuelle qu'ils 
le pratiquent. Les filles, sous ce rapport, sont absolument 
comparables aux garçons. Nous en avons vu une à Bi- 
cêtre, qui, à force de se masturber en se frottant les cuisses 
l'une contre l'autre (c'est leur procédé le plus habituel) 
avait fini par se déterminer un érythème sur la face interne 
des deux cuisses. Cet érythème ne l'avait pas fait cesser et 
elle persista si bien que toute la peau se sphacéla et que la 
plaie ne put jamais se cicatriser complètement. 

Ils pratiquent fréquemment l'onanisme à deux, le plus 
souvent entre imbéciles, mais la sodomie est également 
pratiquée. Beaucoup d'imbéciles forment de véritables mé- 
nages. Lorsqu'ils choisissent un idiot, celui-ci est ordinai- 
rement passif. Mais passons sur ces faits et bornons-nous 
à signaler en somme la fréquence des perversions du sens 
génésique chez les imbéciles. 

Un point plus intéressant à signaler, c'est le caractère 
trivial, grossier des imbéciles. Ils aiment à dire des obscé- 
nités, surtout devant les femmes, en les accompagnant le 
plus souvent de gestes non moins grossiers que leurs pa- 
roles. La trivialité n'est donc pas, pensons-nous, une simple 
convention. Elle répond à un état psychique spécial. C'est 
une tendance particulière de l'esprit, qui choque précisé- 
ment les gens pondérés et bien développés, parce qu'elle est 
le résultat d'un développement psychique anormal, tout 
comme une idée délirante nous choque. La trivialité ne s'ac- 
quiert pas. C'est une tendance spéciale qui s'observe sur- 
tout chez les dégénérés; elle leur est naturelle comme le 
bon ton l'est aux esprits normaux. Ce n'est pas une tendance 



96 PSYCHOLOGIE DE I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

naturelle de l'esprit humain corrigée par la civilisation. 
L'imbécile, sous ce rapport, n'est donc pas un primitif, ar- 
rêté à un stade antérieur du développement moral. Ce n'est 
pas un développement moral enrayé, mais faussé, dévié de 
sa direction normale. 

Les imbéciles du sexe féminin, sans présenter une aussi 
grande exagération du sens génésique ni des perversions 
aussi marquées que les hommes, sont cependant très déve- 
loppées aussi sous le rapport de l'instinct sexuel. Mais au 
lieu d'êtreactives, elles sont plus souvent passives. Marie B... 
est une imbécile de vingt-deux ans, grande, mal bâtie, blé- 
sant légèrement. Elle se croit la plus intelligente de toutes ses 
compagnes. Elle s'est livrée à treize ans, à un domestique de 
son père, et depuis elle a eu des rapports très fréquents 
avec d'autres hommes rencontrés dans les mêmes condi- 
tions. Elle se figure être aimée et demandée en mariage par 
tous les hommes qu'elle voit, quelle que soit leur position 
sociale. Elle se met aux fenêtres pour envoyer des baisers 
aux hommes qu'elle voit passer, se livre fréquemment à 
l'onanisme et a des accès de violence et d'excitation si on 
l'empêche d'aller trouver les hommes qui pourraient se 
trouver dans la maison et auxquels elle se livrerait, au pre- 
mier désir qu'ils en exprimeraient. 

L'absence de sens moral, l'impétuosité de leur instinct 
rendent les idiots et surtout les imbéciles capables de toutes 
les tentatives sur les femmes et ce sont eux dont les crimes 
bizarres accomplis après le viol excitent souvent la curiosité 
publique par leur caractère étrange. — Chez les femmes, on 
observe une inconscience absolue dans la sphère morale, et 
non seulement elles se livrent, elles s'abandonnent au pre- 
mier venu, mais bien souvent même, ce sont elles qui s'ot- 
frent à lui. On comprend dès lors, combien il est utile, 



INSTINCT D'IMITATION 97 

quand on se trouve en présence de délits ou même de crimes 
se rattachant aux choses sexuelles, d'examiner l'état mental 
des prévenus. 

L'instinct d'imitation existe chez les idiots simples et est 
surtout développé chez les imbéciles, mais il est loin d'être 
aussi fort qu'on a coutume de le dire. Ainsi que le remarque 
Séguin, l'imitation est le dernier mot de l'action muscu- 
laire. Or, les idiots sont maladroits, nous l'avons déjà dit, 
ils commandent mal à leurs muscles, ne savent pas s'en 
servir. Comment donc pourraient-ils imiter convenablement 
ce qu'ils voient faire? On sait, d'autre part, le rôle que peut 
jouer l'imitation dans l'éducation des enfants, et on ne 
manque pas de l'utiliser chez les idiots. Mais on est loin de 
constater d'aussi bons résultats chez les idiots et les imbé- 
ciles que chez les enfants normaux, ce qui ne peut s'expli- 
quer que de deux façons, ou que le rôle de l'imitation dans 
l'éducation n'a pas l'importance qu'on lui attribue, ce qui 
est faux, ou que l'instinct d'imitation des idiots n'est pas 
aussi développé qu'on le dit. 

En quoi donc diffère le rôle de l'imitation dans l'éducation 
des enfants normaux et des idiots? En ceci, à notre avis, 
que chez les idiots, l'imitation est automatique, tandis que 
chez les enfants normaux elle est accompagnée de la com- 
préhension de l'acte imité. 

On observe chez les enfants qu'ils imitent les actes et les 
paroles des grandes personnes, surtout dans leurs jeux. Ils 
entrent alors tellement dans la peau de leurs personnages 
que non seulement ils en reproduisent les gestes, mais en- 
core des raisonnements qu'ils ne s'appliqueraient pas à eux- 
mêmes en pareille circonstance. Il n'y a donc pas seulement 
imitation de l'acte présent, mais aussi de l'acte passé, des 

7 



98 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOÏ ET DE L'IMBÉCILE 

idées exprimées antérieurement, grâce au souvenir. L'idiot, 
lui, ne joue guère, et sa mémoire est faible; il ne peut donc 
pas s"inculquer par l'imitation et la répétition de ce qu'il a 
entendu dire ou vu faire, les idées qu'on a émises devant lui 
ou la conduite qu'il a vu tenir. 

L'imitation, pour porter ses fruits, a besoin chez l'enfant 
de se reproduire un grand nombre de fois. De plus, elle se 
produit surtout sous l'influence de l'acte présent, plus que 
par le souvenir ; mais, malgré cela, rien n'est plus faux que 
de dire que les idiots sont imitateurs comme le singe. 

Seguin i avait déjà remarqué au contraire qu'ils n'ont 
souvent ni le goût, ni la possibilité de l'imitation, soit à 
cause de l'instabilité de leurs organes, soit à cause de leur 
difficulté d'attention, soit à cause de leur faiblesse de vo- 
lonté, et que ce sont plutôt les imbéciles qui en sont doués. 
11 faut d'ailleurs, pour imiter, que l'on ait la notion des di- 
verses parties de son corps et beaucoup d'idiots ne l'ont 
pas. S'ils imitent, c'est donc tout à fait inconsciemment, et, 
partant, sans grande utilité. Pour imiter vraiment, il faut 
une certaine dose d'intelligence, comprendre ce qu'il y a 
d'intéressant dans un acte et avoir un motif pour le repro- 
duire. Il faut que cet acte attire suffisamment l'attention de 
l'idiot pour déterminer chez lui une idée qui s'exprime par 
un mouvement analogue à celui qui s'est produit devant lui. 
Or, nous avons vu quels troubles présente l'attention chez 
l'idiot et chez l'imbécile. Ne comprenant pas la portée de ce 
qu'il voit, l'idiot n'éprouve pas le besoin de le reproduire. Son 
imitation, quand elle a lieu, se fait donc en quelque sorte à 
son insu, de la même façon dont inconsciemment on imite 
les jeux de physionomie d'un interlocuteur ou d'un acteur. 

1. Séguin, loc. cil. 



INSTINCT D'IMITATION 99 

L'imitation chez l'idiot et chez l'imbécile nous paraît donc 
avoir pour principal caractère d'être un acte auquel l'intel- 
ligence ne participe que peu ou point. Le profit qu'on peut 
en tirer pour l'éducation consiste donc surtout à obtenir la 
reproduction en quelque sorte automatique d'actes sem- 
blables à ceux qu'on aura maintes fois exécutés devant eux, 
sans grand espoir de les voir interpréter, et, par conséquent, 
transformer suivant les circonstances particulières réclamant 
leur modification. Chez l'idiot, c'est là un fait presque cons- 
tant, et qui n'a pas lieu de surprendre. Mais chez l'imbécile, 
on observe en outre que lorsqu'il cherche à modifier un acte 
appris par imitation, il le fait d'ordinaire d'une façon mala- 
droite et qui montre bien qu'il n'a pas du tout saisi le but et 
la raison de l'acte qu'il imite. Ce fait déjà frappant chez lui 
pour les acles, le devient encore plus peur les idées, et 
lorsque dans la conversation il se croit, comme c'est le cas 
le plus fréquent, de l'esprit et veut en faire montre, il se 
livre à une série de coq-à-1'âne qui égaient souvent fort la 
société où il se trouve. 

Chez l'imbécile, l'imitation, comme tout le reste, est di- 
rigée vers ce qui est mauvais ou malfaisant. — Chez les idiots, 
on observe surtout l'imitation des actes, beaucoup moins 
celle des paroles, des idées, sauf chez ceux d'un degré un 
peu supérieur. Mais les actes répréhensibles, les paroles 
obscènes, grossières, ne sont pas, en général tout au moins, 
imités de préférence à ceux qui sont indifférents. Les imbé- 
ciles prennent au contraire bien plus facilement les ma- 
nières des gens grossiers et mal élevés. S'ils paraissent se 
tenir assez convenablement, quoique pas toujours, au mi- 
ieu de gens convenables, ils sont dans un état de contrainte 
et reprennent vite leurs tendances dès qu'ils ont changé de 
milieu. Ils apprennent avec une facilité étonnante les termes 



100 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

d'argot, se donnent des airs de voyous ou de filles publiques, 
et ce qu'il y a de plus particulier, c'est qu'ils s'en font 
gloire. Il faut du reste remarquer que cette tendance s'ob- 
servechezun certain nombre d'enfants, d'ailleurs intelligents, 
mais d'un caractère faible et facilement entraînables. Or, 
les enfants convenables, bien élevés, ayant de bons senti- 
ments, et surtout des sentiments de leur âge, ne cherchent 
pas à imiter de telles manières et à en tirer vanité Mais 
ceux qui ont de mauvais instincts, qui sont vicieux, qui 
sont plus avancés que leur âge ne le comporte, qui cher- 
chent à imiter les grandes personnes dans ce qu'elles ont 
surtout de mauvais, ceux-là essayent d'entraîner les autres 
en leur faisant entrevoir des satisfactions qui les tentent, 
mais qu'ils ne peuvent se procurer seuls. Ce sont donc tou- 
jours les sentiments malsains, bas, grossiers, qui ont le 
plus de chances de frapper les esprits faibles. Rien n'est 
plus facile à entraîner qu'un imbécile. Le raisonnement le 
plus saugrenu soutenu avec autorité et conviction suffit à le 
décider. 

Lorsque l'indiscipline se met parmi les imbéciles dans une 
section dhospice, elle se propage avec une remarquable ra- 
pidité. Très poltrons généralement quand ils sont isolés, ils 
ne reculent devant rien quand ils sont en groupe, et souvent, 
sans savoir de quoi il s'agit, ils se mettent à crier, à frapper, 
parce qu'ils ont vu les autres crier et frapper. De plus ils se 
mettent toujours du côté du plus fort, et nous aurons lieu d'y 
revenir lorsque nous analyserons leurs sentiments moraux. 

Il y a encore une chose qui est plus spéciale aux imbéciles 
et qui n'est du reste qu'une perversion en quelque sorte 
de leur instinct d'imitation, c'est la simulation; simulation 
grossière et maladroite, bien entendu, mais qui montre bien 
la perversion de tous leurs sentiments. Ce besoin de simu- 



SIMULATION 101 

lation les pousse à raconter des choses invraisemblables, 
particulièrement en ce qui concerne des maladies, ou encore 
à se faire passer pour plus bêtes qu'ils ne sont. Nous en re- 
parlerons plus longuement à propos du mensonge. 

Il nous reste un petit point à signaler aussi, pour montrer 
que leur instinct d'imitation n'est vraiment pas si grand 
qu'on le suppose. Il est en effet très rare de voir se pro- 
duire chez eux des maladies par imitation telles que l'é- 
cholalie, Péchokinésie dont nous n'avons guère rencontré 
d'exemples chez les idiots. On n'observe quelquefois qu'un 
degré très atténué d'écholalie, consistant à répéter le der- 
nier ou les derniers mots prononcés devant eux. Mais ce 
n'est pas de la véritable écholalie, telle qu'on la voit par 
exemple dans la maladie des tics de Gilles de la Tourette. 

L'instinct d'imitation nous amène à parler de certaines 
aptitudes qui se manifestent assez souvent chez les idiots et 
les imbéciles avec une grande intensité, et que tous les ob- 
servateurs ont notées. Ce sont surtout des aptitudes artis- 
tiques ou encore mathéma'iques. 

Mais tous les arts ne donnent pas lieu à des tendances 
analogues, et c'est surtout pour la musique qu'on les ren- 
contre bien plus que pour le dessin , la peinture ou la 
sculpture. Quoique cela puisse paraître désagréable pour 
les musiciens, cela tend à montrer que la musique est le 
moins intellectuel de tons les arts. Tandis que le dessin ou 
les arts qui en dérivent cherchent à éveiller directement des 
sentiments et des idées parles scènes qu'ils représentent, la 
musique s'adresse spécialement aux sens et détermine une 
sensation agréable ou désagréable, sans qu'aucune idée ou 
même aucun sentiment intervienne à moins d'une éducation 
approfondie, et cela par la seule combinaison des sons. 



102 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

C'est donc un art tout à fait sensuel, ce qui explique qu'il 
est beaucoup plus universellement répandu et à la portée 
du plus grand nombre des intelligences. Comme c'est la 
sensation seule qui est assez bien développée chez les idiots, 
el que c'est à elle que s'adresse la musique, cela explique 
qu'on rencontre de préférence les tendances musicales chez 
les individus de cetie catégorie. 

Nous ne parlons pas, bien entendu, comme tendances mu- 
sicales, des chantonnements continuels de certains idiots in- 
curables; bien qu'à un certain point on puisse les rapprocher 
de ces chants rythmés sur deux ou trois notes au plus de 
certains peuples primitifs. Comme ces sauvages qui accom- 
pagnent leur chant monotone de mouvements cadencés, tou- 
jours les mêmes, les idiots qui chantonnent accompagnent 
aussi leur chantonnement d'un balancement de la tête et du 
corps. Pour les amateurs d'atavisme chez les idiots, ils peu- 
vent en trouver là un exemple. 

Quelquefois, des idiots qui ne savent pas prononcer un 
mot, retiennent du premier coup un air même assez diffi- 
cile qu'ils fredonnent juste ensuite. Chez d'autres la mu- 
sique fait cesser leurs cris ou bien ils adaptent leur balan- 
cement à son rythme. 

Chez les idiols simples, cette tendance musicale se ren- 
contre tiès fréquemment. Dagonet 1 cite une idiote dont le 
vocabulaire était très restreint et qui n'avait commencé à 
parler qu'à neuf ans. Elle n'avait aucune notion des notes 
et cependant elle avait une aptitude remarquable pour la 
musique. Ainsi, elle répétait sur le piano les airs sans doute 
peu compliqués qu'elle entendait pour la première fois. Elle 
était, du reste, fille de musiciens distingués. 

1. Dagonef, Traite des maladies mentales. 



APTITUDES MUSICALES 103 

Moreli rapporte également l'histoire d'un idiot qui se met 
un jour à jouer du tambour et y fit en trois ou quatre fois 
des progrès assez rapides pour remplir les fonctions de tam- 
bour à l'asile où il était. Or son père et son grand-père 
avaient été tambours dans l'armée, et son frère avait tou- 
jours eu le plus vif désir de devenir aussi tambour au régi- 
ment. On pourrait multiplier ces exemples, et nous avons 
nous-même observé un assez grand nombre d'idiots chan- 
teurs qui connaissaient tous les airs à la mode en en écor- 
chant bien entendu les paroles. 

Chez les imbéciles on observe souvent aussi ces mêmes 
tendances. Il est même à remarquer que souvent ceux qui 
spontanément, sans aucune élude préalable, jouent d'un 
instrument et reproduisent les airs qu'ils ont entendus, sont 
incapables d'apprendre la musique enseignée d'une façon 
méthodique. Cela tient à l'instabilité de leur attenticn sur 
laquelle nous avons déjà insisté et qui les empêche de jamais 
atteindre à un développement complet, même pour les fa- 
cultés où ils montrent le plus de dispositions. Cette parti- 
cularité montre bien quelle différence il y a entre eux et les 
individus normaux et prouve que cette différence tient uni- 
quement au trouble de leur attention. Chez les gens nor- 
maux, en effet, l'éducation perfectionne les tendances na- 
turelles et leur permet d'arriver à une grande perfection. 
Chez les imbéciles, au contraire, la disposition naturelle 
reste seule et l'éducation est incapable de la développer. On 
en a un exemple frappant choz ces enfants prodiges qu'on 
promène de ville en ville de temps à autre comme musi- 
ciens ou calculateurs. Jamais on ne les voit devenir de 
grands artistes ou des mathématiciens distingués. Ils ont 

i. Morel, Études cliniques. 



104 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LJMBECILE 

une aptitude plus grande que celle des sujets que nous exa- 
minons en ce moment, et voilà tout, car leur intelligence 
n'est souvent pas plus développée que celle des imbéciles. 
Aussi les voit-on s'arrêter court à un certain âge, au mo- 
ment de la puberté surtout, cesser de faire aucun progrès, 
rétrograder même souvent rapidement. 

Il est un point sur lequel nous devons attirer l'attention : 
dans plusieurs de ces observations de dispositions musi- 
cales étonnantes, on note que les parents étaient eux- mêmes 
des musiciens distingués, quelquefois même que l'instru- 
ment sur lequel l'idiot se montre tout à coup habile est pré- 
cisément celui de son père, de son grand-père. Ce petit fait 
met bien en lumière la réalité de la mémoire organique 
héréditaire, qui nous paraît d'autant plus évidente dans les 
cas où la disposition fait un contraste remarquable avec le 
faible développement du reste des facultés intellectuelles. 

Mais il n'y a pas que les aptitudes musicales qu'on puisse 
observer à un haut degré chez les idiots et les imbéciles. 
Ireland i cite deux cas où existaient, dans l'un, une remar- 
quable aptitude à dessiner et à graver sur bois, dans l'autre 
une disposition toute spéciale pour l'architecture et la cons- 
truction des maisons. Nous avons nous-même observé une 
petite fille de six ans, imbécile, ne sachant ni lire, ni écrire, 
incapable de rien apprendre et qui dessine tout ce qu'elle 
voit. Elle copie toutes les lettres de l'alphabet sans connaître 
leur nom ni leur signification. Elle reproduit tant bien que 
mal tous les objets qu'elle voit, les scènes dont elle est té- 
moin. Si vous lui demandez ce qu'elle a représenté, elle n'en 
sait rien. Ceci confirme bien l'opinion de Griesinger* que 
les aptitudes spéciales et les talents qu'on rencontre ains 

1. Ireland, Traité de Vidiolie. 

2. Griesinger, Traité des maladies mentales. 



APTITUDES SPÉCIALES 105 

chez les idiots et les imbéciles sont plutôt instinctifs qu'in- 
telligents. Cet auteur a remarqué aussi qu'on ne les observe 
jamais dans l'idiotie accidentelle succédant à une maladie 
du cerveau chez un enfant qui jouissait auparavant de toute 
son intelligence, mais seulement dans l'idiotie congénitale. 

Quoique cela ne rentre pas dans l'instinct artistique, nous 
croyons devoir parler ici de certaines autres aptitudes spé- 
ciales qu'on peut, rencontrer, à un degré surprenant pour 
leur état, chez les idiots et les imbéciles. 

C'est ainsi que Forbes Winslow ' rapporte le cas d'un 
idiot qui pouvait se rappeler le jour où chaque personne 
était morte dans le pays depuis trente-cinq ans, et répétait 
sans varier le nom et l'âge du décédé. Mais il était inca- 
pable de répondre à la moindre question, incapable même 
de se nourrir seul. M. Falret nous a raconté avoir vu dans 
un asile d'Angleterre un imbécile qui disait immédiatement 
la date de la naissance, de la mort et des principaux évé- 
nements de la vie de tous les personnages célèbres qu'on 
lui citait. — Le D r Heim 2 raconte le cas d'une femme dont 
l'intelligence était très limitée, ainsi que le langage, et à 
qui, dès qu'on disait son âge, vous répondait immédiate- 
ment le nombre de minutes que cela faisait. — Atkinson 3 
parle d'une femme idiote dont le seul plaisir était de s'occu- 
per de questions de nombre. — On pourrait multiplier ces 
exemples; Griesinger 4 a noté chez les idiots d'une capacité 
mentale inférieure une remarquable mémoire des lieux, 
observation qu'on peut également faire chez les animaux et 

1. Cité par Ireland. 

2. Jd. 

3. ïd. 

4. Griesinger, loc. cil. 



105 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

particulièrement chez le cheval, qui n'est pas un des plus 
intelligents cependant parmi les mammifères. 

A l'instinct d'imitation on peut rattacher le jeu, bien 
qu'on puisse le considérer comme un instinct à part, non 
seulement chez l'homme, mais chez tous les animaux supé- 
rieurs. Le jeu est en effet, avant tout, d'essence physiolo- 
gique. Bain l dit avec raison : « Chacun sait qu'il y a une espèce 
d'activité qui semble vivre d'elle même, qui ne coûte aucun 
effort, qui cause du plaisir, loin de fatiguer, et que ne mo- 
difie pas sensiblement ni un stimulus, ni l'idée d'un but, 
c'est manifestement l'effet d'une force spontanée. Le résul- 
tat de cette force spontanée est un certain mouvement qui 
paraît tout à fait indispensable aux jeunes êtres n'ayant pas 
d'autres moyens de dépenser leur activité nerveuse. » — 
« Le plaisir que procure ce succédané de l'activité utile, dit 
Perez % est proportionné à la vivacité, à l'exubérance des 
forces mentales et cérébrales qui montent ou baissent en 
raison de la vigueur et de la nutrition du système nerveux. » 
Cette dernière phrase nous laisse prévoir ce que sera le jeu 
chez l'idiot dont les forces mentales sont loin d'être vives 
ou exubérantes. 

En réalité, en effet, les idiots ne savent pas jouer. Le be- 
soin du jeu, qu'on observe de si bonne heure chez les nour- 
rissons, ne se remarque plus chez l'idiot et les parents vous 
disent que leur enfant ne jouait jamais, que plus tard il 
n'aimait pas et ne savait pas s'amuser avec les enfants de 
son âge. Les agaceries de la mère à l'enfant, qui provoquent 
ses premiers rires, l'idiot y paraît insensible, et cela attire 
par sonétrangeté l'attention des parents. 



]. Bain, La science de l'éducation. 
1. Perez, loc. cit. 



BESOIN DU JEU 107 

Lorsqu'on pénètre dans les réunions d'idiots d'un certain 
âge, on est frappé de ce fait que, malgré les divertissements 
qu'on met à leur portée, malgré l'entraînement auquel 
leurs maîtres cherchent à les soumettre , on ne les voit 
jamais jouer avec entrain. De deux choses l'une, ou ils sont 
engourdis, apathiques et n'ont pas de plus grande satis- 
faction que de rester immobiles dans un coin, ou ils , c ont 
agités et incapables dès lcrs de se livrer à un jeu suivi quel- 
conque. 

On peut jouer seul ou collectivement. Dans les deux cas, 
on fait montre de qualités différentes et le jeu a des caractères 
particuliers. 

Lorsqu'un enfant s'amuse seul, c'est plutôt, à ce qu'il nous 
semble, l'élément intellectuel qui est mis en mouvement; 
l'enfant a un but, une idée qui suppose un raisonnement. 
Au contraire, dans le jeu collectif, c'est l'élément moteur et 
émotionnel qui semble avoir la plus grande part. C'est là 
que se montre la première tendance sociale, car le jeu col- 
lectif représente en petit la lutte ordinaire de l'existence. 
Les enfants cherchent à se devancer l'un l'autre ; c'est à qui 
arrivera le premier au but, à qui sera le plus adroit, que ce 
soit le corps ou l'esprit dont il s'agisse. Le principal est de 
vaincre et de lutter. Le plaisir du jeu n'est qu'à ce prix, et 
ce plaisir est l'émotion causée par l'effort, l'exercice des fonc- 
tions et des facultés, et le succès ou la défaite. Aussi le jeu 
collectif est-il piéférable au jeu solitaire. Il habitue l'enfant 
à se trouver en contact avec ses semblables, à réprimer ses 
passions, à s'incliner devant ceux qui lui sont supérieurs, 
sous quelque rapport que ce soit, à juger des sentiments 
et du caractère de ses semblables. Les idiots, eux, n'ont 
qu'une conscience bien imparfaite de leurs besoins physiolo- 
giques, ils sont indifférents, pas jaloux. Aussi n'éprouvent-ils 



108 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

pas le besoin de jouer, parce qu'ils ne trouvent pas de satis- 
faction dans le fonctionnement de leur organisme ou de leurs 
facultés. Ils ne paraissent éprouver aucune satisfaction à 
faire montre de force, d'adresse ou d'intelligence. Néan- 
moins, comme le côté émotionnel est encore moins déve- 
loppé chez eux que le côté physique, on les voit préférer les 
jeux purement physiques, les exercices corporels aux jeux 
d'adresse proprement dits. Tels sont, par exemple, la gym- 
nastique, la canne, les exercices de marche auxquels ils se 
plient mieux qu'à tout autre. La promenade, qui met en 
jeu à la fois les tendances physiques et émotionnelles, est un 
de leurs plaisirs favoris. 

Il est une variété d'idiots qu'on voit jouer comme les 
autres enfants, ce sont les idiots crétinoïdes. — Ce sont les 
jeux tranquilles, solitaires qu'ils préfèrent. Ils restent très 
tard enfants sous ce rapport, comme sous celui du caractère 
général d'ailleurs, et cela contribue encore, avec leur phy- 
sique, à leur faire paraître beaucoup moins que leur âge. 
On les voit, à quinze ou seize ans, jouer encore avec des 
poupées, ou avec des images, comme des enfants de trois ou 
quatre ans, ce qui, joint à leur physionomie impassible, leur 
donne un cachet tout particulier. 

Les imbéciles savent se livrer aux jeux, mais "y apportent 
naturellement tous leurs défauts, et leur caractère s'y montre 
sous son véritable jour. Les jeux qui leur plaisent le plus sont 
les jeux bruyants, où ils peuvent casser, crier, être brutaux. 

Ils dégénèrent souvent en querelles et se terminent par des 
coups. Jaloux et mauvais camarades, les imbéciles cherchent 
en effet à l'emporter par de mauvais procédés, usant de leur 
force vis-à-vis des plus petits pour gagner même quand ce 
ne sont pas eux. En un mot, tous leurs mauvais sentiments 
se donnent libre cours. Il ne faut pas, bien entendu, leur 



CIVILITÉ 109 

parler de jeux intellectuels, c'est aux jeux physiques surtout 
qu'ils aiment à s'adonner, et le plaisir qu'ils en éprouvent 
ne provient pas tant du sentiment qu'ils ont du fonction- 
nement de leur organisme, que de leur amour-propre et de 
leur désir de paraître supérieurs à ceux qui les entourent. 

Si le jeu est une marque des dispositions sociales de l'in- 
dividu, il existe une autre manifestation extérieure de ces 
dispositions. C'est la façon dont il se comporte vis à-vis 
d'autruidans ses rapports journaliers. C'est ce qu'on appelle 
la politesse, la civilité. C'est un produit delà civilisation, de 
l'éducation, très variable chez les différents peuples, aux 
différentes époques, mais qui se retrouve toujours sous une 
forme ou sous une autre. 

On arrive assez facilement à donner des habitudes de 
politesse aux idiots simples. On en voit souvent de très polis, 
très avenants, très aimables. Il en est rarement de même 
chez les imbéciles. Prétentieux et grossiers, ils croient spi- 
rituel de se montrer insolents envers leurs supérieurs; sur- 
tout en présence de leurs camarades. Lorsqu'on les répri- 
mande, il arrive fréquemment qu'ils vous répondent par des 
grossièretés aux conseils qu'on leur donne et surtout dès 
qu'on a le dos tourné. Cela faisant partie de leur éducation 
plutôt que de leurs qualités naturelles, il est inutile d'insister 
davantage sur ce point qui n'a d'ailleurs pas une grande 
importance. 

Nous avons rapporté à l'instinct d'imitation le langage arti- 
ficiel. Mais cette question est si capitale dans la psychologie 
qu'il est indipensable de lui consacrer un chapitre spécial 
que nous trouverons plus loin. 

Il existe encore chez les idiots un autre instinct qui se 



110 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

rencontre du reste à un certain degré chez les enfants nor- 
maux : c'est la destructivité qui, chez tous les enfants, se 
montre comme première manifestation de leur motricité, 
sous forme de besoin de frapper, de casser, de détruire. Ayant 
besoiu de dépenser leur activité motrice, et ne comprenant 
pas Futilité des objets, ils ne trouvent rien de mieux que de 
les démolir. Quand ils y sont arrivés, ils ont une sensation 
de satisfaction que donne l'effort couronné de succès. Mais 
bientôt ce besoin de dépense d'efforts cesse de se traduire 
par la destructivité. La constructivité apparaît. Les enfants 
bâtissent en sable, échafaudent des morceaux de bois, des 
pierres etc. Mais à peine ont-ils édifié qu'ils se mettent à 
démolir, paraissant éprouver un tel plaisir à ce dernier exer- 
cice qu'ils semblent ne s'être donnés tant de peines pour 
construire ce qu'ils on fait qu'en vue de la satisfaction qu'ils 
auront à le détruire. Le désir de conserver ce qu'ils ont élevé 
se montre enfin et se développe de plus en plus. Il n'y a 
plus que par instants, dans leurs jeux, quand ils lâchent la 
bride à leurs instincts, qu'ils détruisent encore pour le plaisir 
de détruire. 

Chez les idiots, ces tendances sont encore bien plus accu- 
sées. — Plus l'idiot est inférieur, et moins l'idée de construc- 
tion et de conservation est développée. La plupart brisent 
pour le plaisir de briser. Encore est-il douteux s'ils éprouvent 
réellement un plaisir. Ils ne se contentent pas en effet de 
mutiler les objets qui les entourent, ils se font subir à eux- 
mêmes des mutilations. Les exemples d'auto-mutilation chez 
les idiots profonds sont bien connus, mais on peut les ren- 
contrer également chez les imbéciles. Cependant ce qu'on 
observe le plus souvent chez ces derniers, c'est le besoin de 
casser, de détruire; c'est ce qu'on a désigné du nom de clas- 
tomanie. Dans ce cas, il est rare que cela se montre à l'état 



DESTttUCTIVITE 114 

isolé. Ordinairement les idiots, même d'un certain âge, en 
restent au point où sont tous les jeunes enfants sous le rapport 
de l'instinct de destruction; ils ne savent ni ne cherchent 
à édifier, et mettent souvent une persistance étonnante et 
une grande habileté pour démolir. Tel est un idiot de Bicêtre, 
aveugle, et parlant à peine, qui arrive avec un simple clou, 
à démonter toutes les serrures qu'il peut rencontrer. 

Plus tard, lorsque la manie de casser et de détruire est 
passée, on n'observe guère chez eux le besoin inverse d'édi- 
fier. Mais du moins se montrent-ils conservateurs, ce qui 
tendrait à prouver que s'ils ne construisent pas, c'est qu'ils 
en sont incapables et non qu'ils ne le voudraient pas. Il n'en 
est pas de même chez les imbéciles. Leur esprit malicieux 
ou malfaisant continue à les pousser à détruire non plus dans 
le but de dépenser leurs forces, mais dans le dessein de nuire. 
C'est une satisfaction malsaine qu'ils recherchent. Tous ne 
sont pas ainsi, naturellement, mais un grand nombre, et 
presque tous, à un moment donné, sous l'influence d'une 
rancune, par exemple. Aussi doit- on s'en méfier beaucoup. 
Car une des formes les plus fréquentes après la clastomanie, 
qu'on observe chez eux, c'est la pyromanie ou même les ten- 
dances homicides, avec l'élude desquelles nous entrerions 
dans le domaine pathologique. 

Ce parallèle rapide des instincts chez les idiots et chez les 
imbéciles nous montre encore que si les idiots sont des êtres 
la plupart du temps indifférents au point de vue social, il 
n'en est pas de même des imbéciles qui, le plus souvent, sont 
nuisibles et dangereux, anti -sociaux, avons-nous dit. 



CHAPITRE VI 

DES SENTIMENTS 



SOMMAIRE : Des divers ordres de sentiments. — Plaisir et dou- 
leur. — Sentiments affectifs . — Pleurs, rire. — Passions. — Atta- 
chement, amitié, amour. — Affectivité pour les animaux. — Com- 
misération. — Crainte. — Courage. — Colère. — Reconnaissance. 

— Sentiments sociaux. — Protection. — Solidarité. — Propriété. — 
Vol. — Travail. — Paresse. — Sentiments moraux. — Droit et de- 
voir. — Remords. — Récompenses et punitions. — Religiosité. — 

— Sentiments de famille. — Pudeur. — Timidité. — Modestie. — 
Vanité. — Coquetterie. — Sentiments esthétiques. — Sentiments 
intellectuels. — Étonnement. — Curiosité. — Crédulité. — Véracité. 
Mensonge. — Ruse. — Physionomie. — Microcéphales. — Hydro- 
céphales. — Myxcedémateux, leur caractère. — Imbéciles, leur ca- 
ractère. 

(( L'appétit est l'essence même de l'homme, a dit Spinosa, 
elle désir, c'est l'appétit avec conscience de lui-même. » Sa- 
tisfait, le désir produit une émotion de plaisir ; contrarié, 
une émotion de peine. Plaisir ou douleur, voilà les émotions 
fondamentales liées à tout phénomène affectif, et pour nous 
tous les sentiments dérivent des sentiments affectifs. 

Nous examinerons donc ces premiers sentiments avec les 
émotions et les passions qui s'y rattachent. Les sentiments 
affectifs nous conduisent tout naturellement aux sentiments 
sociaux. Mais ceux-ci ont d'autres attaches, et si les senti- 
ments affectifs sont la première condition de leur naissance, 
les sentiments moraux sont la condition non moins néces- 

8 



114 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

saire de leur maintien. La société repose en effet sur la pro- 
priété, de quelque espèce qu'elle soit, et pour l'acquérir, il 
faut développer une certaine activité, produire un travail 
qui se manifeste différemment suivant les époques elles ci- 
vilisations, mais qui existe partout et toujours. Tout ce qui 
viendra dans une société troubler ce rapport fondamental 
entre le travail et la propriété acquise, sera mal et injuste. 
Tout ce qui le fortifiera sera Lien et juste. La famille et 
les sentiments qu'elle détermine étant le point de départ de 
la société, se rattachent tout naturellement à l'étude des 
sentiments moraux. Mais pour les entretenir, les hommes 
n'ont pas cru que les sentiments naturels fussent suffisants 
non plus que leur intérêt Lien entendu, et plus la société 
s'est développée, plus l'intérêt général a cédé la place à l'in- 
térêt particulier. Pour chercher à maintenir l'état normal, 
on a recouru à d'autres moyens, la récompense et le châ- 
timent, et ces moyens même ne suffisant pas, on s'est servi 
des moyens surnaturels ou prétendus tels. L'ignorance où 
on était des grands phénomènes de la nature rendait la chose 
facile et peu à peu les religions se sont formées, qui abou- 
tirent à des conceptions idéalistes dont on commence à peine 
aujourd'hui à voir l'inanité. Les sentiments religieux qui 
ne sont qu'une conséquence du raisonnement humain ne 
sont donc pas des sentiments naturels. Aussi tandis qu'on 
voit la disparition des autres sentiments pouvoir former des 
états morbides spéciaux, celle du sentiment religieux n'a 
jamais donné lieu à aucune forme pathologique. Une fois la 
société constituée, l'intérêt n'a pas été le seul but. Le be- 
soin s'est fait sentir de satisfactions générales, les sentiments 
esthétiques se sont développés et enfin les sentiments in- 
tellectuels, supérieurs à tous. 

Il va sans dire que tous ces sentiments se sont plutôt dé- 



SENTIMENTS AFFECTIFS 115 

veloppés parallèlement que successivement, mais si Ton con- 
sidère l'évolution de l'enfant, on voit qu'ils se sont néan- 
moins présentés avec une prédominance de plus en plus 
grande dans l'ordre que nous indiquons. C'est encore plus 
frappant chez l'idiot et nous chercherons à le démontrer dans 
les pages qui vont suivre, en même temps que nous tente- 
rons d'établir aussi quels sont les sentiments primaires et 
secondaires de l'esprit humain. Il est possible que Tordre 
que nous donnons ici ne soit pas admis en général; il nous 
a cependant paru le plus rationnel et reposer sur l'évolution 
même de l'esprit de l'enfant, et de cet être qui reste toute 
sa vie pire qu'un enfant, de l'idiot. 

La vie affective ne consiste pas au fond dans le plaisir et 
la douleur. Ce ne sont là, avons-nous dit, que des effets, des 
signes qui montrent que certains appétits ou penchants sont 
satisfaits ou contrariés. Aussi nous avouons ne pas bien 
saisir la théorie de M. Paulhan 1 qui voit dans tous les phé- 
nomènes affectifs le résultat de l'arrêt d'une tendance. Mais 
passons. 

Chez l'idiot complet, les sentiments et les émotions peu- 
vent être nuls, même les sentiments affeclifs les plus élé- 
mentaires. Et quand on songe que ces êtres sont incapables 
de reconnaître ce qui se passe autour d'eux on n'en sera 
pas surpris. Toutefois, même chez les plus dégradés on peut 
observer quelquefois des mouvements de plaisir ou de dou- 
leur, de joie ou de tristesse, de colère aussi, provoqués par 
des sensations physiques. Ils agissent en cela comme les 
jeunes enfants. « Les plus vifs sentiments de l'enfant, dit 
Perez 2 , sont longtemps ceux qui se rapportent au goût. Le 

1. Paulhan, Les phénomènes affectifs. 
1. Perez, toc. cit. 



116 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

besoin de manger domine longtemps tous les autres, même 
le besoin de mouvement. » Il en est de même chez l'idiot 
profond qui ne paraît guère sensible qu'à la nourriture, si 
l'on en juge par l'agitation qu'il présente dès qu'on la lui 
apporte. D'autres fois, comme l'ont remarqué Griesinger, 
Dagonet, etc., ces mouvements de joie et de tristesse ne 
paraissent motivés par rien et être le résultat immédiat de 
modifications insaisissables survenues dans l'état du cerveau 
et du système nerveux (Griesinger) *. On les voit quelquefois 
se mettre tout à coup à rire, ce qui est rare, mais plus sou- 
vent à pousser des cris, à s'agiter, à frapper, en même temps 
que leur visage se congestionne, et cela, sans qu'on puisse 
découvrir aucune cause à leur accès qui paraît se terminer 
de même sans motif, et après lequel ils retombent dans leur 
immobilité et dans leurs mouvements automatiques. Le 
sentiment du plaisir et de la souffrance est assez vague chez 
les idiots simples; chez les plus inférieurs, la douleur parait 
être à peine ressentie. Les cas d'auto-mutilation sont là pour 
le prouver. On a cité des femmes qui sont accouchées sans 
paraître sentir les douleurs de l'enfantement. Nous avons vu 
à propos de la sensibilité organique, combien ils ressen- 
taient peu les modifications pathologiques de leurs organes, 
se promenant avec des maladies mortelles, sans manifester 
autre chose qu'un peu d'abattement. 

Quant à la douleur morale elle ne peut se montrer évi- 
demment qu'en rapport avec le développement de la sensi- 
bilité affective. Nulle chez les idiots complets, elle apparaît 
avec les degrés moins profonds sans jamais atteindre toute- 
fois un bien grand développement. 

Aussi voit-on bien rarement des idiots pleurer. Il faut 

1. Griesinger, loc cit. 



DOULEUR MORALE 117 

pour cela qu'ils soient atteints dans leur sensibilité physique 
ou dans la satisfaction immédiate de leurs tendances. La 
chose doit être brusque pour qu'ils ressentent un peu vive- 
ment les impressions. Le souci de l'avenir, pas plus que le 
souvenir du passé ne les préoccupent, le présent seul existe 
pour eux. Dans ces conditions, la sensibilité morale est for- 
cément bien émoussée. 

Chez l'imbécile, la douleur physique est ressentie beau- 
coup plus vivement que la douleur morale. Très égoïstes, les 
imbéciles se préoccupent avant tout de leur bien être. Ils 
s'inquiètent facilement du moindre mal qu'ils éprouvent, 
réclament des soins et sont très douillets, à l'inverse des 
idiots. Quand il s'agit au contraire de peines morales, ils 
montrent une indifférence remarquable aux causes capables 
de les provoquer. 

Vous leur annoncez qu'un des leurs est gravement malade 
ou est même mort: ils ont l'air, au premier abord, de s'at- 
trister. Cessez de leur parler, et vous allez les voir, après ce 
premier mouvement, vous entretenir de n'importe quelle idée 
qui leur passe par la tête, et surtout de ce qui les touche, de 
quelque futilité le plus souvent. Le meilleur moyen de vous 
faire aimer d'eux est de leur faire des compliments qu'ils 
acceptent avec empressement, si hyperboliques qu'ils soient. 

En ce qui concerne le sentiment du plaisir en général, il 
est aussi obtus que celui de la douleur chez les idiots infé- 
rieurs. Lorsqu'on arrive à déterminer leur attention par 
quelque chose d'inattendu, de brillant, etc., on ne saurait 
trop dire quel est leur sentiment exact, si c'est de l'étonne- 
ment simple ou du plaisir. Il est très possible que ce ne soit 
ni l'un ni l'autre, et qu'il n'y ait chez eux qu'une réaction 
motrice inconsciente à l'excitation. 

Le rire comme les larmes, est exceptionnel chez les idiots 



118 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

profonds. En cela ils se rapprochent de l'animal et restent 
même bien au-dessous, car celui-ci a toutes sortes de 
moyens de témoigner sa satisfaction. Les idiots d'un degré 
moins élevé savent, au contraire, manifester leur plaisir par 
des rires et des battements de mains ou des cris. Mais, de 
toutes leurs manifestations de satisfaction, c'est certaine- 
ment le rire qui est la moins fréquente, car c'est la plus 
caractéristique de l'humanité. L'idiot, nous l'avons dit, est 
peu joueur, il est solitarius, fàicç, et reste concentré sur lui- 
même; la raison en est qu'il est inconscient, qu'rl ne pense 
pas, et non qu'il réfléchit. 

Tout autre est le caractère de l'imbécile. Insouciant, il est 
tout au plaisir qu'il éprouve et qui, seul, est capable d'oc- 
cuper son attention, encore qu'il faille en changer souvent. 
Il s'amuse à n'importe quoi plutôt que de travailler. Au 
lieu d'être concentré, il est expansif, — lui restant au centre 
de cette expansion. Son imagination déréglée va à l'aven- 
ture et les choses les plus invraisemblables ne l'étonnent 
pas, tant le jugement et le raisonnement lui font défaut. Il 
rit des moindres choses, la plupart du temps sans les com- 
prendre, parce qu'il voit rire les autres et qu'il croit risibles 
des choses qui, quelquefois, ne le sont pas du tout. Il mani- 
feste sa joie bruyamment sans proportion avec le sujet qui 
la cause, s'excitant progressivement et quelquefois ne sa- 
chant même plus à la fin pourquoi il a ri. L'idiot ne rit pas 
quand il ne comprend pas; aussi rit-il rarement, à moins 
qu'il ne rie continuellement, comme cela se voit chez cer- 
tains idiots incurables qui ricanent sans cesse en se balan- 
çant. Le rire alors est un vrai tic analogue aux autres, et où 
Tintelligence n'a absolument rien à voir. L'imbécile croit 
tout comprendre et rit sans motif, oubliant même les cir- 
constances tristes dans lesquelles il peut se trouver, si un 



SENTIMENTS AFFECTIFS 119 

détail qui lui parait comique, à tort ou à raison, vient attirer 
son attention. 

A mesure que nous avançons, nous voyons donc se creu- 
ser le fossé qui sépare l'idiot de l'imbécile. Dans ce cas par- 
ticulier, l'imbécile fait certainement preuve de moins de 
jugement que l'idiot en riant sans comprendre. 

A propos du rire, signalons les accès de rire spontané 
chez les idiots et les imbéciles, accès survenant sans cause 
apparente comme cela arrive chez les gens nerveux. Ils sont 
assez souvent observés comme premier signe attirant l'at- 
tention des parents. 

Si, dans certains cas, leur cause échappe complètement, 
dans d'autres, et particulièrement chez les imbéciles, on 
peut la trouver dans l'existence de certaines idées déli- 
rantes, d'ordre erotique surtout, ou comme réponse à des 
hallucinations auditives ou visuelles. 

A côté du sentiment de satisfaction que leur procure la 
nourriture, le premier sentiment que l'on rencontre chez 
les idiots les plus dégradés, c'est l'attachement à la per- 
sonne qui les soigne. Ce sentiment est souvent bien vague, 
bien fugace surtout et disparait rapidement pour se porter 
sur une nouvelle personne. Aussi est-il bien probable que 
l'attachement qu'ils montrent s'adresse moins à la personne 
qu'aux soins qu'ils en reçoivent. 

Chez les idiots moins complets, cet attachement à la 
personne même qui s'occupe d'eux devient bien plus ma- 
nifeste. Et cela lient surtout à ce qu'ils sont susceptibles 
d'aitention, ce qui leur permet de juger si c'est toujours la 
même personne qui les soigne, et, si elle change, d'apprécier 
les différences entre les soins qu'ils reçoivent. Plus 1 atten- 
tion se développe, plus aussi par conséquent se développe 



120 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

cette appréciation, d'où naît la préférence et l'attachement 
pour telle ou telle personne. 

L'idiot sourit à rapproche de ceux qui lui causent dou- 
cement et qui cèdent à leurs désirs. Parlez-leur brusque- 
ment, vous n'en ferez rien. Il est du reste impossible de 
connaître à fond un idiot si on essaie de le soumettre im- 
médiatement à une discipline quelconque. Il apprécie par- 
faitement la bonté et surtout la franchise. 

À mesure que nous nous élevons vers les degrés atténués 
de l'idiotie, nous trouvons que l'affection prend un carac- 
tère qui la rapproche de plus en plus de ce qu'on observe 
chez l'individu normal, c'est-à-dire, l'affection fondée non 
seulement sur la sympathie, mais encore sur le choix entre 
certaines personnes. Les idiots, en raison même de ce que 
nous avons dit de l'attention, sont beaucoup plus suscep- 
tibles qu'on pourrait le croire d'attachement et d'affection. 

Lorsqu'on les a quittés et qu'ils vous revoient, ils ac- 
courent vous dire bonjour avec plaisir et en donnant des 
signes de joie. 

Les imbéciles, au contraire, n'ont pas ou peu d'affectivité. 
Ils oublient facilement les personnes qui leur ont témoigné 
le plus d'affection. Ce n'est qu'avec bien de la difficulté 
qu'on arrive à leur faire écrire à leurs parents absents. Ils 
ne désirent les voir que pour exiger d'eux des satisfactions 
de leurs désirs, des distractions, et leur font des scènes dès 
qu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent. Ils disent à leur 
adresse toutes sortes de grossièretés dès qu'ils font une ob- 
jection ou refusent ce qui leur est demandé. Ils préfèrent 
n'importe quel plaisir à celui de les voir. Bref, ils se montrent 
là encore antisociaux par excellence, car sans les senti- 
ments affectueux envers l'individu et la famille, on ne sau- 
rait guère comprendre le développement de la sociabilité. 



SENTIMENTS AFFECTIFS 121 

Il nous faut voir maintenant si le sentiment n'ayant qu'une 
base purement psychique, morale, existe, et dans quelle 
mesure. Dans cette étude les idiots profonds doivent être 
tout d'abord éliminés, car ils sont incapables de comprendre 
et de pratiquer les divers modes de l'affection : amour filial, 
amitié, amour sexuel, etc. Nous laissons bien entendu de 
côté l'amour paternel ou maternel que fort heureusement 
ils ne sont pas à même de prouver. 

Les idiots plus ou moins élevés dans l'échelle intellectuelle 
sont certainement susceptibles d'affection filiale, quoique 
d'une manière très modérée. Il suffit, pour s'en convaincre, 
d'assister à la visite des parents dans un asile d'idiots. Leurs 
témoignages d'affection sont souvent proportionnels aux 
friandises qui leur sont apportées ; mais on en rencontre 
cependant qui sont heureux de voir leurs parents et leur 
donnent des caresses non intéressées. L'affection pour les 
proches marche ordinairement de pair avec l'amour filial. 
Il en est toutefois qui paraissent n'avoir aucun sentiment 
affectueux pour leurs parents, et en montrent de très vifs 
pour leurs frères ou sœurs, pour qui ils manifestent parfois 
une véritable jalousie. 

Chez l'imbécile l'amour filial est comme tous les autres 
sentiments, d'une remarquable instabilité. Il est trop égoïste, 
trop occupé de sa personne pour fixer longtemps son atten- 
tion sur l'affection qu'il doit à sa famille. Lorsqu'il se trouve 
en présence des siens, il leur témoigne quelquefois, si on 
l'y pousse, des sentiments tendres. Mais à peine est-il re- 
tourné à ses occupations qu'il les a presque oubliés. On a 
de la peine à lui faire comprendre que la première personne 
venue ne doit pas supplanter son père et sa mère dans l'af- 
fection qui leur est due. Si on leur annonce une triste nou- 
velle a leur sujet, c'est un incident qui ne les frappe guère 



122 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

plus que ceux de la vie courante et sur lequel ils vous de- 
mandent tranquillement des explications comme s'il s'agis- 
sait véritablement d'étrangers. 

Mais si chez les idiots on peut observer le manque de 
sentiments affectifs, chez les imbéciles on rencontre sou- 
vent leur perversion. Ils ne sont pas rares ceux qui, loin de 
remercier leurs parents qui viennent les visiter et leur 
apporter de menus objets, les reçoivent d'une façon désa- 
gréable, leur disent des sottises tout en prenant ce qu'on 
leur donne, ouïes injurient si on ne leur apporte rien. Que 
de fois quand on leur demande s'ils aiment leur père ou 
leur mère vous répondent-ils que non, en leur donrant les 
qualificatifs les plus grossiers. 

L'amitié est peu fréquente entre idiots, mais on en voit 
cependant quelques-uns qui vont toujours ensemble pour 
jouer, et qui s'entr'aident par sympathie. Chez les imbéciles 
elle se rencontre davantage, mais plutôt sous forme d'asso- 
ciation intéressée que de véritable amitié. Ce sont des per- 
vers qui s'unissent entre eux pour faire de mauvais coups, 
s'adjoignant quelquefois des idiots assez doux et faibles de 
caractère pour les aider. On voit ainsi, dans les asiles, de 
petites bandes de cinq ou six imbéciles, toujours les mêmes, 
qui font toutes les méchancetés qu'il y a à faire, qui fo- 
mentent tous les petits désordres, qui excitent à l'insubor- 
dination contre les maîtres,, organisent les évasions. Lors- 
qu'on les surprend, l'attitude des uns et des autres est bien 
caractéristique. Les imbéciles de la bande à qui échoient 
toujours le commandement et le profit, se montrent inso- 
lents, grossiers, rejettent la faute sur leurs camarades. Les 
idiots au contraire ne comprennent souvent pas trop ce 
qu'on leur a fait faire, en demandent pardon, promettent 



AFFECTIVITÉ POUR LES ANIMAUX 123 

de ne pas recommencer, sont sensibles aux reproches qu'on 
leur adresse et tombent ordinairement d'accord pour indi- 
quer les véritables meneurs et les promesses ou plus sou- 
vent les menaces qui les ont fait agir eux-mêmes. 

« Les pairs de l'enfant, dit Perez', ce sont d'abord les 
animaux, ensuite les autres enfants, puis les adultes qui les 
amusent. Voilà par conséquent où leurs affections vont de 
préférence. » Nous avons vu l'affectivité de nos sujets pour 
leurs parents, pour leurs camarades ; voyons le degré le 
plus inférieur, l'affectivité pour les animaux. — Chez les 
idiots incurables, néant complet d'affection pour les ani- 
maux. Elle n'exisfe guère plus chez les idiots simples. S'ils 
ont un animal quelconque en leur possession, ils le serrent, 
le déchirent, l'écrasent. Demandez-lui pourquoi? Il ricane et 
va plus loin pour continuer. Il a l'air de croire que l'animal 
ne souffre pas. Ce motif existe du reste chez l'enfant normal : 
ce Cet âge est sans pitié. » Mais, chez l'idiot, il persiste beau- 
coup plus tard. Sans doute ne comprend-il pas ce que c'est 
qu'un être animé. 

L'imbécile est raffiné dans ses persécutions, et cela sciem- 
ment. Il aime à voir souffrir. Il écorche un oiseau vivant, 
rit de l'entendre crier, et de le voir se débattre. Il arrache 
les pattes à une grenouille, la regarde un moment souffrir, 
puis, brusquement, l'écrase, ou la tue d'une autre façon, 
comme fait un des imbéciles de Bicêtre. Et cependant ce 
même imbécile aime à élever des petits animaux. A l'épo- 
que des nids, presque tous les enfants du seivice ont des 
moineaux qu'ils élèvent parfaitement. Ils élèvent de même 
des souris et des rats. — Ce singulier mélange de senti- 

1. Perez, loc. cil. 



124 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

ments est bien le même, il faut le reconnaître, que celui 
qu'on peut observer chez des enfants normaux, mais ce qui 
diffère, c'est sa persistance. Sous ce rapport, l'idiot perfec- 
tible peut arriver à avoir des sentiments normaux : l'im- 
bécile n'y arrive guère, à moins d'être toujours maintenu 
par son entourage dans de certaines habitudes d'esprit. 
L'imbécile est aussi cruel pour ses semblables que pour les 
animaux, et cela jusque dans ses plaisanteries. C'est ainsi 
qu'il rira méchamment et se moquera d'un camarade qui 
se sera estropié. 

En somme, chez l'idiot, la cruauté, quand elle existe tient 
à l'absence totale de sentiments affectifs et d'intelligence en 
même temps ; chez l'imbécile elle tient à une perversion du 
sens moral, et il est bien plus difficile de le corriger que de 
le développer quand il n'est qu'atténué. 

L'amour-passion existe-t-il chez l'idiot? Évidemment pas 
chez l'idiot profond, ni même, croyons -nous, chez l'idiot 
simple. Mais il existe certainement chez l'imbécile, où il 
a toujours un substratum essentiellement physiologique . 
L'amour platonique n'existe pas. L'imbécile est en effet très 
lascif. Il aime à dire des obscénités, surtout devant les femmes. 
Il a tendance à n'employer comme jurons que des mots se 
rapportant aux organes génitaux et à leurs fonctions. 

Nous avons vu qu'ils pratiquent fréquemment le sodo- 
misme. Un homme qui a une grande expérience de ces ma- 
lades nous disait que tous les imbéciles qu'il connaissait le 
pratiquaient. Ils forment en ce cas de véritables ménages et 
celui qui représente le mâle protège son ami comme une fe- 
melle. De plus ils sont très peu constants dans ces amours 
contre nature. 

Quoi qu'il en soit, malgré sa perversion, il est certain que 



COMMISÉRATION 125 

l'amour existe chez eux. Chez les filles il en est de même, 
et leur instinct sexuel étant aussi très développé, elles par- 
lent d'amour très facilement et jouent leur rôle au sérieux. — 
Un sentiment corrélatif de l'amitié et surtout de l'amour, 
c'est la jalousie. Or il est remarquable qu'on ne l'observe 
pas, et c'est une preuve que leurs sentiments affectifs ne 
sont pas très développé?, ou sont pervertis. Chez les idiots, 
au contraire, nous avons vu que la jalousie se manifeste 
souvent à l'égard des frères et des sœurs. 

Le sentiment de la commisération est un sentiment qui 
marque un grand progrès vers la sociabilité. Il prouve que 
l'homme sait ce que vaut son semblable; car, pour comprendre 
la valeur d'un homme et l'utilité qu'il y a à l'aider, à le sou- 
lager, à le soigner, il faut réfléchir sur soi-même, se con- 
naître, savoir que les autres hommes sont nos semblables 
et nous valent. 

La commisération est-elle un sentiment complexe ou simple? 
Est-elle primitive, spontanée, naturelle à l'homme ? Ou dérive- 
t-elle du besoin de réciprocité? Est-ce de l'intérêt bien en- 
tendu, forme intelligente de l'égoïsme? Ce qui se passe chez 
les êtres inférieurs que nous étudions en ce moment va peut- 
être nous éclairer un peu. 

L'idiot profond est impassible devant une personne qui 
souffre. Il ne comprend pas. L'idiot d'un degré plus élevé 
est étonné; il regarde et instinctivement se met à imiter les 
grimaces de celui qui souffre. L'idiot léger semble prendre 
plaisir à voir souffrir un de ses camarades. Les deux der- 
nières catégories nous fournissent un spectacle bien ins- 
tructif. On sait aujourd'hui l'important rapport qui existe 
entre les jeux de physionomie, les attitudes passionnelles et 
les mouvements de l'âme. 



126 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

Les idiots essentiellement automates reproduisent les jeux 
de physionomie exprimant la souffrance; mais ceux-ci n'é- 
veillent pas chez lui les sentiments corrélatifs faute de dé- 
veloppement et de puissance intellectuels. Mais il est déjà 
permis de supposer que c'est en éveillant chez nous des sen- 
timents analogues à ceux qu'éprouvent les personnes qui 
soutirent que la commisération se présente à notre esprit par 
un raisonnement égoïste très simple, consistant à se dire que 
si on éprouvait ce que l'individu qu'on voit exprime, on 
souffrirait et désirerait être soulagé. Mais, chez l'idiot, cerai- 
sonnement ne se fait pas et il reste indifférent. Il ne peut 
s'élever qu'à un raisonnement encore plus simple, mais beau- 
coup plus égoïste, à savoir qu'en comprenant que l'autre 
souffre, il se rend compte que lui ne souffre pas. Dès lors il 
s'en réjouit. 

Chez l'imbécile on peut faire des remarques analogues, 
mais avec quelques différences. Si l'imbécile voit son camarade 
souffrir d'un accès, par exemple, sa physionomie exprime 
l'effroi, mais non la commisération. Si son camarade est puni, 
l'imbécile prend son parti, lance des regards furieux à celui 
qui vient de le punir. Il y a là une certaine marque de soli- 
darité, germe des instincts sociaux. — Si deux de ses cama- 
rades se battent brutalement, il suit la lutte avec intérêt, il 
est même heureux, se frotte les mains, et semble se féliciter 
d'être à l'abri des coups qui s'échangent. On est couram- 
ment témoin de ces faits dans les services spéciaux. 

Quel enseignement pouvons-nous tirer de ces diverses 
circonstances? Dans le premier cas, comme chez l'idiot, nous 
ne voyons la douleur d'autrui ne déterminer qu'une chose, 
l'étonnement et la crainte. L'imbécile ne pense pas qu'il peut 
lui en arriver autant : dès lors, il n'a pas de pitié. S'il prend, 
dans le second cas, parti pour son camarade, est-ce bien 



PROTECTION ET CRAINTE 127 

par commisération pour lui? N'est-ce pas plutôt par perver- 
sion morale? Car ce n'est pas la justice qu'il défend là, au 
contraire, il s'insurge conlre elle, contre le maître qui l'ap- 
plique. Son instinct de solidarité ne s'éveille que pour le 
mal, le nuisible. Et ce qui prouve que ce n'est pas parce que 
son ami reçoit des coups qu'il le défend, mais parce qu'il 
sait qu'il pourrait en recevoir aussi, c'est que, lorsqu'il voit 
deux camarades se battre, et sait qu'il ne sera exposé aux 
coups que s'il s'y expose lui-même, il se réjouit du mal qu'ils 
se font. La pitié n'est donc pas un seutiment naturel. Tout 
sentiment naturel se rencontre, si atténué soit-il, chez les 
individus inférieurs. Quand on ne l'y rencontre pas, on peut 
dire que c'est un sentiment secondaire, développé par les 
nécessités de la vie sociale. — Produit par un raisonne- 
ment conscient ou non, peu importe, il appartient plus, par 
conséquent, à la sphère intellectuelle qu'à la sphère mo- 
rale. Le sentiment de la commisération, de la pilié, est dans 
ce cas. Il n'est donc pas surprenant de le rencontrer sin- 
gulièrement affaibli et perverti chez les idiots et les imbé- 
ciles. 

La protection est un sentiment très analogue, et au sujet 
duquel on pourrait faire les mêmes remarques, quoiqu'il soit 
encore plus faible que le précédent, sauf toutefois cbez les 
petites filles, même très jeunes, observation qui s'applique 
du reste à celles qui sont normalement développées. 

L'idiot est foncièrement crainlif. Tout lui fait peur parce 
qu'il ne s'explique rien. Quand une personne étrangère 
s'approche d'un idiot, il semble se mettre sur la défensive. 
Vous lui parlez, il recule, pour venir un moment après 
auprès de vous si vous cessez de lui causer, ou si le son de 
votre voix est doux et engageant. La crainte des punitions 



128 PSYCHOLOGIE DE I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

permet l'éducation des idiots dans une certaine mesure. Mais 
l'imbécile, à l'état ordinaire, ne craint que les coups. Quand 
il est surexcité, il ne craint rien. 

Ceci nous amène à nous demander si le courage existe 
chez nos sujets. Pour ce qui est des idiots, nous ne connais- 
sons pas d'actes de courage authentiques. Quant aux imbé- 
ciles, ils sont en général lâches, ou s'ils font quelque acte 
courageux, c'est pour deux raisons : par inconscience du dan- 
ger ou par impulsion. On peut remarquer aussi que souvent 
le courage n'est que le fait de l'absence du sentiment de la 
valeur de la vie humaine, aussi bien la sienne propre que 
celle des autres. — C'est ce qui explique comment certains 
chenapans, toujours prêts à tirer le couteau, font à la guerre 
des actions d'éclat; comment d'autres, ne pouvant tuer un 
individu qui les gêne, se suppriment eux-mêmes par le sui- 
cide. La vie humaine n'a que peu de valeur pour eux : ils 
jouent avec la leur comme avec celle des autres. Si nous 
considérons quelle notion incomplète l'imbécile a de la valeur 
de ses semblables et de sa propre personnalité, nous ne 
serons pas surpris de le voir parfois accomplir des actes de 
courage, sans qu'on doive lui en savoir beaucoup de gré. Le 
courage est très développé chez les races inférieures, ce qui 
tendrait à prouver qu'il n'est pas tant le résultat d'un mou- 
vement réfléchi que d'une impulsion naturelle, et qu'au con- 
traire, plus l'homme est développé et est capable de mesurer 
le danger, moins il a de courage. Ce qui le prouve encore, 
c'est que c'est surtout dans le feu de l'action, alors qu'on est 
le moins maître de soi,, qu'on a le moins conscience de la 
situation, qu'on a le plus de courage. Bien des sentiments 
complexes entrent du reste en cause, mais il est si utile de 
développer le courage, que, dans l'intérêt général, il vaut 



IRASCIBILITÉ 129 

mieux lui conserver son auréole que de le ramener à ce qu'il 
.est sans doute dans la réalité. 

Le courage réfléchi, qui est peut-être plus rare qu'on ne 
croit, est le fait d'une intelligence forte, qui comprend le 
danger, mais a confiance dans son énergie pour le vaincre, 
ou obéit à des sentiments d'ordre très élevé pour le mépriser. 
Aussi peut-il être allié à une très grande timidité. Les 
hommes vraiment courageux ne s'en vantent guère. Les im- 
béciles au contraire, qui ne se rendent compte de la valeur 
de leur acte que par les félicitations et les encouragements 
qu'ils reçoivent, s'en targuent d'autant plus qu'ils ont eu moins 
conscience de ce qu'ils faisaient. Il en est du reste bien sou- 
vent de même chez des gens qui ne sauraient, en aucune 
façon, passer pour des imbéciles. 

L'impulsivité et l'irascibilité sont des apanages des races in- 
férieures et se retrouvent chez l'enfant. Les idiots les présen- 
tent aussi communément. Ou bien ils ont une apathie extra- 
ordinaire, ou bien ils ont des impulsions. La colère est de bon 
aloi chez un enfant lorsqu'elle a un motif, mais, chez l'idiot, 
elle est le plus souvent sans raison et d'une violence extrême. 
Ils se roulent à terre poussant des cris, brisant tout, deve 
nant bleus. Quelquefois même ces accès de colère chez les 
jeunes amènent à leur suite des convulsions, des suffocations. 

Les accès de colère chez les idiots et les imbéciles sont 
très communs et s'observent souvent à un âsre très bas. 
C'est presque un symptôme d'instabilité mentale. Ils s'ob- 
servent du reste chez beaucoup d'enfants qui ont des tares 
nerveuses et deviendront plus tard des névropathes ou des 
psychopathes à un titre quelconque. 

Mais entre les idiots et les imbéciles se remarquent ton. 
jours ces différences sur lesquelles on ne saurait trop in- 

9 



130 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

sister au point de vue social. Dans ses accès de colère, l'idiot 
se fait du mal à lui-même, il trépigne, fait des grimaces, 
agite violemment la tête et se mord souvent les doigts de la 
main gauche, tandis qu'avec la droite il frappe ce qui l'en- 
toure et se donne des coups de poing. Il casse des carreaux 
et se fait souvent de graves blessures. C'est surtout aux ob- 
jets inanimés qu'il s'en prend. 

L'imbécile s'attaque surtout aux personnes. Il est mé- 
chant dans ses colères. Il cherche à faire du mal aux autres, 
quitte à s'en faire à lui-même. Il porte de mauvais coups à 
ses adversaires. Quand il est mis dans l'impossibilité de 
nuire, il écume de rage, la face est violacée; il a de véri- 
tables convulsions quelquefois. Comme le remarque Grie- 
singer, et comme nous avons été à même de l'observer 
plusieurs fois, ces accès de colère peuvent aller jusqu'à 
constituer un véritable accès de manie. 

La base de la société est le sentiment de la propriété, sans 
lequel la satisfaction des besoins naturels n'est pas assurée. 
La sauvegarde des acquisitions faites pour obtenir cette sa- 
tisfaction est donc la condition première de la vie en com- 
mun. Mais on a à se défendre contre la nature et les ani- 
maux d'une part, et d'autre part contre l'homme. Dénué de 
toute protection naturelle, l'homme n'a de force qu'en s'u- 
nissant à l'homme pour lutter. Mais, pour rester unis dans 
cette lutte, il faut la réciprocité, c'est-à-dire un contrat, tacite 
ou non. Il faut que chacun sache qu'il peut compter sur 
les autres non seulement pour le défendre, mais pour ne pas 
être attaqué à son tour par les autres. C'est ici que l'intérêt 
intervient. L'homme ne secoure l'homme que parce qu'il 
sait qu'un jour viendra où il aura lui aussi besoin du secours 
de ses semblables. Ce sentiment de la réciprocité dans la 



SENTIMENTS SOCIAUX 131 

défense, c'est, nous semble-l il, la base du droit et du de- 
voir, et il n'est pas besoin pour les expliquer d'aller cbercher 
bien haut dans les sphères élevées de la morale ou de l'intel- 
ligence. Il suffit de considérer l'homme avec ses besoins phy- 
siologiques et l'intérêt qu'il a à tout faire pour les satisfaire. 
Et la meilleure preuve qu'il ne faut pas voir dans ces senti- 
ments sociaux antre chose qu'un des modes de l'intérêt, 
c'est que, dès que l'homme, seul ou en groupe, se sent le 
plus fort, il attaque celui qui possède ce qu'il convoite. Cette 
lutte n'est plus de mise, aujourd'hui, d'homme à homme et 
cela constitue un vol ou un crime. Mais, de groupe à gourpe, 
elle existe toujours, que ce soit sous forme de société finan- 
cière, ou de guerre civile, ou de guerre internationale. 

Si nous avons dû exposer en peu de mots la genèse des 
sentiments sociaux que nous croyons la plus simple pour 
expliquer l'évolution de la société humaine, c'est que l'idiot 
et l'imbécile, qui nous représentent les types les plus infé- 
rieurs de l'humanité, vont sans doute nous permettre de re- 
trouver quelques sentiments sociaux à l'état primitif et ru- 
dimentaire, tels par conséquent que devaient les éprouver 
nos premiers ancêtres. Car on a l'habitude dans la morale 
spiritualiste de considérer l'homme actuel et non l'homme 
passé, et d'oublier par quelles séries de transformations psy- 
chologiques, modifiées d'une part par les événements, et 
maintenues de l'autre par l'hérédité, il a dû passer depuis 
son origine, où, avec un langage primitif, comme celui qu'on 
retrouve encore chez certaines peuplades, il était plus rap- 
proché du singe que de l'homme actuel. 

La société n'a été vraiment constituée que lorsqu'il y a 
eu de l'industrie et du commerce, cessation de la vie er- 
rante et formation de la cité. Or, pour l'industrie et le com 



132 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

merce, la première condition, c'est le travail. Tout individu 
ne pouvant ou ne voulant pas travailler devient dans une 
société un être inutile et par conséquent nuisible, car il ab- 
sorbe à son profit des forces qu'il immobilise et qui sont 
perdues pour ceux qui en auraient le plus besoin. 

Nous sommes donc amenés à examiner le sentiment de 
la solidarité et de la propriété, puis le goût du travail et la 
paresse. Nous verrons ensuite quelle idée nos sujets se font 
du droit et du devoir, de la récompense et du châtiment, 
quels sont leurs sentiments familiaux. 

Pour ce qui concerne le sentiment de la solidarité, nous 
n'avons pas même à rechercher s'il existe, à quelque degré 
que ce soit, chez les idiots incurables où il est totalement 
absent. Chez les idiots attentifs, curables, nous avons vu, à 
propos de l'affectivité pour les personnes, que l'idiot ne pa- 
raît pas comprendre la souffrance de son semblable. Or, 
pour être solidaire, la première condition est évidemment 
de s'apercevoir que les autres hommes sont nos semblables 
au moral comme au physique. Nous avons même vu qu'en 
général un idiot aime à voir un de ses camarades recevoir 
des coups. La solidarité, le sentiment qu'on aide les autres 
et qu'onen sera aidé semble donc des plus rudimentaires. 
Il est juste d'ajouter que le milieu dans lequel ils vivent, 
les conditions de facilité qu'on donne à leur existence, vu 
leur incapacité d'y pourvoir eux-mêmes, ne sont pas faites 
pour développer ces tendances, si elles existent. 

C'est chez l'imbécile que nous voyons apparaître la pre- 
mière fois le sentiment de la solidarité. Mais c'est en s'in- 
surgeant contre la sociélé que nous le voyons se montrer. 
Ce n'est pas pour aider un camarade à faire quelque chose 
de bien ou d'utile, c'est pour se venger d'une entrave mise 



SENTIMENT DE LA PROPRIÉTÉ 133 

à ses mauvais instincts et à ses actes nuisibles. C'est contre 
le maître qui les punit que les imbéciles se liguent ; c'est 
pour faire un mauvais coup qu'ils se prêtent un mutuel ap- 
pui. C'est encore pour défendre l'ami contre nature qu'ils 
témoignent de leur esprit de solidarité. Nous retrouvons là 
toujours l'imbécile comme un anti-social, mettant le peu 
d'intelligence qu'il a au service d'une mauvaise cause, les 
sentiments sociaux rudimentaires qu'il a se trouvant faussés 
dès leur apparition. 

L'amour de la propriété, pour rester estimable, doit être 
allié à un respect non moins grand de la propriété d'autrui. 
— Les idiots inférieurs — les incurables laissés de côté — 
ne paraissent avoir aucune idée de ce sentiment. On les voit 
aller, venir, s'agiter, toucher à tout ce qui tombe sous leur 
main, le mettre dans leur poche et se fâcher si on veut le 
leur retirer. Ils font là, mais à un âge beaucoup plus avancé, 
ce que font des enfants de deux ans, avec cette différence 
toutefois qu'à vingt mois un enfant sait déjà ce qui appartient 
à lui et aux autres. — Chez les idiots les plus élevés, ce sen- 
timent atteint souvent un grand développement. Ils ont les 
poches toujours pleines de bouts de bois, de ficelles dont ils 
ne se servent jamais, mais qu'ils tiennent à garder. La satis- 
faction immédiate de leur désir prime toute autre considé- 
ration, aussi lorsqu'ils rencontrent quelque objet à leur con- 
venance ne se font- ils pas faute de se l'approprier ; et comme 
ce qui les touche le plus, c'est la nourriture, c'est ordinaire- 
ment la part d'aliments ou de vin de leurs camarades qui 
est l'objet de leurs larmes. Il y en a cependant qui ont une 
propension toute spéciale au vol. Mais chez aucun plus que 
chez les imbéciles nous ne voyons cette propension plus déve- 
loppée et acquérant même le caractère impulsif qui lui a 



134 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

fait donner le nom de kleptomanie. Il est rare cependant que 
ce soit une vraie kleptomanie qu'on rencontre, car il est à 
remarquer que ce qu'on a regardé comme les stigmates 
psychiques des dégénérés héréditaires se rencontre beaucoup 
plus rarement chez les dégénérés profonds que chez ceux qui 
sont plus légèrement atteints. Ce qu'on rencontre chez eux, 
c'est le vol fréquent, habituel, inconscient ou déterminé, 
mais non impulsif. 11 en est qui volent à toute occasion : 
gâteaux aux fêtes, fourchettes et couteaux au réfectoire, 
cahiers en classe, morceaux de cuir, de bois, de fer à l'atelier, 
en un mot tout ce qui est à leur portée, sans but, sans utilité, 
mais aussi sans impulsion. Il en est d'autres, plus nombreux, 
qui volent pour se procurer un objet qui les tente. Le mobile 
de leur vol est celui des criminels vulgaires, avec lesquels 
du reste ils forment une vaste famille dont ils sont les repré- 
sentants les moins bien partagés peut-être au point de vue 
de l'intelligence, mais non des mauvais instincts. Mais s'ils 
n'ont pas le respect de la propriété d'autrui, ils ont le senti- 
ment de la leur propre, et ils la défendent énergiquement, 
âprement. Ils ont l'amour de la propriété et peut-être faut-il 
voir dans son intensité la cause de la faible résistance qu'ils 
offrent à violer celle des autres. Ils appliquent en tous cas la 
théorie qu'on a faussement tirée de Proudhcn, que la pro- 
priété c'est le ko\. Nous voyons en tous cas, que, chez eux, le 
sentiment de la propriété est faussé comme tous les autres 
puisque le respect du bien d'autrui est en raison inverse de 
l'amour qu'ils ont du leur. 

A côté du sentiment et du respect de la propriété, il est 
une autre condition d'une société bien équilibrée; c'est celle 
même de l'acquisition de la propriété, à savoir le travail. 
Il n'y a pas lieu de nous en occuper chez les idiots incu- 



TRAVAIL ET PARESSE 135 

râbles. Chez les idiots curables la paresse est la règle et a 
besoin d'être continuellement secouée. « L'extrême paresse, 
dit Morel, est peut-être le moindre défaut de ces malades; 
laissés à eux-mêmes, ils n'ont aucune initiative, ils resteront 
étendus au soleil, se vautreront dans la boue et ne se réveil- 
leront que pour manger. » Nous ajouterons qu'il n'y a pas 
lieu de s'en étonner. Le défaut d'attention de ces malades 
les empêche de s'intéresser à quoi que ce soit et les laisse 
plongés dans la vie végétative; sans imagination, sans préoc- 
cupation de l'avenir qu'ils ignorent, ni souvenir du passé, ils 
n'éprouvent pas le besoin de l'activité. Mais est-ce là de ia 
vraie paresse? Non. Le vrai paresseux n'est pas celui qui ne 
fait rien parce qu'il ne sait pas qu'il y a quelque chose à 
faire, ou ne le comprend pas, c'est celui qui, le sachant et 
le comprenant, refuse de le faire. 

Eh! bien, l'idiot n'est pas paresseux si nous entendons 
ainsi la paresse. On n'a qu'à lui commander, et il travaillera 
tant qu'on lui commandera. Il aime même à faire des corvées. 
Il parait très fier de la confiance qu'on lui témoigne ainsi. 

Tout autre est l'imbécile qui est essentiellement paresseux. 
C'est avec toutes les peines qu'on le décide à travailler, et 
encore n'est-ce que par l'appât du gain ou la crainte d'une 
privation de plaisir ou d'une punition. Cette antipathie pour 
le travail est la cause de tous les méfaits qu'ils commettent 
dans la société qui a, avec sagesse, formulé le proverbe, que 
la paresse est la mère de tous les vices. 

On se rend bien compte de cette différence entre les idiots 
et les imbéciles dans des ateliers comme ceux de Bicêtre où 
ils travaillent côte à côte. Les idiots une fois dressés à un 
certain travail — et le fait de travailler marque chez eux 
une grande amélioration — le font consciencieusement, plus 
ou moins adroitement, cela va sans dire, ne faisant preuve 



136 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

d'aucun esprit d'initiative et routiniers par excellence. Une 
fois un certain degré d'habileté obtenu, il leur est impossible 
de faire aucun progrès, mais ils se maintiennent au même 
niveau. Quand ils se trompent, c'est par défaut d'attention 
ou de mémoire. 

L'imbécile, lui, outre qu'il est un ferment d'indiscipline 
partout où il se trouve, a la prétention de bien faire, prend 
une initiative fâcheuse, se dégoûte vite de sa besogne, vou- 
drait toujours faire celle de son voisin. Il a l'air quelquefois 
de comprendre assez vite ce qu'on veut obtenir de lui. Sur 
ces apparences trompeuses on le laisse livré à lui-même et 
'on ne tarde pas à s'apercevoir des sottises qu'il commet 
avec un aplomb imperturbable. Il n'a du reste aucun goût 
dans son travail. 

Avec son instabilité mentale caractéristique, il voudrait 
sans cesse changer de métier, n'étant jamais satisfait de 
celui qu'il fait dans le moment présent. 

Là, comme toujours, plus que jamais, l'imbécile se 
montre un antisocial et est, par là même, dangereux. Livré à 
lui-même, sans direction, sans travail obligatoire, l'idiot reste 
inoffensif et indifférent à ce qui l'entoure. L'imbécile, lui, 
a une imagination qui travaille, avec, en plus, des mauvais 
instincts à son service. Le résultat, c'est un jour ou l'autre 
quelque attentat contre la société. Il n'y a pas lieu de leur 
en vouloir sans doute, mais il y a lieu de les traiter 
comme dangereux et nuisibles. 

Le travail est, en effet, le meilleur moyen de contention 
morale et le plus utile au point de vue social pour ces dégé- 
nérés, pour ceux surtout qui sont hospitalisés et qui, coû- 
tant à entretenir, doivent au moins, dans la mesure du pos- 
sible, compenser les dépenses qu'on fait pour eux. Aussi 
est-il étonnant de voir les critiques lancées contre les ré- 



HOSPITALISATION DES IDIOTS 137 

formes introduites sous ce rapport par notre maître Bour- 
neville, dans l'hospitalisation des idiots et des imbéciles. 
On a fait, dit-on, des palais pour des êtres profondément 
dégénérés, alors que les aliénés et souvent même les malades 
ordinaires sont dans de moins bonnes conditions hygiéni- 
ques. 

Tout d'abord Pépithète de palais nous paraît bien exa- 
gérée pour des bâtiments en briques dont le seul luxe con- 
siste dans beaucoup de propreté, d'air et de lumière. Si les 
services d'aliénés des hôpitaux sont déplorables, il faut les 
modifier. Quant aux asiles nouveaux tels que ceux de la 
Seine, ils présentent un confortable bien supérieur encore à 
celui des services d'idiots de Bicêtre ou d'Angleterre ou d'A- 
mérique. De plus, en ce qui concerne les dépenses que cela 
occasionne, les chiffres sont le meilleur argument à invo- 
quer. Eh bien! avec l'organisation des ateliers de menui- 
serie, de serrurerie, cordonnerie, vannerie, etc., les travaux 
exécutés par les enfants s'élèvent, d'après les tarifs de la 
ville de Paris ou de l'Assistance, à la somme de 26,000 francs 
pour l'année 4889, et ce chiffre qui est allé en augmentant 
chaque année, s'élèvera certainement encore. Déduction 
faite des frais des maîtres, c'est un bénéfice d'environ 
10,500 francs 1 . Quel est le service non seulement d'aliénés, 
mais d'épileptiques valides, qui en produit autant? Mais 
n'est-ce que cela? Non. Car si on fait le compte de ce que 
dépensaient le même nombre d'enfant livrés à eux-mêmes, 
comme ils l'étaient autrefois, se déchirant, détériorant tout 
autour d'eux, salissant du linge en grande quantité, gâ- 
tant, etc., et ce qu'ils coûtent aujourd'hui qu'on traite leur 
gâtisme, qu'on les occupe à travailler au lieu de les laisser 

1. Compte rendu du service des enfants idiots, épileptiques et ar- 
riéré de Bicêtre. 1890. 



138 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

abîmer leurs effets, on conviendra que c'est peut-être la 
meilleure façon de comprendre et de pratiquer l'hospita- 
lisation, et que si ce moyen était plus généralement ap- 
pliqué, les hospices coûteraient moins cher au budget, ou, 
s'ils coûtaient autant, pourraient rendre service à plus de 
malades. Nous autres pourtant, qui sommes si enthousiastes 
de tout ce qui se fait à l'étranger, il est étonnant que nous 
ne prenions pas en cela exemple sur lui. Il est vrai que 
beaucoup ignorent ou veulent ignorer que les établissements 
de ce genre pullulent en Amérique, où véritablement ils ne 
seraient pas si en honneur s'ils ne présentaient aucune uti- 
lité pratique. 

Quel est le degré de développement de leur sentiment du 
droit et du devoir? Le sentiment du droit est corrélatif de 
celui de la propriété. Il y trouve son origine. Comme chez 
les enfants, ce sentiment est bien peu développé chez les 
idiots, ou pour mieux dire, il ne l'est pas du tout. L'idiot ne 
connait les droits que son maître a sur lui que par l'expé- 
rience, comme un animal pourrait le faire. Mais quant à 
l'idée de ses droits à lui, en tant qu'homme, nous ne sau- 
rions affirmer qu'elle existe si ce n'est d'une manière négli- 
geable. Il faut, en effet, pour posséder cette idée de droit, 
avoir à l'exercer, à la défendre. Le droit est- d'ailleurs chose 
variable avec les époques et l'état social. Pour eux qui vivent 
en dehors de toute société, ils n'en éprouvent pas le besoin, 
n'ayant aucune revendication à formuler. La vie se résume 
pour eux dans un si petit nombre d'actes que l'étendue de 
leurs droits est forcément proportionnée à eux. Plus l'acti- 
vité se déploie au contraire, plus les rapports sont multiples 
entre les hommes et plus on sent le besoin d'établir des li- 
mites autres que la force aux empiétements des voisins; ce 



DROIT ET DEVOIR 13 J 

déploiement de force physique faisant perdre une grande 
quantité d'énergie intellectuelle. Plus l'intelligence des 
hommes s'élève, plus leur activité se développe, et en même 
temps plus leurs droits se compliquent et s'étendent. Plus 
au contraire elle reste inférieure comme chez les idiots, plus 
il est naturel que leurs droits soient peu étendus et leur 
sentiment de ces droits très atténué. 

Chez les imbéciles on remarque, au contraire, une grande 
propension à exiger des droits auxquels leur intelligence ne 
les convie guère. En état de se juger homme, et, se croyant 
les égaux de leurs semblables, avec leur fatuité naturelle, 
ils ne doutent pas un instant de leurs droits, incapables 
d'ailleurs le plus souvent de discerner dans quels cas il faut 
les faire valoir, mais y tenant d'autant plus qu'ils les com- 
prennent moins. Ne les retenant qu'au point de vue des 
avantages qu'ils procurent., ils crient avec la plus grande 
facilité à l'injustice, réclament avec acharnement et géné- 
ralement à tort et s'insurgent au besoin s'ils n'obtiennent 
pas satisfaction. Pour eux, la force prime le droit, ou, la 
raison du plus fort est toujours la meilleure, sont deux 
maximes péremptoires. Ils ne font guère de distinction entre 
tuer, voler, dormir ou manger. Tout désir devient un besoin 
et tout besoin exige sa satisfaction immédiate. Quand ils 
vous disent : « J'ai le droit de faire ça! » vous devez en- 
tendre : « Qui peut m'empêcher de faire ça? » Aussi l'im- 
bécile est-il aussi indiscipliné et indisciplinable que l'idiot 
l'est peu. 

Quant à l'idée de devoir, incompréhensible sans l'idée de 
droit, elle est comme celle-ci, absente ou rudimen taire chez 
les idiots complets ou profonds. C'est du reste un sentiment 
très complexe que celui du devoir, et qui tient à l'éducation, 
à l'habitude, à la crainte, plus peut-être qu'au raisonnement 



140 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

sur la nécessité de la réciprocité et sur l'intérêt bien entendu 
qu'on a à le remplir pour conserver les droits dont il est le 
corollaire. Le sentiment égoïste étant le plus naturel à 
l'homme, et le sentiment altruiste étant, au contraire, un 
produit du raisonnement, conscient ou non, il en résulte que 
le sentiment du droit, qui est égoïste au premier chef, se 
rencontre bien plus facilement et bien plus tôt que celui 
du devoir, qui est un sentiment altruiste. Le premier se re- 
marque donc chez les êtres humains inférieurs; le second, 
au contraire, ne se rencontre que chez des êtres plus déve- 
loppés au point de vue moral et intellectuel. H y a toutefois 
une différence aussi à ce point de vue entre l'idiot et l'imbé- 
cile et qui montre que le devoir appartient plus à la sphère 
morale qu'à la sphère intellectuelle. L'idiot, en effet, est 
capable, jusqu'à un certain point, d'être dressé à faire son de- 
voir; l'imbécile ne l'est que difficilement. Or, si le sentiment 
moral est rudimentaire chez l'idiot, chez l'imbécile il est 
dévié et cela est pire. On comprend d'ailleurs qu'il en soit 
ainsi, étant donnée l'idée qu'ils se font du droit, qui n'est 
pour eux que la possibilité de faire une chose sans en être 
empêché matériellement. 

Cette absence de sentiments moraux peut être poussée à 
un tel degré, ou plutôt leur perversion peut être telle qu'elle 
constitue une sorte d'aliénation mentale connue sous le nom 
de folie morale. Si elle peut se rencontrer quelquefois en 
dehors de l'imbécillité proprement dite, elle est cependant 
toujours accompagnée d'un certain degré de débilitation 
mentale, et la perversion qu'on observe dans les instincts et 
dans les sentiments se rencontre toujours dans la sphère 
générale de l'intelligence. Il n'y a peut-être pas lieu de con- 
sidérer cette folie morale comme une véritable aliénation 
mais simplement comme un degré très intense de ce qu'on 



COMMANDEMENT ET OBÉISSANCE 141 

observe à l'état normal. Mais nous nous occupons ici de la 
psychologie normale de l'idiot et de l'imbécile et nous ne 
pouvons insister sur ce point spécial qu'on a l'habitude de 
traiter dans la pathologie. 

Une des nécessités de la vie sociale, c'est le commandement 
et l'obéissance. Les idiots, comme beaucoup d'enfants, ont 
très bien la notion du degré d'autorité auquel ils sont forcés 
de se soumettre. Nous ne parlons pas, naturellement, des 
idiots profonds, incapables de saisir un ordre. Mais dès qu'ils 
sont un peu plus développés ils comprennent très bien au ton 
du commandement si la résistance leur est ou non possible. 
Aussi beaucoup d'enfants qui ne sont susceptibles d'aucune 
direction dans leur famille, se soumettent-ils très facilement 
à celle des maîtres. C'est le fait, du reste, de tous les indi- 
vidus dénués de volonté. Dès qu'ils en sentent une supérieure 
à la leur, et inébranlable, ils s'y soumettent, d'autant plus 
que cela leur épargne la peine de se déterminer eux-mêmes. 

Cette observation ne s'applique pas seulement aux indivi- 
dus, niais aussi aux sociétés, et les peuples cherchent à 
secouer le joug d'une autorité limitée à un petit nombre de 
personnes dès qu'ils se sentent assez de volonté pour se diri- 
ger eux-mêmes. 

Les idiots sont assez obéissants, en général, parce qu'ils 
semblent sentir la faiblesse de leur volonté et que leur réac- 
tion n'est pas suffisante pour contrebalancer l'influence de 
l'autorité. Mais les imbéciles, au contraire, sont tout à fait 
indisciplinés et désobéissants, ce qui tient en général à ce 
qu'ils se croient des facultés remarquables et égales au moins 
à celles de leurs supérieurs. C'est par défaut de jugement. 
Quand ils sont doux, ils peuvent être obéissants, mais le 
plus souvent, c'est la crainte, la force brutale, indiscutable, 



142 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

qui les fait plier. Mais autant ils sont peu souples pour obéir, 
autant ils ont le sentiment de la domination sur les autres, 
sentiment absolument antisocial. 



En présence d'êtres doués de sentiments semblables, 
quelles récompenses et quels châtiments agissent le mieux 
pour les encourager, développer et faire jaillir les bons ins- 
tincts et réprimer les mauvais? On sait que c'est là un point 
délicat à établir pour les enfants normaux et à plus forte 
raison pour ceux-là. Autrefois, avec les enfants, il n'y avait 
guère de milieu entre l'amour et les coups. Aujourd'hui on 
cherche à employer d'autres arguments et ce n'est pas sans 
raison. 

On a remarqué, par exemple, que c'était les places qui frap- 
paient le plus les enfants beaucoup plus que les prix auxquels 
ne peuvent prétendre que les élèves d'élite. Il en est de même 
et plus encore avec les idiots et les imbéciles. Les premiers, 
à vrai dire, sont bien peu sensibles aux récompenses pure- 
ment intellectuelles, consacrant simplement la reconnais- 
sance de leur supériorité sur leurs camarades. Du reste, en 
général, tous sont plus sensibles aux châtiments qu'aux 
récompenses, à la peine qu'au plaisir, au blâme qu'à la 
louange. Et de fait, le plaisir d'être félicité suppose la mise 
en jeu de bien des sentiments d'ordre élevé auxquels ils n'at- 
teignent guère, tandis que la peine, quelle qu'elle soit, com- 
porte toujours un élément physique, la privation d'un désir, 
d'un besoin qu'on ressent plus que le plaisir qu'on aurait à 
le satisfaire. De plus le champ des récompenses et des châ- 
timents est beaucoup plus limité que pour l'enfant normal, 
chez lequel on peut s'adresser à toutes les branches de la sen- 
sibilité. En outre le défaut d'attention chez les idiots rend 
très précaire le résultat de la récompense et de la punition, 



RÉCOMPENSE ET CHATIMENT 143 

et en tous cas très peu durable. La crainte du châtiment 
existe très peu chez l'idiot ou même pas. Du reste la crainte 
est en rapport avec l'expérience, et c'est précisément ce qu'ils 
acquièrent difficilement, leur attention n étant pas suffisam- 
ment attirée ni leur raisonnement assez développé pour 
remarquer toutes les circonstances dans lesquelles on les a 
réprimandés une ou plusieurs fois, et saisir le rapport qui 
existe entre l'acte qu'ils ont commis et la peine qu'ils su- 
bissent, si ce n'est à la longue. 

Il faut reconnaître d'ailleurs qu'avec les idiots en général 
on a peu besoin de recourir aux procédés d'encouragement 
et de répression. Ils n'ont guère de méchanceté et il suffit 
de les empêcher de mal faire si on les aperçoit, car le plus 
souvent ils agissent sans intention. C'est surtout une grande 
surveillance qu'il faut exercer sur eux. 

Chez les imbéciles, on s'attendrait à avoir beaucoup plus 
de prise, car ils sont éminemment sensibles à la louange et 
au blâme, plus encore peut-être à la louange qu'au blâme, 
étant ordinairement si infatués de leur personne que le 
blâme ne les atteint pas, toujours persuadés d'une injustice 
dans l'appréciation de leur valeur personnelle. Chez eux, à 
l'inverse des idiots, les récompenses agissent surtout quand 
elles frappent leur amour-propre si naturellement exagéré. 
C'est ainsi que les places qui témoignent de leur supériorité 
sur leurs camarades, les prix donnés en séance solennelle, 
les félicitations publiques ont une influence manifeste. Mo- 
mentanée seulement, par malheur, car ils profitent sou- 
vent des éloges qu'on leur a décernés pour se croire tout 
permis et donner libre cours à leurs mauvais penchants. 
De sorte qu'on est pris entre ces deux alternatives, ou les 
récompenser et exalter leur amour-propre et leurs préten- 
tions, ou ne pas leur témoigner de satisfaction lorsqu'ils ont 



144 PSYCHOLOGIE DE I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

bien agi, et les décourager de recommencer, les livrer sou- 
vent, par colère, à leurs mauvaises tendances. 

On doit donc se montrer très circonspect dans la distribu- 
tion des louanges, ne les donner qu'à bon escient et plutôt 
endeçà qu'audelà, sinon on est débordé. 

Quant aux châtiments, leur action est tout aussi momen- 
tanée, et l'alternative est tout aussi délicate que pour les 
récompenses. D'instinct on se révolte toujours contre un 
châtiment; on a de plus toujours la tendance à le trouver 
disproportionné à safaute, pour laquelle on invoque d'excel- 
lentes raisons de l'avoir commise. Chez les imbéciles qui 
ont une idée de leurs droits si fausse et en même temps si 
étendue, il est naturel que toute peine leur paraisse un abus 
de pouvoir dont ils gardent du ressentiment. Ils se soumet- 
tent parce qu'ils ne peuvent faire autrement, parce qu'ils 
reconnaissent un pouvoir supérieur au leur, mais dans leur 
for intérieur, ils gardent de la rancune et un espoir de 
vengeance. 

Plus ils se croient supérieurs, plus ils se sentent humi- 
liés. N'espérez guère qu'ils feront un retour sur eux-mêmes, 
qu'ils se repentiront sincèrement. Ils n'ont qu'un désir : 
recommencersans se faire prendre. L'absence de sens moral, 
ou plutôt sa déviation, fait qu'ils croient ne devoir rien à per- 
sonne, ni à leurs parents, ni à leurs maîtres, ni à ceux qui 
les soignent. Leur propre satisfaction est leur but unique et 
leur supériorité sur les autres. Obligés de céder, ils s'in- 
surgent. Aussi les châtiments moraux ont-ils peu d'action 
sur eux, ils leur sont indifférents ou ne font que les exciter. 
Les imbéciles se donnent des airs provoquants vis-à-vis de 
leurs maîtres, pour se poser auprès de leurs camarades. 
Très poltrons au fond, ils font les fanfarons pour étonner 
les autres. Cette satisfaction qu'ils éprouvent à poser ainsi, 



LES IMBÉCILES DANS LA FAMILLE 145 

quand ils sont punis, enlève naturellement beaucoup de l'ac- 
tion qu'aurait la punition. Aussi le meilleur moyen est-il 
de leur enlever cette satisfaction en les soustrayant à la vue 
de leurs camarades. L'isolement, pendant quelques heures, 
en cellule, est un moyen très efficace. Plus qu'avec aucun 
enfant, il ne faut agir avec emportement et brutalité. On ne 
doit jamais discuter avec eux. 

Nous ne saurions entrer ici dans plus de détails. C'est 
une question de traitement moral, de pédagogie que cette 
façon de se comporter avec les imbéciles. Ce que nous de- 
vons retenir, c'est le peu d'action qu'on a sur eux aussi 
bien par les récompenses que par les châtiments. Tout glisse, 
ou tout s'emploie à développer leurs mauvaises tendances, 
leurs tendances antisociales. Ce sont les individus les plus 
indisciplinés qui soient. 

L'instabilité de leur attention fait que, à peine la louange 
ou le blâme, la récompense ou le châtiment passés, ils les 
oublient, et leurs tendances reprennent le dessus. Cet in- 
convénient, qui en est déjà un gros dans les asiles, et qui sou- 
vent du reste y amène ces malades, rend l'existence impos- 
sible pour eux au dehors. Chez leurs parents, ils font tous 
les mauvais coups imaginables, maltraitent leurs frères et 
sœurs, torturent les animaux, font des niches aux voisins, 
font des fugues de la maison paternelle pour vagabonder à 
l'aventure avec tous les garnements du voisinage, qui s'en 
servent du reste le plus souvent, en les excitant, pour faire 
les coups qu'ils n'ont pas l'audace de tenter. Bref, la vie n'est 
pas tenable pour ceux qui les entourent, sans compter que 
souvent leurs penchants peuvent les pousser à commettre 
des actes dangereux, comme de mettre le feu, de blesser 
les gens, etc., etc. Ils doivent, plus encore que les idiots, 

10 



146 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

être l'objet d'une surveillance de tous les instants. Ces dis- 
positions, lorsqu'elles ne sont pas réprimées, — et cela est 
bien difficile dans la famille — ne font que croître avec 
l'âge, et il ne faut pas s'étonner plus tard de voir ces en- 
fants, devenus hommes, finir par la Cour d'assises pour vol 
ou crime, et fournir un fort contingent à tous les déclassés, 
les énergumènes de toute nuance, instruments demi-in- 
conscients d'individus plus intelligents et plus vicieux 
qu'eux. 

Nous venons de voir le peu d'influence des récompenses 
et des punitions sur la conduite des idiots et surtout des 
imbéciles. Quant on songe que ce sont cependant les mo- 
biles mis en jeu le plus naturellement par les parents vis-à- 
vis des enfants, par les sociétés vis-à-vis des individus, on 
ne sera pas surpris de reconnaître que les mobiles religieux 
n'ont aucune action et ne sont même pas compris. Chez les 
idiots, l'idée d'une force supérieure au monde est absolu- 
ment lettre morte. L'idée de force en soi leur paraît même 
inconnue, et les notions d'infini, d'éternel, d'absolu, con- 
ceptions purement rationnelles pour nous, sont inaccessibles 
à leur faible intelligence. On ne trouve jamais chez eux 
l'idée, même vague, de la divinité. Ils sont incapables de 
s'élever même à la superstition ou au fétichisme, car ils ne 
s'étonnent de rien, comme nous le verrons, pas même des 
grands phénomènes de la nature, contrairement, sous ce 
rapport, aux hommes primitifs. 

S'il fallait, admettre chez l'homme une âme suivant la con- 
ception spiritualiste, caractéristique de l'homme et absolu- 
ment différente par ses attributs supérieurs de celle des ani- 
maux, on doit convenir qu'on serait assez embarrassé pour 
en accorder une semblable à un idiot incapable de parler, 



SENTIMENTS RELIGIEUX 147 

ce qui est la vraie caractéristique de l'homme. C'est qu'en 
effet, l'âme n'est pas une chose qui existe en soi, séparément, 
en dehors des fonctions cérébrales ; c'est l'ensemble des 
facultés, des fonctions, pour mieux dire, du cerveau qui 
constitue l'âme. Or dans cette âme, pour nous servir de ce 
terme consacré qui ne signifie pas grand'chose, nous voyons 
les sentiments religieux compètement absents. Il n'y en a 
pas trace sous quelque forme que ce soit. Ce sentiment, soi- 
disant inné, fait donc défaut lorsque le cerveau n'est pas assez 
développé pour que l'intelligence soit normale. L'âme se 
montre donc ainsi liée essentiellement à l'organe de la pen- 
sée, et l'on est forcé d'admettre ou que les idiots en sont 
dépourvus, quoique hommes, ou que l'âme n'est pas une 
émanation divine, indépendante du fonctionnement cérébral. 
De sorte qu'il esta craindre, de toutes façons, qu'après avoir 
perdu le royaume de la terre, les simples d'esprit n'obtien- 
nent pas celui des cieux, ce qui serait du reste de nature à 
décourager les gens intelligents. 

Les imbéciles qui ont une intelligence plus développée 
sont-ils du moins capables de comprendre cette idée d'une 
force supérieure au monde? Il est facile de se convaincre que, 
sous ce rapport, ils diffèrent peu des idiots. Si on observe 
chez eux quelques idées de la Divinité, c'est qu'on leur a 
inculqué ces principes comme à la plupart des enfants. Ils 
ne sont pas assez curieux des choses qui les entourent pour 
aller s'enquérir du pourquoi et du comment de la vie. Tout 
leur parait simple d'ailleurs et facile à comprendre. Ils se 
montrent quelquefois très convaincus, mais on n'a pas de 
peine à voir que c'est une vraie leçon apprise par cœur et à 
laquelle ils n'entendent pas grand'chose En tout cas, jamais 
cette idée ne leur vient spontanément, amenée par des 
déductions logiques. En somme on peut dire que le senti- 



148 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

ment religieux n'existe pas chez l'idiot et n'est pas compris 
chez l'imbécile, quand on Ty rencontre, ce qui revient à peu 
près au même. 

C'est un sentiment artificiel, créé d'abord, par la crainte, 
entretenu par le besoin d'explication des phénomènes, par 
le parti surtout qu'avaient à en tirer les plus intelligents pour 
mener, gouverner les plus crédules. Ce n'est pas un senti- 
ment naturel, aussi ne le rencontrons-nous pas même atté- 
nué, perverti, chez les idiots, alors qu'ils nous présentent 
toutes les autres variétés de seutiments, à quelque degré que 
ce soit. Il est raisonnable de supposer une raison à cette 
lacune, alors surtout qu'on ne peut pas invoquer pour l'expli- 
quer le défaut de transmission héréditaire. Les autres senti- 
ments instinctifs se transmettent bien, pourquoi le sentiment 
religieux, s'il était réellement instinctif, ne se transmettrait- 
il pas? 

Nous voyons donc que, chez les idiots et les imbéciles, non- 
seulement les sentiments sociaux sont affaiblis ou pervertis, 
mais encore que tout ce qui sert à les développer et à les 
maintenir n'a que peu d'action sur eux, soit à cause de l'at- 
tention défectueuse dont ils sont capables, soit à cause de 
leur intelligence rudimentaire, qui ne leur permet pas de 
s'élever à des conceptions idéalistes qui, pour beaucoup 
d'hommes, sont un moyen de contrainte. 

Avant de passer aux sentiments esthétiques nous devons 
dire un mot d'un sentiment extrêmement complexe qui est 
assez spécial à l'homme : la pudeur. Qu'elle se manifeste 
d'une façon ou d'une autre, peu importe, cela dépend unique- 
ment des mœurs et du climat, de la religion, de la convention 
sociale, etc. Mais chez tous les peuples on peut la retrouver. 
Elle est plus développée et plus complexe chez la femme que 



PUDEUR ET MODESTIE 149 

chez l'homme, ce qui tient à différentes raisons qui ne sau- 
raient trouver place ici. Elle n'existe pas chez le jeune enfant 
et apparaît seulement avec l'âge et surtout avec la puberté. 
Chez l'idiot, il n'existe pas à proprement parler, et cela 
tient peut-être au retard de la puberté, qui, quelquefois même 
n'arrive jamais. Quelques idiots sont toutefois trèspudiques, 
et nous citerons en particulier à cet égard les idiots créti- 
noïdes. Quant aux imbéciles, ils ont certainement le senti- 
ment de la pudeur, car ils savent comment la choquer et 
nous avons déjà insisté sur leur amour des obscénités et des 
grossièretés touchant surtout les organes sexuels. Bien sou- 
vent aussi ils ont une absence complète de pudeur. Séguin i 
pense qu'un certain nombre paraissent avoir de l'impudeur 
parce qu'ils ont tout simplement de l'indifférence pour se 
couvrir. Il en est qui se masturbent tranquillement sous les 
regards d'autres personnes sans que cela paraisse le moins 
du monde les gêner. En général, cependant, ils nient l'ona- 
nisme et rougissent en l'avouant. Il n'y a guère que les 
idiots ou certains impulsifs qui s'y livrent ouvertement. Les 
filles sont beaucoup moins impudiques que les garçons, à 
intelligence égale. 

La timidité est un sentiment à rapprocher de la pudeur. 
Les idiots sont en général assez timides. Par contre les imbé- 
ciles ont une fatuité, une arrogance, un aplomb qui provient 
de leur suffisance et de leur faible intelligence qui ne leur 
permet pas de se rendre compte de leur inégalité de niveau 
avec ceux qui les entourent, ni des sottises qu'ils lancent 
avec une inconscience absolue. 

La modestie n'est pas non plus l'apanage des imbéciles et 

1. Séguin, loc. cit. 



150 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

leur besoin de se vanter est tel qu'ils inventent couvent de 
toutes pièces des histoires qui sont la plupart du temps bien 
loin d'être à leur honneur. Il n'en est pas de même des idiots 
dont l'imagination n'est du reste pas assez vive pour inventer 
ainsi des choses qui ne sont pas arrivées, et ils sont en général 
modestes. 

La vanité et la coquetterie qu'on remarque chez les idiotes 
sont des moyens puissants pour leur instruction et leur pro- 
grès. « Presque toutes, dit Séguin l , car je n'y connais pas 
d'exception pour ma part, sont susceptibles d'attention, d'ac- 
tivité, de patience, quand on touche habilement en elles ces 
cordes-là, mais si la coquetterie de toilette n'offre pas de 
grands dargers, et si l'on peut en user presque sans incon- 
vénient, l'autre, la vanité personnelle côtoie des penchants 
qu'il ne faut flatter qu'avec une circonspection extrême. » 

Nous avons vu à propos des instincts, que cerlains idiots 
ou imbéciles possédaient des tendances aitistiques, en parti- 
culier pour la musique, moins souvent pour le dessin et la 
sculpture. Nous ne reviendrons donc pas ici sur cette ques- 
tion. Nous chercherons seulement à voir si, à côté de ceux 
qui possèdent ces instincts artistiques d'une façon assez 
marquée pour les manifester, soit par leur facilité à retenir 
les airs, à en composer, à jouer de certains instruments, à 
copier ce qu'ils voient, soit en dessin, soit en modelage ou 
par tout autre procédé, il en est qui éprouvent certains sen- 
timents esthétiques, qui sont capables de discerner ce qui 
est beau de ce qui est laid, et de ressentir une véritable 
émotion à l'audition et à la vue de belles choses. Rien n'est 
plus instructif à cet égard que d'assister à un concert donné 

1. Séguin, toc. cit. 



SENTIMENTS ESTHÉTIQUES loi 

devant un public d'idiots et d'imbéciles. On est frappé de la 
différence de physionomie de ces malheureux suivant ce 
qu'ils entendent. Ils écoutent souvent avec une attention 
mêlée de respect et applaudissent à outrance mais non in- 
distinctement. Ce ne sont pas souvent les choses les plus 
drôles qui excitent le plus leur enthousiasme. Ce sont 
plutôt les choses graves, imposantes, la musique d'orgue 
les instruments à cordes. Cela paraît les surprendre, — et la 
surprise touche de bien près à l'admiration — qu'on puisse 
produire de semblables effets dont ils ne se doutaient même 
pas. C'est une impression essentiellement sensuelle qu'ils 
ressentent sans doute, car ce n'est pas seulement la musique 
qui les enthousiasme, mais la déclamation. C'est ainsi que 
de beaux vers, bien dits, auxquels ils ne comprennent rien, 
les tiennent bouche béante. Ils suivent la cadence, le rythme 
des vers, ce qui, il est vrai, est encore de la musique. Sé- 
guin dit : » « Généralement, l'idiot aime et saisit très bien 
les rythmes, je dirai plus : cette faculté que l'on nomme 
faculté musicale, est le propre des idiots caractérisés. Je 
n'ai pas vu d'idiots (à moins qu'ils ne fussent frappés de non 
myotilité ou de paralysie) qui n'exprimassent le plus vif 
plaisir à l'audition d'un morceau de musique. J'en ai vu un 
grand nombre qui chantaient juste, quoique parlant mal 
ou à peine. Ils sont plus sensibles aux rbythmes énergiques, 
rapides et gais qu'aux mesures lentes et graves. Sans doute 
parce que plus les vibrations sont nombreuses, plus leur 
action est matériellement énergique. Ils sont également plus 
sensibles à la musique instrumentale qu'à la voix humaine.» 
Wildermuth», d'études comparées chez des individus nor- 
maux, et chez des idiots et des imbéciles, a reconnu que le 

1. Séguin, loc. cit. 

2. Wil^ermuth, Congrès des médecins aliénistes allemands, 1888. 



152 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

sens musical est relativement accusé chez les idiots. C'est 
la seule représentation artistique qui existe chez eux. 11 est 
partisan de la culture du chant chez les idiots, et aussi de 
la danse qui s'y joint pour exciter la coordination des mou- 
vements. L'aphasie motrice qui généralement n'est pas con- 
géniale, s'accompagne quand elle se rencontre dans la pre- 
mière enfance, d'un trouhle ou de la disparition de la faculté 
d'exécution et même de l'obnubilation ou de l'extinction 
des conceptions musicales dans le sensorium. Cet ordre de 
sensation et d'activité peut, au contraire, parfaitement sub- 
sister quand il n'existe que de la dysphasie, des troubles de 
la parole tendant à un développement défectueux de l'in- 
telligence. 

L'opinion de Séguin sur le rôle de la musique dans le 
traitement de l'idiotie diffère de celle de Wildermuth. Il la 
considère comme un écueil plutôt qu'un adjuvant; et en 
tous cas, elle doit être employée d'une certaine façon. « L'ac- 
tion de la musique, dit-il, principalement sur l'idiot agité, 
doit être prompte, soudaine même, mais une fois l'excitation 
produite, il faut se hâter de l'employer utilement. » Pour 
nous, nous pensons qu'elle peut servir surtout à développer 
l'éducation et par conséquent à agir ainsi sur le moral. Nous 
croyons d'autre part, contrairement à Séguin, que c'est 
pluiôt la musique grave qu'il faut employer que la musique 
très gaie, la première déterminant des émotions plus pro- 
fondes que la seconde. 

L'amour qu'ils ont du rhythme se remarque non seulement 
pour la déclamation, ainsi que nous l'avons dit, mais encore 
dans la conversation ordinaire et surtout dans le comman- 
dement. L'intonation a une très grande importance en effet, 
et on peut observer que, chez les enfants, il n'est pas besoin 
qu'ils comprennent le sens des mots pour comprendre le 



SENTIMENTS ESTHÉTIQUES 153 

sentiment de celui qui les prononce. C'est ainsi que vers 
deux ou trois mois, l'enfant différencie déjà les tons de 
caresse ou de menace, d'affection ou de colère. 

L'idiot aime le bruit rhythmique ou cadencé, indépen- 
damment même de la voix. C'est ainsi que le bruit d'un 
rabot, d'une scie, d'un marteau frappant en mesure, leur 
plaît. 

Nous avons vu plus haut l'instinct d'imitation des idiots. 
C'est encore là un mode d'expression de l'émotion esthé- 
tique que ce besoin de reproduire les belles choses. Mal- 
heureusement le sens du beau est très rare. Il est confondu 
avec l'amour de la grosseur, de l'éclat, de la nouveauté, bien 
plus que de l'harmonie des formes, des couleurs, etc., etc. 
Pour beaucoup un objet est beau s'il reluit. Ils ramassent 
des morceaux de verre, des débris de porcelaine, des bouts 
de bois coupés, des boutons de métal. Il s'agit dans ce cas 
de Tidiot simple; l'idiot profond n'a jamais rien dans les 
mains, car rien ne l'attire. 

Si l'idiot aime le colossal, qu'il confond avec le beau, 
l'imbécile aime le grotesque. Dans le dessin, il aime les 
monstres fantastiques qu'il sait ne pas exister. Plus leurs 
comparaisons sont grotesques, et souvent absurdes, plus elles 
leur plaisent. C'est ainsi qu'ils diront à un camarade : « Tu 
as l'air d'un sucre d'orge en nourrice. » — Il en est de même 
dans leur langage, et vous les entendrez dire, par exemple 
pour exprimer qu'ils rient au point de ne pouvoir retenir 
leur salive : « Tu me fais baver des ronds de chapeaux. » 
On pourrait multiplier ces exemples. — 11 est un mot pour 
désigner ces façons de parler : Salade ou encore « varine » 
expression dont on ne saisit pas bien le sens du reste. 

Si, comme le dit Perez, « l'idéal auquel nous mesurons 
à chaque instant la beauté est composé des sensations qui 



154 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

nous ont fait le plus jouir, et implique l'exclusion de celles 
qui ont été pénibles, nous voyons que l'idéal des imbéciles, 
au point de vue esthétique, n'est pas bien relevé. 

En face des choses peintes, des dessins, des sculptures, 
ce qui paraît le plus frapper les idiots et les imbéciles, c'est 
la ressemblance exacte avec ce qu'ils connaissent. C'estainsi 
que lorsqu'on fait défiler sous leurs yeux des vues de 
paysages, d'animaux, etc., à la lanterne magique, ils s'en- 
thousiasment surtout pour ce qu'ils connaissent, si l'art a 
rendu très exactement la nature. Pour eux l'art est la re- 
présentation de la nature, et non son interprétation. Il est 
juste d'ajouter que beaucoup de gens l'envisagent de cette 
manière. L'émotion esthétique n'en existe pas moins. Elle 
se traduit non seulement à l'égard des objets d'art, ou de la 
nature, mais aussi à l'égard des personnes. Ils préfèrent les 
personnes jeunes aux personnes âgées, les jolies aux laides. 
Ainsi à Bicètre, ils ont eu deux maîtres d'escrime : l'un, un 
vieux sous-officier auquel ils ne voulaient jamais obéir, 
l'autre un jeune soldat qui fait d'eux tout ce qu'il veut. 

On comprend tout le parti qu'on peut tirer au point de 
vue intellectuel et moral de la culture de ces goûts et ten- 
dances esthétiques si vagues, si éloignés des nôtres qu'ils 
soient. Tout se tient dans l'esprit humain et tout dévelop- 
pement d'une portion de l'esprit retentit forcément sur le 
développement du reste. Aussi tous les hommes qui se sont 
occupés de l'éducation des idiots ont- ils eu soin de profiter 
de ces tendances. « Car, selon la juste remarque de Perez, 
l'émotion esthétique en éveillant tout ce qu'il y a de plus 
intime dans la personnalité, produit une tendance plus ou 
moins forte à l'activité » , et c'est au développement de celle- 
ci sous toutes ses formes que doivent tendre les efforts. 



SENTIMENTS INTELLECTUELS 155 

Nous en arrivons maintenant à la dernière classe de sen- 
timents, les sentiments intellectuels, l'étonnement et la cu- 
curiosité qui sont des dérivés de l'attention, la crédulité à 
laquelle se rattachent la véracité et le mensonge. 

L'étonnement est un des moyens les plus énergiques pour 
attirer l'attention; mais c'est un sentiment passager et qui 
ne suffit pas à la maintenir. Si c'est un grand levier chez 
les enfants, il n'en est malheureusement pas de même chez 
les idiots et les imbéciles. Us sont sous ce rapport compa- 
rables à l'homme primitif dont Spencer dit : « Il accepte ce 
qu'il voit comme fait l'animal ; il s'adapte spontanément au 
monde qui l'entoure; l'étonnement est au-dessus de lui. » 
L'idiot toutefois s'étonne plus que l'imbécile, et souvent 
même très vivement. Mais l'étonnement, quand on arrive à 
le déterminer, dure peu. Car l'idiot par le fait de son défaut 
d'attention, l'imbécile par l'instabilité de son attention, ne 
considèrent pas assez longtemps l'objet qui le provoque. 
L'étonnement causé par le bruit semble plus vif que par la 
vue. Il parait en être de même chez le jeune enfant, qui a 
plus peur de ce qu'il entend que de ce qu'il voit. Les im- 
pressions auditives déterminent aussi plus de satisfaction ou 
plus de peine que celles de la vue, ce qui tient peut-être à ce 
qu'elles agissent sur le corps tout entier, tandis que celles 
de la vue ne portent que sur un seul organe. 

La curiosité chez un individu bien constitué est une con- 
séquence presque forcée de l'étonnement qu'il éprouve à 
voir, entendre ou apprendre certaines choses. La curiosité 
chez l'enfant se manifeste de très bonne heure, dès qu'il a 
acquis une certaine expérience ou certaine habitude. C'est 
un instinct naturel, qui mis intelligemment en œuvre par 
un maître adroit, active singulièrement le développement de 



156 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

l'intelligence, car on apprend beaucoup plus facilement ce 
qu'on a le désir de savoir. Chez l'idiot profond, il y a, nous 
l'avons déjà dit, une indifférence complète. L'idiot simple 
veut savoir, mais n'ose pas demander. Si on explique l'usage 
de telle ou de telle chose, il écoute et cherche à* retenir. 

L'imbécile pose beaucoup de questions, mais n'attend pas 
la réponse. Son instabilité lui fait tout oublier. C'est tou- 
jours ce défaut de l'attention qui est en cause. Nous voyons 
donc encore ici celte différence entre l'idiot et l'imbécile 
basée sur la différence de leur attention. L'idiot, capable 
d'une certaine attention, faible il est vrai, mais timide, sans 
prétention, cherche à comprendre et à s'intéresser si on a su 
et pu accaparer son esprit. L'imbécile, au contraire, inca- 
pable de soutenir son attention, passe d'un sujet à un autre, 
sanstransition, sans regrets, sans désirs, parlant pour parler, 
interrogeant pour se faire remarquer le plus souvent et n'est 
même pas capable d'attendre qu'on le renseigne. 

Mais pour apprendre, il ne suffit pas de faire attention aux 
choses d'abord, de désirer les comprendre ensuite, savoir 
leur pourquoi et leur comment; il faut encore ajouter foi à 
ce qu'on nous dit. Sous ce rapport de la crédulité, les idiots 
et les imbéciles se ressemblent beaucoup. L'idiot simple est 
crédule, il ne sait pas distinguer ce qui est possible de ce 
qui est impossible. Aussi ne doit- on pas jouer avec cette cré- 
dulité et s'en amuser si l'on veut obtenir quelque chose des 
idiots. On arriverait, à leur donner des notions fausses qui 
seraient ensuite difficiles à déraciner et leur enlèverait toute 
confiance dans ce qu'on enseignerait ensuite. Il ne faut pas 
oublier que les idiots sont en général confiants et qu'on doit 
éviter avec soin tout ce qui peut diminuer la confiance qu'ils 
ont dans leurs maitres. 



CRÉDULITÉ 157 

Où la crédulité est parfois invraisemblable, tant elle est 
absurde, c'est chez les imbéciles. A côté de cette crédulité 
extraordinaire, il y a souvent pour les choses réelles une 
incrédulité non moins absurde. Il y a dans leur esprit une 
déséquilibration complète. Pour croire ce qu'on vous dit, il 
faut se représenter l'idée qu'on entend exprimer, se sou- 
venir, juger, comparer, etc. L'imbécile est peu ou pas ca- 
pable de ces opérations. Tout ce qui le flatte est admissible 
pour lui, aussi accepte-t-il les compliments les plus hyper- 
boliques. Il croit qu'il est appelé aux plus hautes destinées, 
qu'il peut devenir général, ministre, etc. Il suffit pour en 
imposer à ces individus de prendre un ton sérieux et d'avoir 
l'air de leur rendre hommage. Ils acceptent les plus belles 
promesses de gens qu'il leur suffirait d'un peu de réflexion 
pour juger aussi incapables de les tenir qu'eux-mêmes de 
les mériter. Cette crédulité est telle qu'ils arrivent à se 
croire eux-mêmes dans ce qu'ils inventent et cette tendance 
prend des proportions colossales lorsqu'ils se mettent à dé- 
lirer. On voit, en effet, souvent se développer chez eux un 
délire mégalomaniaque qui rappelle celui des paralytiques 
généraux. Même incohérence, mêmes contradictions, même 
absurdité, même mobilité. Mais au lieu de céder facilement 
comme les paralytiques généraux qui tournent dans le même 
cercle ou ne trouvent pas d'explication pour justifier leurs 
prétentions, les imbéciles ne s'embarrassent pas pour si peu. 
Ils cherchent une explication dans de nouvelles histoires 
plus invraisemblables encore et se fâchent si on ne les prend 
pas au sérieux. 

M. Séglas, dans une thèse d'un de ses élèves l , a bien fait 
voir les difficultés que pouvait, dans certains cas, présenter 

1. Boiron, Étude du diagnostic de la paralysie générale. Thè^e, 
Paris, 1889. 



158 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

le diagnostic différentiel de la paralysie générale avec ces 
formes de délire des grandeurs chez les faibles d'esprit. 

Incapables de comprendre avec leur peu d'intelligence les 
phénomènes réels qui les entourent, ils ressemblent en cela 
aux jeunes enfants et aiment comme eux le merveilleux qui 
existe par lui-même sans avoir besoin d'explication. Les 
contes des fées, les enchantements, tout cela les séduit. En 
effet dès qu'ils cherchent à imiter ce qu'ils voient faire, ils 
se heurtent aussitôt à des difficultés insurmontables. La fa- 
cilité avec laquelle les héros de féerie traversent ces mêmes 
difficultés ne peut manquer de les séduire. Ce besoin de 
merveilleux est 1res marqué chez les imbéciles, qui adorent 
les histoires fantastiques et en invenlent même quelquefois, 
comme l'un de nos malades microcéphales Y... 

Cette crédulité n'a du reste pas lieu de nous étonner, car 
il est beaucoup plus facile de croire que de ne pas croire* 
Le doute, c'est déjà un commencement de critique qui im- 
plique une expérience, un jugement^ un raisonnement, une 
comparaison. Il faut lutter contre l'impression reçue. Tout 
cela suppose déjà une intelligence qui se possède et qui est 
assez développée. N'est-il pas bien plus simple, pour des 
intelligences difficiles à éveiller, comme celle des idiots, à 
tenir en haleine comme celle des imbéciles, d'accepter pure- 
ment et simplement l'impression qu'elles reçoivent. La cré- 
dulité est une conséquence naturelle de leur défaut d'intel- 
ligence. Tout ce qui fait sur eux une impression sensible 
leur paraît réel. 

Chez l'enfant, la véracité est proportionnée à la crédulité. 
Suivant Perez, il n'y aurait pas d'instinct de véracité comme 
le croyait Reid, pour expliquer la croyance naturelle des 
hommes aux affirmations et témoignages des autres hommes. 



VÉRACITÉ ET MENSONGE 159 

Celle-ci a pour principe la croyance naturelle de l'enfant au 
sens exprimé par les mots, c'est-à-dire à l'objectivité des 
idées que les mots représentent. Chez l'idiot et chez l'im- 
bécile, cet instinct n'existe pas en effet ; mais il faut distin- 
guer dans la véracité la croyance dans la véracité des autres 
et la tendance qu'on a soi-même à être véridique. Nous 
avons vu pourquoi ils croyaient à la véracité des autres, 
simplement parce qu'ils sont incapables de trouver des mo- 
tifs pour en douter. 

L'idiot léger a certainement l'idée du vrai. Lorsqu'on lui 
parle de quelque chose dont il n'a pas encore entendu parler, 
il vous regarde comme pour vous demander une affirmation 
plus catégorique. Quant à l'imbécile, il l'a également, car 
il sait quant il ment. 

Quant à leur amour de la vérité, l'idiot et l'imbécile ne 
suivent en cela que leur intérêt. Toutefois l'idiot ment moins 
généralement que l'imbécile, car il est moins capable d'in- 
vention que lui. 

L'idiot pour mentir se contente de nier la chose qu'on lui 
demande ou reproche ; l'imbécile invente une explication, 
cherche des preuves du contraire le plus souvent grossières 
et invraisemblables. Il y a toutes sortes de raisons pour men- 
tir, et chez l'enfant normal on voit le mensonge par imagi- 
nation, par imitation, par amour- propre, par égoïsme, par 
jalousie ou par paresse. Tous ces mobiles du mensonge se 
retrouvent chez les imbéciles, mais avec un développement 
considérable. Tout d'abord l'intérêt prime tout. Il en est 
toutefois qui mentent pour le plaisir de mentir. Quand ils 
n'ont pas à mentir par nécessité, ils inventent à plaisir 
des histoires fausses, la plupart du temps pour se donner 
des mérites, — en bien ou en mal, — qu'ils n'ont pas. C'est 



160 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

un véritable besoin chez eux. Très suggestibles, ils mentent 
par imitation et quelquefois même mentent en croyant être 
véridiques, comme lorsqu'ils témoignent d'un fait qu'ils ont 
mal vu. C'est du reste là une chose très fréquente chez les 
enfants normaux et chez les adultes, qui autorise à toujours 
mettre en doute les témoignages des enfants, point sur le- 
quel M. Motet a insisté au point de vue médico-légal. 

Après ces mobiles de mensonges, le plus important peut- 
être de tous, c'est le moyen d'éviter une punition. Us n'hé- 
sitent pas alors non seulement à nier, mais encore à rejeter 
toute la faute sur leurs camarades, mais en général de pré- 
férence sur ceux qui n'ont pas pris part à leurs méfaits, 
montrant là, par conséquent, un certain esprit de solidarité. 
Lorsqu'il y a quelques idiots d'impliqués dans un mauvais 
coup organisé par des imbéciles, on n'a guère de chance 
d'obtenir la vérité que par eux, qui racontent naïvement ce 
qu'ils ont fait et ce qu'on leur a dit de faire, souvent sous 
la menace de coups. Ils disent la vérité ou se renferment 
dans le mutisme. 

La gourmandise les fait souvent mentir aussi. Us disent, 
qu'ils n'ont pas été servis pour avoir deux fois ce qu'ils 
aiment. — Une forme de mensonge fréquente occasionnée 
par la paresse, c'est de se faire passer ponr malades. A l'in- 
verse des idiots qui ne savent pas dire quand ils souffrent, 
les imbéciles s'écoutent beaucoup et souvent même mentent 
pour qu'on les reconnaisse malades et qu'on les dispense 
d'aller à l'école ou à l'atelier. Assurément tous ces men- 
songes ne diffèrent pas de ce qu'on observe chez certains 
enfants normaux ; mais ce qui est spécial, c'est la fréquence 
avec laquelle le mensonge s'observe chez les imbéciles. C'est 
ce qui montre que, chez eux, le mensonge est une consé- 
quence du mauvais fonctionnement intellectuel. 



ATTITUDES 161 

A côté du mensonge, il faut signaler aussi la ruse, qui 
s'en rapproche par certains côtés. Elle est très développée 
chez les idiots et surtout chez les imbéciles. Chez ces der- 
niers elle peut donner le change pour des actes intelligem- 
ment conçus et exécutés. Certains imbéciles mettent quel- 
quefois une habileté extraordinaire à déjouer la surveillance, 
pour sortir de certains lieux ou s'y introduire, s'évader, etc. 
On est surpris, quand on se rend compte des difficultés 
qu'ils ont eues à surmonter, qu'avec une intelligence aussi 
faible, ils aient pu réussir, alors que pour des choses beau- 
coup plus simples, ils se montrent incapables. Sous ce rap- 
port, ils se rapprochent beaucoup des hommes primitifs qui 
cherchent à se procurer par la ruse ce que leur force ou leur 
intelligence ne saurait leur donner. La ruse est l'arme du 
faible et la raison celle des forts. 

Il nous reste à examiner deux choses pour en terminer 
avec ce chapitre des sentiments chez les idiots et les imbé- 
ciles, à savoir la façon dont ils expriment leurs émoiions, par 
le geste et la physionomie, et d'autre part leur façon d'être 
la plus ordinaire ; c'est-à-dire, leur humeur, leur caractère. 

Nous ne saurions examiner ici en détail tous les jeux de 
physionomie de ces dégénérés sous l'influence des divers 
sentiments et émotions. Ce que nous voulons surtout étu- 
dier, c'est l'ensemble de leur physionomie et aussi de leur 
habitus extérieur, car les jeux de physionomie ne vont pas 
sans des attitudes spéciales qu'on arrive à dominer et à dis- 
simuler, comme on n'arrive à dissimuler les mouvements 
mêmes du visage que parla volonté et les nécessités sociales. 

Ce qui frappe tout d'abord dans l'attitude des idiots, quel 
que soit leur degré, c'est l'absence complète de grâce, et du 
côté du visage, c'est la laideur. Les idiots incurables ne sont 

11 



162 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

pas toujours les plus laids, car la laideur se développe sur- 
tout avec l'âge, lorsque les traits prennent une forme plus 
accusée et définitive. Or il est rare que les idiots complets 
arrivent à un âge assez avancé pour qu'on puisse juger de 
leur type. Néanmoins, un certain nombre qui résistent mal- 
gré leur incurabilité offrent alors le faciès le plus laid et le 
plus repoussant de tous et portent tous les stigmates d'une 

dégénérescence profonde. La conformation de la tète et de la 

i 

face est des plus défectueuses, mais on ne saurait à cet égard 
donner une description d'ensemble. Quelle comparaison éta- 
blir, par exemple, entre un microcéphale et un hydrocéphale 
ou un idiot myxœdémateux. Voilà trois types caractéris- 
tiques, et dont les individus ont tous un air de famille. Mais 
de ces trois types le plus constant est sans contredit le type 
myxœdémateux, remarquablement décrit par M. Bourne- 
ville. Nous nous attacherons surtout à décrire ces trois types, 
car pour les autres, nous ne pourrions rien dire de précis. 
L'idiotie qui tient, par exemple, à la méningo- encépha- 
lite, à la sclérose cérébrale, à l'arrêt de développement des 
circonvolutions etc., etc., n'offre rien de particulier qui 
fasse dire à première vue à quelle classe d'idiotie appartient 
le sujet. Dans ce cas on ne peut, le plus souvent, faire que 
des présomptions que la nécropsie vient plus d'une fois ré- 
duire à néant. 

Certains auteurs anglais, Langdon Down' en particulier, 
paraissent affecter un grande prédilection dans leurs classi- 
fications des types pour la comparaison avec les types des 
races humaines. Nous avouons n'avoir jamais remarqué 
rien de bien caractéristique à cet égard. Sans doute il en 
est qui rappellent plus ou moins le type mongol ou esqui- 

d. Langdon Down, Leltsomian Lectures, 1887. 



STIGMATES DE DÉGÉNÉRESCENCE 163 

mau, ou d'autres encore. Mais cela se rencontre tout aussi 
fréquemment chez les individus ordinaires, et la fréquence 
de ces ressemblances des idiots avec les différentes races 
n'est pas, au moins chez nous, assez commune, pour en 
faire une base de classification. Nous croyons du reste que 
l'on fait absolument fausse route en cherchant à voir, dans 
les types d'idiots, de l'atavisme. 

Il n'y a d'abord aucune raison pour que, dans notre race, 
un individu retourne au type mongol ou lapon, etc., et de 
plus, ainsi que nous l'avons déjà dit, ils offrent un type per- 
verti, mal développé, mal conformé. Ils ne présentent jamais 
un type pur. Ce n'est pas un type atavique, c'est un type dé- 
généré, ce qui n'est pas du tout la même chose. 

Nous nous en tiendrons donc aux trois types que nous 
avons indiqués plus haut. Pour ce qui est des idiots qui ne 
rentrent pas dans ces trois catégories, tout ce qu'on peut en 
dire, c'est qu'ils présentent un plus ou moins grand nombre 
de stigmates de dégénérescence. Le crâne est très fréquem- 
ment asymétrique, plagiocéphale, etc., etc. Les différents 
diamètres ne présentent pas les rapports normaux. Les yeux 
sont trop rapprochés, ce qui est le cas le plus fréquent, ou 
trop écartés de la racine du nez. Ce qui frappe surtout, c'est 
leur défaut d'expression. Si les yeux, comme on l'a dit poéti- 
quement, sont le miroir de famé, que pourraient-ils donc 
refléter chez nos sujets? Nous avons vu, à propos des pre- 
miers signes de l'idiotie, l'importance qu'avait le regard, et 
que c'était souvent sa singularité qui attirait l'attention des 
parents. Le regard est terne, sans vivacité, vague, incertain, 
ne se fixant sur rien, caractérisant par conséquent le défaut 
d'attention du sujet. Souvent aussi chez des idiots éducables 
il est indécis et dénote de la timidité. Il semble qu'ils aient 
consciencede leur infériorité. Des états pathologiques de l'œil, 



164 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

strabisme, cécité, taies, conjonctivite, etc., viennent encore 
fréquemment s'ajouter pour ôter au regard toute expression 
et tout charme. 

Le nez est dévié, asymétrique, mal formé; les oreilles 
sont plus ou moins mal conformées, mal ourlées, à lobule 
adhérent ou détachées exagérément de la tête, ou asymé- 
triques, à plis anormaux, etc. Mais ces parties donnent beau- 
coup moins d'expression au visage que la bouche. Celle-ci 
est presque toujours entr 'ouverte chez la plupart, et plus ils 
sont inférieurs, plus elle l'est. Il s'en écoule alors une salive 
abondante. La bouche est rarement petite, les lèvres rare- 
ment fines. L'ouverture laisse voir une dentition des plus 
mal formées. M me Sollier ', dans sa thèse sur la denti- 
tion chez les enfants idiots ou arriérés, a passé en revue, 
après M. Bourneville et d'autres, toutes les anomalies que 
peuvent présenter les dents des idiots et leur fréquence. 
Elles sont de toutes sortes et se rencontrent isolées ou com- 
binées entre elles dans 90 °/ des cas. Le prognathisme se 
rencontre très fréquemment, ainsi que l'élargissement des 
maxillaires inférieurs, qui paraît encore plus marqué par 
suite de l'étroitesse du crâne et surtout du front. Il en ré- 
sulte un aspect bestial qu'on remarque aussi chez beaucoup 
d'épileptiques qui, du reste, au point de vue de la dégéné- 
rescence physique, n'ont rien à envier aux idiots. Ajoutons 
à cela tous les tics possibles, clignotement des paupières 1 , 
mouvements incessants de la langue et des lèvres, grimaces, 
grincements des dents, et nous aurons un tableau complet 
de la physionomie d'un idiot incurable. 

1. A. Sollier, De l'étal de la dentition chez les enfants idiots et 
arriérés. Thèse, Paris, 1887. — Bourneville, Journal des connaissan- 
ces médicales, 1862-63. — Th. Ballard, in. The Lancet, 1862. — Lang- 
don Down, in The Lancet, 1875. 



ATTITUDES 165 

Certains auteurs distinguent deux sortes d'idiots : apa- 
thiques et agités. Les premiers restent continuellement 
assis, impassibles, indifférents à tout ce qui se passe autour 
d'eux, ne riant, ni ne pleurant jamais, poussant quelquefois 
des cris sans qu'on sache pourquoi, présentant du balan- 
cement, les mains placées sur leurs genoux. Les autres au 
contraire sont sans cesse en mouvement, vont, viennent, 
touchent à tout, jettent à terre tout ce qu'ils trouvent, ne 
font attention à rien de ce qu'on leur dit, n'ont pas l'air de 
voir ni d'entendre, simplement préoccupés de s'agiter, et 
ne fixant leur attention nulle part. 

Les idiots incurables restent confinés dans leur lit, ou 
placés sur des fauteuils percés à cause de leur gâtisme et de 
leur impotence fonctionnelle. Ils sont incapables de manger 
seuls, ou alors ils mangent avec leurs mains, ne sachant se 
servir ni de cuiller ni de fourchette. Ils sont d'une mala- 
dresse insigne, n'ont aucune idée de la direction, ce qui té- 
moigne même de l'état rudimentaire de leur sens muscu- 
laire. Car ils mettent continuellement leurs aliments à côté 
de leur bouche, se barbouillent le visage avec, renversent 
leur boisson, mangent avec une malpropreté révoltante. Ils 
n'ont, du reste, aucune idée de la propreté, et ne savent ni 
se moucher, ni retenir leur salive, leur urine ou leurs excré- 
ments. C'est le dernier degré de l'abjection. A la vérité, ils 
sont peu intéressants. Le seul jeu de physionomie qu'on 
puisse surprendre chez eux, c'est la joie de manger. Schùle ' 
a remarqué que l'expression de leur visage, inerte pendant 
la veille, peut quelquefois être assez agréable et douce pen- 
dans le sommeil. Quant à leur habitus extérieur, Griesinger 
l'a bien décrit : « Les idiots profonds, dit-ils, ont souvent 

1. Schûle, loc. cit. 

2. Griesinger, loc. cit. 



166 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

une taille lourde, massive, mal proportionnée ; leurs traits 
sont épais et plus vieux que ceux de leur âge; la lourdeur 
de leurs mouvements, l'état de passivité, de stupidité dans 
lequel ils se trouvent constamment et dont rien ne peut les 
tirer, font qu'ils ont toujours l'air plongés dans un état de 
somnolence; beaucoup d'entre eux ont un aspect sombre, 
mélancolique; d'autres au contraire, ont la physionomie ab- 
solument indifférente. Ils ont lair de ne penser à rien. Leur 
intelligence est complètement muette. » 

Les idiots curables ne sont déjà plus gâteux ; ils savent se 
servir de la fourchette, de la cuiller, du verre, du couteau, 
plus ou moins mal, d'un ou de plusieurs de ces objets, mais 
ils mangent déjà moins malproprement. Leur tenue laisse 
cependant beaucoup à désirer, malgré la surveillance la 
plus constante. Ils sont débraillés, couverts de taches, se 
roulant partout sans précaution. Il est exceptionnel d'ob- 
server un idiot propre. Leur attitude générale est mauvaise. 
Ils ne se tiennent pas le corps droit, la tête est penchée, ils 
ont du déhanchement en marchant, ils laissent lesb ras bal- 
lants. Toute leur personne dénote l'incertitude, l'indifférence 
qui est le fond même de leur nature. Il faut, ajouter encore 
à cela de fréquentes difformités, genu vaîgum, pied-bot, ra- 
chitisme, hémiplégie, athétose, chorée, etc. 

Passons maintenant à la description des trois principales 
catégories d'idiots, qui se différencient nettement à première 
vue. 

Les microcéphales présentent un aspect très variable. On 
ne s'entend pas encore très bien sur la signification précise 
du terme microcéphale, et dans beaucoup de cas, on a con- 
fondu le nain avec le microcéphale. Il est évident cependant 
qu'un enfant de six ans qui en paraît deux comme déve- 



MICROCÉPHALES 167 

loppement général ne saurait présenter un cerveau aussi 
volumineux qu'un enfant de six ans normalement développé. 
Nous croyons donc qu'il faut considérer comme seuls mi- 
crocéphales les individus dont le cerveau n'atteint pas la 
moyenne normale, étant donnés leur âge et leur développe- 
ment général, et celui de la face en particulier. C'est en 
effet cette disproportion entre la face et le crâne qui frappe 
au premier abord. Les microcéphales peuvent êlre et sont 
en réalité souvent d'une taille élevée et d'une force assez 
considérable. Ils ont dans toute leur personne un air de bes- 
tialité qui fait comprendre qu'on ait cherché pour eux sur- 
tout, à voir dans l'idiotie un retour au type atavique. La 
possibilité ou l'impossibilité d'attribuer une origine com- 
mune aux hommes et aux singes se discute surtout à l'oc- 
casion du crâne et du cerveau des microcéphales. Gratiolet 
après avoir étudié ces derniers a conclu qu'ils se rattachaient 
au type humain et ne ressemblaient pas au type simien. 
Gaddi de Modène s'est rattaché à cette opinion. C. Vogt -, 
d'après l'examen de neuf microcéphales, les place au point 
de vue crâniographique entre l'orang et le gorille. Humains 
par la face, ils seraient simiens par la voûte du crâne et les 
parois. Les sutures sont bien loin d'être toujours soudées 
comme le croyait Virchow. « La microcéphalie, dit-il, est 
une formation atavique partielle qui se produit dans les 
parties voûtées du cerveau et qui entraîne comme consé- 
quence un développementembryonnaire dévié, lequel ramène, 
par ses caractères essentiels, vers la souche dans laquelle 
le genre humain s'est élevé. » Quant à leur état intellec- 
tuel, « ils sont mobiles, irritables, aimant et haïssant sans 
motif, traduisant toutes leurs impressions par une vive mi- 

1. C. Vogt, Mémoires de l'Institut national genevois, 1867. 



168 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

mique, par dessus tout, imitateurs de tout ce qu'ils voient, 
privés de toutes les facultés d'abstractionpropresàl'homme)); 
les microcéphales seraient, au point de vue de l'intelligence, 
au-dessous des singes supérieurs; ils ne s'en distingueraient 
même pas par la parole, car chez tous le langage serait nul 
ou excessivement rudimentaire. Cette dernière particularité 
dépendrait de l'état anatomique, absence ou rudiment de 
l'étage sourcilier gauche par suite de la saillie exagérée de 
la voûte orbitaire. — Sander n'est pas de l'avis de Vogt et 
se rattache à celui de Wagner qui dit que, tandis qu'ils pa- 
raissent se rapprocher du singe, dans leur partie antérieure, 
ils s'en éloignent d'autant plus dans leur partie postérieure. 
(Manque à peu près complet de lobes occipitaux.) 

En somme, la question est bien loin d'être élucidée. Il y 
a toujours entre le microcéphale et le singe cette différence 
capitale que chez le microcéphale, la conformation du cer- 
veau n'est pas un simple arrêt de développement, mais 
bien la conséquence d'une lésion. Cette seule considération 
nous empêche de voir dans la microcéphalie un retour au 
type ancestral. En outre, au point de vue intellectuel, la 
description de Vogt est fausse sur certains points et en par- 
ticulier pour le langage. Les microcéphales sont souvent très 
bavards, et, de tous les idiots, ce sont ceux qui causent le 
plus. 

Si nous nous sommes laissé entraîner à parler aussi lon- 
guement des microcéphales, c'est qu'il n'était pas inutile de 
rappeler les diverses opinions émises à leur égard à cause 
des points de ressemblance qu'ils offrent en effet dans le 
type simien dans leur ensemble, dans leur habitus, dans leur 
attitude. 

Les microcéphales, avons-nous déjà dit, ont une physio- 
nomie bestiale. Le crâne très étroit en avant, sans saillie en 



MICROCÉPHALES 169 

arrière, avec de Tacrocéphalie souvent, les oreilles détachées 
de la tète, le prognathisme, le nez fort, les yeux petits, vifs, 
trop rapprochés de la racine du nez, la mâchoire inférieure 
forte, tout contribue à leur donner cet air. Leur attitude 
générale n'y prête pas moins. Ils se tiennent ordinairement 
le cou un peu tendu en avant, le corps légèrement penché, 
les bras ballants. Ils ont, en d'autres termes, une attitude si- 
miesque qui a naturellement attiré et frappé l'attention des 
observateurs et les a conduits à des analogies peut-être trop 
exagérées. La physionomie est ordinairement mobile, quel- 
quefois même elle a l'air spirituel, à cause d'un rire cynique 
et malin qu'on y remarque souvent. Les microcéphales sont 
en effet assez souvent malicieux et espiègles, en même temps 
que brutaux et méchants. Très bavards, ils parlent sans 
suite, sans mesure, sans liaison d'idées, et cependant ils ont 
quelquefois des réparties plus ou moins fines qui étonnent. 
Ils ont des mouvements d'humeur très fréquents.. J...., un 
grand microcéphale du service de M. Bourneville à Bicêtre, 
est parfois très poli et très affectueux, d'autres fois inabor- 
dable. Il faut même alors se méfier de lui, car il pourrait 
donner un mauvais coup. Ces mêmes changements se re- 
marquent surtout chez les idiots épileptiques. Ils sont en 
général têtus et méfiants, grossiers, orduriers, haineux et 
méchants. Un de mes malades de Bicêtre, Ch.., était doué 
d'une imagination assez vive, avait une éloculion facile. Il 
avait un accoutrement et des allures bizarres et avait la ma- 
nie de collectionner les objets les plus disparates et n'ayant 
aucune valeur. 

Chez un autre, Ed..., le regard stupide, la démarche, les 
gestes, tout dénotait en lui la lourdeur et l'hébétement. Sa 
parole se réduisait à : non, papa, maman, chameau, cochon. 
Il avait des périodes de calme dans lesquelles sa physiono- 



170 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

mie était douce, et d'autres où il était sujet à des accès de 
colère difficiles à réprimer. Il avait une sorte de besoin 
d'approbation, était sensible à la flatterie. Un refus, une 
préférence provoquaient son ressentiment, le rendaient 
maussade, et lui faisaient repousser avec un dédain irrité 
les offres les plus séduisantes. La vue d'objets éclatants, la 
musique lui causaient une vive impression et lui arrachaient 
des transports frénétiques : « Beau çà ! » En dehors de ces 
stimulants assez vifs, son attention était difficile à fixer. 

Les hydrocéphales forment un contraste frappant avec les 
microcéphales. Us sont du reste très différents entre eux 
suivaut le degré d'hydrocéphalie. C'est ainsi, par exemple, 
que les hydrocéphales considérables ne peuvent supporter 
le poids de leur tète et restent toujours couchés ou assis, la 
tête appuyée. Le regard est morne, les traits sans aucune 
expression; les jeux de physionomie, quand ils existent, 
d'une remarquable lenteur. Cette apathie se remarque du 
reste dans toute leur attitude, dans tous leurs mouvements, 
Us sont souvent somnolents, ne parlant que peu ou même 
pas du tout. Donc, en général, ni affectueux ni méchants. 
Us n'ont pas d'accès de colère. Ils ne sont pas grossiers 
comme les microcéphales. Leur visage n'a pas la bestialité 
du leur. Ils étonnent el apitoient, à cause de leur tristesse 
apparente et de leur langueur. Nous ne parlons, bien en- 
tendu, que des hydrocéphales d'un degré suffisant pour 
être jugés tels à première vue et non pas de tous les idiots 
chez lesquels, consécutivement à d'autres lésions plus impor- 
tantes, peut se rencontrer un certain degré d'hydrocéphalie. 

Leur face paraît petite par rapport à leur crâne dont les 
saillies antérieures et latérales la dépassent complètement. 
Les yeux sont à fleur de tête, les sourcils à peine marqués, 



HYDROCÉPHALES ET MYXQEDÉMATEUX 1 7 i 

le nez petit, ainsi que la bouche. Ce n'est donc pas un effet 
dû au défaut de proportionnalité, mais bien une réalité que 
cette finesse relative du visage chez les microcéphales. Ils 
sont ordinairement timides, craintifs et doux, très peu im- 
pressionnables, peu remuants, peu curieux. Us jouent peu, 
ne rient guère et paraissent assez indifférents aux excitations 
des divers sens. On peut dire qu'ils sont tout l'i averse des 
microcéphales, aussi bien par l'aspect extérieur que par le 
côté moral. 

Moins nombreux que les catégories précédentes, les idiots 
myœdémateux ou crétinoïdes ont un aspect encore plus ca- 
ractéristique et qui leur donne à tous un air de famille sur 
lequel on ne se trompe plus une fois qu'on les a vus. De 
petite taille, les bras courts, le thorax volumineux, le ventre 
proéminent avec, le plus souvent, une hernie ombilicale, la 
tête grosse, bouffie, le cou très court, élargi par des pseudo- 
lipomes qui encombrent ses creux sus-claviculaires, les che- 
veux rudes, gros, avec une éruption eczémateuse du cuir 
chevelu qui résiste à tout traitement, les yeux bouffis, ré- 
duits à une fente, le nez large, les joues bouffies, les lèvres 
épaisses, la bouche souvent entr'ouverte, complètement 
glabres, ils sont tellement semblables entre eux qu'il est 
au premier abord difficile de distinguer les garçons des filles. 
Avec cela une voix rude et nasonnée pour émettre le très 
court vocabulaire auquel ils sont réduits. Ils ont l'air de petits 
hommes et il est difficile de leur donner un âge. Tout jeunes 
ils paraissent vieillots, à vingt ans ils paraissent des en- 
fants. Us ont souvent des airs d'importance, de componc- 
tion, de sérieux mêlé de dédain qui vont bien avec leur phy- 
sique. Us se tiennent droits, se redressent de toute leur pe- 
tite taille. Cette attitude avait fait donner à l'un d'eux, clas- 



172 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LTMBÉCILE 

sique aujourd'hui, et un des plus beaux types de Bicêtre, 
le surnom de Pacha. Leur aspect est quelquefois repoussant 
lorsqu'ils sont complètement idiots, comme l'était celui-là. 
Mais un certain nombre sont capables de quelque dévelop- 
pement intellectuel. Ils portent sur leur visage un air de 
satisfaction qui tient peut-être bien un peu à ce qu'étant un 
objet de curiosité, ils arrivent à se croire une certaine im- 
portance. Beaucoup de ces malheureux sont exhibés dans 
les foires comme nains, Esquimaux, etc. Un sujet de Bicêtre 
était présenté comme roi des Esquimaux et il a conservé 
dans son attitude l'empreinte de sa souveraineté passée. Ils 
parlent en général très mal ou même pas du tout et sont 
toujours très difficiles à comprendre. Ils sont affectueux, 
doux, timides, pudibonds, surtout les filles. Ils conservent 
longtemps des goûts enfantins comme amusement, et on 
voit des filles de vingt ans jouer encore à la poupée comme 
une enfant de trois ans. Ils sont ordinairement polis, peu re- 
muants, peu tapageurs. Ils sont souvent maussades, pleu- 
reurs, n'aiment pas à être dérangés, détestent qu'on ait 
l'air de se moquer d'eux, qu'on ne les prenne pas au sé- 
rieux et ne les traite pas en grandes personnes. Us ont un 
caractère très tranché en somme et qui leur est très spécial. 
M. Bourneville, auquel on doit l'histoire complète de cette 
variété d'idiotie, méconnue ou inconnue avant lui, a bien 
montré ce qu'il y avait de vraiment spécial chez eux aussi 
bien au point de vue physique qu'au point de vue mental. 

Rien n'est plus difficile à analyser que le caractère. On 
s'en rend bien compte chez les enfants normaux. Ils sont 
en effet peu précis, souvent peu sincères dans les réponses 
qu'ils nous font, quelquefois il est vrai, involontairement et 
par incapacité d'analyse personnelle. On ne peut bien les 



CARACTÈRE DES IDIOTS 173 

connaître que par leurs manifestations. Leur parole et leur 
mimique très incomplètes nous apprennent peu de chose 
sur leurs sentiments intimes, d'ailleurs très fugaces. Quelle 
ne sera pas la difficulté chez les idiots ? Il faut vivre cons- 
tamment avec eux pour les bien connaître et les observer 
d'une manière très attentive. On ne peut guère, croyons- 
nous, donner d'indications générales de quelque valeur sur 
le caractère des idiots. En dehors des trois catégories dont 
nous avons essayé de montrer les quelques particularités, 
voici néanmoins ce qu'on observe le plus souvent : 

On voit quelquefois survenir chez les idiots profonds des 
changements brusques d'humeur que rien ne parait moti- 
ver. Leur figure exprime tout à coup l'anxiété, et ils se 
montrent récalcitrants. Chez des idiots simples, on observe 
des actes bizarres, des mouvements capricieux que l'on 
ne peut comprendre. Quelquefois ils ont de véritables accès 
maniaques, sévissent contre eux-mêmes, se frappent la tète 
contre les murs, brisent, crient. Il est probable que ces 
sortes d'accès sont liés à des troubles circulatoires céré- 
braux. 

La plupart des auteurs (Schùle, Griesinger et d'autres) 
distinguent deux formes, Tanergéthique et l'éréthique; la se- 
conde prédominerait et s'accompagnerait souvent d'excita- 
tion périodique. « Les idiots du deuxième genre, dit Grie- 
singer. sont remuants, agités, vifs, irritables, se laissent 
promptement aller à leurs impressions, mais ils sont ex- 
trêmement distraits et complètement incapables de se fixer 
à la moindre chose. On est souvent étonné, quand on voit 
l'air vif et enjoué de ces enfants, de découvrir qu'ils ne 
disent pas un mot et qu'ils ne comprennent rien. Dans quel- 
ques cas, ils sont tellement excités et turbulents, ils se re- 
muent, sautent de tous côtés, gesticulent, rient, pleurent et 



174 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

crient de telle façon, pendant toute la journée entière, que 
cela constitue un véritable état maniaque. » 

A l'inverse de ces auteurs, nous pensons au contraire que 
c'est la forme la moins fréquente que cette forme d'excita- 
tion, que ne présente pas déjà la plus grande majorité des 
idiots profonds. Quant aux autres, si ces deux formes exis- 
tent, certainement elles ne répondent pas au plus grand 
nombre de cas, pour lesquels c'est un état moyen qu'on 
rencontre et qu'il est du reste assez facile d'obtenir avec la 
discipline et l'éducation. 

Chez les idiots légers, le fond du caractère est l'incon- 
stance et l'obtusion des sentiments et la faiblesse de la vo- 
lonté. Leur humeur dépend surtout de leur entourage, des 
traitements dont ils sont l'objet. Quand on a bien soin d'eux 
comme on le fait dans les asiles, ils sont le plus souvent do- 
ciles, affectueux, gais et sociables. Ils sont au contraire mé- 
chants et malicieux quand on les maltraite. Chez quelques- 
uns, on observe quelquefois une indisposition mélancolique, 
chez d'autres une surexcitation constante. 

L'aspect des imbéciles est tout autre que celui des idiots. 
Tout d'abord la conformation du visage, du crâne et de 
tout le corps peut être parfaitement normale. Ils sont même 
généralement assez bien conformés. Les traits sont régu- 
liers, mais le crâne est un peu petit, souvent asymétrique. 
La face est trop large, ils manquent de grâce, sont mala- 
droits, sauf pour certains exercices. Ils portent dans leur 
personne un air de suffisance, de contentement, en rapport 
avec leurs idées. Indisciplinés, ils n'obéissent que par crainte, 
sont souvent violents, surtout avec ceux qui sont plus faibles 
qu'eux, humbles et soumis avec ceux qu'ils sentent plus forts. 
Peu affectueux, égoïstes au premier chef, vantards. Ils ont 
fréquemment des accès de colère, sont cyniques, se livrent 



CARACTÈRE DES IMBÉCILES 175 

à toutes les perversions sexuelles. Il en est dont le carac- 
tère est absolument indomptable et qui sont d'une méchan- 
ceté raffinée remarquable. Insouciants, satisfaits d'eux- 
mêmes, ils ne pensent qu'à s'amuser, aux moyens d'éviter 
le travail. 

Mais nous ne pouvons insister davantage. Tout le long de 
ce travail et dans ce chapitre des sentiments en particulier, 
nous avons à maintes reprises montré par le détail le carac- 
tère des imbéciles. — Leur physionomie est peu expressive, 
quoique assez mobile. Mais cette mobilité ne correspond pas 
à des sentiments coordonnés, suivis. Les changements se 
font sans transition comme se succèdent leurs idées qui 
sont déterminées par n'importe quelle impression exté- 
rieure. Leurs jeux de physionomie sont des plus simples. 
Ils expriment exactement l'impression momentanée pro- 
duite, sans modifications apportées par les états d'âme an- 
térieurs. Dès que l'impression cesse, la physionomie reprend 
son indifférence, les phénomènes intérieurs étant trop fai- 
bles pour déterminer une réaction de la physionomie. Aussi 
celle-ci est-elle au repos très peu intéressante. Ce peut être 
— rarement — une belle statue, mais c'est une statue. La 
vie psychique manque. Le regard perd son éclat passager et 
redevient vague et indécis. 

Il en est qui sont assez spirituels, — relativement, bien 
entendu. C'est parmi eux qu'on recrutait autrefois les fous 
et les bouffons. Ils ont en effet quelquefois des saillies et des 
réparties assez drôles, le plus souvent grossières. Ils compo- 
sent des chansons sur leurs médecins et sur leurs maîtres, 
qui ne manquent pas de sel parfois, mais sont toujours mé- 
chantes. Ils saisissent en effet assez bien, nous l'avons dit, 
le côté ridicule ou grotesque et ont une grande tendance à 
l'exagérer. Tant que leur esprit malicieux ne va pas plus 



176 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

loin, il n'y a pas à se plaindre. Mais bien souvent ils causent 
dans la famille des divisions par leurs méchants propos et 
leurs médisances; toujours à l'affût des interprétations les 
plus désobligeantes pour les autres, bavards, incapables de 
garder pour eux ce qu'ils savent ou croient savoir, et tou- 
jours heureux de voir le mal qu'ils causent, que ce soit un 
mal moral ou matériel. Si Ton songe combien, avec leur 
faible jugement ils peuvent être induits en erreur, on verra 
à quelle triste et dangereuse espèce d'individus on a affaire 
avec les imbéciles, et quelles précautions on doit prendre 
contre eux dans la société. 



CHAPITRE VII 

DU LANGAGE 



SOMMAIRE : Rapport du langage avec le développement intellec- 
tuel. — Mode de développement du langage chez l'enfant. — Opi- 
nions des auteurs sur le langage chez les idiots. — Retard de la 
parole. — Indépendance de l'idée et du mot. — Phases du déve- 
loppement de l'articulation. — Mutisme idiotique. — Troubles delà 
parole chez les idiots. — Lecture. — Ecriture. — Dessin. 



Quoiqu'on ait voulu baser les classifications de l'idiotie 
sur le développement du langage, il s'en faut de beaucoup 
que, pour justifier cette prétention, on ait étudié le langage 
dans toutes ses manifestations chez les idiots en comparant 
avec ce qui se passe chez les enfants normaux. Le passage 
que consacre Kussmaul, dans son remarquable livre, aux 
troubles de la parole chez les idiots (il n'a, du reste, exa- 
miné que des microcéphales) est tout à fait insuffisant. Du 
reste, comme le remarquait, en 1884, Wildermulh 1 , au 
Congrès psychiatrique de l'Allemagne du Sud-Ouest de 1884, 
les différentes formes de l'idiotie ne présentent pas, relati- 
vement à l'étude des troubles de la parole, un champ aussi 
profitable qu'on pourrait le croire. Il y a chez ces malades 

1. Wilderinuth, Quelques observations sur les troubles de lu parole 
chez les idiots, in Arch. de Neurologie, 1885, t. II p. 250. 

12 



178 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

des troubles sensoriels, intellectuels et moteurs associés, qui 
forment un tableau très complexe dont l'analyse, à raison 
des allures psychiques des idiots, est hérissée de difficultés. 

Nous allons passer en revue les opinions assez contradic- 
toires, du reste, de quelques observateurs qui ont donné 
quelques détails sur le langage des dégénérés, et chercher 
à nous éclairer des travaux sur l'aphasie qui nous ont ap- 
pris quel était le mécanisme du langage. 

Mais avant d'entreprendre cette étude en détail, il nous 
paraît utile de fixer certains points concernant les rapports 
du langage avec le développement de l'intelligence. Ceux 
qui ont prétendu baser leur classification des idiots sur le 
développement du langage ont, pensé qu'il y avait un rapport 
direct entre les deux. Il est possible qu'à regarder les choses 
superficiellement, il existe en effet un certain rapport de ce 
genre. Mais si on veut se donner la peine d'examiner les 
choses de plus près, on s'aperçoit vite que, non seulement 
le développement du langage n'est pas corrélatif du degré in- 
tellectuel chez les gens normaux, mais même chez les idiots. 
Des hommes des plus compétents, tels que Kussmaul 1 , 
Preyer 2 et d'autres nient formellement ce rapport et citent 
des enfants très intelligents et cependant privés de parole, 
sans être sourds-muets néanmoins. Nous ne voulons même 
pas insister ici sur l'inégalité frappante qui existe chez les 
hommes les plus éminents entre l'idée et son expression. 
Mais chez les idiots eux-mêmes, il en est qui sont assez dé- 
veloppés sous le rapport du langage et de la loquacité et qui 
cependant occupent un degré très inférieur dans l'échelle 
intellectuelle. Ce sont les microcéphales. La parole n'est donc 
pas un critérium. Ce qui a pu pousser à lui donner cette im- 

i. Kussmaul, Les troubles de langage. 
2. Preyer, L'âme de l'enfant. 



LANGAGE ET INTELLIGENCE 179 

portance, c'est le rôle qu'elle joue dans le développement de' 
l'intelligence, des idées dont elle facilite l'acquisition. Mais 
avant tout, il y a le terrain, l'intelligence capable d'être 
développée, cultivée, de recevoir et de comprendre les no- 
tions qu'on veut y faire entrer. Dans ce cas, ce n'est pas le 
langage des individus qu'il faut considérer, c'est leur ap- 
titude à comprendre le langage des autres. Eh bien! tandis 
qu'on peut admettre et se représenter une intelligence ca- 
pable d'accepter les notions qu'on lui donne par le langage 
et de s'en servir, et incapable d'un autre côté de les repro- 
duire par le même procédé (tels les aphasiques moteurs), on 
ne comprend pas une intelligence incapable de comprendre 
les notions fournies par les différents sens et capable ce- 
pendant de recevoir celles que lui fournit le langage. Le lan 
gage s'il est beaucoup n'est pas tout, et il faut avant tout 
une intelligence capable de se développer. On voit du reste 
certains idiots qui, grâce à la mémoire auditive ou visuelle, 
conservent le souvenir des mots entendus ou écrits, peuvent 
même les répéter, et ont ainsi un vocabulaire assez étendu, 
sans cependant comprendre les idées renfermées dans ces 
mots. Et comme ils pensent, si peu que ce soit, et que ce n'est 
ni avec des images auditives, ni avec des images visuelles 
de mots, il est très vraisemblable que c'est au moyen d'images 
représentatives d'actes; de sorte que ceux qui croient qu'on 
peut penser sans mots, et c'est ce que nous croyons aussi, 
semblent avoir raison. Il est du reste bien certain que les 
animaux se souviennent, raisonnent, comprennent des sen- 
timents sans laide des mois et rien que par des images. 
Plus on a de mots à sa disposition, plus les images dispa- 
raissent, moins on en a, et plus on pense à l'aide d'images. 
C'est un procédé qui laisse beaucoup moins de latitude à la 
pensée, mais qui est plus en rapport avec ces intelligences 



180 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

où tout est acquis directement par les sens, sous forme 
d'impression. 

En somme, le langage ne nous paraît pas en rapport avec 
l'intelligence pour trois raisons : 1° parce qu'il y a des gens 
très intelligents qui ont un langage très défectueux, et même 
des enfants chez lesquels il ne s'est jamais développé; 
2° parce que c'est la réceptivité du langage qui est signe 
d'intelligence et non pas son émission ; 3° parce qu'il existe 
des idiots presque complètement dépourvus d'intelligence 
et chez qui la parole est plus développée que chez d'autres 
plus élevés intellectuellement. Telle est, par exemple, l'opi- 
nion de Séguin. 

Les observateurs ne sont pas non plus d'accord sur le 
mode de développement du langage chez l'enfant normal, 
ni sur la part qui revient à l'instinct héréditaire, à l'esprit 
d'invention, d'imitation, etc. Nous n'avons pas l'intention 
de passer en revue ces différentes opinions sur le développe- 
ment du langage chez l'enfant. Ce qu'il y a de certain, c'est 
que son mécanisme est bien connu aujourd'hui, grâce aux 
travaux de M. Charcot sur l'aphasie, si clairement résumée 
dans le livre de M. Ballet 1 . Les enfants del à 15 mois sont 
de véritables aphasiques moteurs. Les premières images de 
mots sont les images auditives, puis les images motrices et 
enfin visuelles. Voilà les phases par lesquelles passe tout 
enfant qui apprend une langue. Il y a lieu de se demander 
ce qui pousse les enfants à reproduire les sons qu'ils ont en- 
tendus, quels sont les procédés qu'ils emploient de préfé- 
rence pour les reproduire, quelles sont les images qui pé- 
nètrent le plus facilement dans leur esprit; autant de points 
qu'il nous faudra examiner chez les idiots et comparer, si 
nous le pouvons, avec les enfants normaux. 

1. Ballet, Le langage intérieur et les diverses formes de l'aphasie. 



MUTISME IDIOTIQUE 181 

Avant d'exposer les remarques que nous avons pu faire au 
sujet des idiots, il nous semble nécessaire de montrer l'état 
actuel de la question. On verra combien est vague ce point 
dont on a cependant voulu faire un pivot. 

« Le vocabulaire des idiots, dit Dagonet *, est trè3 restreint. 
Ils articulent à peine et ne prononcent distinctement que 
des monosyllabes. » Il semblerait d'après cela que le degré 
le plus supérieur de la parole chez les idiots soit l'interjec- 
tion, ou le monosyllabe. Comme le remarque Kussmaul % 
les interjections, les gestes imitatifs et les sons sont les pre- 
mières racines des pantomimes et de la parole, mais ils ne 
sont pas les seuls. Parler, c'est se comprendre soi-même et 
les autres. 

Un des caractères principaux de tous les cas graves, dit 
Griesinger ', c'est le manque de langage. Jamais les idiots 
du plus haut degré ne font un effort pour parler. C'est le 
mutisme idiotique, qu'il ne faut pas confondre avec celui des 
sourds-muets. Le mutisme idiotique a sa raison d'être, soit 
dans l'absence d'idées (il dit ailleurs très justement qu'ils'ne 
disent rien parce qu'ils n'ont rien à dire), soit dans l'im- 
puissance du sujet de les reproduire mécaniquement (ano- 
malie des organes de la parole. ») Pour nous, cette impuis- 
sance ne réside pas dans une anomalie des organes de la voix, 
mais bien dans le centre même du langage, lequel du reste 
n'était pas encore connu à cetteépoque. Pour les idiots simples, 
il reconnaît qu'ils peuvent prononcer un petit nombre de 
phrases incorrectes. Presque toujours ils emploient l'infi- 
nitif, quelques interjections. Ils répètent souvent des phrases 
ou des morceaux de phrases qu'ils ne comprennent pas. Ils 

1. Dagonet, loc. cit. 

2. Kussmaul, loc. cit. 

3. Griesinger, loc. cit. 



1:82 PSYCHOLOGIE \)K I/IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

interposent des mois qui n'ont aucun rapport avec la question. 
Enfin ils ont une prononciation défectueuse. 

Aucun auteur n'a examiné si les phases du langage étaient 
analogues ouidenliques chez les-enfants normaux et les idiots. 
Séguin, qui s^est occupé avec une grande attention de l'édu- 
cation du langage chez ces derniers, ne formule aucune règle 
déduite de ses observations. Il s'est borné à des préceptes sur 
les meilleurs procédés d'éducation du langage : 1° L'étude de 
la parole doit commencer par les consonnes et non par les 
voyelles; 2° les syllabes composées d'une consonne et d'une 
voyelle doivent èire articulées les premières; 3° les labiales 
entre celles-ci, doivent précéder toutes les autres; A les 
syllabes isolées sont moins faciles à articuler que les syllabes 
répétées. En outre,, de l'étude attentive de la façon dont 
les enfants prononcent mieux lelle ou telle lettre, il con- 
clut à l'état des lèvres, de la langue, et tire aussi d'utiles 
indications pour la direction à donner au langage dans les 
cas particuliers. Mais nous ne pouvons y insister ici, car 
c'est une question de physiologie que celle de l'articula- 
tion. 

Quant aux autres auteurs, ils se sont bornés à dire que le 
langage était plus ou moins défectueux. D'après Esquirol, 
dans le premier degré de l'imbécillité, la parole est. libre 
et facile; dans le second elle est moins facile, le voca- 
bulaire est plus circonscrit. Dans le premier degré de Ti- 
diotie proprement dite, l'idiot n'a à son usage que des mots, 
des phrases très courtes. Les idiots du second degré n'arti- 
culent que des monosyllabes ou quelques cris. Enfin, dans 
le troisième degré, il n'y a ni paroles, :ni phrases, ni mots, 
ni monosyllabes. On voit combien de pareilles limites entre 
diverses catégories manquent de précision. 

La rapidité des progrès linguaux n'est pas un signe d'in- 



RETARDS DE LA PAROLE 183 

telligence précoce; « au contraire, dit Perez 1 , ils (les enfants) 
ne s'en expriment que mieux plus tard, et cela tient à ce 
qu'ils ne se contentent pas de l'harmonie des mots, mais 
ont des représentations des choses dont ils parlent. » Quant 
au rabâchage monotone des mêmes mots, des mômes syllabes 
chez les enfants, il pense qu'il leur est agréable, facile, 
habituel et les repose des premiers efforts faits pour parler. 
Il parait bien en effet en être ainsi, et ce ne sont pas les 
enfants qui parlent le plus tôt, qui sont les plus intelligents, 
mais ceux qui comprennent le plus tôt. Tout est là. Ce sont 
des aphasiques moteurs, parce que leur centre d'articulation 
n'est pas suffisamment développé, voilà tout. 

Chez l'idiot, on observe ordinairement un retard plus ou 
moins considérable de la parole, comme on en observe pour 
la marche, la préhension, la propreté, etc., etc. Mais à l'in- 
verse des enfants normaux , ils ne comprennent pas plus 
qu'ils ne parlent. Le retard ne porte pas seulement sur un 
centre, mais Lien sur tout le cerveau. Il faut donc distin- 
guer entre les retards dans le langage. Tandis que l'enfant 
normal a de l'aphasie de transmission, l'idiot a en même 
temps de l'aphasie de réception, et comme son cerveau est 
encore table rase au point de vue du langage, il n'a aucune 
image de mots qui lui serve à se faire comprendre comme 
le peut l'aphasique sensoriel. 

Il en est de même du rabâchage qui n'est pas du tout 
comparable dans les deux cas. Dans le premier nous pou- 
vons admettre qu'il soit une distraction et un repos pour 
l'enfant dont le centre de la parole est cependant en activité 
comme toute sa zone motrice et pas plus qu'elle assurément. 
Mais tout en laissant son centre d'articulation fonctionner 

1. Pérez, /oc. cil. 



184 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

automatiquement, l'enfant continue à penser et agit en con- 
séquence de ses pensées. Chez l'idiot, au contraire, le ra- 
bâchage devient un véritable tic. Ce n'est pas pendant quel- 
ques instants qu'il répétera le même mot ou la même phrase, 
ce sera continuellement , à propos de tout et à propos de 
rien, sans qu'on puisse l'arrêter. Ou bien au contraire, il 
suffira de prononcer devant lui un mot, une phrase pour 
qu'il se mette à la répéter à satiété. C'est de la véritable 
écholalie. De plus, l'idiot ne pense pas, tout en émettant 
des sons de la sorte, et la meilleure preuve, c'est qu'il n'a- 
git pas en rapport avec ce qu'il répète. 

On discute encore pour savoir si la pensée est liée au mot 
(Condillac, Max Muller, Bastian, etc.), ou si elle en est in- 
dépendante (Locke, Helmoltz, Maudsley, Finkelnburg, etc.) 
Kussmaul ! admet que bien que nous acquérions nos idées 
par la parole, celles-ci, une fois acquises, contractent une 
certaine indépendance à l'égard des mots. Les raisons qu'il 
donne de l'indépendance complète du mot et de l'idée nous 
paraissent renverser cette proposition. Il semble $ en effet, 
que les idées, bien qu'inférieures, qui existent chez les ani- 
maux et chez l'enfant bien avant l'apparition du langage sont 
bien primitives : les mots ne servent qu'à les traduire et à 
les représenter, et ce n'est au contraire que par la suite que 
l'idée et le mot se trouvent liés presque indissolublement. 
Nous ne savons plus penser qu'avec des mots. D'autre part, 
les mots éveillent en nous des idées, et ce sont, comme on 
l'a dit, des embryons d'idées, mais ce n'est que plus tard, 
et ce n'est pas le mot en soi qui est capable d'éveiller une 
idée nouvelle, mais une association de mots combinée de 
façon à faire ressortir des rapports nouveaux entre les idées 
ou les choses que nous connaissons. 

1. Kussmaul, loc. cit. 



DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE 185 

Chez l'idiot, celte indépendance de l'idée et du mot nous 
paraît très manifeste. Tels idiots qui n'ont qu'un vocabu- 
laire des plus restreints, savent cependant un assez grand 
nombre de choses et sont capables de certains travaux qui 
ont besoin d'être compris et demandent une certaine appli- 
cation. Et la meilleure preuve que leur intelligence s'y ap- 
plique, c'est qu'ils se perfectionnent. C'est là le propre des 
actes intelligents, tandis qu'au contraire les actes purement 
automatiques ne sont pas susceptibles de perfectionnement. 
Ils saisissent ce qu'on va faire, ce qui prouve un certain 
raisonnement qu'ils seraient du reste incapables de for- 
muler. Ils sont en cela comparables à l'animal, au chien, 
par exemple, qui devine ce que son maître va faire, en 
vertu de ses expériences antérieures, tout comme un homme 
peut le faire, avec cette différence qu'il raisonne sans mots, 
mais avec de simples images. Nous remarquons donc que 
plus l'intelligence s'élève, plus l'indépendance de l'idée et 
du mot tend à disparaître. 

Sous quelle influence se développe le langage? Fgger 1 et 
Taine s font une large part à l'invention et à l'imitation per- 
sonnelle dans le développement du langage. Outre les pleurs, 
les cris, les rires, les gestes, langage naturel qui devient un 
commencement de langage artificiel lorsqu'il s'y mêle une 
intention, ils admettent des jeux de voix involontaires qui, 
dès l'âge de six mois, varient à l'infini et sont des ébauches 
de sons et d'articulations. Il y aurait là un langage instinctif 
qui se retient peu à peu par les progrès d'un autre langage 
inventé par l'enfant et susceptible d'une foule de variétés 



1. Egger, La parole intérieure. 

2. Taine, De l'Intelligence 



186 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

■individuelles. Mais ils n'ont pas noté les formes de ce langage, 
d'après eux spontané. 

Kussmaul 1 distingue dans le développement de l'articu- 
lation trois périodes : 1° balbutiement des quatre premiers 
mois consistant surtout en sons labiaux et vocaux, mais 
aussi en sons linguaux et palataux. Ces sons primitifs sont 
d'une nature purement réflexe et témoignent de l'instinct 
musculaire qui pousse les enfants à agiter les mains, etc. Ce 
sont surtout des sons de sifflement, de grognements de cla- 
quement, sons élémentaires, sons sauvages que les Hottentots 
ont conservés et qui lui paraissent primitifs ; 2° quand vient 
l'instinct d'imitation, ces sons sauvages sont peu à peu rem- 
placés par les sons usuels de la langue du peuple. Cette 
imitation n'est pas en rapport avec la compréhension des 
mots. Ces sons et syllabes fortement articulés sont très 
simples, simples réflexes de sentiment, -a, aa, ko, hu, da. Les 
sons d'imitation, sont baba, bebe, dodo, dudu, etc., etc., im- 
compréhensibles pour d'autres que leur entourage. Certains 
enfants ne manifestent du plaisir à articuler que dans la se- 
conde moitié de la deuxième année et même plus tard; 
3° enfin l'enfant apprend à relier des images objectives dé- 
terminées avec les mots acquis, qui peu à peu se convertissent 
en idées. Alors seulement la parole devient une expression 
de pensées. A cette période, le jeu du développement de l'ar- 
ticulation marche très intimement à côté de celui de la 
diction. 

vChez les idiots, qu'observons-nous? Nous avons déjà dit 
que le plus souvent, pour ne pas dire toujours, il y avait un 
retard considérable dans l'apparition de la parole. C'est une 
remarque que ne manquent pas de faire les parents. Ce ga- 

1 Kussmaul, /or. cil 



DÉVELOPPEMENT DU LANGAGE tSÏÏ 

zouillement, ce balbutiement de l'enfant, est bien en effet un 
rudiment de parole. On ne l'observe guère chez l'idiot, ou 
très tardivement. « Il n'a jamais gazouillé, nous disent les 
parents, comme mes autres enfants. » Par contre, ils poussent 
souvent des cris rauques qu'on ne sait quelquefois à quoi 
attribuer, car ils n'expriment ni douleur, ni crainte, ni co- 
lère. Souvent même ces cris se manifestent sous forme d'ac- 
cès. « Jusqu'à tel âge, nous disent les mères, il n'a fait qu'un 
cri. » Et de fait, elles n'ont pas tort. Il nous arrive plus d'une 
fois des enfants que leurs parents ont dû placer à cause des 
plaintes des voisins. 

Or Egger ' note dès cinq semaines le passage du cri à la 
voix. Chez les idiots, incurables surtout, même de plusieurs 
années, le cri n'a pour ainsi dire aucune intonation, et il ne 
saurait en avoir, car il ne répond à aucun sentiment défi- 
nissable. Cette non prédisposition à la parole se traduit donc 
de très bonne heure par l'absence du balbutiement, par l'ab- 
sence d e intonation dans le cri. 

Plus tard, l'imitation entre en jeu pour la reproduction des 
sons entendus. Kussmaul 2 considère que l'imitation est une 
fonction du cerveau. Mais ce doit être une fonction réflexe, 
involontaire, car Egger, chez des enfants de neuf mois, à 
côté de diverses manifestations de l'imitation, n'a constaté 
« <aucun effort sensible pour imiter les sons entendus. » 
Chez l'idiot, on ne constate non plus aucun effort d'imitation, 
et cela beaucoup plus tard que neuf mois, quelquefois même 
toute la vie. Si l'imitation jouait un rôle si considérable qu'on 
tient à le dire dans le développement du langage, il y aurait 
lieu de s'étonner que la parole soit toujours si imparfaite 
chez les idiots, où l'on a coutume de dire que l'instinct d'i- 

t. Egger, loc. cit. 

2. Kussmaul, loc. cit. 



188 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

miiation est si développé, et que c'est grâce à cet instinct 
qu'on peut arriver à l'éduquer. Il s'en faut de beaucoup, 
avons-nous vu, que cet instinct d'imitation soit aussi fort. 
Pour imiter, il faut prêter attention et être capable de re- 
produire ce qu'on a vu. Or, chez l'idiot non éduqué, l'attention 
est rudimentaire ou nulle. Comment serait-il porté à imiter 
des sons qu'il n'a pas entendus faute d'attention. 

C'est souvent même cette impossibilité de fixer l'attention 
qui produit ce que Griesinger 1 appelle le mutisme idiotique, 
dont il distingue deux variétés. Il y en a certainement au 
moins quatre : mutisme par absence d'idée, mutisme par 
impossibilité centrale de les exprimer, mutisme par défec- 
tuosité des organes vocaux, mutisme par suite de surdité ou 
de pseudo-surdité. 

Séguin 2 pense que le mutisme résulte de deux causes 
presque toujours confondues en lui, mais qu'il est nécessaire 
de combattre isolément : l'incapacité physiologique de di- 
riger les organes de la parole, et le défaut d'intelligence. 
II combat ridée de Griesinger et d'Esquirol que beaucoup 
d'idiots sont muets parce qu'ils n'ont rien à dire. Il en est 
qui sont incapables de parler mais savent exprimer par gestes 
leurs désirs et leurs besoins. 

On pourrait peut-être, à notre avis, rapprocher ces 
troubles de la parole de l'aphasie et distinguer des apha- 
siques moteurs et des aphasiques par surdité verbale, les 
causes qui empêchent la parole dans les organes vocaux 
étant éliminées. 

Dans le premier cas nous avons affaire à des idiots qui ne 
peuvent pas parler, tout en comprenant à peu près ce qu'on 



1. Griesinger, loc. cit. 
2 Séguin, loc. cit. 



TROUBLES DU LANGAGE 189 

leur dit, ainsi que le prouve leur obéissance à exécuter ce 
qu'on leur commande. 

Dans le second cas, nous avons des idiots qui ne com- 
prennent pas un mot de ce qu'on leur dit, et sont incapables 
en même temps d'émettre un seul mot. Tels sont les idiots 
incurables qui se retournent si on fait un bruit fort, et qui 
ne sont par conséquent pas sourds. Il en est d'autres qui, 
non seulement paraissent sourds aux paroles mais même à 
toute espèce de sons, et qui cependant ne sont pas sourds. 
Leur surdité n'est qu'apparente et tient uniquement à l'ab- 
sence d'attention. Nous verrons plus loin, à propos de l'écri- 
ture, s'il existe aussi des agraphies et des cécités verbales. 

Enfin au troisième stade, l'enfant apprend à relier ses 
idées à des mots. C'est là le point le plus difficile à obtenir 
chez l'idiot. Chez l'enfant, l'imitation du mot précède le 
plus souvent sa compréhension. On en a la preuve dans Ja 
répétition fréquente d'un mot nouvellement appris et que 
l'enfant sert à tout propos. Gela s'observe surtout chez les 
enfants dont la facilité d'articulation est assez grande et 
précède le développement de l'intelligence générale. Chez 
l'idiot, on voit cette démarcation encore plus nette, et il 
arrive chez certains qu'ils imitent et répètent convenable- 
ment non seulement des mots, mais même des phrases 
entières dont ils ne comprennent jamais le sens, comme 
nous avons pu l'observer maintes fois. C'est encore là une 
preuve que l'idée et le mot sont indépendants, et que si elle 
ne précède pas le mot, celui-ci est impuissant à l'éveiller. 
Certains idiots en restent à cette phase. On les amène à arti- 
culer, mais on ne peut pas aller plus loin, et le rapport de 
l'idée et du mot leur échappe. Chez d'autres, à un degré 
plus élevé, on observe que le langage s'arrête à une des 
phases de celui de l'enfant, celle où il s'exprime, par simples 



190 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

monosyllabes répétés, par des infinitifs, dans laquelle il 
fait souvent des interpositions de syllabes et où il prononce 
mal certaines lettres. 

En somme le développement du langage chez l'idiot nous 
a paru présenter les mêmes phases que chez l'enfant normal. 
Mais au lieu que ces phases se succèdent rapidement, elles 
se succèdent au contraire très lentement, le plus souvent 
même l'évolution s'arrête en route à un point quelconque 
correspondant à une des étapes de l'enfant. 

Nous avons vu toutefois qu'il ne faut pas regarder le dé- 
veloppement du langage comme parallèle à celui de l'intel- 
ligence. On peut en trouver, outre les motifs et les preuves 
que nous en avons donnés, une raison dans l'anatomie pa- 
thologique d'une part, et d'autre part dans les différences 
que présentent sous le rapport delà parole les diverses caté- 
gories d'idiots. 

On voit en effet très souvent des scléroses localisées du 
cerveau chez les idiots. Si la sclérose atteint plus spéciale- 
ment le centre du langage, il est bien évident que l'évolution 
de celui-ci se trouvera enrayée, alors que le développement 
de l'intelligence pourra continuer à se faire, quoique faible- 
ment, car, le plus souvent, les lésions sont diffuses, mais pré- 
dominent en certains points. D'autre part, l'examen des 
cerveaux de microcéphales montre, et presque tous les 
auteurs sont d'accord à cet égard, que c'est surtout aux 
dépens des lobes postérieurs que se fait la diminution de 
volume. Dès lors on comprend que le cenlre du langage se 
trouvant dans les régions antérieures relativement les plus 
développées, le langage soit souvent beaucoup moins rudi- 
mentaire dans cette catégorie d'idiots que dans les autres. 

Chez les idiots qui parlent, c'est tantôt la formation des 
sons laryngés, tantôt celle des sons labiaux et linguaux qui 



TROUBLES DU LANGAGE 191 

est entravée, dit K-ussmaul. C'est dire qu'il est impossible 
de fixer une marche spéciale au développement des diverses 
voyelles, consonnes et diphtongues chez les idiots, non plus 
d!ailleurs que chez les enfants ordinaires. 

D'après Kind', les personnes atteintes d'idiotisme acquis 
sont quelquefois des bavards à outrance et cela dans deux 
circonstances : 1° chez les sujets qui ont acquis un certain 
degré de culture avant de tomber malade, les mots se dé- 
roulant alors mécaniquement de la façon la plus confuse 
sans que pour cela les idées se combinent ou que, contraire- 
ment à ce qui se passe dans la logorrhée des aliénés atteints 
de désordre dans les idées, elles ne se groupent autour d'une 
idée principale qui perce à travers la folie ; 2° chez certains 
sujets dont les idées ] roduites par l'excitation d'un sens 
sont si peu fixes, qu'à chaque instant un changement d'exci- 
tation fait surgir une nouvelle idée avec un nouveau mot. 
Le deux états peuvent aussi coïncider ensemble. — Pour 
les dysphasies et des lalopathies que peuvent présenter les 
idiots, nous résumerons le travail de "Wildermuth*. Cet au- 
teur dislingue deux cas : 

4° Cas où le trouble de la parole est l'expression directe 
du trouble intellectuel. Depuis l'idiot complètement muet 
jusqu'à l'arriéré capable d'éducation, le trouble de la parole 
correspond au cercle étroit de la conception de ces êtres. Ils 
manquent d'un bagage de mots richement fourni, et l'asso- 
ciation rapide est défectueuse. On y rencontre d'abord des 
exemples en grand nombre chez lesquels le degré auquel 
est restée la vie psychique et son expression principale, le 
langage, a son analogue dans les étapes que l'enfant normal 
doit parcourir pour son développement intellectuel et verbal. 

1. Kind. Uid'Otisme et les asiles d'idiots, in Schmidts Juhrb, 1862. 

2, WiUermuthj lot. cit.. 



102 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

Au degré le plus inférieur, l'idiot ressemble à un enfant 
dans la première semaine de la vie ; c'est un automate végé- 
tatif, réflexe; à un degré plus élevé, on a sous les yeux un 
enfant d'un an et demi à deux ans qui émet des onomatopées 
monosyllabiques, puis le bagage verbal progressant, on cons- 
tate plutôt un défaut de syntaxe et de grammaire, un lan- 
gage de bébé tel que celui d'un enfant de deux à trois ans. 
Les verbes ne sont mis qu'à l'infinitif; le personnage ne 
parle de lui qu'à la troisième personne ; mais il est capable 
d'écrire correctement mots et vocables; il fait des imitations 
puériles de ce qui se passe autour de lui ; incapable d'édu- 
cation, il en impose au pronostic (imbécillité congénitale). 
Dans ce groupe se rangent encore les défectuosités qui rap- 
pellent plutôt l'incertitude d'un adulte apprenant à parler 
une langue étrangère (parole et articulation correctes, mais 
désignations adverbiales fausses, pléonasmes, parapbrases, 
confusion de mot à peu près semblables), l'impossibilité de 
prononcer correctement (zézaiement des arriérés) ; les dys- 
phasies qui tiennent à une anomalie dans le débit de la 
conception (parole traînante et élocution abondante avec 
cbangement constant de sujets comme chez le maniaque ou 
le fou systématique (idiots et microcéphales avec répétition 
des dernières syllabes), tous faits avec pronostics défavo- 
rables. 

2° Cas où les troubles de la parole sont, non pas la con- 
séquence directe, l'expression de l'arrêt morbide de la vie 
conceptuelle, mais une complication de l'idiotie. Il y a d'a- 
bord les dislalies mécaniques, trouble d'articulation très 
répandu chez les idiots ; le balbutiement sert en même temps 
de transition entre les deux groupes. Puis viennent des im- 
perfections dans l'émission de certaines syllabes, déchets 
également inévitables dans le développement de la parole 



TROUBLES D'ARTICULATION 193 

normale. Le sigmatisme, le rhotacisme, le grammacisme 
surtout, se trouvent, avec d'autres troubles, au moins chez 
la moitié des arriérés. — Les troubles de l'articulation qui 
s'effectuent au moment où il s'agit de former des syllabes 
et des mots se présentent sous deux aspects. En premier 
lieu, le balbutiement très prononcé pendant la formation de 
certains sons, impossibilité d'émettre distinctement les con- 
sonnes, d'où articulation indistincte, difficile à définir, qui 
gêne et empêche totalement la formation des syllabes et 
des mots. Quand on essaie de les faire parler, les patients 
font entendre une quantité de sons qui résonnent identique- 
ment et, spontanément, ils demeurent incapables de parler. 
Ces faits témoignent toujours d'un trouble psychique très 
profond. Le second aspect concerne une parole confuse dès 
qu'il faut lier les sons : cette parole vague, liée, confuse, 
floue, caractérisée par une émission négligée de consonnes 
avec oubli de certaines syllabes isolées, appartient à l'im- 
bécillité moyenne ou légère. 

Wildermuth 1 a rencontré rarement chez les idiots l'achop- 
pement syllabique pur, et jamais le bégaiement. — Ces 
résultats sont absolument concordants avec nos recherches 
et nous avons été frappé en effet de la rareté qu'avaient chez 
les idiots ces troubles de l'articulation, blésité, bégaiement, 
anonnemenf, écholalie, etc., qu'on a l'habitude de regarder 
comme des stigmates de dégénérescence. Où ces troubles 
se rencontrent, c'est chez les imbéciles qui, au point de vue 
du langage, ne présentent d'ailleurs rien de particulier à si- 
gnaler, si ce n'est le peu d'étendue de leur vocabulaire. 
Ajoutons qu'ils sont en général bavards, parlant de tout à 
tort et à travers pour le plaisir de parler. On peut observer 



1. Wildermuth, loc. cit. 

13 



19 i PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

aussi quelquefois chez eux de l'onomatomanie au même litre 
que divers autres stigmates psychiques, et des délires pas- 
sagers à forme d'agitation maniaque, avec loquacité excessive, 
récitation de chants ou de moi'ceaui appris autrefois, mais 
ordinairement plus incohérents dans les actes que dans les 
paroles. 

L T ne autre forme du langage est la lecture. Ce sont là les 
images verbales visuelles qui sont en jeu. — Elle présente 
encore plus de difficultés à apprendre que la parole. 

Naturellement, chez les idiots incurables, il n'y a pas lieu 
d'y songer. A un degré plus élevé, ils arrivent à apprendre 
les lettres, à assembler quelques syllabes, mais non à lire 
véritablement en comprenant ce qu'ils lisent. Ils n'ont pas 
d'initiative et disent la lettre qu'on leur désigne, mais ne la 
nomment pas spontanément. 

L'idiot éducable arrive très difficilement à distinguer ses 
lettres, mais il y arrive. Il lui faut passer quelquefois plu- 
sieurs semaines sur la même lettre; on le retrouve toujours 
prêt à revoir la même lettre qu'il ne peut retenir. On arrive 
plus vite en se servant de lettres mobiles en bois. Il consi- 
dère alors la lettre comme quelque chose de réel, d'existant, 
et cela convient mieux à ses facultés. Il faut remarquer en 
eflet que plus encore quo l'enfant, l'idiot transforme tou- 
jours l'abstrait en concret. Aussi en est-il qui savent très 
bien reconnaître toutes les lettres de l'alphabet de bois, à la 
rigueur même de l'alphabet imprimé et qui sont incapables 
de les reconnaître dès qu'elles sont modifiées d'une façon 
marquée. Ils reconnaissent dans leurs letlres un objet qu'on 
les a habitués à appeler d'un certain nom. Ils n'ont pas 
saisi la notion abstraite de lettre, et dès qu'ils n'ont plus le 
même aspect, ils ne le reconnaissent pas. 



LECTURE 195 

Peu à peu, on fait assembler à l'idiot quelques lettres et 
former des syllabes faciles. Il arrive alors plus vile à lire et 
à former les syllabes qui commencent par une consonne 
(ba, fi...) On se bute à un véritable entêtement, qui veut 
quand même prononcer la consonne avant la voyelle. — 
Une fois cette difficulté vaincue, les progrès sont moins lents. 
On arrive à faire lire l'idiot, mais la lecture est toujours 
saccadée. Il sépare dans la prononciation toutes les syllabes, 
sa diclion est tantôt monotone, tantôt chantante, jamais nor- 
male. Il faut avouer qu'ils sont rares (environ 4/10) ceux 
qui arrivent réellement à lire un peu convenablement. Les 
autres reconnaissent leurs lettres mais ne font jamais que 
syllaber. Ils ne veulent ou plutôt ne peuvent rien faire de 
plus. 

L'idiot qui est arrivé à lire, comprend-il ce qu'il lit? Dans 
les ouvrages scolaires où les idées exprimées sont à la portée 
du lecteur auquel elles s'adressent, il est évident qu'il retient 
quelques idées par-ci par-là. Il comprend assez bien les noms 
et les adjectifs, mais très difficilement les verbes. Lorsqu'on 
laisse l'idiot livré à lui-même avec un livre devant les yeux, 
sur un signe que vous lui ferez, il se mettra à lire, mais 
son travail sera tout machinal et il ne comprendra rien à ce 
qu'il lira. Il faut sans cesse l'aiguillonner de questions pour 
le forcer à s'arrêter sur tel ou tel mot et à en comprendre 
le sens. 

Chose curieuse, l'idiot qui sait lire sans comprendre tout 
seul ce qu'il lit, arrivé à l'âge de douze à quinze ans, c'est-à- 
dire, à un âge où les enfants aiment la lecture, l'idiot aime 
aussi à lire ou plutôt à faire semblant de lire. Qu'il trouve 
un morceau de papier sur lequel il y a quelques signes ou 
quelques lettres, aussitôt il se met à le considérer attenti- 
vement, et une personne étrangère, à le voir ainsi, croirait 



196 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

sans doute qu'il lit. En promenade, on est obligé de les sur- 
veiller dans les achats qu'ils font. Ils aiment à aller chez les 
marchands de journaux et à y acheter un journal quelconque 
qu'ils font semblant de lire en route. Un idiot, L..., de Bi- 
cêtre, qui sait lire, a acheté ainsi un jour Y Intransigeant et 
la Semaine médicale! On lui demanda ce qu'il allait en faire, 
il répondit que c'était pour les lire et si on les lui avait pris, 
il aurait certainement été vivement affecté. 

L'imbécile apprend à lire bien plus vite que l'idiot, mais, 
on a surtout à lutter contre l'instabilité et l'inattention de 
l'enfant. Au point de vue de la lecture, il n'y a entre l'im- 
bécile et l'enfant normal d'autres différences que la différence 
d'attention. Jamais l'imbécile n'arrive à lire d'une façon tout 
à fait correcte. Tantôt il ânonne, tantôt il a une diction sac- 
cadée. Même chez ceux qui sont arrivés à un développement 
intellectuel relativement élevé, on ne trouve pas de lecture 
courante et expressive. 

Ils ont une façon singulière délire les livres illustrés, ceux 
qu'ils préfèrent. Quand ils trouvent une image à sensation, 
si un maître est à côté d'eux, ils lui demandent aussitôt le 
sujet de la gravure; s'il n'y a personne pour leur donner des 
explications, ils cherchent à trouver la ligne qui pourra les 
leur fournir. S'ils la trouvent, ils la lisent avidement, mais 
ils ne cherchent pas longtemps à la découvrir. Leur paresse 
naturelle se montre là comme partout. Ils veulent avoir une 
satisfaction, qu'elle soit physique ou intellectuelle, mais ne 
se donner aucune peine pour l'obtenir. 

L'écriture nécessite un ensemble de mouvements des 
muscles du bras et de la main assez délicats, assez limités, 
et qui, à cause de leur précision, demandent beaucoup de 
temps pour être appris, et devenir non plus une fatigue 



ECRITURE 197 

comme chez ceux qui savent à peine écrire, mais un mou- 
vement automatique comme celui de la marche, de la danse 
ou tout autre exercice nécessitant une combinaison de mou- 
vements. Or, nous avons vu que, chez les idiots, la coordination 
des mouvements est très dificile à obtenir, quelquefois même 
impossible. Idiots et imbéciles sont toujours maladroits, au 
moins en général. Les impressions peu intenses, peu précises 
chez les premiers, le défaut d'attention chez les seconds ren- 
dent difficile de leur apprendre les mouvements associés un 
peu délicats. Il faut donc s'attendre à trouver chez eux une 
écriture encore plus défectueuse que la lecture. 

D'autre part, récriture se modifie considérablement avec 
l'âge, c'est-à-dire avec le caractère. Assez semblable chez 
les jeunes sujets et chez ceux qui savent peu écrire, on la 
voit se caractériser, s'affirmer, acquérir une indépendance 
telle qu'aucune écriture courante n'est identiquement sem- 
blable à une autre, fût-elle du même type. Les modifica- 
tions de l'écriture suivant les caractères, les tendances du 
moment même, ont été la base de la graphologie qui, lors- 
qu'on ne la pousse pas trop loin, lorsqu'on ne lui demande 
pas plus qu'elle ne peut donner, lorsqu'on veut s'en tenir 
aux grandes lignes, est fort intéressante et relativement 
assez exacte. C'est ainsi qu'appliquée aux aliénés, elle peut 
rendre des services au point de vue du pronostic. Il est en 
tous cas certain qu'il existe une relation constante entre le 
caractère, le sentiment d'un homme et son écriture. 

Etant donné que le caractère de l'idiot est très peu mar- 
qué, que ses sentiments sont très rudimentaires, il faut s'at- 
tendre à ne pas plus trouver que pour la lecture, de l'ex- 
pression et de la fermeté dans son écriture. 

Il en est de l'écriture comme de la lecture. Il y en a qui 
sont agraphiques et d'autres qui ont de la cécité verbale. Il 



198 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

en est en effet qui ne peuvent jamais écrire et d'autres qui, 
pouvant écrire, sont incapables de se relire. 

L'idiot, en général, ne peut arriver que très difficilement à 
former ses lettres. Les premiers signes qu'il trace sont des 
signes qui rappellent plus ou moins la forme d'un G (pi. I). 

L'idiot simple fait éternellement le même signe. Il ne re- 
garde même pas son modèle. On le lui fait regarder, il le 
reproduit mais le perd de vue et s'en éloigne de plus en 
plus pour en revenir au signe qu'il préfère. 11 arrive à écrire, 
mais ne fait que reproduire un modèle qui n'a aucun sens 
pour lui (cécité verbale). 

Il en est qui écrivent assez lisiblement et qui cependant 
sont incapables de syllaber. 

Ils aiment beaucoup à imiter les caractères d'imprimerie. 
Pour les obliger à respecter le modèle qu'on leur donne, 
il faut leur diriger la main pendant très longtemps et ce 
n'est qu'à force de la diriger que cette main arrive à imi- 
ter le modèle. Nous trouvons là cette difficulté à retenir 
les mouvements associés dont nous parlions plus haut. 
Ce n'est cependant pas tant en ce cas l'attention qui leur 
manque que la faculté de comparaison. L'idiot ne voit pour 
ainsi dire pas par où pêche la lettre qu'il vient de tracer. 
C'est la lettre o qu'il aime le mieux à former et forme le 
mieux quand elle est isolée. Dans le corps d'une syllabe, il 
a tendance à ne pas former la boucle en haut. 

Berkhan' a examiné l'écriture de soixante-quatre petites 
filles affectées d'idiotie partielle. Chez vingt, l'écriture se 
rapportait à un même type. Quand le trouble était peu mar- 
qué, Tune ou l'autre lettre d'un mot était oubliée et rem- 
placée par une autre lettre, ou les mots étaient défigurés 

i. Berkhan, Balbutiement écrit chez les idiots, Arch. f. Psych., xvr. 



TROUBLES GRAPHIQUES 199 

davantage et en plus grand nombre, de telle sorte qu'on ne 
pouvait déchiffrer que les mots qui sont d'un emploi fré- 
quent. 

Cet auteur établit un parallèle entre ce trouble de l'écri- 
ture et le trouble du langage qui constitue le balbutiement. 
Dans les deux cas, les signes du langage sont défigurés de 
la même façon. Mais il n'y a aucun rapport entre le balbu- 
tiement oral ou le bégaiement. Chez des idiots où les deux 
troubles se rencontraient, ils portaient même sur des mots 
différents. 

Pour notre part, nous avons remarqué en effet l'oubli 
fréquent de lettres au milieu d'un mot ou d'un mot au 
milieu d'une phrase, mais nous ne saurions comparer ces 
erreurs au bégaiement dans lequel il y a non pas absence, 
mais au contraire répétition de la même syllabe ou du même 
mot (PI. II). C'est tout simplement un oubli qui résulte de 
leur défaut d'attention. 

Comme il est facile de le voir par la page (PI. 111), les 
lignes courbes dominent, partout. Dans toutes les lettres 
que fait l'idiot, on dirait qu'il cherche à placer cette espèce 
de ligne. La page représentée (PI. III) a été faite par un en- 
fant qui n'a pas fait de progrès depuis deux ans. C'est tout 
ce qu'il sait, faire en fait d'écriture depuis plus de quatre ans 
qu'il tient un porte-plume. Nul doute qu'il n'arrivera jamais 
à former une syllabe. Cet enfant sait pourtant lire les syl- 
labes et les mots simples (ca-fé, mo-ka, ma-ca-ro-ni), ainsi 
que les mots usuels (pain, vin, gilet, etc.). Mais en lecture 
aussi ses progrès se sont arrêtés. On pourrait en citer bien 
d'autres dans le même cas dont l'intelligence donne ainsi 
rapidement son maximum. 

Certains idiots arrivent à écrire, même lisiblement. Leurs 
lettres sont régulières et se ressemblent toutes. Il n'y a pas 



200 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

beaucoup de fautes de copie. Mais on est toujours surpris 
de constater ensuite que l'enfant est incapable de lire ce 
qu'il a écrit. Il a de la cécité verbale. Un idiot crétinoïde, G. . ., 
de Bicêtre, est arrivé à écrire et à se relire. Il va même 
jusqu'à écrire l'orthographe de quelques mots très usités, 
mais c'est tout. 

De même que l'idiot aime à lire, bien que ne sachant pas 
lire, il aime aussi à écrire. Il arrive souvent aux instituteurs 
d'entendre des idiots leur demander une feuille blanche et 
une plume pour écrire à leur famille. On leur donne ce qu'ils 
demandent, et aussitôt ils griffonnent sur le papier des signes 
informes qui de loin ont l'aspect de lettres régulièrement 
alignées. Ils ont l'habitude de dire à haute voix et pour 
ainsi dire de "se dicter à eux-mêmes les mots qu'ils sont 
censés écrire. 

Séguin 1 a fait une observation assez singulière, c'est que 
presque tous les idiots prennent leur premier crayon de la 
main gauche et que quand on leleur met dans la main droite, 
ils veulent toujours aller de droite à gauche. Il y a là comme 
une ébauche de l'écriture spéculaire. Séguiu rapproche ce 
fait de l'écriture des peuples anciens et même des Orientaux 
modernes, qui se fait dans le même sens. 

En somme, nous voyons que l'écriture est toujours très 
défectueuse chez les idiots quand elle n'est pas nulle. Dans 
des cas même où elle existe, on ne peut pas dire que c'est 
de récriture puisqu'elle ne représente pas autre chose qu'un 
dessin copié. De plus ils ne peuvent guère que copier et 
non écrire sous la dictée ou spontanément. 

L'imbécile apprend assez vite à écrire, mais il ne forme 
jamais bien ses lettres. Il ne peut s'astreindre, comme l'idiot. 

1. Séguin, loc. cit. 



ÉCRITURE DES IMBÉCILES 201 

à suivre un modèle. Il faut trop d'attention pour cela. 
Il perd vile le modèle de vue. Aussi, lorsqu'il a à reproduire 
une même ligne pour toute une page, on remarque combien 
la dernière ligne diffère de la première. Il y a une véritable 
gradation de dissemblance. Gela tient à ce qu'au lieu de se 
reporter à son modèle, il préfère recopier la ligne qu'il vient 
d'écrire lui-même. Aussi répète-t-il, en les grossissant, les 
imperfections de sa propre écriture. Cela pourrait expliquer 
comment il se fait que l'imbécile a plutôt tendance à gâter 
son écriture qu'à la perfectionner. Il n'est pas rare en effet 
de constater, en comparant deux cahiers écrits par le même 
élève, à plusieurs années de distance, qu'au lieu de faire des 
progrès, il écrit de plus en plus mal à partir d'un certain 
moment. L'écriture est plus expédiée, mais elle est illisible 
(PI. IV et V). Il en est pour l'écriture comme pour la lec- 
ture. Jamais un imbécile n'arrive à écrire régulièrement. 
L'écriture est tantôt droite, tantôt penchée dans le même 
mot ou dans la même ligne. 

Ils lisent encore plus mal récriture que l'imprimé. 

Nous ferons remarquer ce que nous avons déjà dit plus 
d'une fois des imbéciles comparés aux idiots. Ceux-ci arrivés 
à un certain degré ne peuvent aller plus loin et restent sta- 
tionnaires. Ceux-là, au contraire, ne restent pas station naires, 
mais perdent avec une rapidité désespérante les progrès 
qu'ils avaient pu faire. Lorsqu'on laisse un imbécile livré à 
lui-même après lui avoir donné une page à copier, on le voit 
souvent s'arrêter au milieu de sa copie et reproduire un 
certain nombre de fois une lettre ou une syllabe, faire en 
un mot un travail machinal, automatique, qui permet àson 
imagination de vagabonder (PL VI). Le centre graphique 
seul continue à fonctionner automatiquement. 

L'imbécile change souvent d'écriture plusieurs fois dans 



-202 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE LIMBÉGILE 

la même page. Or, nous disions au début que plus un carac- 
tère est tranché, plus l'écriture a son autonomie spéciale. 
Cette mobilité dans l'écriture reflète absolument la mobilité 
du caractère, tandis que nous voyons au contraire l'écriture 
des idiots offrir beaucoup plus de constance dans son type. 
On en est quelquefois à se demander si l'écriture est du 
même élève. La régularité et la symétrie sont incompatibles 
avec l'imbécillité (PL VII). 

Il y a cependant des exceptions. Un petit imbécile de Bi- 
cètre, B...., a une écriture régulière. Son cahier est très 
bien tenu. Il trace une marge à droite, une à gauche, des 
traits après chaque titre et sous-titre et termine ses pages 
par de petits dessins linéaires tracés avec beaucoup de régu- 
larité au moyen de règles, ou de boutons pour les courbes 
(PI. VIII). Chez lui, c'est le contraire des autres, il a la 
manie de la régularité. Mais cette exagération même indique 
un cerveau mal équilibré. Il est exceptionnel de voir un 
imbécile être normal sous quelque rapport que ce soit. Tou- 
tefois un autre imbécile de Bicêtre, Gr.., qui s'est amélioré 
au point de pouvoir sortir et travailler chez un vannier, est. 
arrivé à avoir une écriture assez régulière. L'an dernier il a 
obtenu son certificat d'études avec le maximum des points 
sauf pour l'écriture. C'est un des rares. 

Nous avons parlé du sentiment et de l'émotion esthétiques 
et nous avons constaté combien ils sont rudimëntaires. Nous 
venons de voir d'autre part que pour certains idiots, récri- 
ture n'est que du dessin. Aussi avons-nous préféré, à cause 
des rapports qui relient ensemble ces deux choses mettant 
en jeu le centre graphique, placer ici nos observations sur le 
dessin. Elles sont du reste à rapprocher de celles sur récri- 
ture. 



DESSINS DES IDIOTS 203 

L'idiot met longtemps à dessiner, il s'en tient au modèle 
qu'il reproduit tant bien que mal. mais il n'ajoute rien, de 
même qu'il n'oublie aucun détail, si mal qu'il le rende du 
reste, bien entendu. 11 n'a aucune notion de la perspective, 
ce qui lui est commun du reste avec presque tous les peuples 
orientaux. C'est d'ailleurs une notion t: es délicate à acqué- 
rir et que l'expérience ne suffit pas à donner. On se convainc 
facilement quil en est de même chez le tout jeune enfant 
qui cherche à prendre quelque chose en se fiant plus à son 
volume, à son éclat, qu'à sa situation relative. Pour juger 
de la perspective, il faut comparer et juger, deux qualités 
rudimenlaires chez l'idiot. 11 représente les ombres du mo- 
dèle comme il peut, mais il cherche à les représenter. Le 
dessin ci-joint (PI. IX) est celui d'un enfant qui s'est rela- 
tivement bien développé, mais qui semble avoir donné tout 
ce quil pouvait donner. 

L'idiot n'imagine rien en fait de dessin. Certains cependant 
s'amusent à faire une figure plus ou moins informe à laquelle 
ils donnent un nom de personne, mais rien en dehors de 
cela. Le seul à qui on ait pu, à Bicêtre, faire représenter 
quelque chose sans modèle, est Gr..., cet idiot crétinoïde 
chez lequel nous avons constaté également une écriture assez 
régulière. Il fit un jour le dessin d'un tambour qui ressem- 
blait plu Lot à une sorte de ballon dégonflé et flanqué de deux 
baguettes, dont l'une a deux fois la longueur de l'instrument 
et dont l'autre ne représente que la dixième partie. 

Si on remarque que chez l'homme normal, il s'en faut de 
beaucoup qu'une belle écriture indique des tendances au 
dessin, ou inversement que de bons dessinateurs aient des 
chances pour bien écrire, on pourra observer que chez l'i- 
diot l'écriture n'est véritablement que du dessin, et que, 
comme son intelligence est trop faible pour associer une idée 



204 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

à un signe conventionnel, il en résulte que récriture n'est pas 
pour lui un symbole. Il n'y voit qu'un assemblage de traits 
qu'il arrive quelquefois à associer à l'idée d'un son lorsque 
ces traits sont simples, mais dont il ne voit pas la liaison dès 
qu'ils sont en trop grand nombre. Aussi l'écriture et la lec- 
ture sont-elles sans expression, puisqu'il émet des sons dont 
il ne voit pas, non seulement le rapport avec les idées, mais 
même avec ceux qui le suivent et ceux qui le précèdent. 

Remarquons également que l'idiot ne peut pas dessiner 
sans modèle, de même qu'il ne peut pas écrire sans modèle, 
et nous verrons encore là un argument pour montrer que 
l'écriture chez l'idiot n'est absolument que du dessin, vide 
de sens au point de vue verbal. 

De même que pour l'écriture, l'imbécile n'aime pas les 
modèles de dessin. Si on l'y astreint, il les reproduit sans 
goût et par suite sans proportion, voulant avant tout faire 
vite sans chercher à faire bien (PI. X), et préfère le plus sou- 
vent se laisser guider par son imagination qui se donne alors 
libre carrière. Il ne recule devant aucune difficulté, mais il 
est rare qu'il finisse un dessin. Dans les planches XI et 
XII, M..., un imbécile deBicètre, a essayé de reproduire une 
locomotive avec son chauffeur qu'il avait vus la veille en 
promenade. Au-dessus, il a fait le lion de Belfort ! On voit 
qu'ils ont toutes les audaces et toutes les prétentions. D'autre 
part, on peut juger par le dessin, qui ne signifie absolument 
rien, le laisser-aller de leur imagination, qui les pousse à 
faire des sortes d'arabesques des plus fantaisistes. 

Un coup d'œil jeté sur ces dessins d'idiots et d'imbéciles 
fera mieux comprendre que tout ce que nous pourrions dire, 
l'énorme distance qui les sépare, et le parti qu'on peut ti- 
rer des deux catégories d'individus. Chez les idiots, nous 
voyons l'essai d'un dessin correct, consciencieux, attentif. 



DESSINS DES IMBÉCILES 205 

Chez les imbéciles, nous trouvons un dessin irrégulier, fan- 
taisiste, prétentieux, absurde. Il n'est pas douteux que le 
premier est Lien préférable au second. 

Jusque dans les moindres choses, on peut donc noter cette 
différence fondamentale des idiots et des imbéciles, qui fait 
des premiers des pauvres êtres arrêtés dans leur dévelop- 
pement, et des seconds des êtres non seulement arrêtés 
quoique bien plus légèrement, mais surtout déviés de la 
normale. Nous en verrons plus loin toute l'importance au 
point de vue social. 



CHAPITRE VIII 

DE L'INTELLIGENCE PROPREMENT DITE 



SOMMAIRE : Opinions diverses. — Acquisition des idées. — Sensa- 
tions et langage comme base d'acquisition. — Notions concrètes, 
générales, abstraites. — Rôle de l'imitation dans l'acquisition des 
idées. — Conservation des idées. — Mémoire héréditaire, orga- 
nique, acquise. — Mémoire visuelle. — Rappel des émotions. — 
Mémoires spéciales. — Comparaison. — Généralisation — Idées 
abstraites. — Calcul. — Idée de temps, de lieu. — Idées fixes. — 
Association des idées. — Jugement. — Raisonnement. — Entête- 
ment. — Délire. — Imagination reproductive et créatrice. 



Nous nous occuperons surtout, dans ce chapitre, de l'intel- 
ligence chez l'idiot, à cause des particularités qu'elle oiïïe au 
point de vue de la psychologie générale. Celle de l'imbécile 
se rapproche en effet de celle de l'homme normal, sauf cer- 
tains points que nous signalerons. C'est une intelligence 
atrophiée sous certains rapporls. hypertrophiée sous d'autres, 
régulièrement développée sous d'autres encore, tout cela 
sans ordre défini, sans caractéristique spéciale, si ce n'est 
toutefois le défaut de régularité, l'instabilité et le faible dé- 
veloppement général. 

On a jugé très superficiellement l'intelligence des idiots. 
M. Dagonet 1 par exemple, se contredit en disant : « Les fa- 

1. Dagonet, loc. cit. 



208 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

cultes intellectuelles en rapport avec l'imperfection des sens, 
se trouvent chez l'idiot à l'état rudimentaire. Nous dirons 
avec Esquirol qu'on peut juger du degré d'intelligence des 
idiots par l'étendue de leur vocabulaire ». Dans la première 
phrase, en effet, il prend pour mesure de l'intelligence le dé- 
veloppement des sens, dans la seconde, celui du langage. 
Ce qui est vrai, c'est que la base, c'est le développement des 
sens et que le langage sert à étendre l'intelligence. 

De même Griesinger 1 dit : « Chez l'un il n'y a aucune 
production d'idées, tandis que chez un autre, l'idée s'efface 
aussitôt qu'elle a été produite. Chez l'un, c'est la perfection 
sensorielle qui manque, chez un autre, c'est seulement l'idée 
abstraite, et ainsi de suite. » Il semble admettre ainsi quatre 
catégories : 1° l'une par impuissance à produire l'idée ; 
2° une par défaut d'atlention à la conserver une fois produite; 
3» une par incapacité sensorielle à la percevoir; 4° une enfin 
par impossibilité de s'élever à l'idée abstraite. Nous pouvons 
répondre à cela que pour admettre le premier cas, il faudrait 
admettre des idées innées, capables de se produire sponta- 
nément, sans provenir des sens ou de l'association d'idées 
communiquées par les sens, à moins que ce ne soit ce défaut 
de production d'idées par association qu'il veuille indiquer. 
Dans ce cas, il est dans le vrai. Il y a des idiots qui ne 
peuvent généraliser, comme nous le verrons. Dans le second 
cas, c'est l'attention qui fait défaut. C'est parfaitement exact; 
c'est même là le point capital. Sans attention, pas de per- 
ception nette, pas de mémoire précise. Dans le troisième cas, 
c'est le défaut de perception sensorielle des notions qu'on 
accuse. Nous venons précisément d'en montrer l'impor- 
tance. Enfin, dans le quatrième cas, l'idiot ne peut s'élever 

1. Griesinger, loc. cil. 



ACQUISITION DES IDÉES 209 

à l'idée abstraite. Rien de plus juste. Aussi, à part le vague 
qui règne à l'endroit de la première catégorie, Griesinger a 
vu exactement. Mais ce que nous contestons, c'est l'ordre 
qu'il a donné, si toutefois il a eu l'intention d'indiquer un 
ordre spécial. Pour nous, en effet, ce que Ton doit d'abord 
considérer, c'est l'imperfection sensorielle qui empêche 
toute notion d'entrer dans l'esprit. Ensuite, c'est l'attention 
qui, malgré la perfection des sens, l'empêche également, 
mais peut être obtenue. Puis vient l'impossibilité de la 
généralisation et enfin de l'abstraction. 

L'intelligence proprement dite comprend quatre opérations 
que nous allons passer successivement en revue : acquisition 
des idées, conservation des idées, association des idées, pro- 
duction des idées. 

Nous acquérons les notions et les idées de deux façons. Les 
notions ou idées concrètes nous sont fournies par les sens 
et exclusivement par eux au début, avant l'apparition du 
langage. Celui-ci, à son tour, nous fournit les idées et peut 
seul nous donner les idées abstraites. Lorsqu'il nous fournit 
des idées concrètes d'un objet, ce n'est qu'en faisant appel 
à la mémoire et à la faculté de comparaison. 

Nous avons déjà vu quel était l'état de la sensation chez 
les idiots et les imbéciles dans notre chapitre sur la per- 
ception des sensations. Nous avons vu que, à peu près nulle 
chez les idiots les plus inférieurs, elle commençait avec l'at- 
tention pour se développer avec celle-ci et atteindre presque 
la normale chez les imbéciles. Ces derniers, en effet, sont 
beaucoup plus aptes que les idiots à connaître les différents 
objets. Pour bien connaître un objet, il faut en effet mettre 
en jeu des facultés différentes qui sont la comparaison, le 
raisonnement et le jugement. Il faut saisir les ressemblances 
et les différences qu'il offre avec un objet analogue. Or, les 



210 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

idiots peuvent voir et ne pas toujours comprendre ce qu'ils 
voient, ou l'impression précédente s'efface devant l'impres- 
sion nouvelle plus vive. L'exercice de la vue, de l'ouïe, de 
tous les sens est donc indispensable si l'on veut éduquer les 
idiots, et c'est par là qu'il faut commencer pour leur faire 
entrer la première notion dans la tête. C'est à eux que peut, 
ou jamais, s'appliquer cette parole duP^almiste : ils ont des 
yeux et ne voient pas, ils ont des oreilles et ils n'entendent 
pas L'éducation des sens est la première à exercer, et Sé- 
guin, qui connaissait à fond ce sujet, ne s'y est pas trompé. 
Tous ceux qui Tont suivi ont appliqué ce principe. C'est là 
la leçon de choses qui est à la base à la condition, bien 
entendu, que l'attention soit suffisamment développée pour 
qu'elle soit suivie et par conséquent profitable. 

Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ici les procédés 
employés pour atteindre ce but. Cette question est une con- 
séquence de celle que nous étudions en ce moment, car il 
faut évidemment connaître le terrain qu'on a à cultiver avant 
de savoir comment le culliver et ce qui peut y pousser. 

Après les sens dont il faut faite l'éducation, la chose la 
plus importante à développer est le langage sans lequel les 
idées abstraites et les idées générales ne peuvent guère être 
introduites dans l'esprit. L'individu réduit aux seules notions 
que lui fournissent les sens, si parfaits qu'ils soient, resle 
au point où se trouve un animal intelligent. Au bout d'un 
certain temps, la répétition des mêmes sensations en pré- 
sence des mêmes objets lui donne, avec l'aide de la mémoire, 
une certaine expérience, qui lui permet de se rendre compte 
qu'il existe des objets ayant des propriétés semblables, 
quoique différant plus ou moins d'aspect, et c'est tout, pro- 
bablement. Au contraire, avec h langage nous pouvons 
donner les idées abstraites de temps, d'unité, d'infini, de 



ACQUISITION DES IDÉES 2il 

relatif et d'absolu etc., ce que les spiritualistes appellent les 
premiers principes. Qu'on nous permette de remarquer que 
si ces principes étaient réellement les premiers, s'ils étaient 
indispensables à toute intelligence pour son développement, 
on devrait les retrouver chez les intelligences même rudi- 
mentaires. Or, il s'en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi. 
Ces premiers principes ne sont que des résultats du raison- 
nement et pas du tout de l'expérience et encore moins des 
tendances naturelles de l'esprit humain. On oublie qu'il y a 
des degrés dans l'intelligence humaine tout comme il y en 
a entre celles des différentes espèces animales, et que l'in- 
telligence des êtres dégénérés que nous considérons est 
bien plus comparable à celle des animaux qu'à celle des 
esprits les plus élevés de l'humanité. 

Les procédés d'acquisition des idées chez l'idiot sont en 
réalité les mêmes qus chez l'enfant normal. Ce sont les sens 
et le langage. Mais ce qui diffère, c'est l'importance relative 
des deux, c'est la longue durée de l'emploi consécutif de ces 
deux moyens. Chez l'enfant normal, on commence natu- 
rellement par faire appel à ses sens pour lui donner la no- 
tion de ce qui l'entoure. Mais dès quinze mois ou même 
moins, on cherche à lui inculquer une image représentative 
de l'objet concret et même des qualités de cet objet par le 
mot qu'on lui associe continuellement. Bientôt, c'est surtout 
par le langage et non plus seulement par les sens qu'on 
fait pénétrer la nouvelle notion dans l'esprit de l'enfant. 

Dès trois ans on peut déjà lui donner des idées sans avoir 
recours aux sens, sans lui faire toucher, sentir, voir l'objet 
dont on lui parle, quoique l'association des deux méthodes, 
la leçon de choses soit toujours préférable. Chez l'idiot, il 
n'en est plus de même. Nous avons vu combien le langage 
est défectueux chez lui, non seulement pour l'exprimer, mais 



212 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

aussi pour le. comprendre. Quelquefois même il reste si rudi- 
mentaire que s'il fallait compter sur lui seulement, ce serait 
à désespérer de son éducation. Aussi chez lui faut-il 
s'adresser à ce qui est le plus développé, les sens. Au lieu 
de l'impressionner par là jusqu'à deux ou trois ans seule- 
ment, il faut les employer pendant dix ans et plus, toujours 
même quelquefois. Le langage n'est qu'un auxiliaire insuf- 
fisant. Il y a à Bicêtre, dans les ateliers, des enfants qui 
seraient incapables de nommer tous les objets dont ils se 
servent et qui cependant savent bien s'en servir et travaillent 
convenablement. A les voir travailler ainsi, on les croi- 
rait plus développés intellectuellement et on est surpris, 
quand on les interroge, de voir qu'ils vous comprennent à 

peine. 

L'acquisition des idées chez l'enfant normal et chez l'idiot 
se fait donc par les deux procédés ordinaires, mais d'une 
manière inverse, et avec une lenteur extrêmement plus 
marquée. 

Nous avons trois ordres de notions ou d'idées à étudier : 
les notions concrètes, générales et abstraites. Les notions 
concrètes nous étant fournies par les sens et ceux-ci ayant 
déjà été étudiés, étant d'ailleurs variables avec l'éducation, 
nous n'y reviendrions pas si nous ne voulions insister sur 
certains points et rechercher comment les idiots apprécient 
différentes qualités de la matière. 

Les formes qui les frappent le plus sont le carré et sur- 
tout le rond. C'est toujours à ces deux formes qu'ils se rap- 
portent pour définir le cercle. C'est ainsi que le quadrangle 
devient un carré allongé et l'ovale un rond allongé. Ils sai- 
sissent bien l'incompatibilité de ces deux formes, car pour 
eux, l'expression, « rond carré » signifie l'impossibilité. 



NOTIONS CONCRÈTES 213 

« Autant faire des ronds carrés », vous disent-ils, quand ils 
jugent une chose matériellement impraticable. 

Dès que l'idiot est capable d'un peu d'attention, il paraît 
éprouver une véritable jouissance à la vue des couleurs. 
C'est surtout le rouge qui l'attire, et beaucoup aiment à 
s'attifer de chiffons écarlates. Séguin a remarqué que la 
majeure partie des filles et un très petit nombre de garçons 
impressionnables, sont plus vivement affectés par les modi- 
fications du colons que par les différences de forme. Ainsi 
la plupart des filles distinguent très vite du bleu de plusieurs 
nuances, et les garçons mieux un losange d'un carré, un 
hexagone d'un octogone. Ils ne distinguent pas un objet par 
sa forme, mais par son usage. 

L'idiot a la notion de la surface, car il aime à passer et à 
repasser sa main sur ce qui est poli, comme la porcelaine, 
le verre, le bois raboté ; il sait donc apprécier le rugueux et 
le lisse. 

L'idiot profond ne sait pas apprécier les distances. Peut- 
être est-ce une des causes qui le font toujours rester en place. 
Il progresse lentement, comme par crainte de se cogner. 
Quand il marche, il s'arrête bien avant l'obstacle. Séguin 
dit qu'ils n'ont aucune notion des plans et que, pour les 
distances, ils les mesurent en raison de leur paresse et les 
trouvent toujours trop longues . Pour la quantité, au contraire, 
ils la mesurent en raison de leur gourmandise et la trouvent 
toujours insuffisante. 

Les notions générales et abstraites sont le résultat de la 
comparaison, de la généralisation, du raisonnement et du 
jugement, et trouveront mieux leur place quand nous exa- 
minerons ces diverses opérations psychiques. 

Il nous reste cependant encora un point à examiner au 



214 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

point de vue de l'acquisition des idées : c'est le rôle de 
l'imitation. Nous avons vu à propos de cet instinct que l'in- 
telligence n'y prenait qu'une bien faible part, et que c'était 
un acte automatique, l'exercice d'un instinct naturel. Mais 
de même qu'on reconnaît l'intelligence d'un enfant à la façon 
dont il imite plus ou moins bien les actes et les opérations 
mentales spéciales, surtout selon qu'il varie ses imitations 
en les adaptant aux circonstances, de même, d'un autre côté, 
l'imitation est une source de connaissances pour l'individu. 
Chez l'idiot, on ne peut malheureusement pas en tirer 
le même parti que chez les enfants ordinaires au point de 
vue intellectuel. On met en jeu leur pouvoir d'imitation 
pour les dresser en quelque sorte à faire tel ou tel travail, 
tel ou tel acte plus ou moins compliqué sans qu'ils en com- 
prennent souvent le but. On crée ainsi chez eux une asso- 
ciation de mouvements adaptés, analogue à ceux de la marche 
par exemple, et qui se reproduisent en quelque sorte sous 
forme de réflexe sans que l'intelligence y prenne part. Ce 
qui le prouve, c'est que si vous cherchez à modifier, en vue 
d'un but un peu différent, ces mouvements associés, c'est 
toute une éducation à refaire pour le nouvel exercice. La mise 
en jeu de l'imitation chez l'idiot n'a donc pas pour effet, à 
proprement parler, de développer son intelligence, mais bien 
plutôt son activité motrice et de la régler d'une façon déter- 
minée, invariable. Ce n'est pas une idée qu'on lui donie, 
c'est un mécanisme qu'on lui crée. Chez l'imbécile il n'en est 
pas de même. Il imite ce que l'on fait devant lui, grossière- 
ment et par à peu près le plus souvent, mais il l'imite. Mais 
si vous voulez le déshabituer du procédé que vous lui avez 
donné, il l'abandonne avec facilité. Vous croyez alors lui 
avoir appris quelque chose de nouveau et différentes ma- 
nières de faire suivant les différents cas. Malheureusement 



INTELLIGENCE LATENTE 2'f§ 

une idée chasse l'autre, et quand il se retrouve devant le 
premier cas auquel il était habitué, il n'est pas plus avancé 
et il faut lui remontrer, comme si c'était la première fois, 
ce qu'il a à faire. De sorte que sous un certain rapport, il 
est beaucoup plus facile de tirer parti du travail de l'idiot à 
condition de lui faire faire toujours identiquement le même, 
que de celui de l'imbécile qui ne se perfectionne que très 
peu, dont l'attention se fatigue très rapidement et à qui il faut 
incessamment remontrer la même chose dès qu'on a cessé 
de la lui faire exécuter. Chez l'imbécile, par conséquent, l'i- 
mitation fait naître une notion que l'intelligence assimile, 
mais qu'elle est incapable de retenir, ce qui revient au 
même que si elle ne l'assimilait pas. 

Il ne faut pas croire cependant de ce que l'intelligence ne 
se manifeste pas toujours qu'il n'existe aucune impression 
intellectuelle dans le cerveau. Il peut arriver simplement que 
cette impression n'ait pas été assez forte pour être facilement 
extériorisée à nouveau, ou que l'attention du sujet ne soit pas 
assez intense pour la faire surgir dans le champ de la cons- 
cience. Celte double hypothèse n'est pas une simple vue de 
l'esprit. De même qu'on voit certains aliénés recouvrer une 
lucidité complète ou relative sous l'influence d'une affection 
fébrile, oh peut voir, comme l'a remarqué avec justesse 
Griesinger, et après lui Féré, une excitation provoquée par 
une douleur, ou une maladie aiguë déterminer des manifes- 
tations intellectuelles, une activité psychique qui jusque là 
étaient restées cachées ou qui semblaient ne pas exister. 
Cela nous montre que chez quelques idiots à l'état ordinaire, 
la réceptivité intellectuelle est plus grande qu'on ne le pen- 
sait, et que s'ils ne peuvent manifester leurs impressions, 
celles-ci n'en laissent pas moins quelques traces dans leur 
esprit. 



216 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

Griesinger rapporte l'histoire d'un idiot qui ne pouvait 
articuler que quelques mots et qui, étant devenu hydrophobe, 
se mit à parler de choses qui étaient arrivées plusieurs 
années auparavant et auxquelles à cette époque il n'avait pu 
prendre aucune part. 

Les notions et les idées,, une fois qu'elles ont fait impres - 
sion dans le cerveau, doivent, pour être profitables, y de- 
meurer plus ou moins longtemps. Autrement la vie psychique 
n'est qu'une succession d'impressions n'ayant aucun lien 
entre elles. L'éducation serait absolument impossible, l'ex- 
périence n'existerait pas. La mémoire, c'est-à-dire la fa- 
culté qu'a le cerveau de conserver les impressions sensibles 
et les images représentatives des objets et des mots, est donc 
une condition primordiale du développement intellectuel et 
de la personnalité. C'est elle que nous allons maintenant 
étudier. 

On peut distinguer trois sortes de mémoires : hérédi- 
taire, organique, acquise. La mémoire héréditaire peut 
expliquer certaines aptitudes singulières que l'on rencontre 
chez quelques idiots et qui font contraste avec le reste de 
l'intelligence du sujet. Nous avons déjà cité l'exemple de 
cet idiot dont le grand'père, le père et le frère étaient tam- 
bours et qui s'était mis à battre de la caisse sans avoir 
jamais vu cet instrument. On en pourrait citer bien d'autres 
exemples. Cette mémoire pourrait encore expliquer comment 
certains idiots sont capables de faire certaines choses assez 
complexes et demandant la mise en jeu de plusieurs fa- 
cultés, telles, par exemple que jouer aux cartes. Il semble 
assez difficile, en effet, comme le remarque Pérez, à propos 
de certains enfants présentant cette particularité, que l'in- 



MÉMOIRE ORGANIQUE 217 

telligence, remarquable dans un exercice donné qui nécessite 
la mise en action de l'intelligence tout entière, se souvenir, 
imaginer, prévoir, regarder, calculer, juger, raisonner, que 
cette intelligence soit nulle en tout le reste. En admettant 
la mémoire héréditaire, il nous semble, quoique malheu- 
reusement nous n'ayons pu l'expérimenter nous-même, que 
cela peut s'expliquer assez rationnellement. Cette question 
de la mémoire héréditaire est du reste très obscure encore, 
car il est jusqu'ici admis que les phénomènes intellectuels 
acquis ne se transmettent pas. 

La mémoire organique, c'est-à-dire la mémoire incons- 
ciente de mouvements associés, combinés en vue d'un but 
déterminé, comme par exemple la marche, pour ne citer 
que l'exemple le plus simple, est quelquefois complètement 
nulle chez les idiots. Il y a à cela deux raisons : l'état des 
centres nerveux et l'état de l'attention. Les deux choses 
peuvent du reste se combiner. D'une part, en effet, nous 
savons que pour qu'un mouvement se produise, il faut que 
l'image représentative du mouvement apparaisse dans le 
centre. Plus cette image apparaîtra sous une faible excita- 
tion, plus le mouvement s'exécutera avec rapidité et facilité , 
au point qu'au bout d'un certain temps il se passera presque 
complètement en dehors du champ de la conscience. Or, 
chez les idiots, ces centres sont, ou arrêtés dans leur déve- 
loppement ou atteints de lésions plus ou moins destructives. 
Dans l'un ou l'autre cas, on comprend que leur fonctionne- 
ment soit très défectueux et que les impressions motrices ne 
se fixent pas dans les centres. Mais, d'autre part, nous avons 
dit combien l'attention était faible chez l'idiot, instable chez 
l'imbécile. Si les centres moteurs proprement dits ne sont 
pas touchés, mais que l'ensemble du cerveau soit atteint 
pans son développement, l'attention nécessaire pour fixer 



218 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE I /IMBÉCILE 

l'impression produite sera insuffisante ou elle mettra très 
longtemps à se fixer, ou elle ne se fixera jamais. Une fois 
fixée cependant, elle subsistera plus ou moins longtemps. 
C'est ce qui arrive pour les mouvements associés comme 
ceux de la marche. Mais nous allons voir tout à l'heure, à 
propos de la mémoire acquise, que la persistance de l'im- 
pression produite n'est pas la même chez l'idiot et chez 
l'imbécile. 

Plus encore que pour la mémoire organique, l'attention 
est indispensable pour la mémoire acquise. « La mémoire, 
dit Griesinger », est le seul côté par lequel ces individus 
soient accessibles à l'éducation, et encore ce que Ton peut 
obtenir de mieux, c'est qu'ils satisfassent à peu près par 
leurs pensées et par leurs actes aux convenances de la vie 
ordinaire, c'est qu'ils se rendent un peu utiles pour toutes 
les choses qui demandent plutôt une simple imitation que 
de l'initiative ». Sans l'attention, pas de mémoire, non pas 
tant que Tatlention soit nécessaire à la reproduction des 
impressions dans l'écorce, mais bien parce qu'elle est indis- 
pensable à leur fixation. Pérez 2 en fait également une con- 
dition essentielle delà mémoire, tout en admettant, comme 
nous le faisons nous-même, qu'elle dépend aussi de ces sti- 
mulants, c'est-à-dire delà sensibilité sous toutes ses formes. 
L'émotion y joue un rôle énorme en fixant plus vivement 
les images, et, comme dit Bain, l'absence de sensation en- 
traîne nécessairement une absence de mémoire. Chez les 
enfants intelligents dont le développement se fait rapide- 
ment, où beaucoup de facultés se développent pour ainsi dire 
simultanément, il est moins aisé de saisir le rôle de l'atten- 
tion dans la mémoire, l'attention se montrant dès le bas 

1. Griesinger, loc. cit. 

2. Pérez, loc. cit. 



DÉVELOPPEMENT DE LA MÉMOIRE 219 

âge. Au contraire, chez l'idiot, on assiste quelquefois au 
développement tardif de l'attention, au moins à l'égard de 
certains sujets et précisément de ceux qui développent le 
plus l'intelligence. Chez l'enfant, par exemple, on attire son 
altention sur la connaissance des choses avant de songer à 
l'attirer sur les mouvements organiques, son état physique 
ne le permettant pas encore. Plus tard, l'attention se porte 
encore de préférence sur tout le domaine intellectuel : 
langage, raisonnement, image des ohjets, etc. Chez l'idiot, 
au contraire, on ne peut souvent attirer son altention sur 
aucun ohjet, et lorsque son état est assez résistant, on s'oc- 
cupe alors de dé\elopper ses organes et de les éduquer. Ce 
sont les mouvements automatiques, héréditaires, qui s'ap- 
prennent le mieux. Mais une fois appris, l'idiot peut aller, 
venir, se mouvoir, sans qu'il soit possible de fixer son atten- 
tion sur quoi que ce soit d'intellectuel. On le voit prendre 
les objets sans avoir i'air de les connaître, à moins qu'ils ne 
servent à quelque besoin impérieux, comme la nutrition. 
On cherche alors à éduquer ses sens, à attirer son attention 
intelligente par tous les moyens en notre pouvoir. On est 
frappé alors de voir que c'est seulement à partir de ce mo- 
ment que l'impression déterminée peut se fixer dans le 
cerveau, déplus en plus facilement, et au bout d'un certain 
temps on reconnaît qu'à la vue d'un objet l'idiot se rappelle 
l'avoir déjà vu. L'impression n'est donc pas seulement fixée, 
mais elle est susceptible d'être réveillée, et c'est là ce qui 
constitue la véritable mémoire. Après qu'on a pu ainsi la 
réveiller par l'objet lui-même, on associe un mot à l'objet, 
et alors c'est le mot qui suffit à réveiller l'image de l'objet. 
La mémoire est alors complètement constituée. 

Ces différentes phases de la mémoire qui se déroulent 
rapidement chez l'enfant normal sont beaucoup plus lentes 



220 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

chez l'idiot, et quelquefois même on ne les voit pas toutes 
se succéder. Cette dissociation est intéressante, car on ne 
peut guère l'observer sur les enfants ordinaires. 

A un premier degré, nous voyons la mémoire à l'état 
latent, se développer sous l'influence seulement d'une vio- 
lente excitation, telle que celle causée par une maladie 
fébrile ou par une émotion forte. C'est la première phase : 
la mémoire existe bien sous le rapport de la conservation 
de l'idée, de l'image, mais elle n'existe pas sous le rapport 
de la reproduction de cette image, au moins dans les condi- 
tions normales. 

Faisons un pas de plus, et nous voyons un idiot qui, à 

côté de cette mémoire latente (que l'on ne peut pas toujours 
constater) présente seulement le second degré, le rappel de 
l'image sous l'impression de l'objet réel. C'est ce qu'on cons- 
tate en effet assez souvent, et en particulier pour les objets 
qui excitent leurs désirs, et de même aussi pour les lieux 
(mémoire des lieux). Nous avons vu, à propos de l'attention, 
que la première chose qui attirait l'attention des idiots 
incurables était la vue de la nourriture. Il est bien évident 
que s'ils poussent des cris de joie à cette vue, c'est qu'ils se 
rappellent les sensations antérieurement produites par les 
mêmes objets. En dehors de la vue, rien ne peut leur rap- 
peler cette image. Ils ne comprennent pas le mot qui la 
représente. Mais, dans ce cas, on peut penser que c'est 
presque un simple réflexe qui fait croire à un phénomène 
de mémoire, et que c'est le goût et l'odorat mis en jeu pour 
la plus grande satisfaction de l'estomac, qui éveillent en 
même temps la sensation agréable que produit la satisfaction 
d'un besoin tel que la faim. Il est certain que cela doit agir 
dans une certaine mesure. Mais cela n'agit pas seul, car la 
seule vue des plats et des assiettes sans aliments, suffit à 



DEGRES DE LA MEMOIRE 221 

déterminer cette joie sans qu'on puisse invoquer ici l'in- 
fluence de l'excitation des sens du goût et de l'odorat. Il y a 
certainement un fait d'association d'images, un fait de mé- 
moire. 

Il en est de même, et à un degré supérieur, de la mémoire 
locale qui, elle, ne saurait agir par la satisfaction d'un 
besoin naturel impérieux. Celle-ci du reste ne se rencontre 
que chez l'idiot curable, chez qui l'attention commence à se 
développer. Il reconnaît très bien le réfectoire, la classe, le 
dortoir, son lit même dans ce dortoir. Ici, ce n'est plus 
l'émotion vive qui produit le réveil de l'image, c'est parce 
qu'elle est plus fixée par la répétition de la sensation. Il 
reconnaît même les personnes qu'il a l'habitude de voir, et 
même quelquefois après être resté assez longtemps sans les 
voir. 

Tous ces phénomènes de mémoire sont très simples. Ils 
supposent la mise en jeu d'un très petit nombre de centres. 
Cette mémoire n'implique pas le langage; c'est celle qu'on 
peut observer chez les animaux. 

Au contraire, dès que le langage existe, tout un champ 
nouveau est ouvert à la mémoire ; d'une part, le souvenir 
des choses connues par l'intermédiaire des sens, à l'audition 
du mot qui les représente, et, d'autre part, le souvenir d'une 
idée introduite dans l'esprit sans le concours des sens et 
simplement par le langage. Ces deux degrés peuvent encore 
s'observer isolément chez l'idiot. 

Nous avons vu, à propos du langage, qu'il y a des idiots 
qui comprennent à peu près sans pouvoir parler, comme à 
un certain âge font les enfants ordinaires. Chez eux il suffit 
de dire un mot simple, le nom d'un objet qu'ils connaissent 
bien, pour que leur attention se porte sur cet objet s'il se 
trouve près d'eux, ou de le leur promettre pour éveiller 



222 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

chez eux l'idée. Si on leur promet par exemple un gâteau, 
ils expriment de la joie, ce qui montre bien que, chez eux, 
l'image verbale, auditive a éveillé l'image visuelle et gusta- 
tive du gâteau. Le réveil d'images n'est autre chose qu'un 
phénomène de mémoire encore bien simple. Malgré cela, 
c'est un adjuvant utile pour l'éducation; car, d'après Bain *, 
la mémoire y jouerait le plus grand rôle. Il permet en effet 
d'exciter l'attention sur d'autres points par la perspective 
d'un objet désirable qu'on n'a pas en sa présence, ou d'une 
punition déjà subie. On n'agit pas autrement avec un ani- 
mal éducable, comme le chien par exemple, chez lequel le 
mot fouet éveille l'idée de correction. Beaucoup d'idiots s'en 
tiennent là si leur aptitude à comprendre le langage est peu 
développée. Si elle Test suffisamment, on peut beaucoup 
mieux agir et les éduquer. 

Mais une condition nécessaire aussi à la mémoire , c'est 
l'association des idées, laquelle, nous allons le voir, est assez 
faible chez les idiots et les imbéciles. En effet, tout fait de 
mémoire comporte une idée de temps et de lieu, un réveil 
d'images visuelles, auditivesou autres. Si l'un de ces éléments 
vient à manquer, le souvenir est incomplet. Or comme il 
paraît bien que ces images ont. des centres spéciaux, si les 
associations entre ces différents centres ne se font pas ou se 
font mal, la mémoire se trouve compromise, et c'est ce qui 
arrive le plus souvent chez les idiots et les imbéciles. Ajou- 
tons aussi que souvent le réveil de l'image principale se 
fait faiblement, et nous comprendrons pourquoi l'associa- 
tion se fait aussi mal. 

Il faut aussi pouvoir réveiller les émotions, les sentiments 

1 Bain, loc. cil. 



RAPPEL DES ÉMOTIONS 223 

et les idées précédemment développés. Nous avons vu à 
propos des sentiments combien les émotions sont atténuées 
chez les id ofs et les imbéciles. A plus forte raison, le réveil 
des émotions chez eux doit il être très faible. Pour réveiller 
l'émotion déjà éprouvée on ne peut se servir que du lan- 
gage. 11 faut donc que l'enfant comprenne suffisamment la 
langue. Parmi les émotions les plus fortes que l'idiot puisse 
éprouver, celle de la crainte vient en première ligne, avec 
celle du plaisir. Ce sont les deux moyens d'éducation qu'on 
applique couramment. Mais avant de recourir à la menace 
ou à la promesse par le fait même, comme lorsqu'on montre 
le fouet ou un gâteau pour obtenir ce qu'on ordonne, on 
recourt d'abord à l'idée du fouet ou du gâteau déjà connus 
pour frapper l'esprit. Si nous prenons ces exemples simples 
— et ce sont presque les seules émotions qu'on puisse dé- 
terminer chez des idiots inférieurs — nous voyons qu'il est 
très difficile d'éveiller leur souvenir d'une punition reçue 
ou d'un gâteau donné pour les faire agir. L'émotion laisse 
trop peu de souvenir dans leur esprit, et comme d'autre part 
elle perd rapidement de son intensité, si elle est souvent re- 
nouvelée, il en résulte qu'on est pris au dépourvu et qu'on 
tourne dans un cercle vicieux. L'idiot est craintif, c'est vrai; 
mais sitôt la crainte de la punition entrevue passée, elle dis- 
paraît presque complètement de son esprit. Il en est de 
même du plaisir qu'on lui procure. Chez l'imbécile, le sou- 
venir des deux choses existe, mais par le fait de son insta- 
bilité mentale, le souvenir, affaibli déjà, s'efface rapidement 
et on n'a par conséquent que très peu d'action. La mémoire 
affective est donc très peu développée chez eux, au prorata, 
du reste, de leur affectivité qui est rudimentaire ou pervertie. 
Cette aptitude à reproduire les émotions de tout genre. 
constitue un des traits les plus précoces et les plus tenaces 



224 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

du caractère. Eh ! bien, chez les idiots, le caractère est vague, 
mal dessiné. On sait bien grosso modo si tel enfant est doux 
ou craintif, tel autre violent ou méchant, et c'est à peu près 
tout. L'analyse du caractère est, du reste, une des choses 
les plus difficiles de la psychologie normale, et on ne sait 
pas même bien au juste ce qu'il faut entendre par le terme 
de caractère. Quoi qu'il en soit, on voit que ce qu'on observe 
du caractère des idiots concorde bien avec ce qu'on constate 
de leur impuissance à reproduire tel ou tel genre d'émotions. 

Les faits qui sont du domaine de l'intelligence, qu'on peut 
répéter à satiété, dont on peut aussi souvent qu'on veut 
impressionner l'esprit, s'imprègnent mieux dans le cerveau, 
et c'est ainsi qu'on peut arriver à la longue à apprendre 
certaines connaissances indispensables. 

Diverses influences excitent du reste la mémoire, les émo- 
tions agréables par exemple, l'attention. Or, fout cela est 
atténué chez les idiots, d'où les difficultés qu'on éprouve 
dans leur éducation. 

Nous devons dire un mot aussi des mémoires spéciales 
qu'on observe chez certains idiots et imbéciles. La plupart 
des sujets extraordinaires qu'on exhibe rentrent dans cette 
catégorie d'individus. M. Falret nous a cité un imbécile 
d'un asile d'Angleterre connaissant la date de naissance et 
de mort de tous les grands hommes et la date de beaucoup 
de faits historiques, de batailles, etc. Sur tout le reste l'in- 
telligence et la mémoire même sont presque nulles. Il en 
est de même de la mémoire pour les airs de musique qu'on 
remarque si fréquemment chez les idiots. B... un jeune 
idiot de cinq ans, à Bicètre, ne revient jamais de chez ses 
parents sans connaître toute une série de nouvelles chan- 
sons qu'il ne comprend du reste pas. C'est le fait des imbé- 
ciles aussi qui retiennent facilement les vers et les chansons 



MÉMOIRE DES IMBÉCILES 225 

dont le rythme les aide considérablement. M. Charpentier 1 
a cité l'observation très intéressante d'un imbécile chez le- 
quel il y avait eu suppression complète du langage pendant 
vingt ans et qui, un jour, s'était remis à parler couramment. 
Malgré l'absence d'exercice pendant un aussi long temps, 
le souvenir ne s'était donc pas du tout perdu des mouve- 
ments nécessaires à l'articulation. 

En somme nous voyons que la mémoire est très impar- 
faite chez l'idiot et chez l'imbécile. Ce qu'elle présente sur- 
tout, c'est la difficulté de conservation de l'image et surtout 
de reproduction. Elle est paresseuse comme son attention. 
Mais elle offre avec celle de l'imbécile cette différence, qu'elle 
est plus souvent accompagnée de compréhension. La mé- 
moire des imbéciles est quelquefois très développée, mais 
si on les observe avec soin on s'aperçoit qu'ils récitent tou- 
jours les choses dans Tordre où ils les ont apprises, et qu'ils 
ne les comprennent pas. La moindre interversion que vous 
introduisez dans leur récitation, la moindre interruption les 
arrête. Quand ils ont de la mémoire ils n'ont donc pas pour 
cela d'intelligence, mais ils peuvent, la première fois qu'on 
les entend, en imposer. Si on leur fait raconter de nouveau 
ce qu'ils vous ont déjà dit, on est surpris de les entendre 
débiter leur récit de la même façon, dans les mêmes termes 
pour ainsi dire stéréotypés. C'est de l'automatisme pur, et 
si vous leur demandez la moindre explication sur un point, 
ils sont incapables de vous la donner. Autant de fois vous 
les ferez recommencer, autant de fois ils vous débiteront les 
choses de la même manière. S'ils ont appris les jours de la 
semaine, par exemple, en commençant par le jeudi, et que 
vous leur demandiez de vous les énumérer en débutant par 



1. Charpentier, Annales médico-psychologiques, 1885. 

15 



226 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

le lundi, il en est qui en seront incapables. Leur mémoire, 
très inégale du reste, ne peut donc leur servir en rien. S'ils 
apprennent quelquefois relativement assez vite, ils oublient 
de même. Aussi les idiots peuvent-ils se maintenir très long- 
temps au même point de développement une fois atteint, 
tandis que si on abandonne tant soit peu les imbéciles à 
eux-mêmes, ils oublient généralement tout avec une rapidité 
extrême. L'éducation des idiots curables est donc, sous un 
certain rapport, plus profitable que celle des imbéciles. 

Ces matériaux acquis par les sens et le langage, conser- 
vés, et reproduits par la mémoire, seraient peu de chose si 
l'on n'en tirait pas parti pour raisonner et juger, c'est-à-dire 
faire œuvre d'intelligence. Mais ces deux actes mentaux né- 
cessitent, pour se produire, des opérations préliminaires. Ces 
opérations sont la comparaison qui nous fait apercevoir les 
ressemblances et les différences des choses: l'association des 
idées, laquelle se fait par contraste, par ressemblance ou 
par contiguïté. Nous pouvons, par la comparaison, nous éle- 
ver de l'idée concrète à l'idée générale et à l'idée abstraite, 
et c'est en associant ces idées ensemble que nous pourrons 
raisonner et juger en dernier terme. Gomment ces diverses 
opérations se passent-elles chez l'idiot ? C'est ce qu'il nous 
faut maintenant examiner. 

Baini, considère comme la première condition de la com- 
paraison et du jugement la distinction des différences entre 
les choses; c'est le discernement : «L'esprit a pour point de 
départ le discernement, dit-il. La conscience de la différence 
est le commencemeut de tout exercice de l'intelligence. » Il 
reconnaît du reste aussi que la faculté de constater les res- 

1 . Bain, loc. cit. 



APPRÉCIATION DES RESSEMBLANCES 227 

semblances est également indispensable. Les psychologues 
sont divisés sur la question de savoir si l'on est apte à sai- 
sir les différences avant les ressemblances. Si l'on tient 
compte que plus les sens sont exercés et sensibles, plus on 
saisit des différences minimes, on comprendra que des sens 
très rudimentaires comme ceux de l'enfant en bas âge ou de 
l'idiot seront facilement induits en erreur, et que ce seront 
surtout des ressemblances grossières qui les frapperont. Il 
est évident d autre part, que des objets absolument différents 
de forme ne seront pas confondus. Mais ce qui montre le 
mieux l'étendue de l'intelligence, ce n'est pas de saisir 
des ressemblances même assez fines, mais bien des diffé- 
rences légères, car c'est à ce prix que nos connaissances 
s'étendent et que nous apprenons que des objets en appa- 
rence semblables ont des usages et des propriétés diffé- 
rents. 

Chez les idiots, c'est manifestement l'appréciation des res - 
semblances qui prédomine. L'idiot simple peut comparer, 
mais ne saisit que des rapports grossiers et superficiels. Ce 
qui le frappe le plus, c'est la couleur et la forme. Nous 
avons vu que c'est même souvent la couleur^ de sorte qu'on 
comprend qu'ils jugent bien mal si, pour comparer deux 
objets, ils s'en rapportent d'abord à cette qualité tout à fait 
accessoire dans la majorité des cas. Ils confondent très fa- 
cilement les personnes. Toutefois, c'est elles qu'ils ap- 
prennent en premier à différencier. Quant aux objets, ils 
ne saisissent que les grosses ressemblances et appellent, par 
exemple, pomme, tout ce qui y ressemble. Il en est de même 
pour les différences. Sous ce rapport, c'est le sens de la vue qui 
est le plus développé. Pour les sens moins parfaits comme 
le goût, l'odorat surtout, il est extrêmement difficile de leur 
faire sentir des différences même assez fortes, et toujours 



228 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

d'une manière vague. Ils sont incapables de préciser, et 
même, si on insiste, ils se contredisent fréquemment. 

Les idiots profonds, incurables ne saisissent pour ainsi 
dire pas la différence entre les objets et même entre les 
personnes. Certains ne manifestent absolument aucun sen- 
timent quand ils changent d'infirmières. C'est plutôt par les 
sensations qu'ils éprouvent lorsqu'ils sont soignés par elles 
qu'ils apprécient la différence entre les unes et les autres. 

Le discernement, base véritable de nos conceptions intel- 
lectuelles, est donc très défectueux chez l'idict. Chez l'im- 
bécile on observe de même une aptitude beaucoup plus 
considérable à saisir les ressemblances que les différences. 
C'est ainsi qu'ils apprécient souvent le côté grotesque des 
personnes, ce qui se traduit par des comparaisons quelque- 
fois assez drôles et qui les font paraître plus intelligents qu'ils 
ne sont réellement, ou le plus souvent saugrenues et en 
général triviales, grossières. 

La généralisation est le fait de la comparaison et de 
l'appréciation des ressemblances. C'est un phénomène d'in- 
duction. Les idiots généralisent-ils au sens exact du mot? 
Appeler les choses d'un terme général parce qu'on n'en 
saisit pas les différences, et les appeler ainsi parce qu'on en 
saisit les ressemblances, n'est pas identique. Appeler fleur 
toutes les fleurs parce qu'on n'est pas capable de saisir les 
rapports de ressemblances et de différences qui existent 
entre les fleurs, n'est pas faire œuvre de généralisation. A 
ce compte tous les enfants généraliseraient. Le savant, au 
contraire qui, après avoir analysé les caractères spéciaux de 
plusieurs fleurs, dit : Toutes les fleurs qui présentent tel 
caractère sont des roses, a fait de la généralisation. Or les 
idiots se servent des termes généraux comme les sauvages 
parce qu'ils ne saisissent que les rapports de ressemblance 



GENERALISATION 229 

et non par suite d'une induction. Pour généraliser, pour 
induire scientifiquement, ou intelligemment tout au moins, 
il faut tenir autant de compte des différences que des ressem- 
blances. Aussi ne saisissant en général que les ressemblances, 
induisent-ils faussement. C'est ainsi que tout fruit rond de- 
vient pour eux une pomme, si le premier fruit qu'ils aient 
vu de cette forme a été une pomme. 

Ils sont cependant capables de généralisations simples 
comme ils sont capables de comparaisons simples. R. . . , idiot 
aveugle, reconnaît bien le fer et le bois, et pour cela il 
essaye de le casser. Si imparfaite que soit son idée des qua- 
lités caractéristiques du fer, il en a une pratique qui a dû 
le frapper, c'est que le fer est dur et ne se casse pas, tandis 
que le bois est plus tendre et se casse. Il est certain qu'il 
généralise trop, mais enfin il généralise, s'élevant d'un point 
de vue particulier à une observation générale. Ce n"est qu'à 
la longue que cette généralisation se produit cbez l'idiot, ce 
n'est qu'après maintes expériences, mais une fois enracinée 
elle l'est bien. Chez l'imbécile, au contraire, ce sont des gé- 
néralisations hâtives. Saisissant plus vite encore que l'idiot 
les ressemblances des objets, il fait une induction encore 
plus erronée ordinairement. Il lui suffit d'une expérience pour 
conclure qu'il doit toujours agir de même. Aussi commet-il 
si facilement des sottises de la meilleure foi du monde. C'est 
là un trait frappant de son caractère et qui lui donne cette 
confiance en lui-même, cette fatuité si fréquente chez lui. 
Aussi faut-il bien prendre garde de ne pas laisser aux imbé- 
ciles une initiative qui est bien rarement couronnée de succès. 

La faculté de généralisation existe d'une manière évi- 
dente chez les animaux. La répulsion ou l'attraction qu'ils 
ont pour certaines personnes indiquent qu'ils ont une idée 
générale de son caractère, de ses manières, etc. Chez l'idiot 



230 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

complet, la généralisation, même sous cette forme indécise, 
n'existe pas. Chez l'idiot simple elle existe certainement. 
H...,, un idiot de Bicêtre, par exemple, quand il voit une 
femme n'ayant pas de bonnet d'infirmière l'appelle Caroline, 
qui est le nom de sa mère, 

Max Millier et Taine ont prétendu qu'il n'y a pas d'idées 
générales sans mots. Ce serait refuser cette faculté aux ani- 
maux. C'est, du reste, faux, même chez l'homme. Car l'en- 
fant montre sa faculté de généralisation avant de pouvoir 
parler. Puis la généralisation n'est pas une faculté spéciale. 
Il n'y a pas de compartiments dans l'intelligence humaine. 
Tout s'associe plus ou moins. Pérez dit justement : « Le 
mot progresse comme l'idée et par l'idée. » La généralisa- 
tion n'est en définitive pour l'enfant qu'une similitude plus 
ou moins étendue. C'est pourquoi les idiots et les imbéciles 
généralisent si facilement, et en même temps si faussement. 

Locke, Condillac et bien d'autres ne considèrent les idées 
abstraites que comme une dérivation du langage et les re- 
fusent par conséquent aux jeunes enfants. Pérez 1 prétend, 
au contraire, que les enfants sont capables d'abstraction et 
que le langage sert surtout à préciser, limiter, fixer, mais 
non à engendrer ce qu'on appelle les idées abstraites. Si 
véritablement les idées abstraites sont indispensables à toute 
intelligence, il faut bien admettre qu'elles existent chez 
nos sujets, si atténuées qu'on les suppose. 

Chez les inférieurs incurables, elles n'existent pas du 
tout. « Dans l'idiotie profonde, dit Griesinger, les impres- 
sions sensoriales ne produisent que peu d'idées : celles-ci 
sont si passagères et superficielles qu'elles s'effacent promp- 

4. Pérez, loc. cit. 



ABSTRACTION 231 

tement sans donner lieu au travail d'abstraction, de sorte 
que ces individus n'ont guère que des idées matérielles, 
isolées, déterminées par les impressions sensoriales. » 

Chez les idiots curables au contraire, même ne sachant 
pas parler, les idées abstraites existent certainement, très 
vagues sans doute, mais il ne s'agit pas ici d'une question 
de degré. Passons donc en revue quelques idées abstraites. 

Parmi elles, celle de nombre est une des plus impor- 
tantes. Chez les animaux, comme la pie, le mulet, l'idée de 
nombre existe d'une manière évidente. Il en est de même 
des idiots. Dev..., idiot simple, sourd-muet, de Bicêtre, a 
dans la main une poignée de cailloux : prenez-les-lui et ne 
lui en rendez qu'une petite partie, il vous regarde aussitôt, 
puis baisse la tête et fuit en vous regardant obliquement. 
Sa physionomie s'est assombrie. Nul doute qu'il s'est senti 
atteint dans son individualité. Il sent d'intuition qu'il est 
volé. Si on fait la même expérience chez un idiot complet, 
on n'a aucun résultat. Il vous regarde avec indifférence. 

Ce n'est guère qu'à six ou sept ans qu'un enfant normal 
sait compter des objets jusqu'à 10, et vers dix ans jusqu'à 
400, en dehors, bien entendu, de la numération apprise par 
cœur. 

Le calcul est très difficile chez les idiots, nul chez les 
incurables. Les idiots les plus intelligents peuvent à peine 
arriver à compter jusqu'où arrivent des enfants de dix ans, 
et encore si on les trouble au milieu de leur énumération 
en leur faisant sauter quelques nombres, ils ne sont plus 
capables de continuer. — Séguin conseille de supprimer 
le plus possible l'abstrait de l'éducation du calcul. Là aussi, 
comme pour la lecture, on commence par l'idée concrète et 
tel idiot qui ne saurait pas compter jusqu'à 10, sait le faire 
s'il compte sur ses doigts ou avec des boules. Il en est de 



232 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

même non seulement pour la numération, mais aussi pour 
les opérations les plus simples, addition et soustraction, qu'il 
ne saurait faire au tableau et encore moins de tète. 

On arrive assez facilement à leur apprendre l'addition. Il 
y a de nombreuses difficultés pour leur faire comprendre 
la soustraction. Certains même ne peuvent y arriver, quoique 
assez développés. Tel est Gr.., un idiot myxœdémateux dont 
nous avons déjà parlé, qui sait lire et assez bien écrire. Et 
cependant, quoiqu'il ne puisse arriver à une soustraction, il 
sait très bien ce qu'il dépense et ce qu'il a encore d'argent 
entre les mains du surveillant. Mais c'est évidemment 
sous la forme concrète de pièces de monnaie qu'il fait son 
compte. 

Le principe de la multiplication n'est pas compris. Ils 
^arrivent à faire cette opération que lorsqu'ils ont de la mé- 
moire. Dans l'immense majorité des cas la division est im- 
possible. Quant aux problèmes, idiots et imbéciles sont éga- 
lement incapables d'y rien comprendre. Ils ne savent pas 
discerner dans quel cas il faut faire telle ou telle opération. 

Chez les imbéciles on observe pour le calcul quelque chose 
d'analogue à ce que nous avons vu pour la mémoire. Il en 
est qui comptent jusqu'à plusieurs centaines en disant 2 et 2, 
4 et 2, 6 et 2, etc., etc., ou 2 et 2, 4 et 4, 8 et 8, etc., etc. 
Mais faites leur dire combien font 4 et 3, et ils ne savent 
plus. La mémoire agit seule chez eux et dès que vous faites 
appel au raisonnement vous avez un résultat négatif. Ce 
sont des séries apprises par cœur qu'ils vous récitent, mais 
sans avoir aucune idée du nombre abstrait. Aussi en voit- 
on souvent qui remplacent celte notion abstraite par une 
notion concrète. Ils comptent sur leurs doigts par exemple, 
mais ne pouvant aller au-dessus de 10, ils font figurer a 
une de leurs mains le plus gros nombre qu'on leur indique 



CALCUL 233 

à additionner et comptent le plus petit sur les doigts de 
l'autre main. Vous leur dites par exemple d'additionner 
15 et 4 : ils posent une main en disant 15, et avec les autres 
doigts comptent 16, 17, 18, 19. Mais si on leur demande 
d'ajouter un nombre supérieur à une dizaine ils sont très 
embarrasses et le plus souvent en sont incapables. On peut 
dire que le calcul et les nombres, en tant qu'abstractions, ne 
sont pas compris par eux et encore moins par les idiots. 

Nous avons vu dans le chapitre Des Instincts, à propos 
des aptitudes spéciales de certains idiots, qu'il y en avait qui 
présentaient des aplitudes singulières au calcul. Belhomme 
en cite par exemple un de quarante-huit ans qui possédait 
cette faculté de dire assez promptement, sans se tromper, à 
quel quantième de Tannée correspondait le jour qu'on lui 
désignait et qui ignorait d'ailleurs en quelle année il vivait. 
Ces faits d'automatisme n'ont rien à voir évidemment avec 
le calcul tel que nous venons de l'examiner. 

Les idiots, comme les enfants, n'ont guère la notion du 
temps écoulé et encore moins celle du temps à venir. Sans 
but dans l'existence, indifférents à ce qu'on leur fait faire, 
n'ayant qu'une mémoire assez imparfaite, ils savent à peine 
indiquer à quelle époque de l'année on est, quel mois et 
souvent même quel 'jour. Ils ressemblent en cela aux déments 
et à certains aliénés ayant de la stupeur, pour qui les sen- 
sations et les événements se succèdent sans qu'ils saisissent 
le moindre rapport de temps entre eux. Mais ont-ils l'appré- 
ciation du temps présent qui s'écoule? Se rendent-ils compte 
du temps qu'ils mettent à faire une chose? Sous ce rapport 
ils sont comme les animaux qui reconnaissent par certaines 
sensations que le moment est venu de les satisfaire. Telle 
est par exemple l'heure du repas. Ce ne peut évidemment 



234 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

être considéré comme une idée abstraite à proprement parler. 
Car ce n'est pas par Pappréciaiion du temps écoulé qu'ils 
devinent l'heure qu'il est, mais bien par le besoin qu'ils 
éprouvent. L'idée de temps est du reste composée de tant de 
facteurs, c'est encore un point si mal connu en psychologie, 
qui demande une analyse si fine, qu'il est bien difficile de 
tirer des idiots quelque notion utile pour l'élucider. Quant 
à l'idée d'éternité, d'infini, cela leur échappe complètement. 
Les idiots simples jugent très mal la distance et apprécient 
très imparfaitement l'étendue des objets. Sous ce rapport, 
ils se rapprochent beaucoup des enfants, mais ce qui diffère 
d'avec eux, c'est que, proportionnellement à leur âge, ils 
sont beaucoup moins avancés et que même ils ne peuvent 
jamais arriver à la notion d'étendue absolue et encore moins 
d'immensité. 

A propos des idées, disons un mot des idées fixes. Ribot 1 
en admet trois catégories : 4° Idées fixes simples, intellec- 
tuelles, restant dans la conscience, ou ne se traduisant que 
par des actes insignifiants. — 2° Idées fixes accompagnées 
d'émotions telles que la terreur et l'angoisse (agoraphobie, 
folie du doute, etc.). — 3° Idées fixes à forme impulsive se 
traduisant par des actes violents (vol, homicide, suicide). Il 
pense qu'il n'y a avec l'attention aucune différence de na- 
ture, mais seulement de degré. 

L'idée fixe suppose — c'est un des effets ordinaires de la 
dégénérescence — un affaiblissement notable de la volonté, 
c'est-à-dire du pouvoir de réagir. Il n'y a pas d'état antago- 
niste qui puisse la réduire. L'effort est impossible ou infruc- 
tueux. De là cet état d'angoisse du malade conscient de son 

\ Ribot, Psychologie de l'attention. 



IDÉES FIXES 235 

impuissance. Car chez l'idiot, l'idée est si faible, chez l'im- 
bécile, elle est si instable que l'idée fixe existe peu. Nous 
ne l'avons jamais conslalée chez les idiots. Il y a des impul- 
sions mais non par idées fixes. Chez l'imbécile, où on voit 
aussi des impulsions si dangereuses au vol, à l'homicide, à 
l'incendie, on n'observe guère l'idée fixe avec conscience et 
angoisse. Il y a tout au plus des idées tenaces, et, parmi 
elles, des idées de fugues, pour la réalisation desquelles 
soit chez eux, soit à l'asile, ils arrivent à tromper la surveil- 
lance la plus sérieuse. Ces fugues peuvent du reste se 
montrer sous deux formes. Ou bien elles se produisent sans 
but, sans réflexion : beaucoup d'idiots et d'imbéciles trouvent 
la porte de chez eux ouverte et filent aussitôt. C'est même 
souvent pour cette raison, par la difficulté de la surveillance 
qu'ils nécessitent, qu'on est obligé de les placer. Ou bien, au 
contraire, ce sont des évasions véritables, calculées, prémé- 
ditées, pour lesquelles ils se sont entourés de toutes les pré- 
cautions qu'ils ont pu imaginer, et généralement dans le but 
de donner libre cours à leurs penchants loin de la surveil- 
lance et de l'autorité. Autant les premières sont fréquentes 
chez les idiots, autant les secondes le sont chez les imbé- 
ciles. 

Une fois en possession d'un certain nombre d'idées, con- 
crètes et abstraites, il faut qu'elles s'associent entre elles 
pour donner naissance à un raisonnement et à un jugement. 
L'association des idées se fait de trois manières : par ressem - 
blance, par contraste, par conliguïté. De quelle manière se 
fait de préférence l'association chez l'idiot? 

Chez l'idiot même profond, l'association peut se faire entre 
les idées si peu nombreuses qu'il possède. Nous avons vu 
que le sentiment le plus développé chez lui était l'instinct 
de la nutrition et le p'aisir qu'il éprouvait à le satisfaire. A 



236 PSYCHOLOGIE DE L IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

la vue de la nourriture il s'agite, paraît content. La vue des 
mets est donc associée chez lui avec la sensation agréable de 
la faim satisfaite, et éveille chez lui l'idée de manger. Ce 
sontlà assurément des associations grossières, associations de 
sensations plutôt que d'idées, mais il ne faut pas oublier que 
ce sont des êtres avant tout sensitifs. C'est à peu près chez 
lui la seule association d'idées qu'on rencontre. Elle existe 
aussi chez l'idiot moins profond. Il ramasse le pain partout 
où il le trouve, même dans les ordures, et la vue du pain 
lui donne envie de manger. De même quand il a un besoin 
à satisfaire, il a l'idée des closets et il y va, ou bien la vue 
de ceux-ci éveille chez lui un besoin. 

Nous sommes bien loin encore des associations d'idées 
a bstraites. C'est encore et toujours la sensation, le besoin 
qui éveillent l'idée. C'est eux aussi qui produisent l'associa- 
tion de temps. C'est en effet, comme chez les animaux, l'heure 
du repas qui est la première connue. Mais il semble que ce 
soit simplement comme nous l'avons déjà dit à propos de 
l'idée de temps, la simple sensation de temps qui leur indi- 
que qu'il est temps de la satisfaire, et non la sensation du 
temps écoulé proprement dite. A l'asile, dès que l'heure du 
repas arrive, ils sont tous à tourner à la porte du réfectoire. 

Nous avons vu que ce qui frappait le plus l'idiot, c'étaient 
les grossières ressemblances de couleur et de forme. C'est 
aussi par ressemblance qu'il associe surtout, plus rarement 
par contiguïté, et jamais par contraste, ce qui est aussi plus 
rare chez les enfants ordinaires. 

Ils associent par exemple les sens analogiques comme 
font les jeunes enfanls, dont l'amour pour ces sons analo-, 
giques se manifeste d'abord par un rabâchage saugrenu et 
ensuite par le plaisir de la musique et de la rime. Un idiot 
simple de Bicêtre, fait entendre un cri guttural qu'il répète 



ASSOCIATION DES IDÉES 237 

à intervalles égaux : il règle même sa marche sur la cadence 
qu'il donne à ces cris. Dès qu'il entend un son quelconque, 
un bruit musical, il accourt, sa physionomie ne change pas, 
son regard est fixe. Si on veut le faire partir, il hausse les 
épaules et frappe du pied. Un autre enfant, quand la fan- 
fare joue, bat la mesure en balançant son corps d'avant en 
arrière. Cale... écoute avec intérêt des vers de Victor Huço 
qu'il ne peut comprendre. J... aime à entendre lire des per- 
sonnes qui cadencent leur lecture. 

« L'association, dit Pérez 1 , fait l'unité de notre existence 
mentale en établissant un lien naturel entre tous les faits 
divers qui les composent, et c'est à elle qu'il faut s'adresser 
pour former les habitudes, le jugement, le caractère, la 
moralité de l'enfant. » 

Griesinger 2 attribue au défaut d'association des idiots leur 
indifférence et leur nonchalance, et non sans raison. « Plus 
le degré d'idiotie est faible, dit-il, plus les idées sont nom- 
breuses, plus aussi l'individu est susceptible de jugement et 
de détermination. Toutefois, il ne possède pas encore cette 
promptitude d'association et de combinaison des idées qui 
fait que le travail d'abstraction se produit sans effort et sans 
fatigue, à moins d'être longtemps prolongé. L'esprit ne 
réagit que très lentement. Encore faut-il que les impressions 
soient fortes. De là vient l'indifférence des idiots pour beau- 
coup de choses du monde extérieur et leur nonchalance, 
leur insouciance perpétuelles. 

L'association des idées n'a pas seulement pour but d'é- 
veiller une idée analogue ou contraire dans l'esprit, mais 
aussi et surtout de produire un raisonnement dont l'abou- 
tissant sera un jugement soit général, soit particulier. C'est 

1. Pérez, loc. cit. 

2. Griesinger, loc. cit. 



238 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

évidemment là le but même de l'intelligence que de juger, 
et si, en définitive, les idées surgissant par association n'y 
menaient pas, il n'y aurait dans l'esprit qu'une succession 
d'idées particulières reliées entre elles, mais dont ne se dé- 
gagerait aucune idée générale qui, elle, est la source de dé- 
ductions, de nouvelles associations encore plus nombreuses, 
et la base même de nos connaissances. 

Mais le jugement n'est pas toujours la résultante d'un rai- 
sonnement. Pour qu'il y ait raisonnement, il faut qu'il y ait 
obstacle à l'évidence immédiate. Autrement, si l'évidence est 
ou parait absolue, il y a simplement jugement, exact ou 
erroné. Le jugement immédiat n'est en somme que l'énoncé 
de l'impression produite dans l'esprit par l'objet considéré. 

La justesse, la promptitude, la fermeté, sont autant de 
qualités du jugement. Ces qualités résultent de la force de 
l'attention, qui permet de saisir toutes les conditions de l'ob- 
jet sur lequel doit se formuler le jugement. La prompti- 
tude vient de la rapidité d'impression produite sur le cer- 
veau, et la fermeté, de la netteté et 'de la précision de cette 
impression. Or, chez l'idiot, l'attention, la rapidité et la 
netteté de l'impression sont singulièrement affaiblies comme 
nous savons. Ne soyons donc pas surpris de trouver un ju- 
gement des plus défectueux. 

Au pointdevue de la justesse d'abord, les idiots jugent or- 
dinairement très faussement. Leur attention difficile à fixer, 
incapable de s'attacher simultanément aux nombreuses qua- 
lités d'un objet, ne leur permet de saisir que des qualités 
grossières. Le jugement le plus simple, n'est qu'un discer- 
nement de perceptions, et ensuite, une association d'images 
accompagnée de croyance. Capables seulement d'asso- 
ciations très simples, il en résulte des jugements absolu- 
ment erronés. Toutes les illusions des sens, lesquelles ne 



JUGEMENT 239 

sont que des illusions de l'esprit — qu'ils ne savent pas cor- 
riger — donnent lieu à de faux jugements. De plus, les 
qualités qui doivent déterminer le jugement frappent peu 
leur esprit. On est obligé, pour le leur faire formuler, de 
fixer au préalable leur attention, d'où retard considérable 
dans le jugement. 

Quant à la fermeté du jugement, elle ne vaut guère mieux. 
Ils se montrent si indifférents à ce qu'on leur demande s'ils 
n'y ont pas un intérêt évident, que le moindre doute qu'on 
émet, suffit à les ébranler dans leur conviction. 

De même que les enfants, le premier jugement leur suffit 
en général, à moins de forcer leur attention à le redresser 
par des jugements nouveaux. « Un des grands progrès de 
l'enfant, dit Pérez, consiste à pouvoir consciencieusement 
prouver ou corriger ses premiers jugements reconnus in- 
suffisants par ceux que l'attention fait venir à leur suite. » 
Mais, ce progrès, nous le constatons à peine ébauché chez 
l'idiot et l'imbécile, précisément parce qu'il suppose, outre 
des images et des associations d'idées nombreuses, l'exer- 
cice de l'attention volontaire qui est si faible chez les der- 
niers et pour ainsi dire nulle chez le premier. 

Ce qui dénote encore le progrès du jugement, c'est la 
clarté, la précision du langage. Nous avons vu combien il 
reste toujours défectueux, ce qui indique que leur pensée 
est elle-même peu claire, peu précise. 

Il en est qui sont très tenaces dans leurs jugements. Mais 
il ne faut pas confondre la ténacité avec la fermeté. Sous ce 
rapport on observe souvent un entêtement absurde. C'est 
du reste le propre des esprits limités dans leurs idées, en 
possession de peu d'images, de peu d'associations variées, 
d'être les pius entiers et quelquefois les plus ardents dans 
leurs affirmations. 



240 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

Ajoutons toutefois qu'il faut, pour faire une affirmation 
assez tenace, un ensemble d'idées assez étendu, tout en 
n'ayant pas un nombre d'associations suffisantes pour choi- 
sir celle qui est la seule juste. Or les idiots ayant trop peu 
d'idées sont en général peu têtus, tandis que les imbéciles 
le sont beaucoup plus souvent. M. Dagonet exagère certai- 
nement en disant que les imbéciles n'ont pas de jugement, 
ou un jugement erroné, que les jugements qu'ils émettent 
ne leur sont jamais propres. Ils sont, sous ce rapport, comme 
tous les instables; les jugements émis devant eux frappent 
leur esprit et y restent à l'état latent. Puis, un jour, ils les 
émettent et on est quelquefois surpris de les entendre sor- 
tir de leur bouche. En réalité, ce n'est pas leur esprit qui 
les a fabriqués, et assurément le plus grand nombre des 
jugements qu'ils portent, mais non pas tous, sont ainsi sug- 
gérés en quelque sorte. 

Les imbéciles ont surtout un fait caractéristique , c'est 
l'illusion qu'ils se font sur leurs facultés intellectuelles. 
Cette présomption les porte à une fatuité souvent excessive, 
pour peu surtout qu'on s'y prête en ayant l'air de les admi- 
rer et d'y croire. Si on admire ainsi un de leurs jugements 
assez juste, ils se gonflent rapidement, et on arrive bientôt, 
une fois lancés, à leur faire dire spontanément les plus 
énormes sottises. Pour obtenir d'eux un jugement sain, ou 
à peu près, il faut continuellement redresser le point défec- 
tueux de leur raisonnement. Quoi qu'il en soit, on n'obtient 
d'eux que des jugements très simples, c'est-à-dire, en somme, 
l'expression de leurs perceptions. 

A côté de l'entêtement sur un jugement erroné qu'ils 
ont souvent, il faut aussi noter la forme impulsive donnée 
aux actes par suite de l'ignorance où ils sont et de leur in- 
capacité de redresser leur jugement, et même d'en douter. 



RAISONNEMENT 241 

De même que chez les enfants, le doute qui suspend l'action 
est rarement leur fait. La première impression suffisant à 
déterminer leur jugement, que ne vient contrebalancer au- 
cune idée contradictoire, ils ne font aucune réflexion et 
l'acte suit le jugement à la façon d'un véritable réflexe. 
Gela se produit d'autant plus, que l'intelligence est moins 
développée et l'automatisme des actes se rencontre à un 
bien plus haut degré chez les idiots que chez les imbéciles. 

Pour ce qui est du raisonnement proprement dit, sous la 
forme syllogistique, ils ne savent, pas le formuler, ils ne 
savent pas tirer une conclusion, même les imbéciles les plus 
avancés. « Raisonner, c'est, dit Jacotot, rapporter la chose 
qu'on sait à la chose qu'on voit. » D'après Binet *, l'élément 
fondamental de l'esprit est l'image. Le raisonnement est 
une organisation d'images déterminée par les propriétés des 
images seules et il suffit que les images soient mises 'en 
présence pour qu'elles s'organisent et que le raisonnement 
s'ensuive avec la fatalité d'un réflexe. Celte façon de con- 
cevoir le mécanisme du raisonnement est tout à fait en rap- 
port avec ce que nous observons chez l'idiot et l'imbécile. 
« Le raisonnement, dit-il encore, consiste comme la per- 
ception, dans l'application d'un souvenir à la connaissance 
d'un fait nouveiu et aboutit à la généralisation de ce sou- 
venir. » Et enfin il étudie remarquablement les rapports de la 
perception extérieure avec le raisonnement, qui présentent 
jes trois caractères communs suivants : 1° appartenir à la 
connaissance médiate et indirecte; 2° exiger l'intervention 
de vérités antérieurement connues (souvenirs ïaits d'expé- 
riences, prémisses); 3° supposer la reconnaissance d'une 

1. Biiet, Psycho'oyie du raisonnement, 

16 



242 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

similitude entre le fait qui est affirmé et la vérité antérieure 
sur laquelle il s'appuie. La réunion de ces caractères montre 
que la perception est comparable à la conclusion d'un rai- 
sonnement logique. Tandis que le raisonnement perceptif 
se fait sur des sensations, le raisonnement logique se fait 
sur des percepts. Ceux-ci étant une synthèse de sensations 
et d'images, on voit que finalement tout raisonnement a 
pour base la perception. 

Or nous avons vu quelle perception insuffisante ou fausse 
présentaient nos malades. On sait bien aujourd'hui que les 
erreurs des sens proviennent, non de l'appareil sensitif, 
mais de l'appareil perceptif. Les perceptions étant par con- 
séquent conservées — quand elles le sont — dans un centre 
mal développé, ou lésé, laissent des images fausses ou con- 
fuses. De par la loi d'association, les images semblables ou 
contiguës devant se susciter réciproquement, on voit quelles 
faibles associations et quelles fausses associations il va ré- 
sulter de ces images fausses ou confuses. Ici encore, nous 
voyons cette différence entre les idiots et les imbéciles sur 
laquelle nous avons continuellement attiré l'attention : fai- 
blesse chez les uns, perversion chez les autres. Chez les 
idiots en effet, les images étant très faibles, le raisonnement 
perceptif est lui-même faible, quelquefois il ne se produit 
pas, si Ton en juge du moins par le seul moyen qu'on ait 
souvent de reconnaître qu'il s"est produit, c'est-à-dire, l'acte 
qu'il provoque. Chez l'imbécile au contraire, il y a un plus 
grand nombre d'images, mais faussées le plus souvent par 
un centre perceptif fonctionnant mal. Les associations se 
font souvent chez lui par contiguïté, et le raisonnement a 
beaucoup plus de chances d'être faux par là même, les deux 
sensations qui ont donné naissance aux deux images con- 
tiguës pouvant n'avoir aucun lien entre elles et le sujet les 



DÉLIRE 243 

émettant néanmoins faute d'autres associations plus ration- 
nelles. Aussi, ce qui frappe surtout dans leurs conceptions, 
c'est le décousu , l'imprévu de leurs observations, qu'on 
s'explique quelquefois lorsqu'on a pu assister aux sensa- 
tions qui leur ont primitivement donné naissance. L'idiot, 
au contraire, associe plus simplement par ressemblance; 
les sensations consécutives n'ayant pas de lien entre elles 
comme chez l'imbécile, parce qu'il vit avant tout le moment 
présent, par suite de son défaut d'attention, de sa mémoire 
difficile. 

Le seul raisonnement qui existe chez eux est le raison- 
nement perceptif. Quant au raisonnement logique, il est 
nul chez les idiots et à peine ébauché chez les imbéciles. 
Cela se comprend sans peine. Pour construire ce raisonne- 
ment, il faut de nombreuses images et percepts combinés 
entre eux, ces combinaisons se faisant d'une manière très 
défectueuse, il en résulte tout naturellement que le raison- 
nement sera faussé et prendra la forme d'un sophisme plu- 
tôt que d'un syllogisme. 

On s'aperçoit facilement de la différence des idiots et des 
imbéciles, dans les délires qu'ils peuvent présenter. Extrê- 
mement rare, exceptionnel chez les idiots, le délire se ma- 
nifeste exclusivement sous la forme impulsive, sans motif 
conscient, ni provoqué. Par exemple, J.., un idiot microcé- 
phale de Bicêtre, quand ses accès le prennent, se barbouille 
la figure avec du charbon, met un foulard rouge autour de 
sa tête et danse en grimaçant et en chantant : « Je suis 
Prussien ». D'autres mettent le feu, sont clastomanes; c'est 
surtout un délire d'actes qu'ils présentent. 

Chez les imbéciles on observe bien aussi ces accès d'exci- 
tation maniaque, ces impulsions à tuer, à mettre le feu, 
à briser. Les impulsions homicides sont peut-être les plus 



244 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

fréquentes, ce qui contribue encore à en faire des êtres plus 
dangereux que les idiots. Ils aiment beaucoup à avoir dans 
leurs poches des outils dangereux, des bouts de fer affilés 
en guise de lames. Us se plaisent à proférer des menaces. 
Nous avons indiqué déjà du reste, dans le chapitre des ins- 
tincts, les tendances à la cruauté des idiots et des imbé- 
ciles. 

Mais ils ont encore un délire spécial, délire d'idées cette 
fois. Celui-ci peut se développer au contact d'un aliéné dont 
ils subissent l'influence. Us font alors du délire à deux. Dans 
le cas précédent de J..., deux imbéciles, B ... et S... en le 
voyant se mettent à l'admirer et à l'imiter. Mais quand ils 
délirent spontanément, ce n'est jamais sous forme de délire 
systématisé, d'apparence par conséquent logique. L'incohé- 
rence, l'absurdité, la mobilité des idées délirantes les fait 
quelquefois ressembler aux paralytiques généraux, avec 
lesquels on pourrait même quelquefois les confondre, car 
les idées de grandeurs qu'ils manifestent, établissent encore 
une analogie de plus. 

La quatrième manifestation de l'intelligence est la pro- 
duction des idées, c'est-à-dire la combinaison nouvelle 
d'association de percepts. L'imagination peut reproduire 
les sensations et les idées suivant un ordre nouveau. Elle 
suppose donc des percepts assez nombreux pour pouvoir 
s'associer de façons diverses et nouvelles, autres que les 
associations habituelles qu'on a déterminées par l'enseigne- 
ment et l'exemple. L'imagination sensitive et reproductrice 
est celle qu'on rencontre le plus souvent, et l'imagination 
créatrice dans le domaine des idées est celle que présentent 
surtout les imbéciles. 

Nous savons en effet que les idiots ont surtout les sens 



IMAGINATION 245 

développés. C'est par l'éducation des sens qu'on arrive à 
leur apprendre ce qu'ils savent, bien plus que par le lan- 
gage. Celui-ci a en effet pour but d'éveiller dans l'esprit de 
nouvelles associations d'images. Or nous avons vu à propos 
du langage qu'ils le comprennent très peu et sont beaucoup 
moins sensibles aux enseignements par la parole qu'à ceux 
par les sens. Ceci nous montre comment l'imagination re- 
productrice et créatrice est très rudimentaire chez eux. Ce 
même défaut les empêche de présenter des dispositions ar- 
tistiques quelconques, Ils sont capables de copier, d'imiter; 
ils ne sont pas capables de produire sans lintervention des 
sens. En un mot, ils ont une intelligence réceptive et nulle- 
ment productrice. 

Il est bien difficile, sinon impossible, d'apprécier s'ils ont 
une imagination plus développée pour certains sens que 
pour d'autres. Toutefois, chez ceux qui sont aveugles et qui 
cependant se livrent à certains travaux, il est permis de 
supposer qu'ils se représentent bien ce qu'ils touchent. 

Quant à l'imagination créatrice, ils n'en ont pour ainsi 
dire pas, et certainement non, chez les inférieurs. Ils sont 
en effet incapables, par exemple, de faire une narration, de 
composer un dessin même grossier. Ce défaut d'imagina- 
tion est, à notre avis, une des plus fortes raisons pour les- 
quelles les idiots sont en général peu menteurs. Ils peuvent, 
bien entendu, faire, et font souvent des erreurs, par défaut 
de mémoire, d'attention, de compréhension. Ils font plus 
rarement des mensonges demandant une certaine invention, 
comme par exemple de raconter une chose autrement qu'elle 
ne s'est passée, dans l'intention de tromper. 

Certains idiots aiment cependant le merveilleux et im- 
provisent eux-mêmes des contes fantastiques, Mais si on 
peut observer chez quelques-uns, cet amour du fantastique 



216 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

qui frappe l'imagination, c'est le cas le moins fréquent et il 
est encore plus rare de les voir en inventer. Il faut remar- 
quer du reste que, ainsi que nous l'avons déjà dit, l'idiot 
croit tout, parce qu'il ne sait pas distinguer ce qui est pos- 
sible, de qui est impossible. Les contes bleus ne lui pa- 
raissent donc pas invraisemblables, et s'il les aime, c'est 
peut être parce qu'ils demandent de sa part moins d'atten- 
tion et moins de jugement que les choses réelles. C'est ce 
qui se passe aussi chez les jeunes enfants. Il est donc pos- 
sible qu'ils ne fassent en ce cas, que très peu œuvre d'ima- 
gination à proprement parler. Cela les intéresse parce que 
cela n'est pas difficile à saisir, et qu'on se sert de termes 
très simples, de comparaisons simples, et qu'on ne leur pré- 
sente que des faits très gros qu'ils arrivent à so représenter 
à cause de ce grossissement même. Ajoulons du reste que 
ce n'est qu'au bout de longtemps, chez les idiots déjà soi- 
gneusement éduqués et sur un petit nombre seulement 
d'entre eux, que l'on peut observer cette faculté de se re- 
présenter des contes simples. 

Chez les imbéciles, à l'inverse des idiots, on observe le 
plus souvent une imagination déréglée. On peut déjà s'en 
rendre compte par l'amour qu'ils ont des comparaisons gro- 
tesques, qui prouvent qu'ils sont capables d'établir un lien 
entre deux idées souvent disparates et n'ayant entre elles 
qu'un rapport éloigné.*Cette tendance est quelquefois extrê- 
mement développée chez eux et leur donne un Lux air 
d'avoir de l'esprit. D'autre part, nous avons vu combien ils 
étaient menteurs. Ils le sont tous plus ou moins. Mais ils ne 
se contentent pas de nier purement et simplement ce dont 
on les accuse. Ils inventent une histoire toute différente de la 
réalité. Il en est même qui ne se contentent pas de dénatu- 
rer les faits, mais encore d'inventer des détails eu m (me 



DIAGINATNXN 247 

une histoire de toutes pièces. Et ce n'est pas seulement 
pour se disculper ou accuser un de leurs camarades; ils le 
font même lorsque cela est à leur désavantage. C'est ainsi 
qu'ils se vantent de mauvais coups qu ils n'ont pas faits, 
pour se rendre intéressants et se faire admirer par leurs 
camarades. 

Leur disposition à trouver le côté grotesque des gens 
plus encore que des choses les pousse à les tourner en dérision 
autrement que par des épithètes. Il circule de temps à autre 
dans les services où ils sont placés des chansons quelquefois 
assez spirituelles, toujours méchantes en tous cas, pour ridi- 
culiser leurs maîtres ou leurs médecins. 

C'est pendant le sommeil que l'imagination est le plus 
active et déréglée chez l'individu normal. Si les idiots ne 
rêvent guère, à ce qu'il semble, il n'en est pis de même des 
imbéciles qui racontent souvent les rêves fantastiques qu'ils 
ont faits. Mais ce point est très délicat à préciser chez des in- 
dividus très peu capables de s'observer et de rapporter ce qu'ils 
ressentent. Aussi ne pouvons-nous y insister. 

Enfin, si l'imagination est très excitée, il peut en résulter 
un véritable délire. Nous avons déjà dit combien rarement 
les idiots déliraient. Chez les imbéciles, au contraire, à côté 
du délire moleur qui se manifeste ordinairement par de 
l'excitation, nous avons un délire d'idées qui trahit bien leur 
imagination excessive. Ils se croient en effet de grands per- 
sonnages, des inventeurs, etc., et leurs idées sous ce rapport 
se produisent avec tant de rapidité quelquefois qu'il en résulte 
une grande incohérence et une remarquable absurdité. 
Cela prouve tout au moins que l'imagination est assez déve- 
loppée chez eux à l'état normal pour s'hypertrophier de la 
sorte par moments. • 

Il est assez remarquable que pour tout ce qui est prati- 



248 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBECILE 

que, utile et bon, leur imagination est en défaut. Ils ne savent 
comment s'y prendre pour tourner une difficulté qui sur- 
vient dans leur travail habituel. Mais ils imaginent toutes 
sortes de ruses pour surmonter les obstacles qui s'opposent 
à leur évasion, par exemple. Là encore, nous les voyons 
employer comme toujours les rares facultés qu'ils ont à un 
but mauvais. On peut dire d'eux comme on le dit souvent de 
criminels ou d'escrocs: Est-il fâcheux qu'ils n'aient pas mis 
leur intelligence au service d'une meilleure cause! Eh bien! 
il faut avouer qu'ils n'auraient pas réussi dans le bien comme 
ils réussissent dans le mal, d'où la nécessité de se tenir en 
garde contre tous les dégénérés, quel que soit le degré de 
leur dégénérescence. L'imagination des imbéciles ne s'exerce 
jamais sur ce qui peut être utile à leurs semblables, sur le 
perfectionnement de leur travail, sur le progrès de leur mo- 
ralité. Elle s'exerce toujours sur les moyens de satisfaire 

leur ambition, leur vanité, leurs besoins et leurs mauvais 
instincts. 



CHAPITRE IX 

DE LA VOLONTÉ, DE LA PERSONNALITÉ 
ET DE LA RESPONSABILITÉ 



SOMMAIRE : La volonté chez l'individu normal. — État de la vo- 
lonté chez les idiots, d'après les auteurs , — Mouvements volontaires. 
— Phénomènes d'arrêt. — Attention volontaire. — Mobiles des vo- 
litions : physiques, intellectuels et moraux. — Choix et détermi- 
nation. — Suggestibilité. — Conscience. — Personnalité. — Respon- 
sabilité morale et civile. — Capacité civile. — Évolution psycho- 
logique. 



Séguin considérait la lésion de la volonté comme fonda- 
mentale dans l'idiotie. Il semble, à le lire, que celte dimi- 
nution de la volonté soit regardée par lui comme la cause 
même de l'idiotie et que les lésions des autres modes d'acti- 
vité psychique ne soient que consécutifs, que la lésion de 
la volonté soit en quelque sorte indépendante. Nous avons 
déjà, à propos de la classification, essayé de montrer la 
fausseté de ce point de vue, et comment on ne pouvait con- 
cevoir la volonté indépendamment du fonctionnement gé- 
néral du cerveau, admettre une volonté parfaite dans un 
cerveau incomplètement développé, ou une absence de vo- 
lonté aussi complète que chez l'idiot avec un cerveau normal. 

La volonté n'a pas un siège spécial dans les centres ner- 
veux et on n'a jamais rencontré une lésion nettement cir- 



250 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

consente entraînant la perle de la volonté. D'autre part, 
quand le cerveau est atteint, dans un point plus ou moins 
étendu, cette atteinte retentit toujours sur l'ensemble de 
son fonctionnement. Lorsqu'il est atteint dans toute son 
étendue, comme c'est le cas le plus fréquent dans l'idiotie, 
on conçoit à plus forte raison que les fonctions intellectuelles 
doivent être toutes atteintes plus ou moins. 

On n'envisage plus aujourd'hui la volonté comme un 
simple état de conscience qui résulte de la coordination plus 
ou moins complexe d'un groupe d'états conscients, subcons- 
cients ou inconscients (purement physiologiques), qui, tous 
réunis, se traduisent par une action ou un arrêt. La coor- 
dination a pour facteur principal le caractère qui n'est que 
l'expression psychique d'un organisme individuel. L'acte 
par lequel cette coordination se fait et s'affirme est le choix 
fondé sur une affinité de nature (Ribot 1 ). 

Dans cette théorie de la volonté, on ne se trouve en pré- 
sence que d'un cas très compliqué de la loi des réflexes, dans 
lequel, entre la période dite d'excitation et la période mo- 
trice apparaît un fait psychique capital, la volition, montrant 
que la première période finit et que la seconde commence 
(Ribot). La volition seule existe, c'est-à-dire un choix suivi 
d'actes. Pour qu'elle se produise, certaines conditions sont 
nécessaires. L'ensemble de ces conditions nécessaires et 
suffisantes peut être appelé volonté. Par rapport aux volitions, 
elle est une cause, bien qu'elle soit elle-même une somme 
d'effets, une résultante variant avec ses éléments (Ribot). 

Ces préliminaires de psychologie normale sont nécessaires 
pour examiner les idiots. Griesinger, et avec lui Ribot qui se 
borne à le citer, ont peu approfondi ce sujet. Voici, du reste, 

1. Ribot, Maladies de la volmlé. 



VOLONTE 251 

ce qu'ils se bornent à en dire : Dans l'idiotie profonde, dit 
Griesinger, les efforts et les déterminations sont toujours 
instinctifs ; ils sont provoqués surtout par le besoin de nour- 
riture; le plus souvent ils ont le caractère d'actions réflexes 
dont l'individu a à peine conscience. Certaines idées simples 
peuvent encore provoquer des efforts et des mouvements, 
par exemple de jouer avec de petits morceaux de papier. 
Sans parler de ceux qui sont plongés dans l'idiotie la plus 
profonde, on en est à se demander : Y a-t-il en eux quelque 
chose qui représente la volonté? Qu'est-ce qui peut vouloir 
en eux? Chez beaucoup d'idiots de cette dernière classe, la 
seule chose qui paraisse mettre un peu leur esprit en mou- 
vement, c'est le désir de manger. Les idiots les plus profonds 
ne manifestent ce besoin que par de l'agitation et des gro- 
gnements. Ceux chez qui la dégénérescence est moins pro- 
fonde, remuent un peu les lèvres et les mains, ou bien 
pleurent. C'est ainsi qu'ils expriment qu'ils veulent manger. 
Dans l'idiotie légère, le fond du caractère est l'inconslance 
et l'obtusion du sentiment, et la faiblesse de la volonté. 
Essayons d'entrer un peu plus avant dans l'observation de 
ces sujets. 

La volonté sous sa forme la plus simple se manifeste par 
les mouvements accomplis en vue de satisfaire les besoins 
naturels, les appétits, les désirs. Il faut donc que l'individu 
ait conscience de ces besoins et en éprouve une sensation, 
celle de la faim par exemple, indispensable pour la conser- 
vation de l'individu. C'est en effet le besoin fondamental 
qui survit à l'effondrement de tous les autres, à l'anéantis- 
sement de l'intelligence. Nous avons vu cependant ce besoin 
lui-même s'atténuer considérablement, sinon disparaître 
tout à fait chez des idiots profonds. Chez ceux-là on ne peut 
constater aucune trace de mouvement volontaire proprement 



252 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

dit, même ébauché, tel, par exemple, que de diriger plus ou 
moins convenablement la main vers la nourriture qu'on leur 
présente. Les mouvements qu'ils font sont des mouvements 
purement réflexes tels qu'on peut en obtenir sur une gre- 
nouille à laquelle on a tranché la tète. L'idiot à ce degré est 
un être purement spinal comme l'est, d'ailleurs, l'enfant 
nouveau-né. 

A un degré plus élevé, ils ont conscience de la faim et 
comprennent ce que c'est que la nourriture qui l'apaise. 
Les mouvements automatiques dont ils sont atteints ordi- 
nairement cessent quand ils la voient et ils cherchent à s'en 
emparer par des mouvements plus ou moins coordonnés. 
C'est là la première ébauche de mouvement volontaire, et 
c'est le seul du reste. Remarquons ici que chez ces êtres où 
les mouvements volontaires sont à leur minimum, les mou- 
vements automatiques, sous forme de tics variés, sont au con- 
traire à leur maximum. 

A un degré encore plus élevé, nous voyons la volonté se 
manifester par des mouvements plus complexes, mais ca- 
pables de devenir secondairement automatiques. Telle est 
la marche. Celle-ci, avant d'être presque réflexe comme 
chez l'individu normalement développé,, exige en effet pour 
être apprise un certain effort dont beaucoup d'idiots sont 
toujours incapables, ou chez lesquels du moins il ne devient 
possible que très tardivement. Dans la majorité des cas, on 
constate en effet un retard considérable dans la marche qui 
ne commence qu'à trois, quatre, cinq ans et plus encore. 

Au delà il est une autre manifestation de la volonté qui 
est très caractéristique. C'est un phénomène d'arrêt, c'est 
l'action volontaire sur les sphincters. La possibilité de 
retenir ses déjections est consécutive à la possibilité de 
marcher chez les idiots, et lorsqu'on observe leur déchéance, 



MOBILES DES VOUTIONS 253 

on la voit aussi disparaître avant la marche, la loi de régres- 
sion étant ainsi parfaitement observée. Ce défaut d'action 
sur les sphincters est souvent incurable et ceci prouve alors 
que l'individu n'est pas susceptible d'éducation. Quand, au 
contraire, on arrive à le vaincre par les moyens appropriés, 
on peut espérer développer suffisamment l'attention et la 
volonté pour rendre l'éducation possible. 

Le summum de la manifestation de la volonté est dans 
l'attention volontaire. Nous avons déjà assez longuement 
étudié cette question pour n'y pas revenir ici. Mais, d'après 
ce que nous avons dit, nous voyons combien la volonté est 
faible chez les idiots. 

Dans l'étude de la volonté, nous avons, outre son degré de 
développement général, différents autres points à considérer : 
ce sont les mobiles physiques, intellectuels et moraux, qui 
déterminent les volitions, la façon dont le choix et la déter- 
mination se produisent. Subsidiairement, nous étudierons 
la suggestibilité, la conscience et la personnalité et, comme 
conséquence, la responsabilité des idiots et des imbéciles au 
point de vue moral et civil. 

Si nous considérons la volition comme une réaction cons- 
ciente de l'excitation du cerveau nous pouvons, en nous, 
reportant à ce que nous savons des phénomènes d'attention, 
prévoir ce qui se passe pour la volonté. Nous avons vu, en 
effet, que l'attention est d'abord attirée chez l'idiot par ce qui 
satisfait ses besoins physiques les mieux ou les seuls sentis 
chez certains, — puis par les senîiments et les émotions, et 
enfin par les faits purement intellectuels. Eh ! bien, il en 
est de même pour les volitions. Ce qui chez l'enfant sollicite 
le plus vivement des mouvements, c'est le désir, c'est-à-dire 
le besoin, puis le plaisir ou la douleur, c'est-à-dire les 



25i PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

sentiments, enfin les phénomènes intellectuels proprement 
dits- 
Cet ordre que nous observons dans celte évolution psy- 
chologique de l'idiot, est donc la même que chez les enfants 
ordinaires et se montre semblable non seulement en géné- 
ral, mais en particulier pour les diverses manifestations 
psychiques. La différence, c'est qu'au lieu que l'évolution 
soit complète, elle s'arrête en chemin à un degré plus ou 
moins avancé. 

Chez les idiots les plus inférieurs, on n'observe pas trace 
de volition. Les besoins les plus naturels, les instincts pri- 
mordiaux de la nature humaine semblent ne pas exister. 
C'est le besoin de manger qui apparait le premier, comme 
chez le jeune enfant et qui subsiste quelquefois seul pen- 
dant toute la vie chez l'idiot. C'est le seul mobile de leurs 
actes, et encore ces actes soLt-ils extrêmement simples. Tan- 
dis que, chez l'homme normal, ce besoin le pousse à se dé- 
placer, à- chercher sa nourriture par des moyens de plus 
en plus compliqués avec le développement social et indivi- 
duel, chez l'idiot, il détermine seulement un mouvement de 
préhension, souvent même un simple cri manifestant le 
besoin ressenti par lui, et cela en présence seulement de la 
nourriture. Aucun autre mobile ne peut agir. L'émotion de 
la crainte ou du plaisir est impossible à déterminer chez 
lui. Pour que ces mobiles affectifs puissent agir, il faut que 
l'attention soit possible, car avec elle la mémoire et l'asso- 
ciation des idées se développent. On peut dès lors les déter- 
miner à agir sous l'influence d'un geste impératif, de la 
crainte ou de la douceur exprimées non par des paroles 
qu'ils ne sauraient comprendre, mais par l'intonation, que 
les enfants normaux comprennent aussi, bien longtemps 
avant de saisir le moindre sens des mots. 



INHIBITION DE LA VOLONTE 255 

Le pouvoir d'arrêt de la volonté se développe plus tardi- 
vement que le pouvoir d'action, de même que chez les en- 
fants ordinaires, et il n'est jamais aussi développé. Il en 
résulte que l'impulsion est la forme la plus fréquente d'ac- 
tivité chez les idiots et même chez les imbéciles. Il y a en 
effet une différence énorme entre les deux. Chez 1 idiot, 
l'excitation nécessaire pour déterminer un mouvement de- 
vant toujours être très forte, la mise en jeu du pouvoir 
d'arrêt n'a souvent pas de raison d'être. Il n'a lieu d'inter- 
venir que si l'excitation détermine le passage à l'acte. Chez 
lui ce n'est pas le pouvoir d'arrêt qui empêche l'acte de se 
produire, c'est le défaut d'une action suffisante. Il n'y a donc 
pas équilibre entre les deux pouvoirs, il y a insuffisance de 
l'un et absence de l'autre. Cette proposition n'existe pas 
chez l'imbécile. Chez lui il y a impulsion vive, réaction ra- 
pide, souvent fausse, par suite de l'association vicieuse que 
nous avons signalée chez lui. Le pouvoir d'arrêt n'est que 
très faible. Mais l'excitation étant suffisante pour produire 
l'acte, il se produit sous forme de véritable réflexe, sans que 
rien vienne l'enrayer. 

Nous ne parlons pas ici, bien entendu, des impulsions 
inconscientes qui poussent les idiots à briser, à incendier, 
à tuer sans motifs, sans comprendre ce qu'ils font, mais bien 
des impulsions conscientes qu'ils ne peuvent maîtriser. Or» 
c'est souvent chez les imbéciles qu'on rencontre ces der- 
nières. Ils agissent criminellement pour satisfaire un pen- 
chant parce qu'ils éprouvent du plaisir à le satisfaire. Aussi 
dangereux l'un que l'autre, l'idiot et l'imbécile ne le sont 
pas au même titre et nous aurons lieu au point de vue mé- 
dico-légal de revenir sur cette différence capitale pour nous. 

C'est aux imbéciles que peut s'appliquer ce passage de 
Ribot : « L'adaptation intellectuelle est très faible, du moins 



256 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

très instable ; les motifs raisonnables sont sans force pour 
agir ou empêcher; les impulsions d'ordre inférieur gagnent 
tout ce que les impulsions d'ordre supérieur perdent. La 
volonté, c'est-à-dire l'activité raisonnable, disparaît et l'indi- 
vidu retombe au règne des instincts. » 

Les sentiments capables de déterminer des volitions sont 
différents chez les idiots et les imbéciles. Avec les premiers, 
on obtiendra beaucoup plus par la douceur, par la confiance 
qu'on leur inspire que par tout autre moyen. Et autant on 
peut en tirer quand on emploie ces procédés, autant ils de- 
viennent impossibles à diriger et à éduquer quand on veut 
agir brusquement. Avec la majorité des imbéciles, c^st au 
contraire par l'ostentation de la force, par l'intimidation, 
par la crainte qu'on peut arriver à les faire travailler. Dès 
qu'on se relâche, la discipline, la grossièreté reparaissent. 

Il en est de même pour un autre mobile, l'amour-propre. 
Très peu développé chez l'idiot, il l'est au contraire beau- 
coup chez Timbécile, et, en le stimulant, on peut arriver à 
lui faire faire des choses qu'il n'aurait jamais faites autre- 
ment. Il est à remarquer en outre qu'on obtient beaucoup 
plus en flattant cette tendance qu'en l'humiliant. Toute sa- 
tisfaction d'une tendance est du reste plus capable de dé- 
terminer un acte que son arrêt. 

Quant aux sentiments affectifs proprement dits, à l'affec- 
tion pour les parents, à l'amour, à l'amitié, ce sont des 
mobiles également différents chez les deux catégories de 
sujets. Chez les idiots, les sentiments affectifs, quand ils 
sont capables de naître, sont plus marqués que chez les 
imbéciles. La peine que les idiots ont l'air de faire aux per- 
sonnes qui s'occupent d'eux les touche beaucoup plus que 
les imbéciles. Ceux-ci peuvent en effet s'attendrir sur le 
premier moment. Mais ils oublient très rapidement qu'ils 



MOBILES INTELLECTUELS 257 

ont pu causer du chagrin, soit qu'ils n'en aient pas con- 
science, soit qu'en ayant conscience ils y soient indifférents. 
Le défaut de développement sexuel chez la plupart des idiots 
entraîne aussi l'absence d'émotion sexuelle et des actes qui 
en découlent. Chez l'imbécile, au contraire, les fonctions 
génitales sont souvent très développées, l'émotion sexuelle 
très forte, pervertie en outre et impulsive. Aussi est-ce cette 
catégorie d'individus qui se rendent coupables de la plupart 
de ces crimes et attentats monstrueux accomplis avec un 
cynisme inouï, accompagnés de raffinement de cruauté et 
de brutalité sans but, ces viols, suivis de dépeçage de la 
victime, accomplis sur de tout jeunes enfants, de vieilles 
femmes ou des cadavres. Sous ce rapport, l'imbécile est un 
être beaucoup plus dangereux que l'idiot. 

Il nous reste à considérer les mobiles intellectuels, c'est- 
à-dire les actes accomplis sous l'influence d'un jugement ou 
d'un raisonnement. En étudiant ce dernier, nous avons vu 
combien il était rudimentaire chez les idiots, faussé chez les 
imbéciles. C'est donc seulement à des raisonnements très 
simples qu'obéira l'idiot. Encore ce raisonnement, faudra- 
t-il le lui formuler le plus souvent, car il en est incapable, à 
moins que ce soit plutôt un simple jugement qu'un raison- 
nement. Chez l'imbécile, le raisonnement étant souvent 
faux, les actes qui en découleront comme conclusion ne sau- 
raient être qu'inopportuns par conséquent. Ce n'est du reste 
pas en vertu de raisonnements qu'ils agissent le plus sou- 
vent, mais bien de jugements seulement. Or nous avons vu 
la rapidité de leur réflexe moteur. Ils jugent à tort et à tra- 
vers sur la première impression qui les frappe, qu'elle cor- 
responde ou non à la qualité fondamentale de l'objet consi- 
déré. L'acte suit aussitôt le jugement porté, car rien ne vient 
le contrebalancer, tant il s'impose à l'esprit comme absolu. 

17 



253 PSYCHOLOGIE DE LIDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

Ceci nous amène à considérer la façon dont les idiots font 
choix, et se déterminent. Vouloir, c'est choisir pour agir, 
a dit Ribot Trois cas peuvent se présenter : ou l'impul- 
sion manqie et aucune tendance à agir ne se produit (abou- 
lie) ; l'impulsion trop rapide et Irop intense empêche le 
choix ; enfin il est des cas où la volonté ne se constitue que 
sous une forme chancelante, instable et sans efficacité. Ces 
trois cas qui représentent des affaiblissements de la volonté 
se rencontrent chez tous les idiots et imbéciles. 

Chez les idiots, c'est surtout le premier cas qui se pré- 
sente, quelquefois le second. Chez l'imbécile, c'est souvent le 
second et surtout le troisième. Mais ce sont là des indica- 
tions générales, et, dans la pratique, il y a lieu d'observer 
un peu plus de détails. Laissons les premiers cas où l'idiot, 
insensible à toute excitation, indifférent à tout, ne sait et 
ne peut pas vouloir, et examinons surtout la façon dont il 
choisit et dont il se détermine à agir quand il en est ca- 
pable : Chez l'idiot, à qui on présente deux choses suscep- 
tibles de lui faire plaisir, on voit souvent une grande hési- 
tation pour choisir entre les deux. Il va d'un objet à l'autre, 
sans pouvoir se décider. Souvent il est difficile de lui faire 
comprendre qu'il doit choisir une chose à l'exclusion de 
l'autre. Il veut prendre les deux objets ensemble et se fâche 
quelquefois quand on lui retire celui sur lequel il n'a pas 
d'abord mis la main : il ne choisit donc pas, souvent parce 
qu'il ne sait pas choisir. Cette hésitation qu'il met à se dé- 
cider entre deux objets, il la met plus encore dans le choix 
de ses idées. Aussi se détermine-t-il le mieux quand il n'a 
pas de choix à faire, ce qui prouve la faiblesse de sa vo- 
lonté. Son inaction, son indifférence doivent tenir en grande 
partie à cet état d'indétermination dans lequel il est plongé. 
L'imbécile, mis à même de choisir entre deux objets dé- 



DÉTERMINATION 259 

sirables, n'hésite guère. Si on lui présente les deux choses 
en même temps, il semble prendre au hasard, ou en vertu 
d'un motifle flattant plus vivement, san> raisonner sur les 
avantages réels et futurs qu'il en pourra retirer. Souvent 
après avoir choisi le premier objet, il se décide pour le se- 
cond, et cela un certain nombre de fois après plusieurs oscil- 
lations entre les deux objels. Si on lui présente séparément 
les deux objets, il choisit tout de suite le premier. Puis, 
quand arrive le second, il abandonne aussilôt le premier. 
C'est toujours à l'impression du moment qu'il obéit. Mais 
souvent d'un mot, vous le faites changer de détermination. 
Une fois en possession de l'objet choisi, il est bien rare qu'il 
ne regrette celui qu'il a laissé. Tandis que l'idiot ne sait pas 
se décider, mais se lient à sa détermination, une ibis que 
pour une raison ou une autre, il en a pris une, l'imbécile 
oscille sans cesse, abandonne une idée pour en prendre une 
autre, revenir à la première et ainsi de suite, sans ligne de 
conduite. Nous avons pris un exemple simple et concret, 
portant sur le choix des deux objets matériels; que sera-ce 
donc lorsqu'il lui faudra se déterminer entre plusieurs idées, 
entre plusieurs mobiles! Cette indécision de son esprit ex- 
plique son instabilité caractéristique. 

L'imbécile est en outre d'une extrême suggeslibililé. Au- 
jourd'hui qu'on s'occupe vivement, et avec raison, de celte 
question de la suggestion à l'état normal, il n'est pas sans 
intérêt de voir son étendue chez les imbéciles. Il est deux 
cas où elle est peu praticable. C'est un affaiblissement ex- 
trême 01, au contraire, une trop grande intensité de l'im- 
pulsion volontaire. Quand la volonté est au contraire ins- 
table et mobile, on comprend quelle prise elle a sur les in- 
dividus. C'est ainsi qu'elle agit beaucoup plus chez les 



260 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

femmes que chez les hommes, chez les gens nerveux que 
chez les gens normaux, chez les enfants que chez les adultes. 

Chez l'idiot, où la volonté est toujours très affaiblie, où les 
déterminations motrices se produisent si difficilement, la 
suggestibilité est très faible et n'existe pour ainsi dire pas. 
L'acte suggéré ne s'impose pas plus que l'acte spontané et 
même moins que lui, car on ne met en jeu qu'un seul motif, 
alors qu'il en existe toujours plusieurs dans l'esprit, si faibles 
qu'ils soient et si inégaux en valeur, pour déterminer un 
acte volontaire. Il est tout naturel qu'une simple impres- 
sion, forcément de peu de durée, ait bien de la peine à se 
fixer dans un cerveau aussi rebelle que celui d'un idiot et 
ne puisse lutter avec avantage contre des impressions et des 
tendances anciennes qui, nous l'avons vu, se fixent avec une 
grande ténacité chez l'idiot. Leur indifférence à agir est, de 
plus, une cause qui les empêche de se laisser suggérer. 

Toute autre est la tendance des imbéciles. Chez eux, au 
contraire, on observe une suggestibilité extrêmement grande, 
mais de peu de durée. Quand ils font quelque mauvais coup, 
ils entraînent toujours d'autres camarades avec eux, et bien 
souvent arrivent ainsi à commettre des actes criminels par 
suite de la simple suggestion d'un d'entre eux, ou de quelque 
circonstance de peu d'importance. Si nous ajoutons que cette 
suggestion se fait surtout dans le sens de leurs tendances 
naturelles et de leurs instincts, et si nous rappelons qu'ils 
ont en général un caractère anti-social remarquable, nous 
comprendrons combien cette facilité de la suggestion est re- 
doutable chez eux et combien il faut en tenir compte au point 
de vue médico-légal. — Nous aurons donc lieu d'y revenir. 

Si la suggestion est possible chez eux, cela prouve que les 
idées qu'on leur suggère sont aussi puissantes pour les faire 
agir que celles qui sont déjà fixées dans leur cerveau, ou, pour 



SUGGESTIB1LITÉ . 261 

mieux dire, cela signifie que ces dernières sont si peu te- 
naces que leur pouvoir n'est pas plus fort que celui d'une 
impression récente. Cela prouve en outre que ce qui déter- 
mine l'acte est un seul motif, une seule idée, car autrement, 
si le motif qui les déterminerait à agir en sens opposé, 
éveillait des associations préalables énergiques, il est évi- 
dent que toutes ces idées, si faibles qu'elles fussent séparé- 
ment, l'emporteraient par leur somme sur une nouvelle idée 
suggérée. La suggestibilité de ces malades montre donc le 
peu de ténacité, le peu d'intensité des impressions anciennes 
et le peu de force des associations d'idées. Aussi le pouvoir 
d'arrêt est-il à son maximum. La moindre incitation récente 
un peu vive efface la tendance qu'on s'est efforcé depuis 
longtemps de leur faire acquérir. 

Si on compare leur suggestibilité avec celledes hystériques, 
on constate qu'elle a une grande analogie. Chez ces derniers, 
la suggestion par les personnes se fait de deux façons, ou 
parce qu'elles n'ont pas plus de volonté qu'eux ou parce 
qu'elles en ont beaucoup. C'est en effet soit des personnes 
esclaves de leurs caprices qui leur font partager leurs idées 
par imitation, ou au contraire des personnes qui leur com- 
mandent énergiquement ce qu'ils ont à faire. Hors de ces 
deux termes, pas de milieu. Il en est de même des imbé- 
ciles. Les moindres actes ou idées déraisonnables dont ils 
sont témoins déterminent chez eux l'impulsion à les imiter 
et à les suivre ; ou bien il faut qu'ils craignent leur maître 
ou aient une absolue confiance en lui, ce qui est plus rare, 
pour qu'ils se laissent diriger. 

Les imbéciles subissent très facilement la contagion mo- 
rale. Despine 1 rapportait l'imitation à quatre causes : 1° l'ins- 

1. Despine, De V imitation considérée au point de vue des différents 
principes qui la déterminent. Annales méd.-psych. 1871. 



262 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

tinct d'imitation, d'autant plus développé que l'individu est 
moins avancé en âge et que son intelligence est plus obli- 
térée ; 2° la loi de l'intérêt; 3° la contagion morale; 4° la 
contagion nerveuse. Nous avons ici affaire à la troisième 
cause pour nous expliquer la facilité avec laquelle les imbé- 
ciles imitent les actes qu'ils voient commettre, et, comme 
dit Esquirol : « Ce principe d'imitation est sans contredit le 
plus important à cause des conséquences graves qui en 
dérivent. » Ils obéissent en effet à cette loi naturelle que 
pose Despine : Toute manifestation des instincts de l'âme, 
sentiments et passions quelconques, excite des sentiments 
et des passions semblables, et par conséquent des désirs 
semblables chez les individus qui sont susceptibles d'éprou- 
ver ces éléments instinctifs à un certain degré. C'est <e 
qu'on appelle aujourd'hui la suggestion. 

L'étude de la conscience et de la personnalité ne peut 
qu'être déduite de ce que nous savons du fonctionnement 
du reste de l'intelligence, la conscience n'étant qu'un phé- 
nomène surajouté aux faits psychiques et ne les constituant 
pas, et la personne n'étant que la coordination, la combi- 
naison des actes psychiques. Comme il est déjà bien difficile 
d'analyser ces phénomènes chez l'individu normal, capable 
de dire ce qu'il éprouve, comment il pense, et d'observer les 
autres, et qu'on est obligé, pour y arriver, d'étudier d'abord 
les éléments dont ils se composent et les anomalies qu'ils 
peuvent présenter pour y chercher leur caractéristique, à 
plus forte raison serons-nous réduit, chez des êtres comme 
ceux que nous éludions, à agir par déduction , d'après ce que 
nous avons déjà appris d'eux. 

Dans quelle mesure les idiots ont-ils conscience de leurs 
actes et de leur personnalité, quelle est chez eux la part du 



CONSCIENCE 263 

conscient et de l'inconscient, lequel l'emporte sur l'autre, 
voilà autant de queslions qu'il est bien délicat de résoudre. 

Chez les idiots absolus, purs automates végétatifs, il est 
bien vraisemblable qu'aucun acte n'est à proprement parler 
conscient. Si, d'autre paît, nous considérons quelles faibles 
sensations organiques il ont, nous sommes amené à nous 
demander s'ils ont rien d'analogue au sentiment de leur 
propre existence, de leur personnalité. Les mutilations volon- 
taires auxquelles ils se soumettent paraissent bien propres 
à faire penser qu'ils n'ont qu'une conscience très vague de 
leur personnalité. 

Chez les idio'.s supérieurs, éducables, nous ne pouvons 
encore que bien peu apprécier l'état de leur conscience, car 
leur défaut de langage nous empêche de savoir s'ils se rendent 
bien compte eux-mêmes de ce qu'ils ressentent, de ce qu'ils 
veulent. — Nous trouvons encore chez eux une grande part 
d'automatisme, lequel exclut la conscience ou la rend très 
faible. Leur absence ds notion du temps, leur défaut de 
mémoire monl rent bien aussi que, pour eux, la vie se compose 
plutôt d'une série de moments successifs très peu reliés 
entre eux ou dont ils saisissent à peine le rapport, que d'un 
enchaînement de circonstances jalonnées de points de repère. 
Dans ces conditions, le sentiment de la personnalité, qui a 
pour condition sine quâ non le sentiment de la continuité de 
sa propre existence, doit être forcément très rudimentaire. 

Pour qu'un acle psychique soit conscient, qu'il se déve- 
loppe sous l'influence d'une excitation extérieure ou d'une 
excitation intérieure, il faut que cette excitation ait une 
certaine intensité et une certaine durée. Or, chez l'idiot, 
Lacté psychique, réflexe de l'excitation, est très lent à se 
produire, à cause de la faible intensité de l'excitation, ou, 
pour mieux dire, de la grande résistance du cerveau. D'où il 



26 k PSYCHOLOGIE DE L1DIOT ET DE L'IMBÉCILE 

résulte que la plus grande partie des actes psychiques est 
vraisemblablement inconsciente, à moins d'employer pen- 
dant bien longtemps une impression intense. Lorsqu'ils 
s'accompagnent de conscience, Gelle-ci doit être en tous cas 
bien faible. 

Si les mutilations volontaires, ou l'insensibilité dont ils 
font preuve dans les affections organiques ou dans des opé- 
rations, permettent de se demander s'ils se rendent compte 
qu'ils sont distincts du monde extérieur, et si les sensations 
qu'ils éprouvent sont en dehors ou en dedans d'eux, il est 
encore un autre fait qui est une sorte de maladie de la per- 
sonnalité : c'est la stupeur dans laquelle quelques-uns sont 
plongés, et cela non pas continuellement, par défaut absolu 
d'intelligence et d'idées, mais bien périodiquement. C'est 
ce que nous avons signalé en parlant d'idiots hibernants. 

Ces deux choses du reste, conscience et personnalité, sont 
intimement liées et on ne saurait comprendre le sentiment 
du moi sans la conscience des actes qui s'y passent. Nulles 
chez l'idiot absolu, elles existent, quoique faiblement, chez 
l'idiot éducable, où elles vont en se développant avec le cer- 
veau et l'intelligence en général. 

A mesure que nous nous élevons dans l'échelle nous com- 
mençons à apercevoir de plus en plus la conscience et la per- 
sonnalité. C'est ainsi que la mémoire volontaire, l'attention 
volontaire, ense développant, impliquent la conscience des 
actes psychiques et l'idée d'un moi continu. Aussi chez les 
imbéciles trouvons-nous beaucoup moins d'automatisme 
dans les actes et une notion assez nette de la personnalité. 
Toutefois nous avons vu que chez eux, à cause de la faiblesse 
des associations d'idées, le rétïexe psychique est quelquefois 
si rapide que l'acte devient impulsif et inconscient à cause 
de sa rapidité même. 



PERSONNALITÉ 265 

Ceci nous montre, étant donnée la fréquence des impul- 
sions chez les imbéciles, combien souvent la conscience fait 
défaut chez eux. Chez d'autres, on trouve une conscience 
très atténuée de leur vie psychique. Ils sont incapables de 
vous dire exactement quel sentiment les fait agir au moment 
où ils agissent. Ils ne savent que répondre quand on leur 
demande à quoi ils pensent, et, de fait, souvent ils ne pensent 
à rien, ne fixent leur attention sur rien. Ils vont, viennent, 
restent immobiles à regarder dans le vide plutôt que de faire 
quoi que ce soit, ou travaillent machinalement sans avoir 
l'air de comprendre le but de ce qu'ils font. 

Mais, pour avoir la notion de la personnalité, il n'est pas 
indispensable que tous les actes psychiques soient cons- 
cients, il suffît qu'ils le soient dans un certain nombre de 
cas, et puissent l'être, si le sujet y prête attention, et que 
l'excitation soit suffisante. C'est ce qui arrive chez les imbé- 
ciles, où, si la conscience est souvent obnubilée, elle existe 
dans certains cas très nette, avec un sentiment parfait de 
leur personnalité. Ils en ont même quelquefois une très- 
haute idée et quand ils délirent, ils offrent fréquemment 
des idées de grandeur, qui prouvent un sentiment de la per- 
sonnalité anormal, et en quelque sorte hypertrophié. 

Maintenant que nous avons jeté un rapide coup d'oeil sur 
l'état de la conscience et de la personnalité, encore que ce 
que nous en pouvons savoir soit bien peu de chose, nous 
sommes cependant plus à même d'aborder la question de 
la responsabilité, qui est intimement liée à la conscience des 
actes et à la notion de la personnalité. 

Mais auparavant jetons un; coup d'œil d'ensemble sur le 
caractère général des idiots et des imbéciles. Dans le cours 



266 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

de cette élude, nous nous sommes attaché à montrer la dif- 
férence qui existait entre ces deux catégories de sujets, non 
seulement au point de vue psychologique, mais aussi au point 
de vue social. Nous avons cru pouvoir réhabililer en quelque 
sorte l'idiot, et nous montrer plus sévère pour l'imbécile. 
Ce n'est pas une question de sentiment qui nous y a porté, 
mais bien l'élude des faits, et en consultant les personnes 
qui vivent continuellement au milieu des uns et des autres, 
il suffit de voir l'expression de leur physionomie lorsqu'on 
leur demande leur avis sur les deux catégories, pour être 
aussitôt fixé sur la réalité de la différence que nous avons 
établie. 

L'idiot est, avant tout, un être incapable d'action et d'i- 
dées. C'est un individu incomplètement développé. L'imbé- 
cile est au contraire un individu anormalement, irréguliè- 
rement développé, capable d'actions et d'idées qui forcément 
sont anormales pour la plupart, comme le cerveau qui les 
élabore. L'idiol peut présenter une certaine sensibilité affec- 
tive, durable; l'imbécile est égoïste, souvent méchant, même 
pour ceux qui lui font du bien. L'idiot agit plus sous l'in- 
fluence de la douceur, l'imbécile sous celle de la crainte; 
l'un est timide, l'autre arrogant; l'un est capable de travail- 
ler, l'autre est un paresseux endurci; l'un est bon, l'autre 
est mauvais. Chez l'un le raisonnement est faible, chez 
l'autre il est faux. Chez le premier, la volonté est faible, 
chez le second, elle est instable. L'idiot n'est guère sugges- 
tible, l'imbécile l'est beaucoup. 

Il résulte de ce résumé comparatif des deux catégories, 
prises en général, bien entendu — car il y a de nombreuses 
exceptions — que les idiots sont beaucoup moins nuisibles 
que les imbéciles et que ces derniers sont tout aussi inutiles 
que les premiers. Les idiots sont extra-sociaux, les imbéciles 
anti-sociaux. 



RESPONSABILITE 207 

En partant de cette donnée, nous devons maintenant nous 
demander quelle responsabilité on doit leur accorder. A 
prendre les choses froidement et scientifiquement, il est 
bien évident que la responsabilité humaine n'est qu'un mot. 
L'organisme qu'on hérite de ses parents est déterminé par 
les lois de cette hérédité et par les conditions au milieu 
desquelles il se trouve placé ensuite. Il n'y a qu'une chose 
à considérer, c'est la disposition qu'on a à être influencé par 
l'éducation, et comme celle-ci ne dépend pas non plus de 
l'individu lui-même, mais de son entourage, pour avoir un 
pouvoir d'arrêt sur certaines tendances, il faut que l'orga- 
nisme cérébral en soit susceptible. La liberté humaine 
n'existe donc pas à proprement parler, et il ne saurait par 
conséquent être queslion de responsabilité. « Notre illusion 
du libre arbitre, dit Spinoza, n'est que l'ignorance des 
motifs qui nous font agir. » Si nous nous rattachons à cette 
théorie pour l'homme complètement développé, à plus forte 
raison en serons-nous partisan pour des sujets dont les cer- 
veaux sont aussi faiblement constitués, aussi anormaux dans 
leur développement et dans leur fonctionnement que ceux 
des idiots et des imbéciles. 

Si nous nous plaçons au point de vue de la responsabilité 
sociale nous voyons qu'en somme elle consiste simplement 
dans l'aptitude plus ou moins grande qu'on a à être modifié 
dans ses actes ou dans ses sentiments par la crainte des 
peines ou l'attrait des jouissances. Mais de ce qu'on n'admet 
pas la responsabilité humaine au sens spiritualiste, il ne s'en 
suit pas du tout qu'on nie la nécessité de la réprimande ou 
du châtiment et de la récompense. C'est la base de la mo- 
rale qui se trouve déplacée, voilà tout. Au lieu de punir un 
individu parce qu'il a eu plus ou moins conscience du mal 
qu'il a commis, on le punit en propoition du dommage 



268 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

causé, de façon à associer chez lui l'idée de la grandeur de la 
peine à celle du mal commis. Au lieu de parler d'êtres res- 
ponsables ou irresponsables, on ne parle que d'individus 
utiles, incapables ou nuisibles. Les utiles on doit les encou- 
rager; les impuissants, on doit les protéger ; les nuisibles, 
on doit les éviter et les mettre hors d'état de nuire. Le rôle 
de la société doit être avant tout de se protéger elle-même 
et de ne pas dépenser ses forces au service d'êtres qui, non 
seulement, ne peuvent l'aider, mais ne peuvent que l'entra- 
ver et lui causer des dommages. Voilà le point de vue pra- 
tique auquel on sera bien forcé un jour ou l'autre d'immoler 
le sentimentalisme exagéré dont on abuse tant en cette fin 
de siècle, où la dégénérescence sous toutes ses formes 
s'accuse de si terrible façon, absorbant pour son entretien 
une si grande somme de forces vives et où il devient plus 
avantageux d'être un incapable, un indiscipliné, un ivrogne 
que d'être un travailleur bien équilibré. Plus la tare est 
considérable en effet, plus on est assuré d'avoir un asile et 
du pain pour le restant de ses jours. L'ouvrier intelligent 
qui a travaillé toute sa vie pour élever sa famille n'est 
jamais sûr d'en avoir autant. 

D'après ce que nous avons dit des idiots et des imbéciles, 
nous voyons que les premiers appartiennent à la catégorie 
des impuissants, des faibles que nous devons protéger, c'est- 
à-dire, prendre à notre charge, et que les seconds appar- 
tiennent, au moins en grande partie, à celle des êtres nui- 
sibles. En présence des idiots, on doit donc leur fournir les 
moyens de vivre, car ils sont incapables de se les procurer 
eux-mêmes. Ce sont, sous un certain rapport, de véritables 
malades qui doivent être assistés au même titre que tous 
les infirmes chroniques. 

En ce qui concerne les imbéciles, êtres inutiles et dan- 



RESPONSABILITÉ 269 

gereux, il faut les mettre hors d'état de nuire, cela va de 
soi. Mais comme ils sont en général d'une constitution phy- 
sique qui les rend très capables de travailler, et par consé- 
quent de compenser dans une certaine mesure les dépenses 
qu'ils obligent la société à faire pour se protéger contre eux, 
il ne faut pas hésiter à agir sur eux par tous les moyens 
capables d'enrayer leurs mauvaises tendances et de dévelop- 
per les quelques-unes utilisables qu'ils peuvent présenter. 
Ils ne sont donc pas susceptibles de la même éducation que 
les idiots. Chez ceux-ci il faut développer, chez ceux-là il 
faut corriger. 

Mais à côté de la responsabilité morale, il y en a une 
autre à considérer, c'est la responsabilité civile. Elle n'existe 
malheureusement pas plus pour les aliénés que pour les 
idiots et les imbéciles. Si elle était admise, on éviterait sans 
doute bien des crimes contre les personnes ou les propriétés 
commis par tous ces individus, dont l'absence de responsabi- 
lité morale est loin d'être une garantie et encore moins une 
compensation pour les dommages qu'ils causent à la so- 
ciété. 

Les familles seraient sans doute plus soucieuses de la 
sécurité publique si elles savaient qu'elles auront à réparer 
les dégâts causés par l'un des leurs, qui s'en rend l'auteur 
par suite du défaut de surveillance. Une fois le fait accom- 
pli, on sait que l'irresponsabilité étant proclamée on sera 
débarrassé sans bourse délier du membre gênant, et cela 
par les soins de la société qui a ainsi double dommage, 
d'abord la perte que lui a causée le malade, et ensuite la 
charge de son entretien d'autant plus prolongé, et par con- 
séquent plus coûteux que le méfait aura été plus considé- 
rable. Le fait est courant pour les aliénés dont on ne veut 
même pas admettre que, comme dédommagement, on cherche 



270 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

à tirer de leur travail une certaine somme nécessaire à leur 
entrelien. 

Pour les idiots il est peu fréquent que ce soit à la suite de 
crimes ou de délits que l'on soit forcé de les interner. En 
général, les familles sont les premières à chercher à s'en 
débarrasser parce que ce sont des non-valeurs et cela non 
pas seulement quand ils sont dangereux, mais simplement 
incommodes ou gênants. Pour les imbéciles, la situation 
est différente. Beaucoup sont placés dans des asiles à la 
suite d'incendie, de vols, de coups, ou de méfaits moins 
graves dont se plaignent les voisins. Un grand nombre 
d'autres sont internés parce que les familles, après avoir 
longtemps espéré en tirer quelque parti, et voyant qu'elles 
ne compensent pas leur peine par le profit qu'elles en 
tirent, trouvent beaucoup plus simple et plus avanlageux de 
les mettre à la charge de leur département. Une fois à l'asile 
on est obligé de justifier le travail qu'on leur demande en 
le présentant comme un moyen d'éducation et de traite- 
ment, car le public ne manquerait pas de se récrier si l'as- 
sistance prétendait s'indemniser par ce travail de la charge 
qu'on lui donne, sous prétexte que ce sont des malades et 
qu'on n'a pas le droit d'en exiger du travail. Nous ne crai- 
gnons pas d'avancer que beaucoup de ces imbéciles seraient 
cependant beaucoup mieux 'placés dans des établissements 
orthophréniques que dans des asiles. Mais ainsi le veut 
notre faux sentimentalisme. 

Là ne s'arrête pas le mal de cette conception erronée sur 
l'assistance de ces dégénérés. Les idiots une fois placés dans 
un asile n'en sortent guère plus, leur famille qui trouvait 
leur charge trop lourde quand ils étaient jeunes, ne se sou- 
ciant guère de les reprendre quand elle a augmenté avec 
l'âge. Pour les imbéciles, au contraire, quand on pense qu'ils 



ASSISTANCE DES DÉGÉNÉRÉS 271 

seront à peu près en état de rendre quelques services, on 
les reprend souvent. Mais n'ayant plus de discipline, per- 
dant très rapidement, dès qu'ils ne sont plus dirigés ferme- 
ment, le peu qu'on a eu tant de mal à leur apprendre, ils 
ne tardent pas à l'aggraver de nouveau. S'ils font alors 
quelque mauvais coup, leur passage dans un asile est pour 
eux un certificat d'irresponsabilité et d'impunité et on les 
réintègre dans un asile. Si on les laisse retomber dans leur 
imbécilité plus profondément, on les replace également. 
Mais dans l'un et l'autre cas, ils reviennent, n'étant même 
plus capables des travaux qu'ils savaient faire, rentrent dans 
des seclions d'adultes mal organisées au point de vue du 
travail, et tout ce qui a été fait pour eux, l'a été en pure 
perte. Voilà le dilemme en présence duquel on se trouve 
journellement avec cette catégorie d'individus. Qu'il nous 
suffise de signaler le mal. Il ne nous appartient pas pour le 
moment d'éludier les moyens qui permettraient de le com- 
battre au moins en partie. La faute vient de tout le monde, 
de l'administration, de la loi, des magistrats, et il faut le 
dire aussi des médecins. Les moins coupables sont les fa- 
milles qui seraient bien sottes de ne pas profiter des avan- 
tages qu'on leur offre si bénévolement, et qui trouvent l'Etat 
de plus en plus disposé à dépenser de l'argent pour toutes 
les non-valeurs de la société, au détriment, conséquence 
forcée, des malheureux qui luttent jusqu'au bout et qui 
n'ont qu'un tort, celui de ne pas être assez dégénérés pour 
mériter la compassion de notre société qui semble, par sa 
sollicitude, sentir qu'elle doit ce dédommagement à la dé- 
générescence vers laquelle elle se laisse entraîner sans lui 
opposer la moindre résistance. 

Nous ne voulons que signaler en passant la queslion de la 
capacité civile des idiots et des imbéciles. Pour les premiers, 



272 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBÉCILE 

leur état physique et intellectuel est trop évident pour qu'il 
y ait hésitation à savoir s'ils peuvent intervenir eux-mêmes 
clans la gestion de leurs intérêts, jouir de leurs droits civils 
et politiques, être appelés comme témoins ou comme jurés 
en justice. Il en est de même pour les imbéciles d'un degré 
inférieur. Mais pour ceux qui sont d'un niveau suffisant 
pour pouvoir vivre dans la société, il n'en est pas de même, 
et tant qu'ils ne sont pas interdits ou pourvus d'un conseil 
judiciaire, ils jouissent évidemment de tous leurs droits. Il 
ne rentre pas dans notre cadre d'examiner ici les consé- 
quences qui peuvent en découler. Qu'il nous suffise d'attirer 
l'attention sur ce point particulier. 

En terminant, nous devons dire quelques mots de l'évo- 
lution psychologique de nos sujets. Nous les avons étudiés 
en effet à la période d'état, pour ainsi dire, au summum de 
leurs facultés. C'est ainsi que nous avons considéré les idiots 
incurables, les idiots curables, et les imbéciles, une fois 
l'éducation terminée, si Ton peut ainsi parler, car à vrai 
dire, elle se continue toute la vie. Toutefois, chez les uns 
comme chez les autres, il arrive un moment, d'autant plus 
rapproché que l'intelligence est plus faible, où l'éducation 
n'a plus de prise, où le progrès n'est plus possible, où tout 
ce qu'on peut espérer, c'est de maintenir les résultats acquis. 
Cette époque culminante de développement est très variable 
aussi suivant les différentes fonctions psychiques. L'arrêt 
peut se produire sur un point et non sur d'autres. Sous ce 
rapport, on observe la même marche que dans le dévelop- 
pement. Les sens se développent le plus longtemps, puis les 
sentiments, et enfin l'intelligence. Chez les imbéciles, l'ordre 
est le même, mais la durée de l'évolution est plus longue, 
et les distances entre les époques d'arrêt plus courtes. Chez 



ÉVOLUTION PSYCHIQUE 273 

les idiots, par exemple, on peut voir les progrès intellectuels 
s'arrêter à six ou sept ans, et ceux des sentiments et des 
sens aller jusqu'à dix-huit ou vingt ans. Chez les imbéciles, 
les sens, les sentiments, l'intelligence s'arrêtent presque en 
même temps dans leur évolution. Cet arrêt se fait principa- 
lement au moment de la puberté. 

Tantôt les facultés s'arrêtent sans décroître, tantôt elles 
rétrogradent dès qu'elles cessent de progresser. Chez l'idiot 
et chez l'imbécile l'ordre de régression psychologique est le 
même que chez l'individu normal qui tombe dans la dé- 
mence : affaiblissement progressif de la volonté, de l'intel- 
ligence, des sentiments et des sensations. Mais l'évolution 
régressive ne se manifeste pas tout à fait de la même ma- 
nière chez les idiots et les imbéciles. Chez l'idiot on peut 
observer une longue période pendant laquelle les résultats 
acquis sont permanents et où la régression ne se produit 
pas dès que le développement s'arrête. Quand la déchéance 
se produit, elle se fait en général très rapidement et s'effectue 
en même temps au physique et au moral. Il semble que ce 
soit un organisme épuisé qui, après avoir donné le peu de 
forces dont il est capable, n'a plus qu'à dépérir et à mourir. 
Tout s'écoule alors en même temps, dans l'espace quelque- 
fois de six mois à un ou deux ans. 

Chez l'imbécile, la période de régression est plus lente. 
En raison de l'inégalité de leurs facultés, elle se produit plus 
souvent d'une manière partielle. Dès qu'on cesse de cultiver 
un point, il s'efface très rapidement. Aussi les données ac- 
quises, d'ordre purement intellectuel, disparaissent-elles en 
général très vite, comme la lecture et l'écriture, et cela 
beaucoup plus rapidement que chez l'idiot, dont le cerveau 
a plus de retentivité. Mais, tôt ou tard, l'imbécile tombe 
aussi dans la déchéance, déchéance plus progressive, plus 

18 



274 PSYCHOLOGIE DE L'IDIOT ET DE L'IMBECILE 

lente ordinairement que celle de l'idiot, car son organisme 
est mieux constitué pour lutter. En outre, en raison de leur 
très grande inégalité de développement psychique, on voit 
quelquefois surnager, pendant longtemps, des épaves trom- 
peuses de leur intelligence, ce qui s'observe beaucoup plus 
rarement chez les idiots. 



TABLE DES MATIÈRES 



Pages. 

Avant-Propos 1 

CHAPITRE 1"! — Gé .légalités et Classifications. 

Sommaire : Difficultés du sujet. — L'idiotie u'ést pas une 
entité clinique. — Parallèle de 1'iutelligeuce des idiots 
avec celle d'enfants normaux. — Variabilité des causes 
et multiplicité des lésions de l'idiotie. — Parallèle de 
l'intelligence des idiots avec celle des animaux. — Prin- 
cipales définitions de l'idiotie et de l'imbécillité. — Clas- 
sifications proposées par les auteurs et bases de ces 
classifications. — Le degré de l'attention peut servir de 
base à cette classification 1 -20 

CHAPITRE IL — Méthodes descriptives. 

Sommaire : Plans d'anilyse psychologique de Félix Voisin 
et de Séguin. — Caractéristiques de l'idiotie d'après Sé- 
guin. — Importance de l'attention dans le développe- 
ment psychique. — Plan suivi dans cette étude psycho- 
logique 21-40 

CHAPITRE III. — De la perception des Sensations. . 

Sommaire : Premiers signes de l'idiotie. — Etat des diffé- 
rents sens. — Vue, cécité, ouïe, surdité, mutité. — Vo- 
racité et perversion du goût. — Perversions et troubles 
de l'odorat. — Sensibilité tactile. — Sens thermique. — 
Sens musculaire. — Tics. — Sensations orgauiques. . . . 41-65 

CHAPITRE IV. — De l'Attention. 

Sommaire : Attention spontanée et attention volontaire. — 
Rôle de l'attention dans le développement intellectuel et 
l'éducation. — L'attention comme base de classification 
des idiots et des imbéciles. — Mise en éveil de l'atten- 
tion chez les idiots. — Travail, discipline. — Paresse et 
indiscipline. — Leurs rapports avec l'attention. — L'at- 
tention phénomène sociologique. — Attention chez l'im- 
bécile. — Son instabilité. — Réflexion. — Préoccupa- 
lion 65-82 

CHAPITRE V. — Des Instincts. 

Sommaire : — Instinct de conservation. — Nutrition. — 
Gourmandise. — Sommeil. — Besoin d'activité muscu- 
laire. — Idiots grimpeurs, tourneurs. — Instincts 
sexuels. — Onanisme. — Sodomie. — Incitation. — Apti- 
tudes spéciales. — Jeux. — Civilité. — Destructivité. — 
Auto mutilat ; on 83-112 



276 TABLE DES MATIÈRES 

Pages. 
CHAPITRE VI. — Des Sentiments. 

Sommaire : Des divers ordres de sentiments. — Plaisir et 
douleur. — Sentiments affectifs. — Pleurs, rire. — 
Passions. — Attachement, amitié, amour. — Affectivité 
pour les animaux. — Commisération. — Crainte. — 
Courage. — Colère. — Reconnaissance. — Sentiments 
sociaux. — Protection. — Solidarité. — Propriété. — 
Vol. — Travail. — Paresse. — Sentiments moraux. — 
Droit et devoir. — Remords. — Récompenses et puni- 
tions. — Religiosité. — Sentiments de famille. — Pu- 
deur. — Timidité. — Modestie. — Vanité. — Coquetterie. 

— Sentiments esthétiques. — Sentiments iutellectuels. 
rAonnement. — Curiosité. — Crédulité. — Véracité. — 
Mensonge. — Ruse. — Physionomie. — Microcéphales. 
Hydrocéphales. — Myxœdémateux, leur caractère. — 
Imbéciles, leur caractère 113 1 76 

CHAPITRE VII. — Du Langage. 

Sommaire : Rapports du langage avec le développement 
intellectuel. — Mode de développement du langage chez 
l'enfant. — Opinion des auteurs sur le langage chez les 
idiots. — Retard de la parole. — Indépendance de l'idée 
et du mot. — Phases du développement de l'articulation. 

— Mutisme idiotique. — Troubles de la parole chez les 

idiots. — Lecture. — Ecriture. — Dessin. 177-206 

CHAPITRE VIII. — De l'Intelligence 
proprement dite. 

Sommaire : Opinions diverses. — Acquisition des idées. 

Sensations et langage comme base d'acquisition . 

Notions concrètes, générales, abstraites. — Rôle de l'imi- 
tation dans l'acquisition des idées. — Conservation des 
idées. — Mémoire héréditaire, organique, acquise. — 
Mémoire visuelle. — Rappel des émotions. — Mémoires 
spéciales. — Comparaison. — Généralisation, — Idées 
abstraites. — Calcul. — Idée de temps, de lieu. — Idées 
fixes. — Association des idées. —Jugement. — Raison- 
nement. — Entêtement. — Délire. — Imagination repro- 
ductive et créatrice \ 207-248 

CHAPITRE IX. — De la Volonté, de la Personnalité, 
et de la Responsabilité. 

Sommaire : La volonté chez l'individu normal. — Etat de la 
volonté chez les idiots d'après les auteurs. — Mouvements 
volontaires. — Phénomènes d'arrêt. — Attention volon- 
taire. — Mobiles des volitions : physiques, intellectuels 
et moraux. — Choix et détermination. — Suggestibilité. 

— Conscience. — Personnalité. — Responsabilité morale* 

et civile. — Capacité civile. — Evolution psychologique. 249-274 



ANGERS, IMP.A. BURDIN ET C»e, 4, RUE GARNIER. 



££ W-JdJ~ ôj-¥ CJ 0/ Ou W toOM/Oi 







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Pl. I. — Page d'écriture faite par un idiot et montrant la tendance à faire le même signe transformant en e 

les lettres pleines par suppression de la boucle. 










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Pl. II. — Page d'écriture d'un idiot microcéphale, montrant le défaut d'attention se manifestant par le manque 
de suite, la répétition des mêmes mots ou des mêmes lettres. 



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Pu III. — Page d'écriture d'un idiot écrivant depuis quatre ans et arrêté dans ses progrès depuis deux ans. 













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Pl. IV. — Page d'écriture de l'imbécile Bout... . 






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P 1 " V. — Page d'écriture faite par le même imbécile Bout un an plus tard, montrant ses modifications 

et sa déchéance. 



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Pu VI. — Page d'écriture d'un imbécile, montrant un arrêt et la répétition automatique de la même syllabe. 



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Pl VII. — Page d'écriture d'un imbécile montrant l'irrégularité de J'écriture et de la composition. 



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Pl. VIII. — Devoir fait par un imbécile et ornementé de dessins linéaires. 



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Pl. IX — Dessins d'après modèles paridiot arrivé à son maximun de développement intellectuel. 







1 t \ 



Pl. X. — Dessin fait par un imbécile, d'après un modèle. 




Pl. XI. — 1» Dessin fait par un imbécile, de souvenir, et prétendant représenter la statue du Lion 

de Belfort. 
2° Dessin fait par un imbécile, de souvenir, et figurant un chauffeur sur une locomotive 

(le dessin est renversé) 




Pl. XI!. — Dessin fait par un imbécile livré à son imagination, 



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FÉLIX ALGAN, ÉDITEUR 

CATALOGUE 

DES 

LIVRES DE FONDS 

(PHILOSOPHIE — HISTOIRE) 



TABLE DES 

Pages. 

Bibliothèque de philosophie con- 
temporaine. 

Format in-12 2 

Format in-8 4 

Collection historique des grands 

philosophes 7 

Philosophie ancienne 7 

Philosophie moderne 7 

Philosophie écossaise 8 

Philosophie allemande 8 

Philosophie allemande con- 
temporaine 9 

Philosophie anglaise contem- 
poraine 9 

Philosophie italienne con- 
temporaine 10 

Ouvrages de philosophie pour 

l'enseignement secondaire. . . 11 
Bibliothèque d'histoire contem- 
poraine 12 

Bibliothèque internationale 
d'histoire militaire 13 



MATIÈRES 

Pages. 

Bibliothèque historique et poli- 
tique 14 

Publications historiques illus- 
trées 14 

Recueil des instructions diplo- 
matiques 14 

Inventaire analytique des archi- 
ves DU MINISTÈRE DES AFFAIRES 

étrangères 15 

Anthropologie et Ethnologie.. 15 

Revue philosophique 16 

Revue historique 16 

Annales de l'école libre des 

sciences politiques 17 

Bibliothèque scientifique inter- 
nationale 18 

Par ordre d'apparition 18 

Par ordre de matières 21 

Ouvrages divers ne se trouvant 
pas dans les collections pré- 
cédentes 24 

Bibliothèque utile 31 



On peut se procurer tous les ouvrages qui se trouvent dans ce Catalogue par 
l'intermédiaire des libraires de France et de l'Etranger. 

On peut également les recevoir franco par la poste, sans augmentation des 
prix désignés, en joignant à la demande des timbres-poste français ou un 
mandat sur Paris. 



PARIS 

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 

Au coin de la rue Hautefeuille. 



NOVEMBRE 1890 



— 2 — 

Les titres précédés d'un astérisque sont recommandés par le Ministère de l'Instruction publique 
pour les Bibliothèques et pour les distributions de prix des lycées et collèges. — Les lettres V. P. 
indiquent les volumes adoptés pour les distributions de prix et les Bibliothèques delà Ville de Paris. 

BIBLIOTHÈQUE DE PHILOSOPHIE CONTEMPORAINE 

Volumes in-12, brochés, à 2 fr. 50. 
Cartonnés toile. 3 francs. — En demi-reliure, plats papier. 4 francs. 

Quelques-uns de ces volumes sont épuisés, et il n'en reste que peu d'exemplaires 
imprimés sur papier vélin; ces volumes sont annoncés au prix de 5 francs. 

ALAUX, professeur à la Faculté des lettres d'Alger. Philosophie de M. Cousin. 

ARREAT (L.). La morale dans le drame, l'épopée et le roman. 2 e édit., refon- 
due. 1889. 

AUBER (Ed.). Philosophie de la médecine. 

BALLET (G.), professeur agrégé à la Faculté de médecine. Le Langage intérie 
et les diverses formes de l'aphasie, avec figures dans le texte. 2 e édit. 1888. 

* BARTHÉLEMY-SAINT-HILAIRE, de l'Institut. De la Métaphysique. 1889. 

* BEAUSS1KE, de l'Institut. Antécédents de l'hégélianisme dans la philosophie 
française. 

* BERSOT (Ernest), de l'Institut. Libre Philosophie. (V. P.) 

* BERTAULD, de l'Institut. L'Ordre social et l'Ordre moral. 
— De la Philosophie sociale. 

BERTRAND (A.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. La psychologie de 

l'effort et les doctrines contemporaines. 1889. 
BINET (A.)- La Psychologie du raisonnement, expériences par l'hypnotisme. 
BOST. Le Protestantisme libéral. 
BOUILLIER. Plaisir et Douleur. Papier vélin. 5 fr. 

* B.OUTMY (E.), de l'Institut. Philosophie de l'architecture en Grèce. (V. P.) 

* CHALLEMEL-LACOUR. La Philosophie individualiste, étude sur G. de Hum- 
boldt. (V. P.) 

COIGNET (M me C). La Morale indépendante. 

CONTA (B.). Les Fondements de la métaphysique, traduitjdu roumain par D. Tes- 

canu, 1890. 
COQUERKL Fils (Ath.). Transformations historiques du christianisme. Papier 
vélin. 5 fr. 

— La Conscience et la Foi. 

— Histoire du Credo. Papier vélin. 5 fr. 
COSTE (Ad.). Les Conditions sociales du bonheur et de la force. (V. P.) 
DELBQEUF (J.), professeur à l'Université de Liège. La Matière brute et la Matière 

vivante. 

ÊSPINAS (A.), doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux. La Philosophie expé- 
rimentale en Italie. 

FAIVRE(E.), professeur à la Faculté des sciences de Lyon. De la Variabilité des 
espèces. 

FÉRÉ (Ch.). Sensation et Mouvement. Étude de psycho-mécanique, avec figures. 

— Dégénérescence et Criminalité, avec figures. 1888. 

FONTANÈS. Le Christianisme moderne. Papier vélin. 5 fr. 

FONVIELLE (W. de). L'Astronomie moderne. 

* FRANCK (Ad.), de l'Institut. Philosophie du droit pénal. 3 e édit. 
- Des Rapports de la religion et de l'Etat. 2 e édit. 

— La Philosophie mystique en France au xviir siècle. 

* GARNIER. De la Morale dans l'antiquité. Papier vélin. 5 fr. 
GAUCKLKR. Le Beau et son histoire. 

GUYAU. La Genèse de l'idée de temps. 1890. 

HAECKEL, prof, à l'Université dléna. Les Preuves du transformisme. 2 e édit. 

HARTMANN (E. de). La Religion de l'avenir. 2 e édit. 

— Le Darwinisme, ce qu'il y a de vrai et de faux dans cette doctrine. 3 e édit. 

* HERBERT SPENCER. Classification des sciences. 4 8 édit. 

— L'Individu contre l'État. 2 e édit. 



— 3 — 

Suite de a Bibliothèque de philosophie contemporaine, format in-12 

à 2 fr. 50 le volume. 

* JANET(Paul), de l'Institut. Le Matérialisme contemporain. 4 e édit. 

— * La Crise philosophique. Taine, Renan, Vacherot, Littré. Papier vélin. 5 fr. 

— * Philosophie de la Révolution française. 4 6 édit. (V. P.) 

— * Saint-Simon et le Saint-Simonisme. 

— Les Origines du socialisme contemporain. 

— La philosophie de Lamennais. 1890. 

* LAUGEL (Auguste). L'Optique et les Arts. (V. P.) 

— * Les Problèmes de la nature. 

— * Les Problèmes de la vie. 

— * Les Problèmes de l'âme. 

— * La Voix, l'Oreille et la Musique (V. P.). Papier vélin. 5 fr. 
LERLAIS. Matérialisme et Spiritualisme. 

* LEMOINE (Albert). Le Vitalisme et l'Animisme. 

— * De la Physionomie et de la Parole. Papier vélin. 5 fr. 
LEOPARDI. Opuscules et Pensées, traduit par M. Aug. Dapples. 

LEVALLOIS (Jules). Déisme et Christianisme. 

* LÉVÊQUE (Charles), de l'Institut. Le Spiritualisme dans l'art. 

— * La Science de l'invisible. 

LÉVY (Antoine). Morceaux choisis des philosophes allemands. 

* LIARD, directeur de l'Enseignement supérieur. Les Logiciens anglais con- 
temporains. 3 e édit. 

— * Des définitions géométriques et des définitions empiriques. 2 e édit. 
LOMBRoSO. L'anthropologie criminelle et ses récents progrès. 1890. 
LUBBOCK, (Sir John). Le bonheur de vivre. 1891. 

MAR1ANO. La Philosophie contemporaine en Italie. 

* MAR10N, professeur à la Sorbonue. J. Locke, sa vie, son œuvre. 

* MILSAND. L'Esthétique anglaise, étude sur John Ruskin. 
MOSSO. La Peur. Étude psycho-physiologique (avec figures). (V. P.) 
ODYSSE BAROT. Philosophie de l'histoire. 

PAULHAN (Fr.). Les Phénomènes affectifs et les lois de leur apparition. Essai 
de psychologie générale. 

* RÉMUSAT (Charles de), de l'Académie française. Philosophie religieuse. 
RÉVILLE (A.), professeur au Collège de France. Histoire du dogme de la divi- 
nité de Jésus-Christ. Papier vélin. 5 fr , 

RIBOT (Th.), directeur de la Revue philosophique. La Philosophie de Schopen- 
hauer. 3 e édition. 

— * Les Maladies de la mémoire. 6 e édit. 

— Les Maladies de la volonté. 6 e édit. 

— Les Maladies de la personnalité. 3 e édit. 

— La Psychologie de l'attention. 1888. (V. P.) 

RICHET (Ch.), professeur à la Faculté de médecine. Essai de psychologie géné- 
rale (avec figures). 
ROBERT Y (E. de). L'inconnaissable, sa métaphysique, sa psychologie. 1889. 
ROISEL. De la Substance. 
SAIGEY. La Physique moderne. 2 e tirage. (V. P.) 

* SAISSET (Emile), de l'Institut. L'Ame et la Vie. 

— * Critique et Histoire de la philosophie (fragm. et dise). 

SCHMIDT (0.). Les Sciences naturelles et la Philosophie de l'inconscient. 
SCHOEBEL. Philosophie de la raison pure. 

* SCHOPENHAUER. Le Libre arbitre, traduit par M. Salomon Reinach. 3 e édit. 

— * Le Fondement de la morale, traduit par M. A. Burdeau. 3 e édit. 

— Pensées et Fragments, avec intr. par M. J. Bourdeau. 9 e édit. 

SELDEN (Camille). La Musique en Allemagne, étude sur Mendelssohn. (V. P.) 

SIC1LIANI (P.). La Psychogénie moderne. 

STRICKER. Le Langage et la Musique, traduit par M. Schwiedland. 



— 4 _ 

Suite de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, format in-12, 
à 2 fr. 50 le volume. 

* STUART MILL. Auguste Comte et la Philosophie positive. 2 9 édit. (V. P.) 

— L'Utilitarisme. 2 e édit. 

TAINE (H.), de l'Académie française. L'Idéalisme anglais, étude sur Carlyle. 

— * Philosophie de l'art dans les Pays-Bas. 2 e édit. (V. P.) 

— * Philosophie de l'art en Grèce. 2 e édit. (V. P.) 
TARDE. La Criminalité comparée. 

TIS^ANDIER. Des Sciences occultes et du Spiritisme. Pap. vélin. 5 fr. 

TISSIÉ Les rêves, avec préface du professeur Azam. 1890. 
VÉRA (A.), professeur à l'Université de Naples. Philosophie hégélienne. 
VIANNA DE LIMA. L'Homme selon le transformisme. 1888. (Y. P.) 
ZELLER. Christian Baur et l'École de Tubingue, traduit par M. Ritter. 



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Volumes in-8. 

Brochés à 5 fr., 7 fr.50 et 10 fr. — Cart. anglais, 1 fr. en plus par volume. 
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* BAIN (Alex.). La Logique inductive et déductive. Traduit de l'anglais par 
M. G. Compayré, 2 vol. 2 e édit. 20 fr. 

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— Les Émotions et la Volonté. Trad. par M. Le Monnier. 1 vol. 10 fr. 

* BAR DOUX. Les Légistes, leur influence sur la société française. 1 vol. 5 fr. 

* BARNI (Jules). La Morale dans la démocratie. 1 vol. 2 e édit. (V. P.). 5 fr. 
BARTHELEMY-SAINT H1LAIRE Me l'Institut). La philosophie dans ses rapports 

avec les sciences et la religion. 1 vol. 1889. 5 fr. 

BEAUSSIRE de l'Institut. Les Principes du droit. 1 vol. 1888. 7 fr. 50 

BERGSON, docteur ès-leltres, professeur au collège Rollin. Essai sur les données 
immédiates de la conscience. 1 vol. 1889. 3 fr. 75 

BERTRAND (A.), professeur à la Faculté des lettres de Lyon. L'Aperception du 
corps humain parla conscience. 1 vol. Cart. 6 fr. 

BUCHNER. Nature et Science. 1 vol. 2 e édit. Traduit par M. Lauth. 7 fr. 50 

CARRAU (Ludovic), professeur à la Sorbonne. La Philosophie religieuse en 
Angleterre, depuis Locke jusqu'à nos jours. 1 vol. 1888. 5 fr. 

GLAY (R.). L'Alternative, contribution à la psychologie 1 vol. Traduit de 
l'anglais par M. A. Burdeau, député, ancien prnf. au lycée Louis-le-Grand. 10 fr. 

COLLINS (Howard). La philosophie de M. Herbert Spencer. 1 vol., précédé 
d'une préface de M. Herbert Spencer, traduit de l'anglais par H. de Varigny 
1891. 10 fr. 

EGGER (V.), professeur à la Faculté des lettres de Nancy. La Parole intérieure. 
lvol. 5fr. 

ESPINAS(Alf-), doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux. Des Sociétés ani- 
males. 1 vol. 2 e édit. 7 fr. 50 

FËRRI (Enriro). La sociologie criminelle. 1 vol. (sous presse). 

FER RI t Louis), professeur à l'Université de Rome. La Psychologie de l'asso- 
ciation, depuis Hobhes jusqu'à nos jours. 1 vol. 7 fr. 50 

* FLINT, professeur à l'Université d'Edimbourg. La Philosophie de l'histoire en 
France. 1 vol. 7 fr. 50 

— * La Philosophie de l'histoire en Allemagne. 1 vol. 7 fr. 50 
FONSEGRIVE, Professeur au lycée Buffon. Essai sur le libre arbitre. Sa théorie, 

son histoire. 1 vol. 1887. 10 fr. 



— 5 — 

Suite de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, format in-8. 

* FOUILLÉE (Alf.), ancien maître de conférences à l'École normale supérieure. 

— La Liberté et le Déterminisme. 1 vol. 2 e édit. 7 fr. 50 

— Critique des systèmes de morale contemporains. 1 vol. 2 e édit. 7 fr. 50 

— L'Avenir de la Morale, de l'Art et de la Religion, d'après M. Guyau. 1 vol. 

3 fr. 75 

— L'Avenir de la métaphysique fondée sur l'expérience. 4 vol. 1890. 5 fr. 

— La Psychologie des idées forces. 1 vol. 1890. 7 fr. 50 

— L'Évolutionnisme des idées forces. 1 vol. 1890. 7 fr. 50 
FRANCK (A.), de l'Institut. Philosophie du droit civil. 1 vol. 5 fr. 
GAROFALO, agrégé de l'Université de N.iples. La Criminologie. 1 vol. 2 e éd. 7 fr. 50 
—GUYAU. La Morale anglaise contemporaine. 1 vol. 2 6 édit. 7 fr. 50 

— Les Problèmes de l'esthétique contemporaine. 1 vol. 5 fr. 

— Esquisse d'une morale sans obligation ni sanction. 1 vol. 5 fr. 

— L'Irréligion de l'avenir, étude de sociologie. 1 vol. 2 e édit. 7 fr. 50 

— L'Art au point de vue sociologique. 1 vol. 1889. 7 fr. 50 

— Hérédité et éducation, étude sociologique. 1 vol. 1889. 5 fr. 
HERBERT SPENCER *. Les Premiers Principes. Traduit par M. Cazelles. 1 fort 

volume. 10 fr. 

— Principes de biologie. Traduit par M. Cazelles. 2 vol. 20 fr. 

— * Principes de psychologie. Trad. par MM. Ribot et Espinas. 2 vol. 20 fr. 

— * Principes de sociologie. 4 vol., traduits par MM. Cazelles et Gerschel : 
Tome I. 1U fr. — Tome II. 7 fr. 50. — Tome III. 15 fr. — Tome IV. 3 fr. 75 

— * Essais sur le progrés. Traduit par M. A. Rurdeau. 1 vol. 2 e édit. 7 fr. 50 

— Essais de politique. Traduit par M. A. Burdeau. 1 vol. 3 e édit. 7 fr. 50 

— Essais scientifiques. Traduit par M. A. Rurdeau. 1 vol. 2 8 édit. 7 fr. 50 

* De l'Education physique, intellectuelle et morale. 1 vol. 5 e édit. 5 fr. 

— * Introduction à la science sociale. 1 vol. 9° édit. 6 fr. 

— Les Bases de la morale évolutionniste. 1 vol. 4 e édit. 6 fr. 

— * Classification des sciences. 1 vol. in-18. 4 e édit. 2 fr. 50 

— L'Individu contre l'État. Traduit par M. Gerschel. 1 vol. in-18. 2 e édit. 2 fr. 50 

— Descriptive Sociology, or Groups of sociological facts. French conipiled by 
James Collier. 1 vol. in-folio. 50 fr. 

* HUXLEY, de la Société royale de Londres. Hume, sa vie, sa philosophie. Traduit 
de l'anglais et précédé d'une Introduction par G. Compayré. 1 vol. 5 fr. 

* JANET (Paul), de l'Institut. Les Causes finales. 1 vol. 2 e édit. 10 fr. 

— * Histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale. 
2 forts vol. 3 e édit., revue, remaniée et considérablement augmentée. 20 fr. 

JANET (Pierre), professeur au lycée Louis-le-Grand. L'automatisme psycholo- 
gique, essai sur les formes inférieures de l'activité mentale. 1 vol. 1889. 7 fr. 50 

* LAUGEL (Auguste). Les Problèmes (Problèmes de la nature, problèmes de la 
vie, problèmes de l'âme). 1 vol. 7 fr. 50 

* LAVELEYE (de), correspondant de l'Institut. De la Propriété et de ses formes 
primitives. 1 vol. 4 e édit. 1891. 10 fr. 

— Le Gouvernement de la démocratie. 1 vol. (Sous presse.) 

* LIARD, directeur de l'enseignement supérieur. La Science positive et la Méta- 
physique. 1 vol. 2 e édit. 7 fr. 50 

— Descartes. 1 vol. 5 fr. 

LOMRROSO. L'Homme criminel (criminel-né, fou-moral, épileptique). Étude anthro- 
pologique et médico-légale, précédée d'une préface de M. le docteur Letourneau. 
1 vol. 10 fr. 

— Atlas de 40 planches, avec portraits, fac-similés d'écritures et de dessins, tableaux 
et courbes statistiques pour accompagner le précédent ouvrage. 2 e édition. 12 fr. 

— L'Homme de génie, traduit sur la 8 e édition italienne par Fr. Colonna d'Istria, 
et précédé d'une préface de M. Ch. Richet. I vol. avec 11 pi. hors texte. 10 fr. 

LYON (Georges), maître de conférences à l'École normale. L'Idéalisme en An- 
gleterre au xviii 8 siècle. 1 vol. 1888. 7 fr. 50 

MARION (H.), professeur à la Sorbonne. De la Solidarité morale. Essai de 
psychologie appliquée. 1 vol. 3* édit. (V. P.) 5 fr. 

MATTHEW ARNOLD. La Crise religieuse. 1 vol. 7 fr. 50 



6 



Suite de la Bibliothèque de philosophie contemporaine, format in-8. 

MAUDSLEY. La Pathologie de l'esprit. 1 vol. Trad. par M. Germont. 10 fr. 

* NAV1LLE(E.), correspond, de l'Institut. La Logique de l'hypothèse. 1 vol. 5 fr. 

— La physique moderne, 1 vol. 2 e édit. 1890. 5 fr. 
PAULHAN (Fr.). L'activité mentale et les éléments de l'esprit. 1 vol. 1889. 10 fr. 
PÉREZ (Bernard). Les trois premières années de l'enfant. 1 vol. 4 e édit. 5 fr. 

— L'Enfant de trois à sept ans. 1 vol. 2 e édit. 5 fr. 

— L'Éducation morale dés le berceau. 1 vol. 2 e édit. 1888. 5 fr. 

— L'Art et la Poésie chez l'enfant. 1 vol. 1888. 5 fr. 
PIDEHIT. La Mimique et la Physiognomonie. Trad. de l'allemand par M. Girot. 

1 vol. avec 95 figures dans le texte. 1888. (V. P.) 5 fr. 

PREYER, professeur à l'Université de Berlin. Éléments de physiologie. Traduit 

de l'allemand par M. J. Soury. 1vol. 5 fr. 

— L'Ame de l'enfant. Observations sur le développement psychique des premières 
aimées. 1 vol., traduit de l'allemand par M. H. C. de Varigny. 1887. 10 fr. 

RIBOT (Th.), directeur de la Revue philosophique. L'Hérédité psychologique. 
1 vol. 4 e édit. 7 fr. 50 

— * La Psychologie anglaise contemporaine. 1 vol. 3 e édit. 7 fr. 50 

— * La Psychologie allemande contemporaine. 1 vol. 2° édit. 7 fr. 50 
RICHET (Ch.), professeur à la Faculté de médecine de Paris. L'Homme et l'Intel- 
ligence. Fragments de psychologie et de physiologie. 1 vol. 2 e édit. 10 fr. 

ROBERTY (E. de). L'Ancienne et la Nouvelle philosophie. 1 vol. 7 fr. 50 

ROMANES. L'évolution mentale chez l'homme. Traduit de l'angl. par H. de 

Varigny 1891. 1 vol. 7 fr. 50. 

SAlGfcY (Emile). Les Sciences au XVIII e siècle. La physique de Voltaire. 

1 vol. 5 fr. 

SCHOPENHAUER. Aphorismes sur la sagesse dans la vie. 3° édit. Traduit par 

M. Cantacuzène. 1 vol. 5 fr. 

— De la quadruple racine du principe de la raison suffisante, suivi d'une 
Histoire de la doctrine de IHdéal et du réel. Trad. par M. Cantacuzène. 1 vol. 5 fr. 

— Le monde comme volonté et comme représentation. Traduit par M. A. Bur- 
deau. 3 vol., chacun séparément 7 fr. 50 

SÉAILLES, maître de conférences à la Sorbonne. Essai sur le génie dans l'art. 

1 vol. 5 fr. 

SERGI, professeur à l'Université de Rome. La Psychologie physiologique, traduhre 

de l'italien par M. Mouton. 1 vol. avec figures. 1888. 7 fr. 50 

SOURIAU (Paul), professeur à la Faculté des lettres de Lille. L'Esthétique du mou- 

5 fr. 

10 fr. 

5 fr. 

20 fr. 

5fr. 

7 fr. 50 

7 fr. 50 

7 fr. 



vement. 1 vol. in-8°. 1889. 
* STUART MILL. La Philosophie de Hamilton. 1 vol. 

— * Mes Mémoires. Histoire de ma vie et de mes idées. 1 vol. 

— * Système de logique déductive et inductive. 3 e édit. 2 vol. 

— * Essais sur la religion. 2 e édit. 1 vol. 

SULLY (James). Le Pessimisme. Trad. par MM. Bertrand et Gérard.! vol. 
YACHEROT (Et.), de l'Institut. Essais de philosophie critique. 1 voK 

- La Religion. 1 vol. 



50 
WUNDT. Éïéments de psychologie physiologique. 2 vol. avec figures, trad. de 
l'allem. parle D c Élie Rouvier, et précédés d'une préface de M. D. Nolen. 20 fr. 



EDITIONS KTR A AU ERES 



Éditions anglaises. 

Auguste Laugel. The United States during 
the war. In -8. 7 sh. 6 p. 

Albert Réville. History of the doctrine of the 
deity of Jesus-Christ. 3 sh. 6 p. 

H. Taine. Italy (Naples et Rome). 7 sh. 6 p. 

H. Taine. The philosophy of Art. 3 sh. 



Paul Jani t. The Materialism 6f présent day 
1 vol. in-18, rël. 3 sh". 

Editions anglaises. 

Jules Barni. Napoléon 1 er . In-18. 3 ni. 

Paul Janet. Der Materialismus unsere Zeit. 
1 vol. in-18. 3 m. 

H. Taine. Philosophie der Kunst. 1 volume 
in-18. 3 m. 



— 7 — 

COLLECTION HISTORIQUE DES GRANDS PHILOSOPHES 



PHILOSOPHIE 

ARISTOTE (Œuvres d'), traduction de 

J. BARTHÉLEMY-SAINT HlLAlRE. 

— Psychologie (Opuscules), avec 
notes. 1 vol. in-8 10 fr. 

— Rhétorique, avec notes. 1870. 

2 vol. in-8 16 fr. 

— Politique, 1868, 1 v. in-8. 10 fr. 

— La Métaphysique d'Aristote. 

3 vol. in-8, 1879 30 fr. 

— Traité de la production et de 
la destruction des choses, avec 
notes. 1866.lv.gr. in-8.... 10 fr. 

— De la Logique d'Arlstote, par 
M. Barthélémy Saint -Hilaire. 
2 vol. in-8 10 fr. 

— L'Esthétique d'Arïstote , par 

M. Bénard. 1 vol. in-8. 1889. 5 fr. 

* S0CRATE. La Philosophie de So- 

crate, par M. Alf. Fouillée. 2 vol. 
in-8 16 fr. 

— Le Procès de Socrate. Examen 
des thèses socratiques, par M. G. 
Sorel. 1 vol. in-8. 1889. 3 fr. 50 

PLATON. Études sur la Dialecti- 
que dans Platon et dans Hegel , 
par Paul J anet. 1 vol. in-8.. 6 fr 

— Platon et Arlstote, par Van der 
Rest. 1 vol. in-8 10 fr. 

ÉPICURE. La Morale d'Éplcure 
et ses rapports avec les doctrines 
contemporaines, par M. Guyau. 
1 vol. in-8. 3 e édit 7 fr. 50 

* ÉGOLE D'ALEXANDRIE. Histoire 
de l'École d'Alexandrie, par 



ANCIENNE 

M. Barthélemy-Saint-Hilaire. 1 v. 

in-8 6 fr. 

MÀRC-AURÈLE. Pensées de Marc- 
Aurèle, traduites et annotées par 
M. Barthélémy Saint-Hilaire. 1 vol. 
in-18 4 fr. 50 

BENARD. La Philosophie an- 
cienne, histoire de ses systèmes. 
Première partie : La Philosophie 
et la Sagesse orientales. — La 
Philosophie grecque avant Socrate. 
— Socrate et les socratiques. — 
Etudes sur les sophistes grecs, 
1 vol. in-8. 1885 9 fr. 

BROGHÀRD (Y.). Les Sceptiques 
grecs (couronné par l'Académie 
des sciences morales et politiques). 
1 vol. in-8. 1887 8 fr. 

* FARRE (Joseph). Histoire de la phi- 
losophie, antiquité et moyen 
âge. 1 vol. in-18 3 fr. 50 

FAVRE (M me Jules), née Velten. La 
Morale «les stoïciens. 1 volume 
in-18. 1887 3 fr. 50 

— La Morale de Socrate. 1 vol. 
in-18. 1888 3 fr. 50 

— La Morale d'Arlstote, 1 vol. 
in-18. 1889 3 fr. 50 

OGEREAU. Essai sur le système 
philosophique des stoïciens. 
1 vol. in-8. 1885 5 fr. 

TANNERY (Paul). Pour l'histoire de 
la science hellène (de Thaïes à 
Empédocle).lv. in-8. 1887. 7fr.50 



PHILOSOPHIE MODERNE 



* LEIBNIZ. Œuvres philosophi- 
ques, avec introduction et notes par 
M. Paul Janet. 2 vol. in-8. 16 fr. 

— Leibniz et Pierre le Grand, par 
Foucher de Careil. 1 v. in-8. 2 fr. 

— Leibniz et les deux Sophie, 
par Foucher de Careil. In-8. 2 fr. 

DESCARTES, par Louis Liard. 1 vol. 
in-8 5 fr. 

— Essai sur l'Esthétique de Des- 
cartes, par Krantz. 1 v. in-8. 6 fr. 

SPINOZA. Benedictl de Spinoza 
opéra quotquot reperta sunt, reco- 
gnoverunt J. Van Vloten et J.-P.-N. 
Land. 2 forts vol. in-8 sur papier 

de Hollande 45 fr. 

GASSENDI. La philosophie de Gas- 
sendi, par M. F. Thomas. 1 vol. 
in-8. 1889 6 fr. 



* LOCKE. Sa vie et ses œuvres, par 

M. Marion. 1 vol. in-18. 2 fr. 50 

* MALEBRANCHE. La Philosophie 
de Malebranche, par M. Ollé- 
Laprune. 2 vol. in-8 16 fr. 

PASCAL. Etudes sur le scepti- 
cisme de Pascal; par M. Droz, 
1 vol. in-8 6 fr. 

* VOLTAIRE. Les Sciences au 
X*in e siècle. Voltaire physicien, 
par M. Em. Saigey. 1 vol. in-8. 5fr. 

FRANCK (Ad.). La Philosophie 
mystique en France au Win J 
siècle. 1 vol. in-18... 2 fr. 50 

* DAMIRON. Mémoires pour servir 
à l'histoire de la phllosopule au 
XVIII e siècle. 3 vol. in-8. 15 fr. 



— 8 



PHILOSOPHIE ECOSSAISE 

* DOGALD STEWART. Éléments de 
la philosophie de l'esprit hu- 
main, traduits de l'anglais par 
L. Peisse. 3 vol. in-12... 9 fr. 

* HAMILTON. La Philosophie de 
Hamilton, par J. Stuart Mill, 
1 vol. in-8 10 fr 

* HUME, Sa vie et sa philosophie. 



par Th. Huxley, trad. del'angl. par 
M. G. CompayrÉ. 1 vol. in-8 5 fr. 

BACON. Étude sur François Ba- 
con, par J. Barthélémy- Saint- 
Hilairs, 1 vol. in-18. 2 fr. 50 

— Philosophie «le François 
Bacon, par M. Ch. Adam (ouvrage 
couronné par l'Institut). 1 volume 
in-8°. 7 fr. 50 



PHILOSOPHIE ALLEMANDE 



KANT. La Critique de la raison 
pratique, traduction nouve'le avec 
introduction et notes, par M. PiCA- 
VET. 1 vol. in-8. 1888... 6 fr. 

— Critique de la raison pure, 
trad.parM.TissoT.2 v.in-8. 16 fr. 

— Même ouvrage, traduction par 
M. Jules Barni. 2 vol. in-8. . 16 fr. 

* — Éclaircissements sur la Cri- 

tique de la raison pure, trad. par 
M. J. Tissot. 1 vol. in-8... 6 fr. 

— Principes métaphysiques de la 
morale, augmentés des Fondements 
de la métaphysique des mœurs, tra- 
duct. par M. Tissot.1v. in-8. 8 fr. 

— Même ouvrage, traduction par 
M.JulesBARNi. 1 vol. in-8... 8 fr. 

* — La Logique, traduction par 
M. Tissot 1 vol. in-8 à fr. 

* — Mélanges de logique, tra- 
duction par M. Tissot. 1 v. in-8. 6 fr. 

* — Prolégomènes a toute mé- 

taphysique future qui se pré- 
sentera comme science, traduction 
de M. Tissot. 1 vol. in-8.. . 6 fr. 

* — Anthropologie , suivie de 
divers fragments relatifs aux rap- 
ports du physique et du moral de 
l'homme, et du commerce des esprits 
d'un monde à l'autre, traduction par 
M. Tissot. 1 vol. in-8 6 fr. 

— Traité de pédagogie, trad. 
J. Barni ; préface et notes par M. Ray- 
mond Ihamin. 1 vol. in-12. 2 fr. 

* FICHTE. Méthode pour arriver 
À la vie bienheureuse, trad. par 
M. Fr. Boiiillier. 1 vol. in-8. 8 fr. 

— lieMtination du savant et de 
l'homme de lettres, traduit par 
M. Nicolas. 1 vol. in-8. 3 fr. 

* — Doctrines de la science. 
1 vol. in-8 9 fr. 

SCHELL1NG. Bruno, ou du principe 
divin. 1 vol. in-8 3 fr. 50 



SCHELLING. Écrits philosophiques 

et morceaux propres à donner une 
idée de son système, traduit par 
M. Ch. Bénard. 1 vol. in-8. 9 fr. 

HEGtL. * Logique. 2 e édit. 2 vol. 
in-8 14 fr. 

* — Philosophie de la nature. 

3 vol. in-8 25 fr. 

* — Philosophie de l'esprit. 

2 vol. in-8 18 fr. 

* — Philosophie de la religion. 
2 vol. in-8 20 fr. 

— Essais de philosophie hégé- 
lienne, par A. Véra. 1 vol. 2 fr. 50 

— La Poétique, trad. par M. Ch. Bé- 
nard. Extraits de Schiller, Goethe, 
Jean, Paul, etc., et sur divers sujets 
relatifs à la poésie. 2 v. in-8. 12 fr. 

— Esthétique. 2 vol. in-8, tra- 
duit par M. Bénard 16 fr. 

— Antécédents de l'hego- 
lianisme dans la philosophie 
française, par E. Beaussire. 
1 vol. in-18 2 fr. 50 

* — La Dialectique dans Hegel 

et dans Platon, par M. Paul Janet. 
1 vol. in-8 6 fr. 

— Introduction à la philosophie 

de Hegel, par VÉRA. 1 vol. in-8. 

2 e édit 6fr. 50 

HUMBOLDT (G. de). Essai sur les 
limites de l'action de l'État. 
1 vol. in-18 3fr. 50 

— * La Philosophie[indn idualiste, 

étu«iesurG.deHuMROLDT,parM.CiiAL- 
lemel-Lacour. 1 v. in-18 . 2 fr. 50 

* STAHL. Le Vitalisme et l'Ani- 
misme de Stahl, par M. Albert 

Lemoine. 1 vol. in-18 2 fr. 50 

LESSING. Le Christianisme mo- 
derne. Étude sur Lessing, par 
M. Fontanès. 1 vol. in-18. Papier 
vélin 5 fr. 



— 9 



PHILOSOPHIE ALLEMANDE CONTEMPORAINE 



BUCHNER (L.). Nature et Science. 
lvol.in-8.2 e édit 7fr. 50 

— * Le Matérialisme contempo- 
rain, par M. P. Janet. à e édit. 
1 vol. in-18 2 fr. 50 

CHRISTIAN BÂUR et l'École de 
Tubingue, par M. Ed. Zeller. 
1 vol. in-18 2 fr.50 

HARTMANN (E. de). La Religion de 
l'avenir. 1 vol. in-18. . 2 fr. 50 

— Le Darwinisme, ce qu'il y a de 
vrai et de faux dans cette doctrine. 
1 vol. in-18. 3 e édition. . 2 fr. 50 

HAECKEL. Les Preuves du trans- 
formisme. 1vol. in-18. 2 fr. 50 

0. SCHMIDT. Les Sciences natu- 
relles et la Philosophie de 
l'inconscient. 1 v. in-18. 2fr. 50 

PIDER1T. La Mimique et la 
Physiognomonie. 1 v. in-8. 5 fr. 

PREYER. Éléments de physio- 
logie. 1 vol. in-8 , 5 fr. 

— L'Ame de l'enfant. Observations 
sur le développement psychique des 
premières années. 1 vol. in-8. 10 fr. 

SCHQEBEL. Philosophie de la rai- 
son pure. 1 vol. in-18. 2 fr. 50 



SCHOPENHAUER. Essai sur le libre 
arbitre. 1 vol. in-18. 3 e éd. 2 fr.50 

— Le Fondement de la morale. 

1 vol. in-18 2 fr. 50 

— Essais et fragments, traduit 
et précédé d'une Vie de Schopen- 
hauer, par M. Bourdeau. 1 vol. 
in-18. 6 e édit 2 fr.50 

— Aphorismes sur la sagesse 

dans la vie. 1 vol. in-8. 3 e éd. 5 fr. 

— De la quadruple racine du 
principe de la raison suffi- 
sante. 1 vol. in-8 5 fr. 

— Le Monde comme volonté et 
représentation. 3 vol. in-8, cha- 
cun séparément 7 fr. 50 

— La Philosophie de Schopen- 
hauer, par M. Th. Hibot. 1 vol. 
in-18. 3 e édit 2 fr. 50 

RIBOT (Th.). La Psychologie alle- 
mande contemporaine. 1 vol. 
in-8. 2 e édit 7 fr. 50 

STR1CKER. Le Langage et la Musi- 
que. 1 vol. in-18 2 fr. 50 

WUNDT. Psychologie physiolo- 
gique. 2 vol. in-8 avec iîg. 20 fr. 



PHILOSOPHIE ANGLAISE CONTEMPORAINE 



STUART MILL*. La Philosophie de 
Hamllton. 1 fort vol. in-8. 10 fr. 

— * Mes Mémoires. Histoire de ma 
vie et de mes idées. 1 v. in-8. 5 fr. 

— * Système de logique déduc- 
tive et inductive. 2 v. in-8. 20 fr. 

— * Auguste Comte et la philoso- 
phie positive. 1 vol. in-18. 2 fr. 50 

— L'Utilitarisme. 1 v. in-18. 2 fr.50 

— Essais sur la Religion. 1 vol. 
in-8. 2 e édit 5 fr. 

— La République de 184* et 
ses détracteurs, trad. et préface 
de M. Sadi Carnot. 1 v. in-18. 1 fr. 

— La Philosophie de Smart 
Mill, par H. Lauret. 1 v. in-8. 6 fr. 

HERBERT SPENCER *. Les Pre- 
miers Principes. 1 fort volume 
in-8 10 fr. 



HERBERT SPENCER*. Principes de 
biologie. 2 forts vol. in-8. 20 fr. 

— * Principes de psychologie. 

2 vol. in-8 20 fr. 

— * Introduction a la science 
sociale. 1 v. in-8 , cart. 6 e édit . 6 fr. 

— * Principes de sociologie, à vol. 
in-8 36 fr. 25 

— * Classification des sciences. 
1 vol. in-18, 2 e édition. 2 fr. 50 

— * De l'éducation intellectuelle, 
morale et physique. 1 vol. 
in-8, 5 e édit 5 fr. 

— * Essais sur le progrès. 1 vol. 
in-8. 2 e édit 7fr.50 

— Essais de politique. 1 vol. 
in-8. 2 e édit 7 fr. 50 

— Essais scientifiques. 1 vol. 
in-8 7 fr. 50 



— 10 — 



HERBERT SPENCER *. Les Bases 
de la morale évolutionniste. 

1 vol. in-8.3 c édit 6 fr. 

— L'Individu contre l'État. 1 vol 

in-18. 2 e édit 2 fr. 50 



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Des sens et de l'intelli- 



gence. 1 vol. in-8 . . . . 10 fr. 

— Les Emotions et la Volonté. 
1 vol. in-8 10 fr. 

— * ta Logique Inductive et dé- 

ductlve. 2 vol. in-8. 2 e édit. 20 fr. 

— * L'Esprit et le Corps. 1 vol. 
in-8, cartonné, 4 e édit .... 6 fr. 

— * La Science de l'éducation. 

1 vol. in-8, cartonné. 6 e édit. 6 fr. 

DARWIN *. Descendance et Dar- 



winisme, par Oscar 
1 vol. in-8 cart. 5 e édit. 



Schmidt. 
.. 6fr. 

— Le Darwinisme , par E. DE 
Hartmann. 1 vol. in-18. . 2 fr. 50 

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veau. 1 vol. in-8 10 fr. 

CHARLTON BASTIAN. Le cerveau, 
organe de la pensée chez l'homme 
et les animaux. 2 vol. in-8. 12 fr. 

CARLYLE. L'Idéalisme anglais, 

étude sur Carlyle, par H. Taine. 
1 vol. in-18 2 fr. 50 

BAGEHOT *. Lois scientifiques du 
développement des nations. 

1 vol. in-8, cart. 4 e édit.. . . 6 fr. 

DRAPER. Les Conflits de la science 
et de la religion. 1 volume in-8. 
7 e édit 6 fr. 



RUSKIN (John). * L'Esthétique an- 
glaise, étude sur J. Ruskin, par 
Milsand. 1 vol. in-18 ... 2 fr. 50 

MATTHEW ARNOLD. La Crise reli- 
gieuse. 1 vol. in-8.... 7 fr. 50 

MAUDSLEY *. Le Crime et la Folie. 

1 vol. in-8. cart. 5 e édit... 6 fr. 

— La Pathologie de l'esprit. 
1 vol in-8 10 fr. 

FLINT *. La Philosophie de l'his- 
toire en France et en Alle- 
magne. 2 vol in-8. Chacun, sépa- 
rément 7 fr. 5 

RIBOT (Th.). La Psychologie an- 
glaise contemporaine. 3 e édit. 
1 vol. in-8 7 fr. 50 

LIARD *. Les Logiciens anglais 
contemporains. 1 vol. in-18. 
2 e édit 2 fr. 50 

GUYAU *. La Morale anglaise con- 
temporaine, lv. in-8. 2 e éd. 7fr.50 

HUXLEY *. Hume, sa vie, sa philo- 
sophie. 1 vol. in-8 5 fr. 

JAMES SULLY. Le Pessimisme. 

lvol. in-8 7 fr. 50 

— Les Illusions des sens et de 
l'esprit. 1 vol. in-8, cart.. 6 fr. 

CARRAU (L.). La Philosophie reli- 
gieuse en Angleterre, depuis 
Locke jusqu'à nos jours. 1 volume 
in-8 5 fr. 

LYON (Georges). L'Idéalisme en 
Angleterre au XVIII e siècle. 

1 vol. in-8 7 fr. 50 



PHILOSOPHIE 



SICILIANI. La Psychogénie mo- 
derne. 1 vol. in-18 2fr. 50 

ESPINAS*. La Philosophie expé- 
rimentale en Italie, origines, 
état actuel. 1 vol. in-18. 2 fr. 50 

MARIA NO. La Philosophie con- 
temporaine en Italie, essais de 
philos, hégélienne. 1 v. in-18. 2fr.50 

FERRI (Louis). La Philosophie de 
l'association depuis Hohbes 
jusqu'à nos Jours. In-8. 7 fr. 50 

MINGHETTI. L'État et l'Église. 1 vol. 
in-8 5 fr. 

LEOPARDI. Opuscules et pensées. 
1 vol. in-18 2 fr. 50 

MOSSO. La Peur. 1 vol. in-18. 

2 fr. 50 



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L0MBR0S0. L'Homme criminel. 
1 vol. in-8 10 fr. 



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ci-dessus 12 fr. 

— L'homme de génie. 1 vol. in-8. 

10 fr. 

— L'Anthropologie criminelle , 

ses récents progrès. 1 volume 

in-18 2 fr. 50 

MANTEGAZZA. La Physionomie et 
l'expression des sentiments. 

1 vol. in-8, cart 6 fr. 

SERGI. La Psychologie physio- 
logique. 1 vol. in-8... 7 fr. 50 

GAROFALO. La Criminologie. 1 vo- 
lume in-8 7 fr. 50 



— 11 — 
OUVRAGES DE PHILOSOPHIE 

PRESCRITS POUR L'ENSEIGNEMENT DES LYCÉES ET DES COLLÈGES 



COURS ÉLÉMENTAIRE DE PHILOSOPHIE 

Suivi de Notions d'histoire de la Philosophie 
et de Sujets de Dissertations donnés à la Faculté des lettres de Paris 

Par Emile BOIRAC 

Professeur de philosophie au lycée Coudorcet 

1 vol. in-8° de 582 pages, 2 e édit. 1889, br. 6 fr. 50. Cart. à l'anglaise 7 fr. 50 



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Choix de sujets — Plans — Développements 

PRÉCÉDÉ D'UNE INTRODUCTION SUR LES RÈGLES DE LA DISSERSATION PHILOSOPHIQUE 

PAR LE MÊ.VJE 

1 vol. in-8. 1890. Broché, 6 fr. 50. Cartonné à l'anglaise, 7 fr. 50. 



AUTEURS DEVANT ÊTRE EXPLIQUÉS DANS LA CLASSE DE PHILOSOPHIE 

AUTEURS FRANÇAIS 

CONDILLAC. — Traité des Sensations, livre I, avec notes, par Georges Lyon, maître 

de conférences à l'Ecole normale supérieure, docteur es lettres. 1 vol. in-12 1 fr. 40 

DESCARTES. — Discours sur la Méthode et première méditation, avec notes, introduction 

et commentaires, par V. Brochakd, directeur des conférences de philosophie à la Sorbonne. 

1 vol. in-12, 2 e édition 2 fr. 

DESCARTES. — Les Principes de la philosophie, livre I, avec notes, par le même. 

1 vol. in-12, broché 1 fr. 25 

LEIBNIZ. — La Monadologie, avec notes, introduction et commentaires, par D. Nolen, 

recteur de l'Académie de Besançon, 1 vol. in-12. 2 e édit 2 fr. 

LEIBNIZ. — Nouveaux essais sur l'entendement humain. Avant-propos et livre I, avec 

notes, par Paul Janet, de l'Institut, professeur à la Sorbonne. 1 vol. in-12 1 fr. 

MALEBRANCHE. — De la recherche de la vérité, livre II (de l'Imagination), avec 

notes, par Pierre Janet, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, professeur agrégé au 

lycée Louis le Grand. 1 vol. in-42, 1 fr. 80 

PASCAL. — De l'autorité en matière de philosophie. — De l'esprit géométrique. — 

Entretien avec M. de Sacy, avec notes, par Robert, professeur à la Faculté des lettres de 

Rennes. 1 vol. in-12 1 fr. 

AUTEURS LATINS 
CICÉRON. — De natura Deorum, livre II, avec notes, par Picavet, agrégé de l'Université. 

professeur au lycée de Versailles. 1 vol. in-12 2 fr. 

CICÉRON. — De Officiis, livre I, avec notes, par E. Boirac, professeur agrégé au lycée 

Condorcet. 1 vol. in-12 1 fr. 40 

LUCRÈCE. — De natura rerum, livre V, avec notes, par G. Lyon, maître de conférences 
à l'Ecole normale supérieure, 1 vol. in-12. 1 fr. 50 

SÉNÈQUE. — Lettres à Lucilius (les 16 premières), avec notes, par Dauriac, ancien élève de 
l'Ecole normale supérieure, professeur à la Faculté des lettresde Montpellier. 1 vol. in-12. 1 fr. 25 

AUTEURS GRECS 

ARISTOTE. — Morale à Nicomaque, livre X, avec notes, par L. Carrau, professeur à 
la Sorbonne. 1 vol. in-12. 1 fr. 25 

EPICTÈTE. — Manuel, avec notes, par Montargis, ancien élève de l'Ecole normale supérieure, 
agrégé de l'Université. 1 vol. in-12 1 fr. 

PLATON. — La République, livre VI, avec noies, par Espinas, ancien élève de l'École nor- 
male supérieure, doyen de la Faculté des lettres de Bordeaux. 1 vol. in-12 2 fr. 

XÉNOPHON. — Mémorables, livre I, avec notes, par Penjon, ancien élève de l'École normale 
supérieure, professeur à la Faculté des lettres de Lille. 1 vol. in-12 1 fr. 25 

Classe de Mathématiques élémentaires. — Résumé de philosophie et analyse des 
auteurs (logique, morale, auteurs latins, auteurs français, langues vivantes), à l'usage 
des candidats au baccalauiéat es sciences, par Thomas, docteur es lettres, professeur de 
philosophie au lycée de Brest, et Reynier, professeur au lycée Buffon. 1 vol. in-12. 2 e éd. 2 fr. 



_ 12 — 

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE CONTEMPORAINE 

Volumes in- 18 brochés à 3 fr. 50. — Volumes in-8 broches de divers prix 

Cartonnage anglais, 50 cent, par vol. in-18; 1 fr. par vol. in-8. 
Demi-reliure, 1 fr. 50 par vol. in-18; 2 fr. par vol. in-8. 

EUROPE 

* SYBEL (H. de). Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, 

traduitde l'allemand par M 1 te Dosquet. Ouvrage complet en 6 vol. in-8. 42 fr. 
Chaque volume séparément. 7 fr. 

FRANCE 
BLANC (Louis). Histoire de Dix ans. 5 vol. in-8. 25 fr. 

Chaque volume séparément. 5 fr. 

— 25 pi. en taille-douce. Illustrations pour Y Histoire de Dix ans. 6 fr. 

* BOKRT. La Guerre de 1870-1871, d'après le colonel fédéral suisse 
Kustow. 1 vol. in-18. (V. P.) 3 fr. 50 

* CARNOT (H.), sénateur. La Révolution française, résumé historique. 
1 volume in-18. Nouvelle édit. (V. P.) 3fr.50 

DEB1DOUR. Histoire diplomatique de l'Europe de 1815 à 1878,2 vol. 

in-8°. 1891. 18 fr. 

ELIAS REGiNAULT. Histoire de Huit ans (1840-1848). 3 vol. in-8. 15 fr. 

Chaque volume séparément. 5 fr. 

— 14 planches en taille-douce, illustrations pour YHistoire de Huit ans. 4 fr. 

* GAr FAKEL (P.), professeur à la Faculté des lettres de Dijon. Les Colonies 
françaises. 1 vol. in-8. 4 e édil. (V. P.) 5 fr. 

* LAUGEL (A.). La France politique et sociale. 1 vol. in-8. 5 fr. 
ROCHAU (de). Histoire de la Restauration. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

* TAX1LE DELORD. Histoire du second Empire (1848-1870). 6 v. in-8. 42 fr. 
Chaque volume séparément. 7 fr. 

WAHL, professeur au lycée Lakanal. L'Algérie. 1 vol. in-8. 2 e édit. (V. P.) 
Ouvrage couronné par l'Académie des sciences morales et politiques. 5 fr. 

LANESSAN (de), député. L'Expansion coloniale de la France. Étude éco- 
nomique, politique et géographique sur les établissements français 
d'outre-mer. 1 fort vol. in-8, avec cartes. 1886. (V.'P.) 12 fr. 

— La Tunisie. 1 vol. in-8 avec une carte en couleurs. 1887. (V. P.) 5 fr. 

— L'Indo-Chine française. Étude économique, politique et administrative 
sur la Cockinchine, le Cambodge, VAnnam et le Tonkin. (Ouvrage cou- 
ronné par la Société de géographie commerciale de Paris, médaille Du- 
pleix.) 1 vol. in-8 avec 5 cartes en couleurs hors texte. 1889. 15 fr. 

SILVESTRE (J ) L'empire d'Annam et les Annamites, publié sous les 
auspicfs de l'administration des colonies, 1 vol. in-8 avec 1 carte de l'An- 
nam. 1889. 3 fr. 50 

ANGLETERRE 

* BAGEHOT (W.). Lombard-street. Le Marché financier en Angleterre. 
1 vol. in-18. 3 fr. 50 

GLADSTONE (E. W.). Questions constitutionnelles (1873-1878). — Le 
prince époux. — Le droit électoral. Traduit de l'anglais, et précédé d'une 
introduction par Albert Gigot. 1 vol. in-8. 5 fr. 

* LAUGEL(Aug.).Lord Palmerston et lord Russel. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

* SIR CORNKWAL LEWIS. Histoire gouvernementale de l'Angleterre 
depuis 1770 jusqu'à 1830. Traduit de l'anglais. 1 vol. in-8. 7 fr. 

* REYNALD(H.), doyen de la Faculté des lettres d'Aix. Histoire de l'An- 
gleterre depuis la reine Anne jusqu'à nos jours. 1 vol. in-18. 2 e édit. 
(V. P.) 3 fr. 50 
THACKERAY. Les Quatre George. Traduit de l'anglais par Lefoyer. 1 vol. 
in-18. (V. P.) 3 fr. 50 

ALLEMAGNE 

* VÉRON (Eug.). Histoire de la Prusse, depuis la mort de Frédéric II 
jusqu'à la hataille de Sadowa. 1 vol. in-18. 4 e édit. (V. P.) 3 fr. 50 

— * Histoire de l'Allemagne, depuis la bataille de Sadowa jusqu'à nos 
jours. 1 vol. in-18. 2 8 édit. (V. P.) 3 fr. 50 

* BOURLOTON (Ed.). L'Allemagne contemporaine. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

AUTRICHE-HONGRIE 

* ASSELINE (L.). Histoire de l'Autriche, depuis la mort de Marie-Thérèse 
jusqu'à nos jours. 1 vol. in-18. 3 e édit. (V. P.) 3 fr. 50 



— 13 — 

SAYOUS (Ed.), professeur à la Faculté des lettres de Toulouse. Histoire des 
Hongrois et de leur littérature politique, de 1790 à 1815. 1 vol. in-18. 3fr.50 

ITALIE 
SORIN (Élie). Histoire de l'Italie, depuis 1815 jusqu'à la mort de Victor- 
Emmanuel. 1 vol. in-18. 1888. (V. P.j 3 fr. 50 

ESPAGNE 

* REYNALD (H.). Histoire de l'Espagne depuis la mort de Charles III 
jusqu'à nos jours. 1 vol. in-18. (V. P.) 3 fr. 50 

RUSSIE 

HERBERT BARRY. La Russie contemporaine. Traduit de l'anglais. 1 vol. 

in-l». (V. P.) 3fr. 50 

CRÉHANGE (M.). Histoire contemporaine de la Russie. 1 vol. in-18. 

(V. P.) 3 fr. 50 

SUISSE 

DAENDLIKER. Histoire du peuple suisse. Trad. de l'allem. par M me Jules 

Favke et précédé d'une Introduction de M. Jules Favrë. 1 vol. in-8. 

(V. P.) 5 fr. 

DIXON (H.). La Suisse contemporaine. 1 vol. in-18, trad. de l'angl. 

(V. P.) 3 fr. 50 

AMÉRIQUE 
DEBERLE (Alf.). Histoire de l'Amérique du Sud, depuis sa conquête 
jusqu'à nos jours. 1 vol. in-18. 2 9 édit. (V. P.) 3 fr. 50 

* LAUGEL (Aug.). Les États-Unis pendant la guerre. 1861-1864. Sou- 
venirs personnels. 1 vol. in-18, cartonné. -4 fr. 



* BARNI (Jules). Histoire des idées morales et politiques en France 
au dix-huitième siècle. 2 vol. in-18. (V. P.) Chaque volume. 3 fr. 50 

— * Les Moralistes français au dix-huitième siècle. 1 vol. in-18 faisant 
suite aux deux précédents. (V. P.) 3 fr. 50 

BEAUSSIRE (Emile), de l'Institut. La Guerre étrangère et la Guerre 
civile. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

* DESP01S (Eug.). Le Vandalisme révolutionnaire. Fondations littéraires, 
scientifiques et artistiques de la Convention. 2 e édition, précédée d'une 
notice sur l'auteur par M. Charles Bigot. 1 vol. in-18. (V. P.) 3 fr. 50 

* CLAMAGERAN (J.), sénateur. La France républicaine. 1 vol. in-18. 
(V. P.) 3fr.50 

GUÉROULT (Georges). Le Centenaire de 1789, évolution politique, philo- 
sophique, artistique et scientifique de l'Europe depuis cent ans. 1 vol. 
in-18. 1889. 3. fr. 50 

LAVELEYE (E. de), correspondant de l'Institut. Le Socialisme contem- 
porain. 1 vol. in-18. 6* édit. augmentée. 3 fr. 50 

MAKCELLIN PELLET, ancien député. Variétés révolutionnaires. 3 vol. 
in-18, précédés d'une Préface de A. Ranc. Chaque vol. séparém. 3 fr. 50 

SPULLER(E.), député, ancien ministre de l'Instruction publique. Figures 
disparues, portraits contemporains, littéraires et politiques. l' e série. I vol. 
in-18. 2 e édit. (V. P.) 3 fr. 50 

— Figures disparues. 2 e série. (Sous presse.) 

— Histoire parlementaire de la deuxième République. 1 v. in-18. 3 fr. 50 

BIBLIOTHÈQUE INTERNATIONALE D'HISTOIRE MILITAIRE 

25 VOLUMES PETIT IN-8° DE 250 A 400 PAGES 
AVEC CROQUIS DANS LE TEXTE 

Chaque volume cartonné à l'anglaise 5 francs. 



VOLUMES PUBLIÉS: 

1. — Précis des campagnes de Gustave-Adolphe en Allemagne (1630- 

1632), précédé d'une Bibliographie générale de l'histoire militaire 
des temps modernes. 

2. — Précis des campagnes de Turenne (1644-1675). 

3. — Précis de la campagne de 1805 en Allemagne et en Italie. 

4. — Précis de la campagne de 1815 dans les Pays-Bas. 

5. — Précis de la campagne de 1859 en Italie. 

6. — Précis de la guerre de 1866 en Allemagne et en Italie. 

7. — Précis des campagnes de 1796 et 1797 en Italie et en Allemagne. 



— 14 — 

BIBLIOTHÈQUE HISTORIQUE ET POLITIQUE 

* AL BAN Y DE FONBLANQUE. I/Angle terre, son gouvernement, ses 
institutions. Traduit de l'anglais sur la 14 e édition par M. F. C. Dreyfus, 
avec Introduction par M. H. Brisson. 1 vol. in-8. 5 fr. 

BENLOEW. Les Lois de l'Histoire. 1 vol. in-8. 5 fr. 

* DESCHANEL (E.). Le Peuple et la Bourgeoisie. 1 vol. in-8. 2 e éd. 5 fr. 
DU CASSE. Les Rois frères de napoléon 1 er . 1 vol. in-8. 10 fr. 
MINGHETTI. L'État et l'Église. 1 vol. in-8. 5 fr. 
LOUIS BLANC. Discours politiques (1848-1881). 1 vol. in-8. 7 fr. 50 
PHIL1PPSON. La Contre-révolution religieuse au XVI e siècle. 

1 vol. in-8. 10 fr. 

HENRABD (P.). Henri IV et la princesse de Condé. 1 vol. in-8. 6 fr. 
NOVICOW. La Politique internationale , précédé d'une Préface de 

M. Eugène Véron. 1 fort vol. in-8. 7 fr. 

COMBES DE LESTRADE. Éléments de sociologie. 1 vol. in-8. 1889. 5 fr. 
DREYFUS (F. C). La France, son gouvernement, ses Institutions. 

1 vol. (Sous presse.) 

PUBLICATIONS HISTORIQUES ILLUSTRÉES 



HISTOIRE ILLUSTRÉE DU SECOND EMPIRE, par Taxile Delord. 
6 vol. in-8 colombier avec 500 gravures de Ferat, Fr. Regamey, etc. 
Chaque vol. broché, 8 fr. — Cart. doré, tr. dorées. 11 fr. 50 

HISTOIRE POPULAIRE DE LA FRANCE, depuis les origines jus- 
qu'en 1815. — Nouvelle édition. — 4 vol. in-8 colombier avec 1323 gra- 
vures sur bois dans le texte. Chaque vol. broché, 7 fr. 50 — Cart. toile, 
tranches dorées. 11 fr. 

RECUEIL DES INSTRUCTIONS 

DONNÉES 

AUX AMBASSADEURS ET MINISTRES DE FRANCE 

DEPUIS LES TRAITÉS DE WESTPHALIE JUSQU'A LA RÉVOLUTION FRANÇAISE 

Publié sous les auspices de la Commission des archives diplomatiques 
au Ministère des affaires étrangères. 

Beaux volumes in-8 cavalier, imprimés sur papier de Hollande : 

I. — AUTRICHE, avec Introduction et notes, par M. Albert Sorel, membre 
de l'Institut. 20 fr. 

II. — SUÈDE, avec Introduction et notes, par M. A. Geffroy, membre de 

l'Institut * 20 fr. 

III. — PORTUGAL, avec Introduction et notes, par le vicomte de Caix de 

Saint-Aymour 20 fr. 

IV et V. — POLOGNE, avec Introduction et notes, par M. Louis Farges, 

2 vol 30 fr. 

VI. — ROME, avec Introduction et notes, par M. G. Hanotaux, 20 fr. 
Vil. — BAVIÈRE, PALATINAT ET DEUX-PONTS, avec Introduction et notes 

par M. André Lebon 25 fr. 

VIII et IX. — RUSSIE, avec introduction et notes par M. Alfred Rambaud. 
2 vol. Le 1 er volume, 20 fr. Le second volume 25 fr. 

La publication se continuera par les volumes suivants : 
Angleterre, par M. Jusserand. Danemark, par M. Geffroy. 

Prusse, par M. E. Lavisse. Naples et Parme, par M. Joseph 

Turquie, par M. Girard de Rialle. Reinach. 

Hollande, par M. H. Maze. Venise, par M. Jean Kaulek. 

Espagne, par M. Morel Fatio. 



— 15 — 

INVENTAIRE ANALYTIQUE 



DES 



ARCHIVES DU MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES 

PUBLIÉ 

Sous les auspices de la Commission des archives diplomatiques 



I, — Correspondance politique de MM. de CAST1LLORT et de 

MARILLAC, ambassadeurs de France en Angleterre (1538- 

*&4©), par M. Jean Kaulek, avec la collaboration de MM. Louis Farges 
et Germain Lefèvre-Pontalis. 1 beau volume in-8 raisin sur papier 
fort 15 francs. 

II. — Papiers de BARTHÉLÉMY, ambassadeur de France en 
Suisse, de 1792 à 1797 (Année 1792), par M. Jean Kaulek. 1 beau 
vol. in-8 raisin sur papier fort 15 fr. 

IIL — Papiers de BARTHÉLÉMY (janvier-août 1793), par M. Jean 
Kaulek. 1 beau vol. in-8 raisin sur papier fort 15 fr. 

IV. — Correspondance politique de ODET »E SELYE, ambas- 
sadeur de France en Angleterre (1546-1549), par M. G. Lefèvre- 
Pontalis. 1 beau vol. in-8 raisin sur papier fort 15 fr. 

V. — Papiers de BARTHÉLÉMY (Septembre 1793 à mars 1794,) par 
M. Jean Kaulek. 1 beau vol. in-8 raisin sur papier fort 18 fr. 

ANTHROPOLOGIE ET ETHNOLOGIE 



CARTAILHAC (E). La France préhistorique. 1 vol. in-8 avec nombreuses 

gravures dans le texte, cart. 1889. 6 fr. 

EVANS (John). Les Ages de la pierre. 1 vol. grand in-8, avec 467 figures 

dans le texte. 15 fr. — En demi-reliure. 18 fr. 

EVANS (John). L'Age du bronze. 1 vol. grand in-8, avec 540 gravures dans 

le texte, broché, 15 fr. — En demi-reliure. 18 fr. 

GIRARD DE RIALLE. Les Peuples de l'Afrique et de l'Amérique. 

1 vol. petit in-18. 60 c. 

GIRARD DE RIALLE. Les Peuples de l'Asie et de l'Europe. 1 vol. 

petit in-18. 60 c. 

HARTMANN (R.). Les Peuples de l'Afrique. 1 vol. in-8, 2 e édit. avec 

figures, cart. g f r 

HARTMANN (R.). Les Singes anthropoïdes. 1 vol. in-8 aveefig. cart. 6 fr. 
J0LY(N.). L'Homme avant les métaux. 1 vol. in-8 avec 150 gravures 

dans le texte et un frontispice. 4 e édit. cart. 6 fr. 

LUBBOCK (Sir John). Les Origines de la civilisation. État primitif de 

l'homme et mœurs des sauvages modernes. 1877. 1 vol. gr. in-8, avec 

gravures et planches hors texte. Trad. de l'anglais par M. Ed. Barbier. 

2 e édit. 15 fr. — Relié en demi-maroquin, avec tranch. dorées. (V. P.) 18 fr. 
LUBBOCK (Sir John). L'Homme préhistorique. 3 e édit., avec gravuros 

dans le texte. 2 vol. in-8. (V. P.) cart. 12 fr. 

PIETREMENT. Les Chevaux dans les temps préhistoriques et his- 
toriques. 1 fort vol. gr. in-8. 15 f r# 
DE QUATREFAGES. L'Espèce humaine. 1 vol. in-8. 6 e édit. (V. P.) 6 fr! 
WH1TNEY. La Vie du langage. 1 vol. in-8. 3 e édit. (V. P.) cart. 6 fr! 
CARKTTE (le colonel). Études sur les temps antéhistoriques. 

Première étude : Le Langage. 1 vol. in-8. 1878. 8 fr. 

Deuxième étude : Les Migrations. 1 vol. in-8. 1888. 7 fr! 



— 16 - 

REVUE PHILOSOPHIQUE 

IDE LA FRANCE ET IDE L'ÉTRANGER 

Dirigée par TH. RIBOT 

Professeur au Collège de France. 

(15 9 année, 1890.) 

La Revue philosophique paraît tous les mois, par livraisons de 
6 ou 7 feuilles grand in-8, et forme ainsi à la fin de chaque année 
deux forts volumes d'environ 680 pages chacun. 

CHAQUE NUMÉRO DE LA REVUE CONTIENT : 
1° Plusieurs articles de fond ; 2° des analyses et comptes rendus des nou- 
veaux ouvrages philosophiques français et étrangers; 3° un compte rendu 
aussi complet que possible des publications périodiques de l'étranger pour 
tout ce qui concerne la philosophie; 4° des notes, documents, observa- 
tions, pouvant servir de matériaux ou donner lieu à des vues nouvelles. 

Prix d'abonnement : 

Un an, pour Paris, 30 fr. — Pour les départements et l'étranger, 33 fr. 

La livraison 3 fr. 

Les années écoulées se vendent séparément 30 francs, et par livraisons 
de 3 francs. 



Table générale des matière» contenues dans les 12 premières années 
(1876-1887), par M. Bélugou. 1 vol. in-8 3 fr. 

REVUE HISTORIQUE 

Dirigée par G. IHOliOi» 

Maître de conférences à l'École normale, directeur à l'École des hautes études. 

(15 e année, 1890.) 

La Revue historique paraît tous les deux mois, par livraisons 
grand in-8 de 15 ou 16 feuilles, et forme à la fin de Tannée trois 
beaux volumes de 500 pages chacun. 

CHAQUE LIVRAISON CONTIENT : 

I. Plusieurs articles de fond, comprenant chacun, s'il est possible, un 
travail complet. — II. Des Mélanges et Variétés, composés de documents iné- 
dits d'une étendue restreinte et de courtes notices sur des points d histoire 
curieux ou mal connus. — III. Un Bulletin historique de la France et de l'étran- 
ger, fournissant des renseignements aussi complets que possible sur tout ce 
qui touche aux études historiques. — IV. Une analyse des publications pério- 
diques de la France et de l'étranger, au point de vue des études historiques. 
— V. Des Comptes rendus critiques des livres d'histoire nouveaux. 

Prix d'abonnement : 

Un an, pour Paris, 30 fr. — Pour les départements et l'étranger, 33 fr. 

La livraison 6 fr. 

Les années écoulées se vendent séparément 30 francs, et par fascicules 
de 6 francs. Les fascicules de la l re année se vendent 9 francs. 

Tables générales des matières contenues dans les dix premières 
années de la Revue historique. 

I. — Années 1876 à 1880, par M. Charles Bémont. 
II. — Années 1881 à 1885, par M. René Couderc. 
Chaque Table formant un vol. in-8, 3 francs; 1 fr. 50 pour les abonnés. 



— 17 — 

ANNALES DE L'ÉCOLE LIBRE 

DES 

SCIENCES POLITIQUES 

RECUEIL TRIMESTRIEL 

Publié avec la collaboration des professeurs et des anciens élèves de l'école 
CINQUIÈME ANNÉE, 1890 



COMITÉ DE REDACTION : 

M. Emile Boutmy, de l'Institut, directeur de l'École; M. Léon Say, de l'Aca- 
démie française, ancien ministre des Finances; M. Alf. de Foyille, chef 
du bureau de statistique au ministère des Finances, professeur au Conser- 
vatoire des arts. et métiers; M. R. Stourm, ancien inspecteur des Finances 
et administrateur des Contributions indirectes; M. Alexandre Ribot, 
député; M. Gabriel Alix; M. L. Renault, professeur à la Faculté de 
droit; M. André Lebon; M. Albert Sorel de l'Institut; M. Pigeonneau, 
professeur à la Sorbonne; M. A. Vandal, auditeur de l ta classe au Conseil 
d'État; Directeurs des groupes de travail, professeurs à l'École. 

Secrétaire de la rédaction : M. Aug. Arnauné, docteur en droit. 

Les sujets traités dans les Annales embrassent tout le champ 
couvert par le programme d'enseignement de l'Ecole : Economie 
■politique, finances, statistique, histoire constitutionnelle, droit 
international, public et privé, droit administratif, législations 
civile et commerciale privées, histoire législative et parlementaire , 
histoire diplomatique, géographie économique, ethnographie, etc. 

La direction du Recueil ne néglige aucune des questions qui pré- 
sentent, tant en France qu'à l'étranger, un intérêt pratique et 
actuel. L'esprit et la méthode en sont strictement scientifiques. 

Les Annales contiennent en outre des notices bibliographiques et 
des correspondances de l'étranger. 

Cette publication présente donc un intérêt considérable pour toutes 
les personnes qui s'adonnent à l'élude des sciences politiques. Sa 
place est marquée dans toutes les Bibliothèques des Facultés, des 
Universités et des grands corps délibérants. 

MODE DE PUBLICATION ET CONDITIONS D'ABONNEMENT 

Les N Annales de l'École libre des sciences politiques paraissent 
tous les trois mois (15 janvier, 45 avril, 15 juillet et 15 octobre), 
par fascicules gr. in-8, de 186 pages chacun. 

( Paris 18 francs. 

Un an (du 15 janvier) ) Départements et étranger. 19 — 
( La li> 



ivraison. 



5 — 



Les trois premières années (1886-1887-1888) se vendent chacune 
16 francs, fa quatrième année (1889; et les suivantes se vendent 
18 francs. 



— 18 — 

BIBLIOTHÈQUE SCIENTIFIQUE 

INTERNATIONALE 

Publiée sous la direction de M. Emile ALGLAVE 



La Bibliothèque scientifique internationale est une œuvre dirigée 
par les auteurs mêmes, en vue des intérêts de la science, pour la po- 
pulariser sous toutes ses formes, et faire connaître immédiatement dans 
le monde entier les idées originales, les directions nouvelles, les 
découvertes importantes qui se font chaque jour dans tous les pays. 
Chaque savant expose les idées qu'il a introduites dans la science et 
condense pour ainsi dire ses doctrines les plus originales. 

On peut ainsi, sans quitter la France, assister et participer au mou- 
vement des esprits en Angleterre, en Allemagne, en Amérique, en 
Italie, tout aussi bien que les savants mêmes de chacun de ces pays. 

La Bibliothèque scientifique internationale ne comprend pas seule- 
ment des ouvrages consacrés aux sciences physiques et naturelles, elle 
aborde aussi les sciences morales, comme la philosophie, l'histoire, 
la politique et l'économie sociale, la haute législation, etc.; mais les 
livres traitant des sujets de ce genre se rattachent encore aux sciences 
naturelles, en leur empruntant les méthodes d'observation et d'expé- 
rience qui les ont rendues si fécondes depuis deux siècles. 

Cette collection paraît à la fois en français, en anglais, en alle- 
mand et en italien : à Paris, chez Félix Alcan; à Londres, chez 
C. Kegan, Paul et C ie ; à New-York, chez Appleton ; à Leipzig, chez 
Brockhaus ; et à Milan, chez Dumolard frères. 



LISTE DES OUVRAGES PAR ORDRE D'APPARITION (D 

72 VOLUMES IN-8, CARTONNÉS A L'ANGLAISE, PRIX : 6 FRANCS. 

* 1. J. TYNDALL. Les Glaciers et les Transformations de l'eau, 

avec figures. 1 vol. in-8. 5 e édition. (V. P.) g f r . 

* 2. BAGEHOI. Lois scientifique» do développement des nations 

dans leurs rapports avec les principes de la sélection naturelle et de 
l'hérédité. 1 vol. in-8. 5 e édition. 6 f r . 

* 3. MAKKY. La Machine animale, locomotion terrestre et aérienne, 

avec de nombreuses fig. 1 vol. in-8. 5 e édit. augmentée. (V. P.) 6 fr. 
4. BAIN. L'Esprit et le Corps. 1 vol. in 8. 5 e édition. 6 fr. 

* 5. PETTlGREW. La Locomotion eues les animaux, marche, natation. 

1 vol. in-8, avec figures. 2 e édit. 6 fr. 

*6. HERBERT SPENCER. La Science soeiale.lv. in-8. 9 e édit (V.P.)6fr! 

* 7. SCHMIDT(0.). La Descendance de l'homme et le Darwinisme. 

4 vol. in-8, avec fig. 5 e édition. 6 fr. 

8. MAODSLEY. Le Crime et la Folie. 1 vol. in-8. 5 e édit. fr. 

* 9. VAN BENEDEN. Les Commensaux et les Parasites dans le 

règne animal. 1 vol. in-8, avec figures. 3* édit. (V. P.) 6 fr. 

* 10. BALFOUR STEWART. La Conservation de l'énergie, suivi d'une 

Etude sur la nature de la force, par M. P. de Saint-Robert, avec 
figures. 1 vol. in-8. 5» édition. 6 fr. 



— 19 - 

11. DRAPER. Les Conflit* de la aclence et de la religion. 1 vol. 

in-8. 8 e édition. 6 fr. 

12. L. DUMONT. Théorie scientifique de la sensibilité. 1 vol. in-8. 

4 e édition. 6 fr. 

* 13. SCHUTZENBERGER. Les Fermentation*. 1 vol. in-8, avec fig. 

5 e édition. 6 fr. 

* 14. WH1TNEY. La Vie du langage. 1 vol. in-8. 3 e édit. (Y. P.) 6 fr. 

15. COOKE et BERKELEY. Le* Champignon*. 1 vol. in-8, avec ligures. 

4 e édition. 6 fr. 

16. BERNSTEIN. Les Sens. 1 vol. in-8, avec 91 fîg. 4 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* 17. BERTHELOT. La Synthèse chimique. 1 vol. in-8. 6 e édit.(V. P.) 6 fr. 

* 18. VOGEL. La Photographie et la Chimie de la lumière, avec 

95 figures. 4 vol. in-8. 4 e édition. (V. P.) 6 fr. 

* 19. LUYS. Le Cerveau et ses fonctions, avec figures. 1 vol. in-8. 

6 e édition. (V.P.) 6 fr. 

* 20. STANLEY JEVONS. La Monnaie et le Mécanisme de réchange. 

1 vol. in-8. 4« édition. (V. P.) 6 fr. 

21. FUGHS. Les Volcans et les Tremhlements de terre. 1 vol. in-8, 

avec figures et une carte en couleur. 4 e édition. (V. P.) 6 fr. 

* 22. GÉNÉRAL BRIALMONT. Les Camps retranchés et leur rôle 

dans la défense des États, avec fig. dans le texte et 2 plan- 
ches hors texte. 3 e édit. 6 fr. 
23. DE QUATREFAGES. L'Espèce humaine. 1 vol. in-8. 10 e édition. 
(V. P.) 6 fr. 

* 24. BLASERNA et HELMHOLTZ. Le Son et la Musique. 1 vol. in-8, 

avec figures. 4 e édition. (V. P.) 6 fr. 

* 25. ROSENTHAL. Les Nerfs et les Muscles. 1 vol. in-8, avec 75 figu- 

res. 3 e édition. (V. P.) 6 fr. 

* 26. BRUGKE et HELMHOLTZ. Principes scientifiques des beaux- 

arts. 1 vol. in-8, avec 39 figures. 3 e édition. (Y. P.) 6 fr. 

* 27. WURTZ. La Théorie atomique. 1 vol. in-8. 5 e édition. (V. P.) 6 fr. 

* 28-29. SECGHI (le père). Les Étoiles. 2 vol. in-8, avec 63 figures dans le 

texte et 17 planches en noir et en couleur hors texte. 2 e édition. 
(V. P.) 12 fr. 

30. JOLY. L'Homme avant les métaux. 1 vol. in-8, avec figures. 4 e édi- 
tion. (V. P.) 6 fr. 

* 31. A. BAIN. La Science de l'éducation. 1vol. in-8. 7 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* 32-33. THURSTON (R.). Histoire de la machine a vapeur, précédée 

d'une Introduction par M. Hirsch. 2 vol. in-8, avec 140 figures dans 

le texte et 16 planches hors texte. 3 e édition. (V. P.) 12 fr. 

34. HARTMANN (R.). Les Peuples de l'Afrique. 1 vol. in-8, avec 

figures. 2 e édition. (V. P.) 6 fr. 

* 35. HERBERT SPENCER. Les Bases de la morale évolution niste. 

1 vol. in-8. 4 e édition. 6 fr. 

36. HUXLEY. L'Écre visse, introduction à l'étude de la zoologie. 1 vol. 

in-8, avec figures. 6 fr. 

37. DE R0BËRTY. De la Sociologie. 1 vol. in-8. 2 e édition. 6 fr. 

* 38. R00D. Théorie scientifique des couleurs. 1 vol. in-8, avec 

figures et une planche en couleur hors texte. (V. P.) 6 fr. 

39. DE S A PORTA et MARION. L'Évolution du règne végétal (les Crypto- 
games). 1 vol. in-8 avec figures. (V. P.) 6 frv 

40-41. CHARLTON BASTIAN. Le Cerveau, organe de la pensée ches 
l'homme et chez les animaux. 2 vol. in-8, avec figures. 2 e éd. 12 fr. 

42. JAMES SULLY. Les Illunlons des sens et de l'esprit. 1 vol. in-8. 

avec figures. 2 e édit. (V. P.) 6 fr. 

43. YOUNG. Le Soleil. 1 vol. in-8, avec figures. (V. P.) 6 fr. 

44. De CANDOLLE. L'Origine des plantes cultivées. 3 e édition. 1 vol. 

in-8. (V. P.) 6fr. 



— -20 — 

45-46. SIR JOHN LUBBOCK. Fourmis, abeilles et guêpes. Études 
expérimentales sur l'organisation et les mœurs des sociétés d'insectes 
hyménoptères. 2 vol. in-8, avec 65 figures dans le texte et 13 plan- 
ches hors texte, dont 5 coloriées. (V P.) 12 fr. 

17. PEBRIER (Edm.). La Philosophie zoologique avant Darwin. 
i vol. in-8. 2 e édition. (V. P.) 6 fr. 

48. STALLO. La Matière et la Phywique moderne. 1 vol. in-8, 2 e éd. 

précédé d'une Introduction par Friedel. 6 fr. 

49. MANTEGAZZA. La Physionomie et l'Expression des sentiments. 

1 vol. in-8. 2 e édit. avec huit planches hors texte. 6 fr. 

60. DE MEYER. Les Organes de la parole et leur emploi pour 
la formation des sons du langage. 1 vol. in-8 avec 51 figures, 
traduit de l'allemand et précédé d'une Introduction par M. 0. Cla- 
veau. 6 fr. 

51. DE LANESSAN. Introduction à l'Étude de la botanique (le Sapin). 
1 vol. in-8, 2 e édit. avec 143 figures dans le texte. (V. P.) 6 fr. 

52-53. DE SAPORTA et MARION. L'évolution du règne végétal (les 
Phanérogames). 2 vol. in-8, avec 136 figures. 12 fr. 

54. TROUESSART. Les Microbes, les Ferments et les Moisissures. 

1 vol in-8, 2 e édit. avec 107 figures dans le texte. (V. P.) 6 fr. 

55. HARTMANN (R.). Les Singes anthropoïdes, et leur organisation 

comparée a celle de l'homme. 1 vol. in-8, avec 63 figures dans 
le texte. 6 fr. 

56. SCHM1DT (0.). Les Mammifères dans leurs rapports avec leurs 

ancêtres géologiques. 1 vol. in-8 avec 51 figures. 6 fr. 

57. B1NET et FÉRÉ. Le Magnétisme animal. 1 vol. in-8 avec figures. 

3 e édit. 6 fr. 

58-59 ROMANES. L'Intelligence des animaux. 2 vol. in-8. 2 e édition. 

(V. P.) 12 fr. 

60. F.LAGRANGE. Physiologie des exercices du corps. 1 vol. in-8. 

4 e édition (V. P.) 6 fr. 

61. DREYFUS (Camille). Évolution des mondes et des sociétés. 1 vol. 

iu-8. 2 e édit. 6 fr. 

62. DAURRÉE. Les régions Invisibles du globe et des espaces 

célestes. 1 vol. in-8 avec 78 gravures dans le texte. (V. P.) 6 fr. 

63-64. SIR JOHN LUBBOCK. L'homme préhistorique. 2 vol. in-8. 

avec 228 gravures dans le texte. 3 e édit. 12 fr. 

65. RICHET (Ch.). La chaleur animale. 1 vol. in-8 avec figures. 6 fr. 

66. FALSAN. (A.). La période glaciaire principalement en France et 

en Suisse. 1 vol. in-8 avec 105 grav. et 2 cartes. (V. P.) 6 fr. 

67 BEAUNIS (H.). Les Sensations Internes. 1 vol. in-8. 6 fr. 

68. CAR TAiLHAC (E.). La France préhistorique, d'après les sépultures 

et les monuments. 1 vol. in-8 avec 162 gravures. (V. P.) 6 fr. 

69. BERTHELOT. La Révolution chimique, Lavoisier. 1 vol. in-8 

avec gravures. 6 fr. 

70. SIR JOHN LUBBOCK. — Les sens et l'instinct chez les animaux: 

principalement chez les insectes. 1 vol. in-8 avec 150 grav. 6 f r . 

71. STARCKE. La famille primitive. 1 vol. in-8. 6 fr. 
7 2. ARLOING. Les virus. 1 vol. in-8 avec lig. 6 fr. 

OUVRAGES SUR LE POINT DE PARAITRE : 

ANDRÉ (Ch.). Le système solaire. 1 vol. in-8. 
KUNCKEL D'HERCULAIS. Les sauterelles. 1 vol. avec grav. 
ROMIEUX. La topographie et la géologie. 1 vol. avec grav. et cartes. 
MORTILLET (de). L'Origine de l'homme. 1 vol. avec figures. 
PERRIER 'E.). L'Embryogénie générale. 1 vol. avec figures. 
LACASSAGNE. Les Criminels. 1 vol. avec figures. 
POUCHET (G.). La forme et la vie. 1 vol. avec figures. 
BERTILLON. La démographie. 1 vol. 
CARTAILHAC. Les Gaulois. 1 vol. avec gravures. 



21 

LISTE PAR ORDRE DE MATIÈRES 

DES 72 VOLUMES PUBLIÉS 

DE LA BIBLIOTDÈQUE SCIEiïïlFIfE INTERNATIONALE 

Chaque volume in-8, cartonné à l'anglaise... 6 francs. 
SCIENCES SOCIALES 

•Introduction à la science sociale, par Herbert Spencer. 1 vol. in-8, 
9 e édit. 6 fr. 

* Les Bases de la morale évolutionniste, par Herbert Spencer. 1 vol. 
in-8, 4 e édit. 6 fr. 

Les Conflits de la science et de la religion, par Draper, professeur à 
l'Université de New-York. 1 vol. in-8, 8 e édit. 6 fr. 

Le Crime et la Folie, par H. Maudsley, professeur de médecine légale 
à l'Université de Londres. 1 vol. in-8, 5 e édit. 6 fr. 

* La Défense des États et les Camps retranchés, par le général A. Brial- 
mont, inspecteur général des fortifications et du corps du génie de 
Belgique. 1 vol. in-8 avec nombreuses ligures dans le texte et 2 pi. hors 
texte, 3° édit. 6 fr. 

* La Monnaie et le Mécanisme de l'échange, par W. Stanley Jevons, 
professeur d'économie politique à l'Université de Londres. 1 vol. in-8, 
4 8 edit. (V. P.) 6 fr. 

La Sociologie, par de Boberty. 1 vol. in-8, 2 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* La Science de l'éducation, par Alex. Bain, professeur à l'Université 
d'Aberdeen (Ecosse). 1 vol. in-8, 7 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* Lois scientifiques du développement des nations dans leurs rapports 
avec les principes de l'hérédité et de la sélection naturelle, par W. Ba- 
gehot. 1 vol. in-8, 5 e édit. 6 fr. 

* La Vie du langage, par D. Whitney, professeur de philologie comparée 
à Vale-Cnllpge de Boston (États-Unis). 1 vol. in-8, 3 e édit. (V. P.) 6 fr. 

La Famille primitive, par J. Starcke, professeur à l'Université de Copen- 
hague. 1 vol. in-8. b' fr. 

PHYSIOLOGIE 

Les Illusions des sens et de l'esprit, par James Sully. 1 vol. in-8. 
2 e édil. (V. P.) 6 fr. 

* La Locomotion chez les animaux (marche, natation et vol), suivie d'une 
étude sur l'Histoire de la navigation aérienne, par J.-B. Pettigrew, pro- 
fesseur au Collège royal de chirurgie d'Edimbourg (Ecosse). 1 vol. in-8 
avec 140 figures dans le texte. 2 e édit. 6 fr. 

* Les Nerfs et les Muscles, par J. Bosenthal, professeur de physiologie à 
l'Université d'Erlangen (Bavière). 1 vol. in-8 avec 75 figures dans le 
texte, 3 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* La Machine animale, par E.-J. Marey, membre de l'Institut, professeur 
au Collège de France. 1 vol. in-8 avec 117 figures dans le texte, 4° édit. 
(V. P.) 6 fr. 

* Les Sens, par Bernstein, professeur de physiologie à l'Université de Halle 
(Prusse). 1 vol. in-8 avec 91 figures dans le texte, 4 e édit. (V. P.) 6 fr. 

Les Organes de la parole, par H. de Meyer, professeur à l'Université de 
Zurich, traduit de l'allemand et précédé d'une introduction sur l'Ensei- 
gnement de la parole aux sourds-muets, par 0. Claveau, inspecteur géné- 
ral des établissements de bienfaisance. 1 vol. in-8 avec 51 figures dans 
le texte. 6 fr. 

La Physionomie et l'Expression des sentiments, par P. Mantegazza, 
professeur au Muséum d'histoire naturelle de Florence. 1 vol. in-8 avec, 
figures et 8 planches hors texte, d'après les dessins originaux d'Edouard 
Ximenès. 6 fr. 

Physiologie des exercices du corps, par le docteur F. Lagrange. 1 vol. 
i"-8 (V. P.) 6 fr. 

La Chaleur animale, par Ch. Bichet. professeur de physiologie à la Faculté 
de médecine de Paris. 1 vol. in-8 avec figures dans le texte. 6 fr. 

Les Sensations internes, par H. Bkaunis, professeur de physiologie à la 
Faculié de médecine de Nancy, directeur du laboratoire de psychologie 
physiologique à la Sorbonne. 1 vol. in-8. 6 fr. 

Les Virus, par M. Arloing, professeur à la Faculté de médecine de Lyon, 
directeur de l'école vétérinaire. 1 vol. in-8 avec fig. 6 fr. 



— 22 — 

PHILOSOPHIE SCIENTIFIQUE 

* Le Cerveau et ses fonctions, par J. Luys, membre de l'Académie de méde- 
cine, médecin de la Salpêlrière. 1 vol. in-8 avec fig. 6 e édit.(V. P.) 6 fr. 

Le Cerveau et la Pensée chez l'homme et les animaux, par Charlton 
Bastian, professeur à l'Université de Londres. 2 vol. in-8 avec 184 fig. dans 
le texte. 2 e édit. 12 fr. 

Le Crime et la Folie, par H. Maudsley, professeur à l'Université de Lon- 
dres. 1 vol. in-8, 5 e édit. 6 fr. 

L'Esprit et le Corps, considérés au point de vue de leurs relations, suivi 
d'études sur les Erreurs généralement répandues au sujet de Vesprit, par 
Alex. Bain, professeur à l'Univerbité d'Aberdeen (Ecosse). 1 vol. in-8, 
4 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* Théorie scientifique de la sensibilité : le Plaisir et la Peine, par Léon 
Dumont. 1 vol. in-8, 3 e édit. 6 fr. 

La Matière et la Physique moderne, par Stallo, précédé d'une pré- 
face par M. Cli. Friedel, de l'Institut. 1 vol. in-8. 6 fr. 

Le Magnétisme animal, par A. Binet et Ch. Féré. 1 vol. in-8, avec figures 
dans le texte. 2 e édit. 6 fr. 

L'Intelligence des animaux, par Bomanes. 2 vol. in-8, précédés d'une pré- 
face de M. E. Perrier, professeur au Muséum d'histoire naturelle. (V. P.) 12 fr. 

L'Évolution des mondes et des sociétés, par C. Dreyfus, député de la Seine. 
1 vol. in-8. 6 fr. 

ANTHROPOLOGIE 

* L'Espèce humaine, par A. de Quatrefages, membre de l'Institut, profes- 
seur d'anthropologie au Muséum d'histoire naturelle de Paris. 1 vol. in-8, 
9 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* L'Homme avant les métaux, par N. Joly, correspondant de l'Institut, 
professeur à la Faculté des sciences de Toulouse. 1 vol. in-8 avec 150 figu- 
res dans le texte et un frontispice, 4 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* Les Peuples de l'Afrique, par B. Hartmann, professeur à l'Université de 
Berlin. 1 vol. in-8 avec 93 figures dans le texte, 2 e édit. (V. P.) 6 fr. 

Les Singes anthropoïdes, et leur organisation comparée à celle de l'homme, 
par B. Hartmann, professeur à l'Université de Berlin. 1 vol. in-8 avec 
63 figures gravées sur bois. 6 fr. 

L'Homme préhistorique, par Sir John Lubbock, membre delà Société royale 
de Londres. 2 vol. in-8, avec 228 gravures dans le texte. 3 e édit. 12 fr. 

La France préhistorique, par E. Cartailhac. 1 vol. in-8 avec gravures 
dans le texte. 6 fr. 

ZOOLOGIE 

* Descendance et Darwinisme, par 0. Schmidt, professeur à l'Université 
de Strasbourg. 1 vol. in-8 avec figures, 5 e édit. 6 fr. 

Les Mammifères dans leurs rapports avec leurs ancêtres géologiques, 
par 0. Schmidt. 1 vol. in-8 avec 51 figures dans le texte. 6 fr. 

Fourmis, Abeilles et Guêpes, par sir John Lubbock, membre de la Société 
royale de Londres. 2 vol. in-8 avec figures dans le texte et 13 planches 
hors texte, dont 5 coloriées. (V. P.) 12 fr. 

Les sens et l'instinct chez les animaux, et principalement chez lés in- 
sectes, par Sir John Lubbock, 1 vol. in-8 avec grav. 6 fr. 

L'Écrevisse, introduction à l'étude delà zoologie, par Th. -H. Huxley, mem- 
bre de la Société royale de Londres et de l'Institut de France, professeur 
d'histoire naturelle à l'École royale des mines de Londres. 1 vol. in-8 
avec 82 figures. 6 fr. 

* Les Commensaux et les Parasites dans le règne animal, par P.-J. Van 
Benedkn, professeur à l'Université de Louvain (Belgique). 1 vol. in-8 avec 
82 figures dans le texte. 3 e édit. (V. P.) 6 fr. 

La Philosophie zoologique avant Darwin, par Edmond Perrier, professeur 
au Muséum d'histoire naturelle de Paris. 1 vol. in-8, 2 e édit. (V. P.) 6 fr. 

BOTANIQUE - GÉOLOGIE 

Les Champignons, par Cooke et Berkeley. 1 vol. in-8 avec 110 figures. 
-4 e édition. 6 fr. 

L'Évolution du règne végétal, par G. de Saporta, correspondant de l'In- 
stitut, et Marion, correspondant de l'Institut, professeur à la Faculté des 
sciences de Marseille. 

I. Les Cryptogames. 1 vol. in-8 avec 85 figures dans le texte. (V. P.) 6 fr. 

II. Les Phanérogames. 2 v. in-8 avec 136 fg. dans le texte. 12 fr. 

* Les Volcans et les Tremblements de terre, par Fuchs, professeur à 
l'Université de Heidelberg. 1 vol. in-8 avec 36 figures et une carte en 
couleur, 4 e édition. (V. P.) 6 fr 



— 23 — 

La période glaciaire, principalement en France et en Suisse, par A. Falsan, 
1 vol. in-8 avec 105 gravures et 2 caries hors texte. (V. P.) 6 fr. 

Les Régions invisibles du globe et des espaces célestes, par A. Daubrée. 
de l'Institut, professeur au Muséum d'histoire naturelle. 1 vol. in-8, avec 
78 gravures dans le texte. (V. P.) 6 fr. 

L'Origine des plantes cultivées, par A. de Candolle, correspondant de 
l'Institut. 1 vol. in-8, 3 e édit. (V. P.) 6 fr. 

Introduction à l'étude de la botanique (le Sapin), par J. de Lanessan, pro- 
fesseur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. in-8 avec figures 
dans le texte. (V. P.) 6 fr. 

Microbes, Ferments et Moisissures, parle docteur L. Trouessart. 1 vol. 
in-8 avec 108 figures dans le texte. 2 e éd. (V. P.) 6 fr. 

CHIMIE 
Les Fermentations, par P. Schutzenrerger, membre de l'Académie de 
médecine, professeur de chimie au Collège de France. 1 vol. in-8 avec 
figures, 5 e édit. 6 fr. 

* La Synthèse chimique, par M. Berthelot, membre de l'Institut, 
professeur de chimie organique au Collège de France. 1 vol. in-8. 
6 e édit. 6 fr. 

* La Théorie atomique, par Ad. Wurtz, membre de l'Institut, profes- 
seur à la Faculté des sciences et à la Faculté de médecine de Paris. 1 vol. 
in-8, 5 e édit., précédée d'une introduction sur la Vie et les travaux de 
l'auteur, par M. Ch„ Friedel, de l'Institut. 6 fr. 

La Révolution chimique (Lavoisier), par M. Berthelot, 1 vol. in-8. 6 fr. 

ASTRONOMIE — MÉCANIQUE 

* Histoire de la Machine à vapeur, de la Locomotive et des Bateaux à 
vapeur, par R. Thurston, professeur de mécanique à l'Institut technique 
de Hoboken, près de New-York, revue, annotée et augmentée d'une Intro- 
duction par M. Hirsch, professeur de machines à vapeur à l'École des ponts 
et chaussées de Paris. 2 vol. in-8 avec 160 figures dans le texte et 16 plan- 
ches tirées à part. 3 e édit. (V. P.) 12 fr. 

* Les Étoiles, notions d'astronomie sidérale, par le P. A. Secchi, directeur 
de l'Observatoire du Collège Romain. 2 vol. in-8 avec 68 figures dans le 
texte et 16 planches en noir et en couleurs, 2 e édit. (V. P.) 12 fr. 

Le Soleil, par C.-A. Young, professeur d'astronomie au Collège de New- 
Jersey. 1 vol. in-8 avec 87 figures. (V. P.) 6 fr. 

PHYSIQUE 

La Conservation de l'énergie, par Balfour Stewart, professeur de 

physique au collège Owens de Manchester (Angleterre), suivi d'une étude 

sur la Nature de la force, par P. de Saint-Rorert (de Turin). 1 vol. in-8 

avec figures, 4 e édit. 6 fr. 

* Les Glaciers et les Transformations de l'eau, par J. Tyndall, pro- 
fesseur de chimie à l'Institution royale de Londres, suivi d'une étude sur 
le même sujet, par Helmholtz, professeur à l'Université de Berlin. 1 vol. 
in-8 avec nombreuses figures dans le texte et 8 planches tirées à part 
sur papier tfinté, 5 e édit. (V. P.) 6 fr. 

* La Photographie et la Chimie de la lumière, par Vogel, professeur à 
l'Académie polytechnique de Berlin. 1 vol. in-8 avec 95 figures dans le 
texte et une planche en photoglyptie, 4 e édit. (V. P.) 6 fr. 

La Matière et la Physique moderne, par Stallo. 1 vol. in-8. 6 fr. 

THÉORIE DES BEAUX-ARTS 

* Le Son et la Musique, par P. Blaserna, professeur à l'Université de 
Rome, suivi des Causes physiologiques de l'harmonie musicale, par 
H. Helmholtz, professeur à l'Université de Berlin. 1 vol. in-8 avec 41 figu- 
res, 4 e édit. (V. P ) 6 fr. 

Principes scientifiques des Beaux-Arts, par E. Brucke, professeur à 
l'Université de Vienne, suivi de l'Optique et les Arts, par Helmholtz, 
professeur à l'Université de Berlin. 1 vol. in-8 avec figures, 4 e édit. 
(V. P.) 6 fr. 

* Théorie scientifique des couleurs et leurs applications aux arts et à 
l'industrie, par 0. N. Rood, professeur de physique à Colombia-College 
de New- York (Etats-Unis). 1 vol. in-8 avec 130 figures dans le texte et 
une planche en couleurs. (V. P.) 6 fr. 



— 24 — 

PUBLICATIONS 

HISTORIQUES, PHILOSOPHIQUES ET SCIENTIFIQUES 
qui ne se trouvent pas dans les collections précédentes. 



Actes du 4 er Congrès international d'anthropologie criminelle. 

Biologie et sociologie. 1887. 1 vol. gr. in-8. 15 fr. 

A LA 11 X. La Religion progressive. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

ALAUX. Esquisse d'une philosophie de l'être. In-8. 1888. 1 fr. 

ALAUX. Les problèmes religieux au XIX e siècle. 1 vol. in-8°. 7fr.50 
ALAUX. Voy. p. 2. 

ALGLAVE. Des Juridictions civiles chez les Romains. 1 vol. in-8. 2fr. 50 
ALTMEYER (J. J.). Les Précurseurs de la réforme aux Pays-Bas. 

2 forts volumes in-8°, 1886. 12 fr. 

ARRÊAT. Une Éducation Intellectuelle. 1 vol. in-18. 2 fr. 50 

ARRÉAT. Journal d'un philosophe. 1 vol. in-18. 1887. 3 fr. 50 

AUBRY. La Contagion du meurtre. 1 vol. in-8. 1887. 3 fr. 50 

Autonomie et fédération, par l'auteur des Eléments de science sociale. 

1 vol. in-18, traduit de l'anglais, par J. Gerschel. 1889. 1 fr. 

AZAM. Le Caractère dans la santé et dans la maladie. 1 vol. in-8, 

précédé d'une préface de Th. Ribot. 1887. 4 fr. 

BALFOUR STEWART et TAIT. L'Univers invisible. 1 vol. in-8. 7 fr. 

BARNI. Les Martyrs de la libre pensée. 1 vol. in-18. 2 e édit. 3 fr. 50 
BARNI. Napoléon I er . 1 vol. in-18, édition populaire. 1 fr. 

BARNI. Voy. p. à ; Kant, p. 8; p. 13 et 31. 
BARTHÉLÉMY SAJNT-H1LAIRE. Voy. pages 2, 4 et 7, Aristote. 
BAUTAIN. La Philosophie morale. 2 vol. in-8. 12 fr. 

BEAUNIS(H.). impressions de campagne (1870-1871). In-18. 3 fr. 50 
BÉNARD (Ch.). De la philosophie dans l'éducation classique. 1862. 

1 fort vol. in-8. 6 fr. 

BÉNARD. Voy. p. 7, Aristote; p. 8, Schelling et Hegel. 
BERTAULD (P. -A.). Introduction à la recherche des causes pre- 
mières. — De la méthode. 3 vol. in-18. Chaque volume, 3 fr. 50 
BLACK WELL (D r Elisabeth). Conseils aux parents sur l'éducation de 

leurs enfants au point de vue sex«»el. In-18. 2 fr. 

BLANQUI. L'Éternité par les astres. In-8. 2 fr. 

BLANQUI. Critique sociale. 2 vol. in-18. 1885. 7 fr. 

BONJEÀN (A.). L'Hypnoti*me, ses rapports avec le droit, la thérapeutique, 

la suggestion mentale. 1 vol. in-18 1890. 3 fr. 

BOUCHA RDAT. Le Travail, son influence sur la santé. In-18. 2 fr. 50 

BOUCHER (A.) Darwinisme et socialisme, 1890. In-8 1 fr. °25 

BOUILLET (Ad.). Les Bourgeois gentilshommes. — L'Armée de 

Henri V. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

BOUILLET (Ad.). Types nouveaux. 1 vol. in-18. 1 fr. 50 

BOUILLET (Ad.). L' Arrière-bon de l'ordre moral. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 
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BOURDEAU (Louis). Théorie des sciences. 2 vol. in-8. 20 fr. 

BOURDEAU (Louis). Les Forces de l'Industrie, progrès de la puissance 

humaine. 1 vol. in-8. (V. P.) 5 fr. 

BOURDEAU (Louis). La Conquête du monde animal. In-8. (V. P.) 5 fr. 
BOURDEAU (Louis) L'Histoire et les Historiens. 1 vol. in-8. 1888. 7fr.50 
BOURDET (Eug.). Principes d'éducation positive, in-18. 3 fr. 50 

BOURDET. Vocabulaire des principaux termes de la philosopbie 

positive. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

BOURLOTON. Voy. p. 12. 
BOURLOTON (Edg.) et ROBERT (Edmond). La Commune et ses Idées 

a travers l'histoire. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

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— 25 — 

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1 broch. in-8, 1 fr. 50. — 2 e année, 1886, 1 broch. in-8, 3 fr. — 

3 e année, 1887, 1 fr. 50. — à e année, 1888. 1 fr. 50 ; — 5 e année, 

1889. 1 fr. 50 

BISQUET. Représailles, poésies. In-18. 1 vol. 3 fr. 

CADET. Hygiène, inhumation, crémation. In-18. 2 fr. 

CARRAU (Lu<1.) Voy. p. 4 et Funt p. 5. 

CELLAIUER (F.). Études sur la rai* on. 1 vol. in-12. 1888. 3 fr. 

CELLARIER (F.). Rapports du relatif et de l 'absolu, 1 vol. in-18, 4 fr. 
CLAMAGERAN. L'Algérie. 3 e édit. 1 voL in-18. 1884. (V. P.) 3 fr. 50 
CLAMAGERAN. Voy. p. 13. 

CLAVEL (D r ). La Morale positive. 1 vol. in-8. 3 fr. 

CLAVEL (D r ). Critique et conséquences des principes de 1999. 

1 vol. in-18. 3 fr. 

CLAVEL (D r ). Les Principes au XIX e siècle. In-18. 1 fr. 

CONTA. Théorie du fatalisme. 1 vol. in-18. 4 fr. 

CONTA. Introduction à la métaphysique. 1 vol. in-18. 3 fr. 

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5000 fr. au concours Pereire). 1 vol. in-8. 6 fr. 

COSTE (Adolphe). Les Questions sociales contemporaines, (avec la 

collaboration de MM. A. Burdeau et Arréat.) 1 fort. vol. in-8. 10 fr. 

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sociale. 1 vol. in-18. 1889. 3 fr. 50 

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nombreux fac-similés. 1 vol. in-8. 1888. 5 fr. 

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DAURIÂC. Sens commun et raison pratique. 1 br. in-8. 1 fr. 50 

DAI'RUC. Croyance et réalité 1 vol. in-18. 1889. 3 fr. 50 

DAURIAC. Le réalisme de Reid. In-8. 1 fr. 

DAVY. Les Conventionnels de l'Eure. 2 forts vol. in-8. 18 fr. 

DELBQEUF. Psychophysique, mesure des sensations de lumière et de fati- 
gue, théorie générale de la sensibilité. 1 vol. in-18. 3fr. 50 
DELBGEUF. Examen critique de la loi psychophysique, sa base et sa 

signification. 1 vol. in-18. 1883. 3 fr. 50 

DELBGEUF. Le Sommeil et les Rêves, et leurs rapports avec les théories 

de la certitude et de la mémoire. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

DELBGEUF. De l'origine des effets curatifs de l'hypnotisme. Étude 

de psychologie expérimentale. 1887. In-8. 1 fr. 50 

DELBGEUF. Le magnétisme animal, visite à l'École de Nancy. In-8 de 

128 pages. 1889. 2 fr. 50 

DELBGEUF. Magnétiseurs et médecins. 1 vol. in-8. 1890. 2 fr. 

DELBGEUF. Voy. p. 2. 

DESTREM (J.). Les Déportations du Consulat. 1 br. in-8. 1 fr. 50 
DOLLFUS (Ch.). Lettres philosophiques. In-18. 3 fr. 

DOLLFUS (Ch.). Considérations sur l'histoire. In-8. 7 fr. 50 

DOLLFUS (Ch.). L'Ame dans les phénomènes de conscience. 1 vol. 

in-18. 3 fr. 50 

DUBOST (Antonin). Des conditions de gouvernement en France. 

1 vol. in-8. 7 fr. 50 

DUBUC (P.). Essai sur la méthode en métaphysique. 1 vol, in-8. 5 fr. 
DUFAY. Etudes sur la destinée. 1 vol. in-18. 1876. 3 fr, 

DUMONT (Léon). Voy. p. 19 et 22. 
DUNAN. Sur les formes a priori de la sensibilité. 1 vol. in-8. 5 fr. 



— 26 — 

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1 br. in-8. 1884. 1 fr. 50 

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sur 1 auteur par Ch. Yriarte. 1 vol. in-8. 1884. 2 fr. 50 

DURAND-DÉSORMEAUX. Études philosophiques, théorie de l'action, 
théorie de la connaissance. 2 vol. in-8. 1884. 15 fr. 

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lution française. 1 vol. in-18. 3 e édit. 3 fr. 50 

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1883. 7 fr. 

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de Babylone. 1 vol. in-18. 1884. 3 fr. 50 

FERRIÈRE (Em.). La Matière et l'Énergie, lvol. in-18. 1887.(V. P.) 4 fr. 50 

FERRIÈRE (Em.). L'Ame et la Vie. 1 vol. in-18. 1888. 4 fr. 50 

FERRIÈRE (Em.). Voy. p. 32. 

FERRON (de), institutions municipales et provinciales dans les diffé- 
rents États de l'Europe. Comparaison. Réformes. 1 vol. in-8. 1883. 8 fr. 

FERRON (de). Théorie du progrès. 2 vol. in-18. 7 fr. 

FERRON (de). De la division du pouvoir législatif en deux cham- 
bres, histoire et théorie du Sénat. 1 vol. in-8. 8 fr. 

FOX (W.-.J.). Des idées religieuses. In-8. 3 fr. 

GASTINEAU. Voltaire en exil. 1 vol. in-18. 3 fr. 

GAYTE (Claude). Essai sur la croyance. 1 vol. in-8. 3 fr. 

GILLIOT (Alph.). Études sur les religions et Institutions comparées. 
2 vol. in-12, tome I er , 3 fr. — Tome II. 5 fr. 

GORLET D'ALVIELLA. L'Évolution religieuse chez les Anglais, les Amé- 
ricains, les Hindous, etc. 1 vol. in-8. 1883. 7 fr. 50 

GOURD. Le Phénomène. 1 vol. in-8. 1888. 7 fr. 50 

GRAEF (Guillaume de). Introduction a la Sociologie. Première partie : 
Éléments. 1 vol. in-8. 1886. 4 fr. 

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documents inédits. 1 vol. gr. in-8 avec gravures en taille-douce, imprim 
avec luxe. 1888. 15 fr. 

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GUYAU. Voy. p. 2, 5, 7 et 10. 

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JANET (Paul). Voy. p. 3, 5, 7, 8 et 9. 
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1 vol. in-8. 1883. 5 fr. 

JOIRE. La Population, richesse nationale ; le travail, richesse du 

peuple. 1 vol. in-8. 1886. 5 fr. 

JOYAU. De l'Invention dans les arts et dans les sciences. 1 vol. 

in-8. 5 fr. 

JOYAU. Essai sur la liberté morale. 1 vol. in-18. 1888. 3 fr. 50 

JOYAU. La théorie de la grâce et la liberté morale de l'homme. 

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KOVALEVSKI (M). Tableau des origines et de l'évolution de la fa- 
mille et de la propriété. 1 vol. in-8. 1890. à fr. 
LABHRDE. Les Hommes et les Actes de l'insurrection de Paris 

devant la psychologie morbide. 1 vol. in-18. 2 fr. 5o 

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gens. 1 vol. in lg. 2 e édition. 1890. 3 fr. 50 

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LAURET (Henri). Critique dune morale sans obligation ni 

sanction. In-8. 1 fr. 50 

LAURET (Henri). Voy. p. 9. 

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LAVELEYE (Em. de). De l'avenir des peuples catholiques. In-8. 

21 e édit. 25 c. 

LAVELEYE (Em. de). Lettres sur l'Italie (1878-1879). In-18. 3 fr. 50 
LAVELEYE (Em. de). Nouvelles lettres d'Italie. 1 vol. in-8. 1884. 3 fr. 
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LAVELEYE (Em. de). La Péninsule des Balkans (Vienne, Croatie, Bosnie, 

Serbie, Bulgarie, Roumélie, Turquie, Roumanie). 2 e édit. 2 vol. in-12 

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LAVELEYE (Em. de). La Propriété collective du sol en différents 
pays. In-8. 2 fr. 

LAVELEYE (Em. de). Voy. p. 5 et 13. 

LAVERGNE (Bernard). L'Ultramontanisme et l'État. In-8. 1 fr. 50 

LEDRU-ROLLIN. Discours politiques et écrits divers. 2 vol. in-8. 12 fr. 

LEGOYT. Le Suicide. 1 vol. in-8. 8-fr. 

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— 28 — 

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gallicane. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

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française. 4 vol. in-18. 3 fr. 50 

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du t bac. \ vol. iu-16 avec gravures, cart. à l'anglaise. 1889. 3 fr. 30 

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trait de l'auteur. 1890. 6 fr. 

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MASSEKON (I.). Manger et Nécessité du socialisme. In-18. 3 fr. 50 

MAURICE (Fernand). La Politique extérieure de la République fran- 
çaise. 1 vol. in-12. 

MEMÈRE. Clcéron médecin. 1 vol. in-18. 

MEN1ÈKE. Les Consultations de M me de Sévlgné, éti 
littéraire. 1884. 1 vol. in-8. 

MICHAUT (N.). I>e l'imagination. 1 vol. in-8. 

MILS AND. Les Études clasAïques. 1 vol. in-18. 

MILSAND. Le Code et la Liberté. In-8. 

MILSAND. Voy. p. 3. 

MORIN (Miron). Essais de critique religieuse. 1 fort vol. in-8. 

MOKliN. Magnétisme et Sciences occultes. 1 vol. in-8. 

MOKIN (Frédéric). Politique et Philosophie. 1 vol. in-18. 

NIVELET. Loisirs de la vieillesse. 1 vol. in-12. 

NIVELET. ballet sa doctrine. 1 vol. in-8, 1890. 

NOËL (E.). Mémoires d'un imbécile, précédé d'une préface de M. Littrè. 
1 vol. in-18. 3 e édition. 3 fr. 50 

NOTOVITCH. La Liberté de la volonté. In-18. 1888. 3 fr. 50 

OGER. Les Bonaparte et les frontières de la France. In-18. 50 c. 

OGER. La République. In-8. • 50 c. 

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méthode brahmanique. 1 vol. in-12. 3 fr. 50 

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(couronné par l'Académie française). 2 fr. 

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(V. P.) 3 fr. 50 

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PELLETAN (Eug.). Droits de l'homme. 1 vol. in-12. 3 fr. 50 

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PELLETAN (Eug.). Voy p. 3t. 

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géographie militaire. 1 vol. in-8. 2 e édit. 6 fr. 

PEREZ 'Bernard). Thiery Tledmann. — M«« deux chats In-12. 2 fr. 

PEREZ Bernard). Jacotot et sa méthode d'émancipation Intellec- 
tuelle. 1 vol. in-18. 3 fr# 

PEREZ ^Bernard). Voy. p. 6. 

PÉRG\MENl (H.). Histoire générale de la littérature française, 
depuis ses origines jusqu'à nos jours. 1 vol. in-8. 1889. 9 fr. 



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Louvre. 1 vol. in-8. 1890. 5 fr. 

PHILKERT f Louis). Le Kire, essai littéraire, moral et psychologique. 1 vol. 
in-8. (Couronné par l'Académie française, prix Montyon.) 7 fr. 50 

PLANTET (E.). Correspondance des Deys d'Alger avec la conr de 
France (1579-1833), recueillie dans les dépôts des archives du Minis- 
tère des Affaires étrangères, de la Marine, des Colonies et de la Chambre 
de commerce de Marseille. 2 vol. in-8 raisin sur papier de Hollande 
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PICAVET (F.), L'Histoire de la philosophie, ce qu'elle a été, ce qu'elle 
peut être. In-8, 1889. 2 fr. 

PICAVET (F.). La Mettrie et la critique allemande. 1889, in-8. 1 fr. 

Pot Y. Le Positivisme. 1 fort vol. in-12. 4 fr. 50 

POEY. M Littré et Auguste Comte. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 

POULLET. La Campagne de l'Est (1870-1871). 1 vol. in-8 avec 2 car- 
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4-5. Les Révolutions d'Italie. 5 e édition. 2 vol. (V. P.) 

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Herder. — Examen de la Vie de Jésus. — Origine des dieux. — 
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10. Mes Vacances en Espagne. 5 e édition. 

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18-19-20. La Révolution. 10 e édilion. 3 vol. (V. P.) 
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22-23. La Création. 3 e édition. 2 vol. 

24. Le Livre de l'exilé. — La Révolution religieuse au xix e siècle. — 

Œuvres politiques pendant l'exil. 2° édition. 

25. Le Siège de Paris. — Œuvres politiques après l'exil. 2 e édition. 

26. La République. Conditions de régénération de la France. 2 e édit. (V. P.) 

27. L'Esprit nouveau. 5 e édition. 

28. Le Génie grec. l re édition. 

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sou? la direction de Félix Régamey, avec texte par le D r Kuhff. 8 fr. 

RIBERT 'Léonce). Esprit de la Constitution du 25 février 1875. 

1 vol. in-18. 3 fr. 50 

RIBOT (Paul). Spiritualisme et Matérialisme. 2 e éd. 1887. 1 vol. 

in- 8. 6 fr. 

ROBERT (Edmond). Les Domestiques. 1 vol. in-18. 3 fr. 50 



— 30 - 

ROSNY (Gh. de). La Méthode consclentielle. 1 vol. in-8, 1887. à fr. 

SANDERVAL (0. de). De l'Absolu. La loi de vie. 1887. 1 vol. in-8. 5 fr. 

SECUETAN. Philosophie de la liberté. 2 vol. in-8. 10 fr. 

SECRÉTAN. La Civilisation et la Croyance. 1 volume in-8. 1887. 
(V. P.) 7 fr. 50 

SECRÉTAN. Études sociales. 1889. 1 vol. in-18. 3 fr, 50 

SERGUEYEFF. Physiologie de la veille et du sommeil. 2 volumes 
grand in-8. 1890. 20 fr. 

SIEGFRIED (Jules). La Misère, son histoire, ses causes, ses remèdes. 
1 vol. grand in-18. 3 e édition. 1879. 2 fr. 50 

S1ÈREBOIS. Psychologie réaliste. 1876. 1 vol. in-18. 2 fr. 50 

SOREL (Albert). Le Traité de Paris du SO novembre 1915. 1 vol. 
in-8. A fr. 50 

SPIR (A.). Esquisses de philosophie critique. 1 vol. in-18. 1887. 2 fr. 50 

STOLIPINE (D.). Essais de philosophie des sciences. 1889. In-8. 2 fr. 

STUART M1LL (J.). La République de 1*4* et ses détracteurs. 
traduit de l'anglais, avec préface par M. Sadi Carnot. 1 vol. in-18, 
2 e édition. (V. P.) 1 fr. 

STRAUS. Les origines de la forme républicaine du gouvernement 
dans les États-Unis d'Amérique. Précédé d'une préface de M. E. DE 
Laveleye. 1 vol. in-8, traduit sur la 3 e édition révisée, par M me A. Cou- 
vreur. 4 fr. 50 

STUART MILL. Voy. p. 4, 6 et 9. 

TARDE. Les lois de l'imitation. Étude sociologique. 1 vol. in-8. 1890. 6 fr. 

TÉNOT (Eugène). Paris et ses fortifications (1870-1880). 1 vol. in-8. 5 fr. 

TÉNOT ^Eugène). La Frontière (1870-1881). 1 fort vol. grand in-8. 8 fr. 

TERQUEM (A.). La science romaine à répoque d'Auguste. Étude 
historique d'après Vitruve, 1885. 1 vol gr. in-8. 3 fr. 

THIERS (Edouard). La Puissance de l'armée par la réduction «lu 
service. In-8. 1 fr. 50 

THOMAS (J.). Principes de philosophie morale. 1 vol. in-8. 1889. 3 fr. 50 

THULIE. La Folle et la Loi. 2 e édit. 1 vol. in-8. 3 fr. 50 

THULIE La Manie raisonnante du docteur Campagne. In-8. 2 fr. 

TIBERGH1EN. Les Commandements de l'humanité. 1 vol. in-18. 3 fr. 

TIBERGHIEN. Enseignement et philosophie. 1 vol. in-18. 4 fr. 

TIBERGHIEN. Introduction à la philosophie. 1 vol. in-18. 6 fr. 

TIBERGHIEN. La Science de l'âme. 1 vol. in-12. 3 e édit. 6 fr. 

TIBERGHIEN. Éléments de morale universelle. In-12. 2 fr. 

TISSANDIER. Études de théodlcée. 1 vol. in-8. A fr. 

TISSOT. Principes de morale. 1 vol. in-8. 6 fr. 

TISSOT. Voy. Kant, p. 7. 

VAGHEROT. La Science et la Métaphysique. 3 vol. in-18. 10 fr. 50 

VACHEROT. Voy. p. A et 6. 

VALL1ER. De l'intention morale. 1 vol. in-8. 3 fr. 50 

VAN ENDE (U.). Histoire naturelle de la croyance, première partie : 
l'Animal. 1887. 1 vol. in-8 (V. P.) 5 fr 

VERNIAL. Origine de l'homme, lois de l'évolution naturelle, in-8. 3 fr. 

VILL1AUMÉ. La Politique moderne. 1 vol. in-8. 6 fr. 

VOITURON. Le Libéralisme et les Idées religieuses, in-12. & fr. 

WEILL (Alexandre). Le Pentateuque selon Moïse et le Pentateuque 

selon Fsra, avec vie, doctrine et gouvernement authentique de Moïse. 

1 fort vol. in-8. 7 fr. 50 

WEILL (Alexandre). Vie, doctrine et gouvernement authentique de 

Moïse. 1 vol. in-8. 3 fr. 

WUARIN (L.) Le Contribuable, ou comment défendre sa bourse. 1 vol. 

in-16. 1889. 3 fr. 5© 

YUNG (Eugène). Henri IV écrivain. 1 vol. in-8. 5 fr. 

ZIESING (Th.). Érasme ou Salignac. Étude sur la lettre de François 

Rabelais, avec un fac-similé de l'original de la Bibliothèque de Zurich. 

1 brochure gr. in-8. 1887. A fr. 



— 31 — 



UTILE 



BIBLIOTHEQUE 

103 VOLUMES PARUS. 

Le volume de 190 pages, broché, 60 centimes. 
Cartonné à l'anglaise ou en cartonnage toile dorée, 1 fr. 

Le titre de cette colleciion est justifié par les services qu'elle rend et la part pour 
laquelle elle contribue à l'instruction populaire. 

Elle embrasse l'histoire, la philosophie, le droit, les sciences, l'économie 
politique et les arts, c'est-à-dire qu'elle traite toutes les questions qu'un homme 
instruit ne doit plus ignorer. Son esprit est essentiellement démocratique. La plupart de 
ses volumes sont adoptes pour les Bibliothèques par le Ministère de l'instruction publique, 
le Ministère de la guerre, la Ville de Paris, la Ligue de l'enseignement, etc. 

HISTOIRE DE FRANCE 



lies Mérovingiens, par Bûchez. 
ancien président de l'Assemblée con- 
stituante. 

les Carlovingiens, par Bûchez. 

les Luttes religieuses des pre- 
miers siècles, par J. Bastide, 4 e édi- 
tion. 

E.es Guerres de la Réforme, par 
J. Bastide. 4 e édit. 

la France au moyen âge, par 
F. Morin. 

Jeanne d'Arc, par Fréd. LoCK. 

Décadence de la monarchie 
française, par Eug. Pelletan. 4 e édit. 

la Révolution française, par 
H. Carnot (2 volumes). 



la Oéfcnse nationale en 1993, 

par P. Gaffarel. 

napoléon I er , par Jules Barni. 

Histoire de la Restauration, 
par Fréd. Lock. 3 e édit. 

Histoire de Louis-Philippe, par 
Edgar Zevort. 2 e édit. 

Mœurs et Institutions de la 
France, par P. Bondois. 2 volumes. 

Iiéon Gambctta, par J. Reinach. 

Histoire de Tannée française, 
par L. Bére. 

Histoire de la marine fran- 
çaise, par Alfr. Doneaud. 2 e édit. 

Histoire de la conquête de 
l'Algérie, par Quesnel. 



PAYS ETRANGERS 



L'Espagne et le Portugal, par 
E. Raymond. 2 e édition. 

Histoire de l'empire ottoman, 
par L. Collas. 2 e édition. 

lies Révolutions d'Angleterre, 
par Eug. Despois. 3 e édition. 

Histoire de la maison d'Autri- 
che, par Ch. Rolland. 2 e édition. 

HISTOIRE 

La Grèce ancienne, par L. Com- 
bes, 2 e édition. 

L'Asie occidentale et l'Egypte, 
par A. Ott. 2 e édition. 

L'Inde et la Chine, par A. Ott. 



L'Europe contemporaine (1789- 
1879), par P. Bondois. 

Histoire contemporaine de la 
Prusse, par Alfr. Doneaud. 

Histoire contemporaine de 
l'Italie, par Félix Henneguy. 

Histoire contemporaine de 
l'Angleterre, par A. Regnard. 
ANCIENNE 

Histoire romaine, par Creighton. 

L'Antiquité romaine, par Wilkin 
(avec gravures). 

L'Antiquité grecque, parMAHAFFY 
(avec gravures). 



GEOGRAPHIE 



Torrents, fleuves et canaux de 
la France, par H. Blerzy. 

Les Colonies anglaises, par H. 
Blerzy. 

Les Iles du Pacifique, par le capi- 
taine de vaisseau Jouan (avec 1 carte). 

Les Peuples de l'Afrique et de 
l'Amérique, par Girard de Rialle. 

Les Peuples de l'Asie et de 



l'Europe, par Girard de Rialle. 
L'Indo - Chine française , par 
Fàque. 

Géographie physique, par GEIKIE, 
prof, à l'Univ. d'Edimbourg (avec fig.). 

Continents et Océans, par Grovi 
(avec figures). 

Les Frontières de la France, 
par P. Gaffarel. 



COSMOGRAPHIE 



Les Entretiens de Fontenelle 
sur la pluralité des mondes, mis 

au courant de la science par Boillot. 

Le Soleil et les Étoiles, par le 

P. Secchi, Briot, Wolf et Delaunay. 
2 e édition, (avec figures). 



Les Phénomènes célestes, par 

ZURCHER et MARGOLLÉ. 

A travers le ciel, par Amigues. 
Origines et Fin des mondes, 

par Ch. Richard. 3 e édition. 

notions d'astronomie, par L. Ca- 
talan, 4 e édition (avec figures). 



— 32 — 
SCIENCES APPLIQUÉES 



Le Génie de la science et de 
l'industrie, parB. Gastineau. 

Causeries sur la mécanique, 

par Brothier. 2 e édit. 

Médecine populaire, par le 

docteur Turck. 4 e édit. 

La Médecine des accidents, par 

le docteur Broquère. 

Les Maladies épidémiques 

(Hygiène et Prévention), par le doc- 
teur L. Monin. 

Hygiène générale, par le doc- 
teur L. Cruveilhier. 6 e édit. 

Petit Dictionnaire des falsi- 



fications, avec moyens faciles pour 
les reconnaître, par Dufour. 

Les Mines de la France et de 
se» colonies, par P. Maigne. 

Les Matières premières et leur 
emploi dans les divers usages de la vie, 
par H. Genevoix. 

Les Procédés industriels, par 
le même. 

La Machine a vapeur, par H. Gos- 
sin, avec figures. 

La Photographie, par H. GossiN. 

La Navigation aérienne , par 
G. Dallet, avec figures. 

L'Agriculture française , 
A. Larbalétrier, avec figures. 



par 



SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES 



Télescope et Microscope, par 

ZURCHER et MARGOLLÉ. 

Les Phénomènes de l'atmo- 
sphère, par Zurcrer. 4 e édit. 

Histoire de l'air, par Albert Lévy. 

Histoire de la terre, par Brothier. 

Principaux faits de la chimie, 
par Samson. 5 e édit. 

Les Phénomènes de la mer, 
par E. Margollé. 5 e édit. 

L'Homme préhistorique , par 
Zaborowski. 2 e édit. 

Les Grands Singes, par le même. 

Histoire de l'eau, par Bouant. 



Introduction à l'étude des scien- 
ces physiques, par Morand. 5 e édit. 

Le Darwinisme, par E. FerriÊre. 

Géologie, par Geikie (avec fig.). 

Les Migrations des animaux et 
le Pigeon voyageur, par Zaborowski. 

Premières Notions sur les 
sciences, par Th. Huxley. 

La Chasse et la Pêche des ani- 
maux marins, par JouAN. 

Les Mondes disparus , par 
Zaborowski (avec figures). 

Zoologie générale, par H. BeaU- 
regard (avec figures). 



PHILOSOPHIE 



Laf r ieéternelle,parËNFANTiN.2 e éd. 

Voltaire et Rousseau, par Eug. 
Noël. 3 e édit. 

Histoire populaire de la phi- 
losophie, par L. Brothier. 3 e édit. 

La Philosophie zoologique, par 
Victor Meunier. 2 e édit. 



L'Origine du langage, par ZA- 
BOROWSKI. 

Physiologie de l'esprit, par Pau- 
lhan (avec figures). 
L'Homme est-ll libre? par RENARD. 
La Philosophie positive, par le 
docteur Robinet. 2 e édit. 



ENSEIGNEMENT. — ÉCONOMIE DOMESTIQUE 



De l'Éducation, par Herbert Spencer 

La Statistique humaine de la 
France, par Jacques Bertillon. 

Le Journal, par Hatin. 

De l'Enseignement profession- 
nel, par Gorbon, sénateur. 3 e édit. 

Les Délassements du travail, 
par Maurice Cristal. 2 e édit. 

Le Budget du foyer,parH.LENEVEUX 

Paris municipal, par H. Leneveux. 

Histoire du travail manuel en 
France, par H. Leneveux. 



L Arc et les Artistes en France, 

par Laurent Pichat, sénateur. û e édit. 

Premiers principes des beaux- 
arts, par J. Collier (avec gravures). 

Économie politique, par Stanley 
Jevons. 3 e édit. 

Le Patriotisme a l'école, par 
Jourdy, chef d'escadrons d'artillerie. 

Histoire du libre échange en 
Angleterre, par Mongredien. 

Économie rurale et agricole, 
par Petit., 

DROIT 
La Loi civile en France, pari La Justice criminelle en France, 

Morin. 3" édit. I par G. Jourdan. 3 e édit. 



Imprimeries réunies, A, rue Mignon, "2, Pans. — 2491. 



BIBLIOTHÈQUE DE PHILOSOPHIE CONTEMPORAINE 



Format in-8 



100 volumes brochés à 
agassiz. —De l'espèce et des classifications. 

traduit de l'angl. par M. Vogeli. 5 fr, 

Stuart Mill. — La philosophie de Hamilton, 

traduit de l'angl. par M. Cazelles. 10 fr. 

— Mes mémoires. Histoire de ma vie et de 
mes idées, traduit de l'anglais par M. E. Ca- 
zelles. 5 fr. 

— Système de logique déductive et inductive. 
2 vol. 20 fr. 

— Essais sur la religion, traduit de l'anglais 
par M. E. Gazelles. 2« édit. 5 fr. 

Herbert Spencer. — Les premiers prin- 
cipes, traduit de l'anglais par M. Cazelles. 
6 e édit. 10 fr. 

— Principes de psychologie, traduit de l'an- 
glais par MM. Ribot et Espinas. 2 vol. 20 fr. 

— Frinoipes de biologie, traduit par M. Ca- 
zelles. 2 e édit. 2 vol. 20 fr. 

— Principes de sociologie, traduit par 
MM. Cazelles et Gerschel. 4 vol. 36 fr. 25 

— Essais sur le progrès, traduit de l'anglais 
par M. Burdeau. 2« édit. 7 fr. 50 

— Essais de politique, traduit par M. Bur- 
deau. 3° édit. 7 fr. 50 

— Essais scientifiques, traduit par M. Bur- 
deau. 7 fr. 50 

— De l'éducation physique , intellectuelle 
et morale. 8 e édit. 5 fr. 

— Introduction à la science sociale. 7 e édi- 
tion. 6 fr. 

— Classification des sciences, l vol. in-18. 
2 e édit. 2 fr. 50 

— L'individu contre l'Etat, 1 v. in-18. 2 fr. 50 

— Les bases de la morale évolutionniste. 
3« édit. 6 fr. 

Collins. — Résumé de la philosophie de Her- 
bert Spencer. 10 fr. 

Auguste Laugel. — Les problèmes (Problèmes 
de la nature, problèmes de la vie, problème» 
de l'âme). 7 fr. 50 

Emile Saigey. — Les sciences au XVIII e siècle, 
la physique de Voltaire. 5 fr. 

Paul Janet. — Les causes finales. 2" édi- 
tion. 10 fr. 

— Histoire de la science politique dans ses 
rapports aveo la morale. 3* édit. 2 vol. 20 fr. 

Th. Ribot. — De l'hérédité psyohologique. 
4 e édit. 7 fr. 50 

— La psyohologie anglaise contemporaine. 

3° édit. 7 fr. 50 

— La psychologie allemande contemporaine 
(école expér.). 2 e édit. 7 fr. 50 

Alf. Fouillée. — La liberté et le détermi- 
nisme. 2 «édit. 7 fr. 50 

— Critique des systèmes de morale contem- 
porains. 7 fr. 50 

— La morale, l'art et la religion, d'après 

M. Guyau. 3 ( fr. 75 

— L'avenir de la métaphysique fondée sur 
l'expérience. 5 fr. 

— L'évolutionnisme des idées-forces. 7 fr. 50 
De Laveleye. — De la propriété et de ses 

formes primitives. 4 e édit. augmentée. 10 fr. 

Bain. — La logique déductive et induetive, 

traduit de l'anglais par M. Compayré. 2 e édit. 

î vol. 20 fr. 

— Les sens et l'intelligenoe, traduit de l'an- 
glais par M. Cazelles. 2 e 'édit. 10 fr. 

— Les émotions et la volonté. 10 fr. 

— L'esprit et le oorps. 4 e édit. 6 fr. 

— Lasoience de l'éducation. 6« édit. 6 fr. 
Matthew Arnold. — La crise religieuse. 7 fr . 50 
Bardoux. — Les légistes et leur influence 

sur la société française. t 5 fr. 

Espinas (alf.). — Des sooiétég animales. 

2 e édit. 7 fr. 50 

Flint. — La philosophie de l'histoire en 

France. 7 fr. 50 

— La philosophie de l'histoire en Alle- 
magne. 7 fr. 50 

Liard. — Deioartes. 5 fr. 



5 fr., 7 fr. 50 et 10 fr. 

Liard. — La science positive et la meta 

2 e édit. 7 fr. 5C 

Guyau. — La morale anglaise oontempo 
raine. 2 e édit. 7 fr. 5( 

— Les problèmes de l'esthétique contempo- 
raine. 2 e édit. 5 fr 

— Esquisse d'une morale sans obligation ■ 
sanction. 5 

— L'art au point de vue sooiologique. 5 

— Hérédité et éducation. 5 

— L'irréligion de l'avenir. 2« édit. 7 fr. 
Huxley. — Hume, sa vie, sa philosophie, tr- 

et préface par M. G. Compayré. 5 

E. Naville. — La logique de l'hypothèse. 5 I 

— La physique moderne. 2 e édit. 5 
E. Vacherot. — Essais de philosophie c 

tique. 7 fr 

— La religion. 7 fr 
H. Marion. — De la solidarité mo 

3 e édit. 
Schopenhaueb. — Aphorismes sur la sages, 
dans la vie, traduit par M. J.-A.Cantacr 
zène. 4« édit. 5 i 

— De la quadruple racine du principe : 
la raison suffisante, traduit par M. 

Cantacuzène. 

— Le monde oomme volonté et comme 
sentation, trad. par M. Burdeau. 
in-8, chacun séparément. 

J. Barni. — La morale dans la dé) 

2 e édit. 
Louis Buchner. — Nature et s r ' 

tion. 
James Sully. — Le pessimis' 
V. Egger.— La Parole intéri 
Louis Ferri. — Lapsychologi 

tion. 
Maudsley. — Pathologie de l'esp 
Cu. Richet. L'homme et l'intellige 

tion. 
séailles. — Essai sur le génie dans L'a 
Preyer. — Eléments de physiologie. 

— L'âme de l'Enfant, obs. sur le dével 
ment psychique des premières années, j 

Wundt. — Eléments de psychologie ph 

logique. 2 vol. avec ng. 
E. Bëaussire. — Principes du droit. 
A. Franck. — La philos, du droit civi 1 
E.-R. Clay. — L'alternative. 
Bernard Pérez. — Les trois premières 

de l'enfant. 3 e édit. 

— L'enfant de trois à sept ans. 2* édit. 

— L'éducation morale des le berceau. 2 e 
—L'art et la poésie chez l'enfant. 
Lombroso. — L'homme criminel. 

Avec Atlas de 40 planches. 

— L'homme de génie, avec u pi. 

E. de Roberty. — L'ancienne et la non 
philosophie. 7 f 

Fonsegrive. — Le libre arbitre. i 

G. Serqi. — La Psyohologie physiolo? 

avec fig. 7 

L. Carrau. — La philosophie religieuse e 

gleterre, dep. Locke jusqu'à nos jours. 
Piderit. — La mimique et la physiognon 

avec 95 fig. 
Garofalo. — La criminologie. 7 f 

G. Lyon. — L'idéalisme en Angleterre 

XVIII» sièole. 7 h 

P. Souriau. — L'esthet. du mouvement. 

F. Paulhan. — L'activité mentale et les 
ments de l'esprit. *J 

Pierre Janet. — L'automatisme psyohoi 

que. 7 [f 

J. Barthélemy-Saint Hilaire. — La pD 

sophie dans ses rapports avec la scie 

et la religion. 
H. Bergson. — Essai sur les données imr 

diatcs de la oonscience. 
Ricardou. — De l'idéal. 1 vol. in-8. 5 
p. Sollier. — Psychologie de l'idiot et 

l'imbéoile. 



Coulommiers — Imp. Paul BRODÀRD. 



'""' .-. 



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